31 août 2005
Fait chier la mort
Peu le temps d'écrire en ce moment. Mes journées sont très occupées et je n'ai plus cette disponibilité d'esprit qui me permettait de m'épancher longuement. Quoique... en fait je prenais le temps nécessaire parce que c'était alors primordial pour que je me sente mieux en mettant en mots mes réflexions. Et maintenant que je vais bien... je n'ai plus autant besoin d'écrire. Pourtant bien souvent j'aurais des sujets à aborder, inspirés par des lectures ou des conversations. Mais ce n'est guère important alors je laisse ça s'évanouir.
Ce soir je suis un peu perturbé, parce que la mort se manifeste un peu trop souvent dans les parages. Ce soir, c'est dans l'entourage familial de ma femme que la mort a frappé. Il y a quelques semaines j'avais discuté avec les proches, qui tentaient de se rassurer après l'annonce d'une maladie. Leur inquiétude était nettement perceptible, mais c'est allé infiniment plus vite que leurs plus pessimistes pronostics. Fait chier...
Et aujourd'hui j'ai travaillé à une centaine de mètres du lieu ou s'est tué il y a quelques jours un jeune de l'âge de mon fils aîné. J'y ai pensé tout le temps. Idées noires. Un de ses copains d'école primaire, qui venait parfois à la maison. Sa mère, je la connais depuis ma propre enfance. Accident de voiture, bête, sur la route de campagne qu'il connaissait depuis toujours, au milieu du village, de ses copains, de sa famille. Tout le village est sous le choc. Mourir à vingt ans...
Alors... putain ça fait chier la mort !
30 août 2005
Bizarre
Fonctionnement un peu bizarre de Canalblog, en ce moment. Mon dernier post avait disparu, mais était bien dans les archives, tandis que je n'ai plus accès au statistiques...
A ce sujet, je me rends compte que je les consulte bien plus souvent que celles de mon journal, qui n'étaient renouvellées qu'une fois par jour. Ah la la, ce désir de savoir comment je suis lu... D'ailleurs, je les trouve presque indiscrètes ces statistiques.
29 août 2005
Perplexe
J'ai eu, hier soir, une longue et passionnante conversation dont je suis ressorti autant enthousiasmé que perplexe. Il y était question de la sincérité relationnelle. Avec tout ce qu'on peut rattacher à cette idée: confiance, franchise, respect, lucidité, spontanéité.
Être franc, c'est se respecter et respecter l'autre en ne lui dissimulant rien d'essentiel dans la relation. C'est la base de la confiance. Mais cette sincérité demande avant tout une lucidité sur soi, besoins et peurs. Enfin la spontanéité est franchise, dans le sens qu'elle permet l'expression instantanée d'un ressenti, avant que des incompréhensions et décalages ne prennent placent. Tout cela ressemble fort à un idéal, mais c'est par les idéaux que l'on se fixe des objectifs...
Depuis des années je suis dans une quête de sincérité. Travail considérable puisque, par mon éducation, on m'avait plutôt appris à être gentil et bien poli. C'est souvent *un peu* contradictoire avec la sincérité... Je dois donc désapprendre ce mode de fonctionnement au profit de celui en lequel je crois désormais: authenticité. Être "vrai", être soi. Un désapprentissage de telles bases est très long puisque toute la personnalité s'est construite autour de ce postulat de départ. Il faut donc remonter à la source de tous les "programmes" de mon cerveau pour corriger le "bug" d'origine, mais sans altérer la fonction "vie sociale". Tout en sachant que le bug s'est dupliqué sur toutes les lignes de programme, dont beaucoup d'embranchements restent inexplorés à ce jour.
