21 janvier 2006
Le sens du silence
Le petit cercle de blogs dans lequel je m'inscris, informellement matérialisé par les traces de nos passages sur les commentaires des uns et des autres, est constitué de personnes dont les préoccupations m'intéressent. D'accord ou pas, les sujets de réflexions sont suffisamment proches des miens pour que cela stimule ma propre réflexion. Dans les axes développés par chacun, je puise ce qui nourrit ma réflexion du moment.
Il y est toujours question de relation à l'autre, ou à soi.
Tandis qu'Alainx est dans un cycle qui le fait s'interroger de façon approfondie sur la spiritualité et la conscience de soi, Goumande parle de l'échange intime dans sa dimension sensuelle et sexuelle. Il y a quelques temps elle abordait la fidélité relationnelle, dans l'aspect volonté de maintien du lien. Ailleurs c'est Tristana qui exprime sont ressenti dans une séparation vécue "en direct".
Ceux qui connaissent mon parcours savent à quel point chacun de ces sujets peut m'interpeller. Malheureusement il m'est matériellement impossible de prolonger la réflexion autant que je le voudrais, faute de temps. Mais je me nourris de ces reflexions et je sais qu'elle s'installent en moi et "travaillent". Le jour viendra où ce travail sera restitué, ici ou ailleurs. J'incorpore les pensées des autres à ma conscience.
C'est au sujet du silence que je vais écrire aujourd'hui, après avoir lu l'expression de souffrance de Coumarine. Il se trouve que son billet arrive au moment ou, dans ma vie relationnelle familiale, quelqu'un de proche exige que le silence soit fait. Demande qui tente de s'imposer de force, avec ce que cela peut avoir de dérangeant.
Par ailleurs j'ai été confronté au choix du silence, il y a quelques temps, au sein d'une relation qui était devenue essentielle à mon existence. Je l'ai très douloureusement vécu mais je crois avoir maintenant pris suffisamment de recul pour en parler. L'avantage des épreuves c'est qu'elles apportent de la maturité...
Une relation nait de la communication. Verbale, écrite, voire tactile. Quelle que soit la forme de la rencontre, pour qu'il y ait lien il faut qu'il y ait "contact". Cela se produit généralement par un mouvement spontané de l'un vers l'autre, sans volonté consciente: un jour on se rend compte qu'un lien a été établi.
Pour différentes raisons, il arrive que par la suite l'une des deux personnes décide qu'elle ne désire plus être dans le même élan. Dès lors apparaît un "silence", donc une "distance", qui ne représente que le décalage d'investissement de chacun des partenaires dans la relation. L'un et l'autre n'ont plus le même désir de communication. C'est un point d'inflexion, temporaire ou durable, dans la construction du lien. Il est déstabilisant puisqu'il marque une "rupture" dans la dynamique relationnelle. Il va nécessiter une adaptation volontaire, et non plus spontanée, aux besoins de l'autre. L'un souhaite "plus", tandis que l'autre désire "moins".
Le silence relationnel est la marque de cette divergence. Mal géré, il peut aboutir à des tensions d'autant plus fortes que le lien affectif est soutenu. Et chaque partenaire risque d'être tenté par une imposition de son point de vue, alors que les besoins sont contradictoires.
Il n'y a aucun intérêt à entrer dans une logique d'opposition, sous peine de blesser la relation. Imposer le silence est tout aussi violent que d'imposer la parole. L'écoute des besoins de l'autre, du moment qu'ils sont exprimés, et la base du respect et de la confiance.
Je perçois le besoin de silence comme un besoin de reprise de distance affective. Un désir de se recentrer sur soi. Quelle que soit la valeur de la relation, le désir de silence exprime un besoin d'en diminuer l'importance relative. Il s'agit d'un processus analogue à celui de la défusion, bien connu dans la relation amoureuse, mais qui peut exister à moindre échelle dans toute relation. Vient un moment où la dynamique relationnelle marque une inflexion pour l'un des partenaires. Ce qui ne signifie pas qu'il en souhaite la fin...
L'adaptation consiste à accepter de changer cette dynamique. Malheureusement... cette rupture étant déstabilisante et potentiellement inquiétante pour l'autre, ce passage demanderait précisément un ajustement. Or celui-ci passe par la parole...
C'est un point très critique dans toute relation puisque ce qui devient "évidence" pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Le moindre investissement s'impose en soi, peut-être parfois avec un certain malaise pour celui qui le sent apparaître, puisqu'il perçoit bien qu'il est acteur de ce décalage. Pour l'avoir vécu, je sais maintenant que cet épisode demande une grande attention, tant dans l'expression que dans l'écoute. Le "quittant" aura tendance, par culpabilité inconsciente, à avoir une expression inadéquate (peu d'expression, ou alors agressivité, repli), tandis que le "quitté" percevra le moindre investissement mais en niera inconsciemment la réalité. Dans les deux cas la communication deviendra complexe par manque, ou excès désordonné, de mots.
Une autre forme de silence imposé existe aussi sous des formes plus pernicieuses. Il s'agit du silence comme instrument de chantage affectif. Ou pour être plus cinglant: comme instrument de torture. Le pouvoir de celui qui impose le silence est imparable. D'une certaine façon l'autre est obligé de s'y soumettre... Toute tentative de restauration de contact devient intrusive, donc potentiellement aggravante.
Savoir que l'autre souffre du silence, ne pas réagir face à cette souffrance, ne pas chercher à l'apaiser, peut donner un grand pouvoir. Tout en sachant que la réciproque est vraie en matière de chantage affectif: exprimer sa souffrance en vue de rompre un silence insupportable est aussi une forme de manipulation tendant à la culpabilisation de l'autre.
Il existe aussi le silence tyrannique, sous forme de « je ne veux plus qu'on parle de ça ». C'est ce que vient de faire ma mère, pour clore un courrier familial collectif ou elle déversait tout un mal-être affectif dont elle-même avait été l'élément déclencheur. En jouant le rôle de la victime blessée, tout en interdisant qu'on revienne sur le sujet, elle tente de renvoyer la culpabilité de sa souffrance sur chacun... sans laisser la possibilité d'intervenir. Choix victimaire tyrannique. Outrepasser cette injonction oblige à une intrusion dans un espace de silence qu'elle impose. Respecter son souhait... c'est nier un ressenti personnel qui peut être en désaccord avec sa vision des choses. C'est une manipulation affective assez vicieuse...
En toute circonstance le silence est une expression: celle de la limite d'un territoire relationnel. Il doit être respecté, du moment qu'il n'est pas tentative de manipulation affective ou générateur de sentiment d'injustice. Le silence est une façon de dire « je ne souhaite pas être en relation avec toi en ce moment ». Ces mots sont sans doute difficile à exprimer, et à entendre, mais ils sont pourtant essentiels pour donner du sens à ce qui n'en a pas. Le non-dit est un poison, une violence muette. Et le minimum qu'on puisse attendre d'une relation de confiance, c'est que les choses soient dites. Le silence non expliqué est une fuite qui laisse à l'autre le soin de trouver tout seul les explications manquantes. En ce sens le silence imposé est un puissant destructeur de confiance. Tout comme la communication construit une relation, le silence non-expliqué (non communiqué) détruit. Le silence imposé est un acte mortifère dans une relation.
Il a donc un certain sens...
Mais la parole imposée est tout autant mortifère, si elle ne respecte pas un besoin de silence. Sans compter que la parole est parfois une forme de non-dit, lorsqu'elle se disperse au lieu d'aller à l'essentiel. Lorsqu'elle fait diversion et s'égare loin de ce qui doit être dit.
Et cet essentiel peut parfois être de dire simplement: ton silence m'inquiète.