Ce dont il était question avec mon interlocutrice s'appliquait à l'exigence de sincérité. Envers soi (être authentique) et envers les autres (qu'ils le soient aussi). Et si nous avions bien le même objectif (la sincérité dans les relations) je crois avoir perçu une différence notable: pour moi cela demeure un objectif (tendre vers la sincérité), mais non une exigence. Ou en d'autres mots: je m'efforcerai toujours de rechercher ma propre authenticité, me lierai préférentiellement avec les personnes qui ont le même objectif, mais n'en ferai probablement pas une condition sine qua non. Parce que j'ai besoin de communiquer pour vivre. Je regarde peut-être davantage chez l'autre la volonté de sincérité que le niveau à laquelle elle se situe. Le mouvement au moins autant que l'état... dont rien ne dit qu'il puisse évoluer.
Je ne sais pas si la franchise absolue est possible. Notre inconscient recèle bien trop de recoins obscurs pour qu'on puisse prétendre se connaître vraiment, même après des années de psychanalyse. Dès lors, comment se croire absolument sincère alors qu'on ne peut pas l'être ? Le conscient pourrait-il être sincère qu'on ne maîtriserait toujours pas la part inconsciente qui nous compose, particulièrement douée pour la dissimulation et le refoulement, conditionnant nos actes et pensées.
Par ailleurs, cette quête d'absolu rencontre des limites au delà desquelles je crois qu'elle pourrait devenir tyrannie. Autant envers soi qu'envers les autres. Toute qualité poussée trop loin devient un défaut, et chacun n'est pas capable d'entendre la sincérité de l'autre. Sincérité et confiance en soi vont de pair.
En revanche, je pense que la sincérité est bien la meilleure base relationnelle. Parce qu'elle est saine, terreau de la confiance, signe de respect de l'autre. Ce qui me laisse donc perplexe, c'est le point à partir duquel la demande de franchise peut devenir tyrannique...
C'est là que le facteur humain intervient, en faisant appel à la tolérance: accepter l'idée que chacun fait du mieux qu'il peut. Et qu'un manque de franchise peut signifier un besoin de protection, un mal-être, des peurs, de la culpabilité... Toutes choses évidemment néfastes pour celui qui les vit, entretenues par cet évitement de la vérité, mais qu'il ne m'appartient pas de refuser. A chacun son rythme. Je dois accepter que d'autres n'aient pas la même exigence de connaissance de soi et tenter de m'adapter à leur capacité d'auto-analyse. Je ne peux exiger, sans exercer une forme de violence, qu'ils aillent au fond d'eux même. Tout comme je ne peux imposer ma franchise à qui ne veut l'entendre. C'est aussi ça le respect.
Bon... accepter cette limite n'est pas sans conséquence sur les liens que je peux établir. Il me serait difficile de nouer une amitié authentique (pléonasme...) avec quelqu'un qui ne parviendrait pas à un degré de sincérité convenant à mes besoins. Lorsque je sens une personne fuyant en permanence, et ne désirant pas améliorer cet état de fait, je ne peux devenir proche. Là encore l'idée de mouvement, d'évolution, est essentielle. Je crois que l'amitié, et toute relation, ne vit qu'en étant dynamique.
Et voila le point crucial de ma perplexité: si quelqu'un tend vers toujours plus d'authenticité dans les rapports d'amitié (ou d'amour, à fortiori), son niveau d'exigence va s'élever simultanément. Mais comme les gens qui poussent l'authenticité vers l'absolu se raréfient en fonction de ce degré d'exigence, n'y a t'il pas un risque de finir par se retrouver sans relations partageable? Donc seul...
En voila une question existentielle !
[en fait ça devient presque une question sur l'exigence et l'absolutisme...]
Je n'avais jamais envisagé les choses sous cet angle. Je ne pensais pas que la recherche de sincérité dans les relations pouvait mener vers ce genre de situation, telle que me m'a révélée mon interlocutrice.
Pour le moment ma quête de sincérité me montre que c'est l'inverse qui semble se produire: les liens que j'établis sont basés sur les confidences, la confiance, le partage d'intimité. Je n'ai jamais eu autant d'échanges variés, ni avec autant de lucidité sur moi-même. A une précision près: la plupart de ces échanges approfondis se font dans le monde internet où chacun sait qu'il est plus facile d'être sincère. Mais dans le monde réel je constate simultanément une amélioration notable de la qualité et de la franchise des rapports que j'ai avec autrui. Me connaissant mieux, avec une meilleure estime de moi, j'ose davantage la sincérité.