Ce qui est certain, c'est que du silence ou de la parole, la seule chose qui détruise la relation est la non-écoute des besoins de l'autre. Accepter, accueillir un besoin de silence clairement exprimé ne détruit rien. C'est une mise en attente, une pause relationnelle, dont chacun des protagoniste peut tirer parti. Si les désirs son respectés, la relation n'est pas endommagée, et le lien de confiance demeure. Celui qui a eu besoin de silence peut vouloir se ressourcer ailleurs et ne peut être que reconnaissant que ce besoin ait été reconnu. Et si le temps de silence conduit à un éloignement... c'est qu'il devait en être ainsi. Parce que la vie est mouvement et constante évolution. On ne force pas les choses en matière de ressenti: c'est ou ce n'est pas, et la volonté n'y peut rien.
Il y a un silence dont je n'ai pas parlé: quand il n'y a plus rien à se dire. Quand le temps de relation est passé dans une sorte de vide affectif, ne persistant que par habitude ou conventions. Je pense à certains liens familiaux "obligés", ou aux couples qui n'ont plus rien à se dire dans leur vie de cohabitation. Mais peut-on encore parler de relation, lorsque c'en est à ce point ?
Commentaires
Ma réflexion sur le sujet
Ton texte est long et bien construit,Je pourrais faire un comm de trois pages, mais je vais faire court.
Il m'arrive parfois d'être soudain silencieuse, lorsque je reçois un coup au cœur en général. Je me renferme soudain et je ne dis plus rien. Je me sens incomprise et je sais que sur le coup si je parlais je ne dirai peut-être pas l'important, l'essentiel, mais juste ma douleur. Alors je me tais. Il m'arrive parfois de forcer la parole de l'autre, là c'est quand justement l'autre m'impose ce silence que je ne comprends pas, j'ai besoin d'explications de raisons, de comprendre.
Alors que j'ai moi-même ses deux attitudes, à la suite de ta lecture je me suis posée la question, pourquoi j'impose le silence et pourquoi j'impose la discussion ?
Lorsque je ne dis plus rien, j'ai mal, c'est ma douleur qui me cloue le bec, et en fait j'attends que l'autre me demande de parler, de m'expliquer, cela serait pour moi une démonstration de son intérêt pour moi. Lorsque je force la parole, et bien c'est justement parce que l'autre est silencieux et que je m'intéresse à ses ressentis, je souhaite lui offrir mon écoute.
Alors si le silence est mortifère dans la relation, et je suis d'accords avec toi, il peut être rompu par l'expression de l'autre comme tu dis, qui peut juste dire, je te cite : Ton silence m'inquiète. Et si c'est l'expression qui est forcée, alors celui qui subit cette demande peut juste répondre aussi : Plus tard, j'ai besoin de me recentrer avant d'en parler.
Malheureusement cela ne se passe pas toujours ainsi et on peut dire ou entendre :
J'ai pas envie de parler (on interprète j'ai pas envie de TE parler) ça fait mal.
Si on impose le silence et on répond je n'ai pas envie de (te) parler, on peut blesser l'autre. Si on impose la discussion et on entend cette même phrase, on se sent blessé.
Souvent certains fuient devant le silence, ne demande rien, par manque de confiance en eux.
Souvent aussi d'autres imposent le silence, ne disent rien, pour cette même raison.
On en revient à dire que c'est avant tout la confiance en soi qu'il est primordial de construire pour ne pas 'interpréter' l'autre. Pour ne pas écouter nos peurs, nos craintes.
Imposer le silence c'est avoir peur de s'exprimer clairement, dire le fond de ses pensées. Imposer la discussion c'est avoir peur d'être critiqué,abandonné, jugé… sans avoir pu se défendre ou s'expliquer.
Bien à toi,
Je reste littéralement bouche-bée à la lecture de vos textes; mon commentaire est hélas bien inutile mais c'est le seul moyen que j'ai de vous signifier mon admiration.
Je vous remercie l'un et l'autre pour ces paroles qui vont loin, et dans lesquelles je me reconnais bien sûr
Oui, cela fait très mal quand l'autre refuse d'expliquer pourqoui soudain il ou elle est contrarié (alors que la veille encore la relation était bonne et ouverte)
C'est se sentir mis en quarantaine, sans aucune explication, c'est cela qui me fait mal
Dans man cas récis, puisque cela se passe dans la blogosphère...il y a la peur qu'on ait colporté des "mensonges" sur moi aui explique le ressenti négatif de la personne qui peut-être se laisse perturbé par ces "mensonges" et qui n'en parlera pas parce qu'il a PROMIS le silence à l'autre
C'est comme se retrouver sur le banc des accusés sans avoir aucune chance de se disculper
Même le pire des criminels a le droit de se défendre
Commen faire confiance encore à qqun quand on se sent "en menace" de cette manière?Quand une mauvaise humeur vous tombe dessus sans que vous ne sachiez pourquoi?
Il est possible que j'exagère tout cela et comme Marie.Pool l'a mis un peu rapidement en guise de commentaire chez moi, il n'y a pas mort d'homme
Mais j'ai une sensibilité telle que je perçois bcp de choses, m^me les non-dits
Merci de vous lire
Gourmande, je crois aussi que parfois le silence est préférable à la parole, lorsqu'on sent qu'on est pas en état de parler dans de bonnes conditions. Et la simple formulation de cet état de fait permet la patience nécessaire.
Effectivement il peut être préférable de se recentrer, le temps de retrouver une sérénité propice au dialogue de qualité.
Comme tu dis, peut-être qu'à ces moments de mal-être on serait prêt à parler... à conditions de ressentir toute l'écoute dont on a besoin. Ce qui est rarement le cas en situation de crise.
D'accord avec cette idée que le silence imposé peut correspondre à une peur de s'exprimer. Prendre le risque de la parole, c'est prendre celui de se dévoiler... donc de se montrer sensible, vulnérable. On en revient à cette notion de confiance dont je parlais: le silence est fortement corrélé à une confiance défectueuse.
Confiance en l'autre, peut-être, mais surtout en soi.
Zeloune... un commentaire n'est jamais inutile. Savoir que ce texte est apprécié est important pour moi, puisque cela contribue à "valider" ma pensée. Une critique le serait tout autant, m'indiquant que je dois réfléchir plus profondément.
Parfois aucun commentaire ne suit un de mes textes... et du coup ça ne m'apprend rien sur la validité de ce que j'écris. Je crois que souvent on n'ose pas dire, ne serait-ce qu'en quelques mots, ce qu'une lecture nous inspire. Merci, donc, de l'avoir fait...
Voilà...j'ai tapé tellement vite que j'ai fait plein de fautes
Coumarine, tu parle de la perception des non-dits... C'est un "silence" dont je n'ai pas parlé dans mon texte, mais il y aurait beaucoup à écrire là dessus. Je pense que j'y reviendrai.
A te lire, désemparée, je perçois combien ce "non-dit" te perturbe. Et ça se comprend. Tu lui donnes un sens, craignant qu'on ait colporté quelque chose à ton sujet... J'ignore si tes craintes sont fondées, mais il ressort de cela une peur qui t'habites. En quelque sorte du "fantasmes" cette crainte, du donnes un sens au non-dit... qui n'en avait aucun de précis, et pour cause!
C'est bien ça le coté pervers du non-dit: il renvoie l'autre à lui-même, comme un grief dont il ignorerait tout. Et la recherche de sens devient alors une véritable torture.
Mais j'y reviendrai...
Merci Idéaliste
Je suis émerveillée de la finesse de tes perceptions
Pas le temps d'en ajouter plus ce matin
Mais je reviendrai te lire ce soir
MERCI en tout cas
J'ai pensé encore un une autre sorte de silence que l'on impose à l'autre
Cela peut être une manière de lui signifier qu'on n'a pas envie de s'investir dans la parole parce qu' on trouve en quelle sorte que cela n'en vaut pas la peine...qu'on ne va pas se prendre la tête pour si peu
Mais c'est comme si on disait à l'autre que c'est lui qui à nos yeux n'en vaut pas la peine...