La pratique semble donc contredire les limites théoriques. Ce ne serait pas le première fois...
Je reviendrai certainement sur ce sujet qui me semble ouvrir bien des perspectives de réflexion et compréhension...
«Je considère qu'un ami est celui qui ne ment pas, ne fait pas semblant et parle avec toute la sincérité, la franchise que l'amitié requiert. C'est ce que j'appelle l'exigence amicale: dire ce qu'on pense sans, bien sûr, être blessant »
Tahar Ben Jelloun
«C'est s'investir d'une supériorité bien abusive que de dire à quelqu'un ce qu'on pense de lui et de ce qu'il fait. La franchise n'est pas compatible avec un sentiment délicat, elle ne l'est même pas avec une exigence éthique »
Cioran
«L'aspect dangereux de la sincérité, c'est qu'elle finit par créer son objet. Si tu dis: "je suis malheureux, jaloux", tu te sens autorisé à l'être, et, paré du prestige de la franchise, le vice devient glorieux. »
André Maurois
«Aimer, c'est pouvoir penser tout haut avec un autre être humain. Confier ce qui passe par la tête, c'est comme arracher le voile sur sa nudité et ses états. L'intimité ne se discerne pas de l'extrême franchise. C'est l'indécence même. »
Pacal Quignard
28 août 2005
Homme émotionnel
Coumarine a écrit quelque chose qui m'a beaucoup intéressé, au sujet des ateliers d'écriture et des différences entre les hommes et les femmes dans leur façon d'y participer. Cela m'a inspiré le commentaire suivant:
«Je suis un homme et j'écris beaucoup. Je raconte, mais n'invente pas. Je suis aussi souvent dans le registre émotionnel... et pourtant je sens bien que cela me demande un effort: ça n'est pas "naturel". Ou plutôt: ce qui est devenu "spontané", pour l'homme que je suis, ce serait de tout contrôler. Raisonner, anticiper les conséquences de mes mots, comprendre ou cela me mène... Tout cela bride l'émotion directe et brute, qui peut alors de venir gauche et un peu brutale. Pof... un gros paquet d'émotions brouillonnes.
Mais là où je te rejoins encore plus, Coumarine, c'est dans le domaine de l'imagination. Alors là, c'est quasiment zéro. Je ne peux que laisser s'exprimer ce que je ressens (observation), mais il m'est très difficile de "laisser venir", de "lacher prise". Et pourtant, je suis convaincu que je pourrais beaucoup apprendre de ce genre d'écriture... ».
Oui, ça m'est difficile d'écrire "avec le ventre". Chez moi ça reste très cérébral. Mais je me demande même si toute ma vie n'est pas ainsi intellectualisée. Même dans l'émotion brute que j'exprime dans mon journal (lorsque je ne me censure pas trop...), je ne fais que décrire ce que je ressens. Je n'invente pas, je ne crée pas. Et dans la part spontanée que je cherche à mettre à jour, dans le désir "d'exister", je sais bien que je suis loin du lâcher-prise. J'aurais envie de crier, de faire sortir de moi la profondeur de l'être. En fait j'ai l'impression de livrer un combat intérieur contre toute cette armure qui me pèse, mais avec laquelle j'ai grandi. J'aimerai me libérer vraiment, et cesser de tant penser et intellectualiser. Toujours à chercher le pourquoi du comment, à avoir besoin d'explications ou à me justifier.
C'est difficile pour l'homme que je suis de sortir de son conditionnement, parce que la façon même que j'ai d'en sortir passe par un mode de pensée issu de ce conditionnement. C'est par l'intellect que je veux sortir de l'intellectualisation... Un peu absurde, non ?