Coumarine... il y a tellement à dire sur le silence "imposé". Cette non-communication relationnelle peut vraiment parasiter les liens, mais surtout elle exprime que l'autre ne souhaite pas se rapprocher davantage (ou ne le peut pas). Savoir qu'un besoin de mots est attendu (mais est-il formulé explicitement ?) et ne pas y répondre... me laisse perplexe. Assurément cela traduit une difficulté dans le relation, mais je ne sais pas comment on peut en sortir sans passer par les mots.
Une relation sans communication, je ne vois pas ce que ça peut-être...
Silence heureux
Salut,
Je viens de lire ce texte et tous les comms qui en ont découlés...
Je suis d'accordavecce qui a été dit...le silence est complexe et bien souvent remplis de sens 'non-dit' qui perturbe l'Autre...
Mais je voulais aussi ajouter qu'il existe aussi un silence chargé de 'bonheur'...celui qui exprime tout un tas de chose...vous savez ce silence qui marque une telle osmose que les mots sont de trop pour communiquer avec l'autre...souvent avec une de mes amies nous n'avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre...tout se passe dans la communication dite non-verbale...un regard, un sourire, un silence et tout est dit !
Voilou, je voulais juste ajouter cette idée manquante...même si l'est vrai que bien souvent le silence marque une gêne...PARLEZ, COMMUNIQUEZ, AVOUEZ, ne retenez pas les mots qui vous rongent de l'intérieur...
xxx Kaly xxx
Remarque tout à fait juste, Kaly, parfois le silence est "naturel" et tout à fait bienheureux. Les mots ne se justifient pas à tout moment...
Mon billet parlait surtout du silence lorsqu'il pose un problème à un des partenaires d'une relation.
Après avoir cherché des réponses à mes questions je suis tombée sur votre texte... Il n'y a rien à rajouter ou a jeter. Merci.
Malheureusement je pense que j'aurais du le lire 2 jours auparavant, il m'aurait peut être permis de tenir encore un peu avant d'envoyer ma lettre de rupture. Je n'en pouvais plus de ce silence, blessant, vexant, pesant. Il est arrivé un jour, juste après une longue période de communication.
Je n'ai pas compris, et mes demandes d'explications restaient sans réponse. J'ai craqué au bout de 3 longues semaines sans nouvelles, et je suis encore plus mal certainement aujourd'hui car je n'ai à nouveau pas de réaction de sa part. S'en fiche-t-il? Moi qui ait appris tout le bien de la communication au sein d'un couple... Comment peut-on laisser l'autre dans l'incompréhension? Pourquoi, si c'était le cas, ne m'a-t-il pas dit clairement qu'il avait besoin de temps? S'il avait parlé, tout aurait été différent et je l'aurais laissé en paix jusqu'à ce qu'il me fasse un signe. Au lieu de ça, il a du se sentir harcelé, agaçé par mes questions, jusqu'à ce que je jette l'éponge pensant que ça me soulagerait. Voilà où nous en sommes.
J'ai peur d'avoir agit sous le coup de l'impatience, de la colère, et de l'incompréhension. Ai-je bien fait? Je ne le saurai jamais. Je n'ai pas la clé de silence soudain.
Ne pas revenir en arrière
Bonjour Gourgandise
C'est une situation très douloureuse quand l'autre entre en silence, et pire encore lorsqu'il ne répond pas aux demandes d'explication. Malheureusement il n'y a rien d'autre à faire que d'accepter ce silence et laisser l'autre libre de prendre cette distance, qui lui appartient. Toute tentative qui viserait à le forcer à s'exprimer conduit à la destruction du lien, par intrusion dans son espace de liberté personnelle.
Pour celui qui souffre du silence, la seule possibilité honorable et non destructrice pour le lien est de laisser ce silence durer. Ce qui ne signifie pas forcément se taire, mais ne rien demander. Juste manifester une présence. Et si c'est trop difficile... alors quitter la relation. Mais attention aux lettre de "rupture" qui ne sont qu'un appel déguisé, amèrement regretté s'il ne déclenche pas l'effet voulu. Dans ce cas, surtout ne pas revenir en arrière. La rupture est énoncée, et si l'autre ne répond pas... ne rien faire de plus. Laisser passer le temps et le deuil prendre sa place. Si le silencieux revient un jour... il sera bien temps de voir comment on ressent ce retour.