Heureusement que la part émotive trouve peu à peu son chemin depuis que j'ai choisi de l'écouter avec attention. Je sais maintenant qu'il y a des choses qui se passent ailleurs que dans le cerveau (intellect) et que ces choses là ont beaucoup de sens. J'apprends à écouter davantage mes émotions, et les mettre à égalité des raisonnements. Et ce n'est probablement pas un hasard si cela me fait vivre plus intensément, tout en me donnant une meilleure emprise sur moi-même.
En fait, j'ai l'impression que cette re-naissance se fait malgré moi. C'est une force de vie qui me pousse à garder le cap que je sens intimemement être le bon. Et peu à peu l'intellect froid cède du terrain face à l'émotionnel si vivant.
Peut-être que les femmes ne se rendent pas compte comme c'est difficile d'accéder à cela pour un homme ?
27 août 2005
Cercle de communication
Ce que j'aime dans les relations que j'ai sur internet, c'est qu'il suffit de se manifester pour que de l'autre coté il soit répondu présent. Généralement je peux écrire à mes connaissances, même après des mois, voire un an sans échange, et la conversation peut reprendre instantanément. Ou inversement si on me contacte après un long silence...
En fait je parle de "relations d'internet", mais avec le temps je me demande ce qui les différencie de relations qui existeraient depuis des années dans le monde sensoriel. Bien souvent l'éloignement géographique fait qu'on ne peut se voir aisément, ou même qu'on ne s'est jamais rencontré, mais à part ça ? Qu'est-ce qui différentie un coup de téléphone à une amie du net ou une amie de la "vraie vie" ?
Certes, je n'ai pas d'activités communes avec ces relations-là, qui bien souvent sont fondées sur des échanges de pensées et réflexions. C'est dans d'autres cercles que je peux avoir ces rapports-là, d'ailleurs souvent privés d'échanges dans le domaine émotionnel ou introspectif...
En quelques jours j'ai eu des contacts avec plusieurs de mes connaissances, et je me rends compte que j'ai finalement tout un cercle de communication que je peux activer dès que je le désire. Il suffit que je m'extraie de mes considérations trop personnelles, que je me réouvre le coeur et les oreilles, et je peux alors aller vers cet "autre". En fait... si je le veux, je n'ai que l'embarras du choix.
C'est assez fou de voir combien mon rapport aux autres a changé en quelques années...
26 août 2005
Mots donnés
Eva fait partie des rares diaristes qui écrivent en continu depuis des années. Six ans pour elle, en ayant débuté avec un journal à quatre mains. Je la lis fidèlement et apprécie la tonalité de ses textes. Depuis quelques années elle a beaucoup espacé ses entrées, comme la plupart des diaristes qui durent. Il semble que ce soit une tendance naturelle, et je préfère lire des textes de loin en loin que de constater un jour qu'un journal a totalement cessé d'exister, faisant disparaître du même coup son auteur.
S'étant souvent intéressée à son rapport à l'écriture, elle énoncait il y a quelques jours: «Écrire est le don de soi le plus égoïste qui puisse exister. J'écris pour me donner, pour m'échapper, pour offrir à d'autres mes émotions. Mais en offrant mes démons et mes peurs, je ne veux pas faire autre chose que m'en débarrasser : les donner aux autres pour ne plus que tout ce qui me ronge soit un poids pour moi. Au fond, en écrivant, c'est comme si je mettais des ordures à la poubelle. Voilà ce que je prétends offrir à des lecteurs : mes épluchures !»
Moi-même je m'interroge souvent sur le sens de mon écriture publique, quoique elle soit largement différente de l'écriture d'un roman. Qu'est-ce qui me pousse à raconter ma vie aussi intimement à des inconnus, puis à des gens que je connais de plus en plus ?
J'ai souvent écrit que je témoignais de quelque chose qui me semblait important, donc avec une idée de "don". Mais à l'évidence je trouve aussi une satisfaction dans ce "don". Peut-être que je cherche à "partager", dans le sens de fractionner, diviser. Cela devient moins lourd en moi lorsque je sais que d'autres l'ont lu et on pu trouver des résonnances dans leur propre existence. Une façon de me sentir moins seul à porter mes soucis, parce que s'ils sont lus c'est qu'ils touchent forcément quelque chose chez les autres. Sans cela... il y a longtemps que plus personne ne me lirait [arghh... la solitude abyssale de l'écriture publique sans lecteurs !].
D'ailleurs... ce lien avec le lecteur existe bien: je consulte régulièrement les statistiques de ce carnet et je vois que les hasards des premiers jours ne se reproduisent pas. Ce site reste assez peu fréquenté. Alors j'ai le choix de le garder relativement secret, avec des regards connus et identifiés, ou d'établir un lien sur mon journal afin d'informer mon lectorat de l'existence de ce site parallèle.
En fait j'ai toujours pensé que j'établirais ce lien...
Si je m'interroge sur l'opportunité de le faire maintenant, c'est parce que je crains de paraître silencieux sur mon journal qui, en ne conservant que sa part la plus intime, risque fort de voir ses entrées s'espacer avec le temps. En fait, je me rends compte que j'agis comme si je devais quelque chose à ceux qui me lisent ailleurs... Mais devoir quoi ?
Probablement l'envie d'apporter des pistes de réflexion. J'aime me sentir, même de façon aussi minime que par des mots laissés sur le net, utile dans la vie de certaines personnes. Tout comme je me nourris des réflexions de ceux qui écrivent et stimulent mes pensées. Je me sens faire partie d'un vaste espace de communication interpersonnelle et ma place et de donner ce que je peux. Il paraît... qu'on me lit aisément, voire que mes mots accrochent l'attention et donnent envie de les suivre. Je suis touché lorsqu'on me le dit, et cela me donne envie de poursuivre. Si j'ai cette capacité de procurer une satisfaction et d'aider les gens à vivre quelques instants agréable en ma compagnie... alors je m'en réjouis.
J'avoue qu'écrire cela me demande un certain effort. Je ne me crois pas adepte de complaisance à mon égard... mais il faut aussi que j'accepte d'entendre que "j'existe" pour des gens qui ne me connaissent pas. Et... peut être encore plus difficile, accepter que j'existe pour des gens qui me connaissent.
Je ne peux nier que la confiance en moi, peu à peu regagnée, est largement confortée par ma vie sur internet. Que ce soit par le journal, les forums, et surtout les innombrables contacts et relations qui se sont établis, éphémères ou durables.
Et tout ce qui peut restaurer cette confiance est bon à prendre...
24 août 2005
Apprentissage
Plus j'avance dans mon cheminement, plus je comprends que je ne peux vraiment aimer qu'en ayant confiance en moi. Sinon je risque de faire porter sur l'autre le poids de mes doutes, de mes peurs connues et de mes angoisses inconscientes. Ou bien d'attendre de l'autre un soutien, une réassurance, afin de pallier à cette confiance qui me fait défaut.
Si je n'ai pas cette confiance en moi... alors je serai sensible aux réactions de l'autre, peut-être aussi en manque de confiance en soi. L'idéal... oui, l'idéal, ce serait que chacun ait suffisamment confiance en soi. La réalité, c'est que ce genre de personnes est rare. Ou bien que je ne les rencontre pas ?
Mon travail (je dirais presque mon devoir) c'est d'acquérir toujours davantage de cette confiance. Donc de croire en moi, donc de me connaître. C'est prendre conscience de mes faces lumineuses comme de mes faces sombres et m'accepter ainsi. En fait, c'est m'aimer comme je voudrais aimer l'autre. Ou, pour en revenir à cette citation: « aimer l'autre comme moi-même ».
Et bien ça ne paraît peut-être pas, mais c'est un sacré boulot que d'apprendre à s'aimer !