J'insiste: ne jamais revenir en arrière. Ce serait entrer dans une agonie intenable. Un enfer personnel qui fait beaucoup souffrir... celui qui se le crée.
je suis impresssionée
merci
là je reconnais bien le genre de texte que j'aime lire
et ça me fascinebeaucoups de vous lire, excuseer toutefois s'il ya des fautes d'ortographes car je ne suis pas française! bon mais j'adorerais relire le textreeune autre fois et si tu peux en faire ubn autre tant mieu
Ony, il se peut que j'écrive encore sur ce sujet...
silence destructeur
Bonjour,
Après la lecture de vos commentaires, j'ai été assez impressionné par la pertinence et la lucidité des propos tenus..
J'ai vécu ce que vous avez nommé un enfer que je me suis sûrement crée en lien avec un silence qui m'a littéralement détruit. Ce genre de choix peut en effet vous faire douter et vous faire retourner sur vous même et je pense qu'il ne s'agit pas simplement de combler par soi même les explications manquantes chez l'autre mais également de savoir s'écouter ce qui peut être une expérience des plus difficiles parce que la remise en question ne peut être partielle puisque le silence est totale.
Que penser des personnes qui font le choix, tout en sachant que l'autre souffre, de garder le silence. On peut en effet comprendre mais pour les conséquences que cela peut avoir sur la confiance et la nature d'une relation, j'invite à ne pas tolérer et à pardonner sans excuser.
Le "pouvoir" dont vous faîtes allusion marque peut être le relent d'une vieille blessure narcissique mais peut il s'agir d'orgueil dans ce type de situation. Est ce que ce type de sentiment a une utilité, est ce honorable? J'aurais tendance à trouver cela égoiste et en même temps c'est aussi égoiste d'avoir besoin de l'autre pour faire son "bonheur" (dans le sens de ne plus souffrir...).
Ce que j'en ai retenu du silence d'une personne qui a compté pour moi, c'est qu'il faut savoir être sûr de ses fondements et ne jamais interpréter un silence mal à propos même s'il a pour but de conférer un pouvoir et une certaine satisfaction. Qu'il soit destructeur ou méditant, je suis partisan du dialogue parce qu'il évite les flous et permet aux gens de mieux avancer dans leur compréhension d'eux même et des autres.
Le choix du silence peut avoir un enjeu trop lourd pour être un simple jeu de pouvoir et c'est à mon sens après une séparation une manière d'empêcher l'autre de faire le deuil, le retenir, le marquer. Je vois ça comme un carrefour où le quitté essaye la colère mais ne le peut pas par doute et il rebrousse chemin, il essaye la tristesse mais encore une fois, dans le doute...toutes les directions sont empruntables et l'empreinte du temps peut être plus marquante qu'autre chose.
Alors oui idéaliste a bien raison d'insister, ne jamais revenir en arrière au risque de se créer un enfer, un labyrinthe. Encore que pour faire un deuil il faut savoir continuer sans toujours avoir de réponses à ses questions.
Bonjour Angel,
Merci pour ce commentaire. Je crois en effet que chacun est responsable de ce qu'il ressent. On peut se créer soi-même son propre enfer dès lors qu'on attend quelque chose de quelqu'un qui ne veut (ou ne peut...) pas nous le donner. Or nous n'avons rien à attendre d'autrui. Chacun vit les choses à sa façon, et le silence peut très bien être ce qui semble le plus pertinent à l'autre. La seule chose à faire est d'accepter ce qui est. Moins facile à faire qu'à dire, évidemment...
Certes, se trouver face à quelqu'un qui préfère le silence tout en sachant que l'autre en souffre joue sur la relation, comme dans l'autre sens souffre celui qui sent une insistance à enfreindre le silence. C'est fortement déstabilisant.