23 août 2005
Semblables différents
Il arrive, avec les gens que j'aime, qu'on n'ait pas la même façon d'aborder les choses. C'est un phénomène assez bizarre parce que je nous sens souvent bien plus proches que les apparences ne le laissent croire, et pourtant quelque chose ne passe pas. Les mots précis et les nuances qui les caractérisent semblent avoir des sens différents. C'est comme si on ne parvenait plus à faire concorder nos canaux de communication. Parfois il suffit d'un rien, d'un petit détail pour que s'installe une divergence. Minime au départ, elle peut devenir source de fortes tensions en peu de temps. Il faut alors beaucoup d'énergie pour retrouver une base d'accord.
Auparavant ça m'inquiétait beaucoup de voir ainsi d'effilocher le fil du dialogue. Peut-être que je craignais qu'il ne se rompe ? Maintenant je relativise en sachant que ce n'est que temporaire. Je sais qu'il ne s'agit que de zones sensibles qui ont été sollicitées. C'est à la fois peu et beaucoup. Presque rien, mais toute une différence.
J'ai écrit «avec les gens que j'aime », mais peut-être que je devrais inverser les choses: c'est parce que j'aime les gens que je suis préoccupé lorsque la communication ne fonctionne pas bien. Parce que je sais que c'est le lien, la mise en relation, qui permet le climat de confiance propice à l'échange.
En fait... j'aime beaucoup lorsque je peux partager dans un registre qui touche à l'émotionnel. Les émotions, c'est ma drogue: j'ai besoin d'en ressentir pour me sentir vivant. Et de préférence des émotions positives, celles qui me rendent heureux.
Je crois que je suis un hyper-émotif... [Mais peut-être que tout le monde l'est, même si peu le montrent ?]
Je suis un insatiable chercheur d'harmonie et de paix. Rien ne me comble davantage que le bien-être. Être bien. Boris Cyrulnik a dit: « le bonheur c'est quand rien ne va mal ». C'est finalement assez simple à atteindre. Du moins pour soi... Car ça se complique évidemment dès qu'on entre en relation avec autrui. Et pourtant, quel bonheur que de partager l'« être bien» ! C'est ça mon souci: j'aime me sentir heureux avec ceux que j'aime, et suis heureux de leur bien-être. Paradoxalement il semble que cela demande parfois beaucoup d'efforts: pour vivre une relation simple, c'est compliqué. Ce qui est simple pour soi peut déclencher des complications chez l'autre. Et là, patatras, tout le bien-être disparaît dans une surenchère de complications. Alors que l'objectif des partenaires est pourtant le même: être bien ensemble, partager quelque chose de plaisant. Ne serait-ce qu'un échange de points de vue...
Parfois les modes de fonctionnement sont vraiment trop différents et les sensibilités incompatibles. Il vaut mieux alors s'éviter, ou se tenir à distance. D'autres fois ils sont à la fois très proches et contradictoires. Je crois que c'est là quelque chose de fascinant et de potentiellement très enrichissant: c'est de la proximité et de la différence qu'on apprend beaucoup. Il y a un fantastique domaine d'exploration et d'attirance pour ces "semblables différents". Lorsqu'on est dans le même registre de sensibilités, même si elles sont abordées et perçues différemment, voire de façon opposée, je crois qu'on peut partager beaucoup d'émotions positives. Mais si on n'a pas les mêmes objectifs, alors ce sont des émotions de souffrance qui se réveillent, avec une impossibilité de concorde. Maintenant, je crois que je sais bien distinguer les dialogues impossibles des relations prometteuses. Je ne perds plus de temps dans les premières, mais ne relâche pas mes efforts dans les secondes... tout en apprenant à trouver la juste distance. Car il y a obligatoirement une distance à respecter.
Je sais aussi que le manque de confiance en soi est un des moyen les plus efficaces pour compliquer les relations. Mais le plus comique, c'est que c'est précisément au contact d'autrui qu'on peut prendre confiance en soi, par le jeu des ressemblances et différences. Détecter ce qui unit de ce qui sépare, ce qui est commun et ce qui oppose.
Finalement, s'aimer et aimer l'autre, ce n'est qu'affiner chaque jour la géographie des sensibilités personnelles, dessiner les contours des mers de sérénité et celui des zones volcaniques. Etablir les secteurs libres d'accès, mis en commun, et les zones de prudence ou d'interdiction des domaines privés. Connaître les terrains minés et s'efforcer de les respecter étant un préalable...
21 août 2005
Moins on le fait...
Encore peu habitué à la formule blogue, je me suis eclipsé sans mot dire. Hop, parti en vacances sans le signaler. Sur un nouveau blog, ça fait un peu désordre... Ou ça peut même inquiéter. En fait je me dis qu'il me serait sans doute facile de sortir de ce monde d'internet. Quelques jours de déconnexion me sont largement suffisants pour "décrocher". Je pourrais poursuivre le sevrage à l'issue de ces jours d'absence, sans efforts. Là, c'est presque l'inverse: je me force à reprendre sans tarder le chemin des mots. Je réinvestis cette sphère du monde virtuel, tellement différent de celui dans lequel je me suis plongé pendant mes courtes vacances... C'est bon signe: je ne suis pas autant "accro" que je le crains parfois.
Bon... a bien y réfléchir ce n'est pas vraiment de la négligence. C'est même un p'tit peu volontaire. Je n'ai pas voulu écrire une entrée juste pour dire que je m'absenterai quelque jours. Ça aurait ressemblé à une sorte de justification trahissant une culpabilité; ou bien comme si je devais quelque chose aux rares pas si rares personnes qui ont découvert ce carnet. Or mon leitmotiv du moment c'est « je ne dois rien à personne, et personne ne me doit rien ». En fait c'est la seconde affirmation qui m'a amené à la première. Oui, j'apprends l'autonomie et ça passe par une certaine forme d'égoïsme. Le temps de trouver les bons réglages, la juste distance. Mais je n'irai pas vers l'égoïsme fermé, ce n'est ni dans ma nature profonde ni dans le sens de mon éthique personnelle.
Ce matin je me disais que l'écriture sur internet est un mode relationnel comme un autre: ça ne tient pas à grand chose. J'ai l'impression que si je laissais s'espacer mes interventions, je perdrais le goût d'écrire en public. J'oublierais les satisfactions que me procure l'échange lorsque je me sais lu et apprécié. C'est comme faire l'amour: moins on le fait et moins on en ressent le besoin. Ou comme les discussions passionnées: on peut perdre aisément le contact avec des gens si on laisse trop de silences s'interposer. Si on laisse la dynamique s'éteindre, vient un jour où on se demande comment on a pu prendre tant de plaisir à échanger...
Et on se dit « A quoi bon...»
Tout ça c'est du fatalisme et de la flemme. La rencontre de l'autre demande de l'effort. Je crois que si je me laissais aller à l'aquoibonisme je me déssècherais. A se concentrer sur soi et sa petite bulle on s'isole du monde. On se racornit, on s'aigrit. Finalement, on se trouve bien avec soi... mais ça manque d'ouverture et d'élans. Ça manque de vie, tout simplement. Je me sens vraiment "animal social". J'aime l'émulation des échanges, même si c'est parfois difficile ou compliqué. Je suis souvent passé par des épreuves relationnelles douloureuses, mais je n'en regrette aucune. C'est par les autres que je me connais, que je me découvre, que je m'affirme. Je n'aime plus l'isolement de l'ours que j'étais, même si je reste volontiers assez solitaire. J'ai besoin des deux: solitaire et solidaire. En contact, en relation avec "les gens".
L'écriture en ligne est bien autre chose que le "nombrilisme" dont elle est parfois taxée. Elle offre cette possibilité d'échange et les chances de rencontres. Voila pourquoi je ne cesserai pas d'écrire en public...
Et merci à tous ceux qui manifestent de l'intérêt pour ces écrits.