Est-ce que le pouvoir du silence à une utilité ? Est-ce honorable ? Y répondre serait donner des jugements de valeur, émis comme si soi-même on était dépositaire d'une vérité universelle. Pour ma part je me demanderai si c'est bon pour la relation, si c'est bon pour l'amour. Je ne le crois pas. Davantage que le silence, c'est le fait qu'il soit unilatéralement imposé qui est préjudiciable à la relation. Tant que l'accord n'est pas parvenu sur silence ou parole, imposer quelque chose est mauvais pour la relation.
Je suis moi aussi partisan du dialogue, qui est la seule façon de communiquer et de trouver un terrain d'entente. Mais cette communication est difficile et demande une certaine assurance parce qu'elle peut mener à une remise en question et réveiller des fragilités enfouies. Je ne crois pas que le silence soit autre chose qu'une protection...
Peut-être est-ce aussi, comme vous dites, une façon d'empêécher l'autre de faire son deuil. En tout cas, volontairement ou pas, c'est bien une façon de retenir l'autre captif, perdu dans ses questions et en atente de réponses qui le délivreraient. Oui, le quitté essaie toutes les directions pour "comprendre" ce que l'autre ne lui donne pas comme clés.
Pierre (alias Idéaliste)
Les croyances
Bonjour Pierre,
Oui chacun est responsable de ce qu'il ressent...et de ce que les autres ressentent en relation avec ses actes et ses paroles. C'est faire preuve d'une conscience éclairée que d'être capable de remettre en cause ses propres croyances fondamentales dès lors qu'elle interfèrent avec la liberté d'autrui. Chacun est responsable de sa propre liberté en quelques sortes...j'avais coutume de croire qu'éviter à l'autre de pâtir de mes propres choix étaient un devoir, comme de croire que laisser l'autre dans l'erreur et le doute n'était éthiquement pas imaginable ni humain. Projeter sur l'autre ses propres croyances revient à se positionner comme référent en matière de vérité universelle en effet et cependant l'autre est différent. Tout repose sur cette nuance.
Suprimmez tout jugement moral et on suprimme le Mal. Pourtant malgré tout cela, si le silence est une arme alors c'est la plus faible d'entre elle. S'il est une protection alors c'est un bouclier qui détruit, qui agresse dans la violence qui est une forme d'absolu. Dans les silences on peut entendre tant de choses, et c'est une des paroles les plus difficiles à réfuter ou accepter quand elle réveille des fragilités enfouies.
Parce qu'il vous demande de trouver en vous même un silence, parce qu'il l'exige sans compromis possible et parce que votre liberté en dépend, l'autre impose quelque part ses propres croyances fondamentales aux votres et c'est là que la notion de pouvoir d'influence intervient, et c'est ici même à mon sens que l'on apprend la véritable leçon de l'indépendance et de l'autonomie et de la liberté. Une question de droit et de devoir.
Mais n'est ce pas là refuser cette dichotomie, cette regression nécessaire et fondamentale à toute forme d'investissement sentimentale.
La dépendance, l'indépendance.
Connaître la parole puis le silence de l'autre nous invite à vouloir crier à l'injustice, puis après avoir longtemps tergiversé avec soi même, avec ses propres mots, on en vient à souhaiter le silence en soi. Plus facile à dire qu'à faire oui...mais le plus beau je crois aujourd'hui est d'y parvenir puis de retrouver la parole en soi.
Une parole différente de ce qu'elle était.
Alors oui les gens peuvent changer et c'est la seule chose qui puisse légitimer un silence.
Malheur à celui qui n'a jamais connu le silence j'ai envie de dire. Parce qu'un jour ou l'autre il souffrira.
Et comme croyance fondamentale acquise lors de cette expérience, je rajouterais ne pas faire payer aux autres les conséquences de mes propres choix.
Fascinant
Je viens de lire ton texte Idéaliste aprés avoir subit 72 h de silence de la part de mon partenaire. Je ne regrette certaine pas de l' avoir lu car ma tête balancait à l' idée de rompre ce silence qui m' est imposé ou pas. Je suis totalement d'accord avec vous qu' il faut respecter la décision de l' autre afin d' éviter une situation catastrophe.
Je me suis tout à fait trouvé dans le premier type de silence car me sentant frustrée j' ai eu des réactions agressives qui me confère la situation du quittant. Sa réplique a été de se replier sur lui pour certainement éviter d' autres tensions.
Cette situation ne m' arrange pas mais à la lecture de votre texte sur le silence, j' ai compris qu' il ne faut pas le bousculer ou essayer de réparer au risque de tout casser.
Je pense qu' au delà de l' importance de la communication, si la parole est souvent d' argent, le silence est d'or.
Je souhaiterai avoir l' occasion de vous lire assez souvent sur d' autres sujets.
silence de mort ?
Je souffre l'enfer du silence de l'homme que j'aime. Depuis 5 mois, je lui adresse des lettres tous les 10-15 jours, parfois je reste dans le quotidien, parfois, j'essaie de faire avancer la réflexion parfois je me montre plus légère ou poétique. Il ne répond pas, au téléphone non plus, même si je laisse des messages pour lui demander des nouvelles. Je le connais depuis 30 ans. Il reprend toujours contact avec moi et ces moments sont merveilleux. Je crois qu'il m'aime. Il s'est enfui bouleversé quand je lui ai dit il y a 1 an que je l'aimais depuis 20 ans. Je lui ai écrit que ces silences étaient mortifères, nous en avons fait déjà l'expérience mais cela n'a servi à rien. Il devait me rappeler un jour d'octobre et depuis silence... Je n'ose pas aller le voir à 600 km de peur qu'il me jette dehors..
L'enfer du silence
Traversieres, la formule est expressive : « l'enfer du silence ». Oui, le silence de l'être aimé nous plonge dans un enfer... Et pourtant, personne ne nous oblige à y rester. Alors pourquoi ? C'est l'occasion de se demander de quelle façon on aime, et "qui" l'on aime (celui qu'il est réellement ou une représentation idéalisée ?).
Quand l'être aimé préfère le silence, l'aimer c'est le/la laisser agir selon ses préférences. Et même disparaitre s'il/elle le souhaite. Pourquoi est-ce si difficile ? Là c'est en soi qu'il faut chercher...
Qu'attendez-vous de cet homme ? Qu'espérez vous ? Vous lui donnez quelque chose de vous (des lettres, des pensées, de l'amour). Il le reçoit mais n'y répond pas. Aurait-il peur de vous et de vos élans vers lui ? A vous de voir si vous supportez cette situation, et jusqu'à quand. Ce qui me désole, c'est que vous le viviez comme un enfer.
Je vous souhaite de trouver le moyen d'en sortir :)
Le silence est destructeur sans explication
je peux comprendre qu'une personne n'ait pas envie de parler mais elle doit aussi clairement l'exprimer. Dire : je n'ai pas envie de te parler pour l'instant est bien moins destructeur que de ne rien dire.
J'ai remarqué que plusieurs utilisent le silence comme un moyen de vengeance quand on leur demande de s'expliquer. Le silence est un non respect de l'autre quand il est imposé et qu'on ne peut rien y faire.
Bonjour Simone. En effet "destructeur" est bien le mot approprié. Autant le dialogue construit, autant son refus détruit. Non seulement il est destructeur pour la relation, mais aussi pour la personne qui se trouve face à ce mur.
Cependant je peux supposer que certains silences traduisent aussi une incapacité à verbaliser, un sentiment d'impuissance face à l'inexplicable. Par exemple lorsque la volatilité des sentiments transforme du tout au tout une dynamique relationnelle.
Je crois cependant que ce genre de silence est aussi un aveu de faiblesse, une fuite qui, parce qu'elle laisse l'autre désemparé, n'est pas particulièrement admirable.
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