13 août 2005
Coïncidence
Tant que j'en suis dans les hasards... voici une surprenante coïncidence:
Alors que je m'interrogeais sur ce que j'appelle le "secret" de ce carnet (en fait il s'agit plutôt d'un silence que d'un secret), je viens de lire ce texte [j'espère qu'établir un lien ne posera pas de problème...] qui en l'évoque l'ombre. Entre les lignes au ton un peu énigmatique je sens résonner bien des échos. Notamment sur le fait que c'est la part que j'ignore des autres qui me les rend parfois incompréhensibles. Chacun a sa part d'ombre, parfois même ignorée de soi, et celle-ci s'éclaire au contact des autres. Et c'est lorsque les ombres se croisent que tout devient obscur entre deux êtres. Je le constate à chaque fois que je ne comprends pas quelqu'un. Je sais maintenant qu'il me faut accepter de ne pas aller au delà de l'ombre. De ne pas chercher à entrer dans les zones obscures de l'autre, car je serais tenté de les éclairer selon des projections de moi-même. C'est redoutable. Je crois qu'à l'instant où je sens une incompréhension il me faudrait comprendre que j'entre dans l'inconnu de l'autre plutôt que de m'inquiéter. L'idéal serait de stopper net, et de prendre le temps d'explorer à tâtons, pour retrouver des repères connus et communs. S'entraider plutôt que se nuire. Malheureusement il faut une grande lucidité pour cela, que je n'ai pas suffisamment [mais je ne désespère pas d'y parvenir...].
Je me suis souvent interrogé sur la sincérité et ses limites, mais jamais sur le secret. Je crois n'en avoir aucun. J'ai beau chercher, je ne trouve rien que je n'ai « jamais osé avouer à personne ». Même si personne ne sait tout de moi. Pas même moi... D'ailleurs, je me demande si ma quête de sincérité "absolue" n'est pas la recherche de mon secret personnel. Un secret qui me serait secret... Ce que j'ignore de moi, ma part inconnue, obscure.
Depuis que j'écris et communique avec passion, je suis allé très loin dans ma connaissance intime, mais aussi dans la connaissance des autres, et donc de notre part commune. Notre base universelle. C'est un peu comme si je cherchais à percer le secret de l'humain [oh, tout de suite les grands mots...]. De quoi sommes nous faits, qu'est-ce qui nous relie et nous différencie, en quoi suis-je singulier, en quoi suis-je identique ? Tentative de définition qui n'aura pas de fin, je le sais. Qu'importe, puisque c'est un objectif...
En fait, j'essaie d'éclairer ma part d'ombre. Je crois qu'un psychanalyste définissait ainsi l'inconscient: il est comme une pièce obscure encombrée de meubles et d'objets. L'analyse de soi permet de porter des éclairages partiels sur ces objets, d'en définir le contour. On ne peut les enlever, pas plus que c'est la mise ne lumière qui les créerait. Ils sont là depuis l'enfance ou accumulés durant l'existence, et nous devons apprendre à vivre avec. Mais en les connaissant on peut éviter de se cogner à eux dès qu'on veut avancer. En fait, je verrai volontiers la conscience comme une petite bougie qui explorerait l'obscurité de l'inconscient et les objets qui y sont entassés: il n'y aura jamais de pleine lumière, seulement une mémorisation que dans certaines zones il y a tel objet à éviter. Tout fonctionne par mémorisation de ce qu'on a découvert un jour à la lueur de la bougie et que l'on confirme à chaque fois qu'on y revient. A force, on connaît les zones dangereuses.
Entrer en relation avec l'autre, c'est échanger des éclairages, des expériences, mais c'est aussi prendre le risque de pénétrer toujours plus loin dans ses zones sombres... et de se cogner dans des obstacles dont on ignore tout. Et il faut accepter qu'on ne connaîtra jamais vraiment l'autre et le magasin de porcelaine qu'est son inconscient. Cela apprend l'humilité, le respect, l'écoute...
Et c'est très bon.

Tout bien réfléchi... j'ai quand même quelques secrets. Mais je ne crois pas que je les dirai à quiconque. Ils sont de l'ordre des pulsions, des fantasmes les plus débridés, et là... là...

