30 mars 2006
Différent mais pas seul
Auparavant je me sentais un peu "spécial", à me poser des tas de questions sur l'existence et les relations humaines. Je me demandais si c'était normal de tant analyser, de ne pas me retrouver dans nombre de conversations insipides. Je me sentais en décalage, je ne trouvais pas ma place.
Depuis que je lis d'autres que moi écrire des pensées similaires, j'ai compris que j'avais de nombreux pairs. Chacun à sa façon décrit une part de mal-être et une volonté d'en sortir. Une lutte pour s'affranchir d'un passé ou d'un présent douloureusement vécus. Souvent en rapport avec l'enfance, l'éducation, le milieu familial, ou des rencontres sentimentales qui sont devenues inadéquates. Mais tout est évidemment lié...
En fait, plein de gens semblent avoir des réflexions sur eux-mêmes, et un fort désir d'entrer en relation avec autrui. Même si c'est parfois compliqué. Ou peut-être justement parce que c'est compliqué d'entrer en relation avec l'autre, à la fois semblable et pourtant toujours différent. On se trouve parce qu'on croit se reconnaître, et inéluctablement on se découvre différents. Parfois trop différents. Incompatibles. Déception, tristesse, lorsqu'il s'agit de rencontres amoureuses dans lesquelles on s'était laissé allé à espérer. Peut-être parce qu'on était pas encore mûr, ou que l'autre ne l'était pas.
J'ignore si avec le temps l'exigence tend à s'accroître, parce qu'on se connait mieux, ou à diminuer parce qu'on est plus réaliste. Sans doute un peu des deux. Toujours une question de subtile alchimie.
En lisant toutes ces vies, toutes ces luttes et conquètes vers le "être soi", je me demande si cela correspond à une certaine représentativité ou bien si ceux qui écrivent leurs pensées sur le net sont plutôt des personnes en recherche, faussant ainsi les proportions. Je vais finir par me demander si derrière la facade de chaque personne que je rencontre ne se cache pas une intériorité tourmentée...
Mais en même temps je lis beaucoup de victoires, d'espoirs, de persévérance. Ce n'est pas parce que certains parcours ont été difficiles qu'il y aurait une résignation. Il semble que de la tourmente naît toujours une volonté de mieux faire pour la suite de l'existence. Se remettre debout, même après des épreuves. Je trouve cela très encourageant.
Peut-être que je me montre assez ignorant en exprimant cet étonnement, mais il n'y a que peu d'années que j'entre en contact de façon suffisamment proche pour avoir accès à l'authenticité des personnes. Peut-être est-ce une question d'âge ? Quoique je ne vois pas de net changement avec mes fréquentations les plus anciennes.
Finalement je me sens toujours en décalage avec pas mal de gens, mais je sais que je ne suis plus seul. Et rien que ça, ça me donne envie d'affirmer cette différence. C'est d'ailleurs ce qui me permet d'entrer en contact avec ceux chez qui cela déclenche une résonnance...
Courage ou lâcheté ?
Tssss, c'est pas une heure pour écrire ! Tout ça c'est de la faute à Tristana, qui m'a fait découvrir deux blogs qui m'ont remué. Parce que c'est un peu de mon histoire [mes histoires...] que j'y lis, vue de "l'autre côté". Histoires de séparation, de désamour, de déliaison, de désir envolé. Le tout raconté avec pas mal d'humour (ça adoucit la douleur...).
Lamère :
« il est tristounet le pauvre parce que je n'étais pas souriante à son départ mardi matin ! il aurait aimé qu'avant de partir je vérifie le niveau d'huile dans sa voiture...? mais lui, il ne sait même pas qu'il faut de l'huile dans une voiture !
eh bien hier matin, non, je n'ai pas été garagiste, je ne me suis pas maquillée au cambouis...et ça me va beaucoup mieux ! »
Aloysis :
« Et puis pourquoi prendre à droite et garder à gauche ? Ce que je suis en train de vouloir comprendre, c’est pourquoi m’obstiner à préserver mon couple qui ne bat que d’une aile : la mienne ? »
C'est un peu de mon histoire, et parfois je m'y vois avec un rôle peu reluisant. Je ne sais jamais si ma façon de procéder tient d'avantage du courage ou de la lâcheté. Probablement des deux, le courage permettant de faire passer la lâcheté en douce.
En fait ce n'est pas que je sois lâche (du moins je ne crois pas...), mais que mon courage a besoin de temps pour s'exercer. J'ai du mal à "lâcher" tant que je ne tiens pas une prise qui me paraît solide. Et par ailleurs je ne lâche pas non plus à la première bourrasque. Tenir, s'accrocher, c'est à double sens.
Je me demande toujours si le courage c'est de tenir ou de lâcher (quitter). C'est vraiment une question qui me taraude depuis longtemps.
Je ne parviens pas à y répondre sans y inclure la notion de temps, sans que cela m'éclaire davantage.
Je crois que ce qui compte c'est le mouvement. Ne pas rester dans l'immobilisme. Là serait la lâcheté.
Quoique...
En fait la question est: avancer lentement, c'est être un aventurier au petit pied, ou faire preuve de sagesse et de discernement ? Et si c'est bien d'avoir un objectif, n'est-ce pas tout aussi intéressant de prendre le temps d'y parvenir ?
Ouais... pas trop de temps quand même. Car n'oublions pas qu'au bout, pas très loin, la "boite en sapin" nous ouvre son couvercle.
29 mars 2006
Vite dit
Là, juste prendre cinq minutes pour écrire que je me sens bien. Rien n'a changé dans ma situation, mais il y a des moments où je me sens en forme. Peut-être que je m'habitue ? Ou alors c'est parce que j'ai fait quelques pas de fourmi et que ça fait du bien d'avancer...
L'immobilisme, quelle horreur !
28 mars 2006
Bonsaï
Coumarine a récemment écrit qu'elle détestait le mot "bonsaï". Pour ceux qui connaissent ma profession, ce mot ne pouvait que me faire cogiter.
C'est quoi un bonsaï ?
Une atrophie artificielle. Une contention, une maîtrise, une contrainte permanente. Certains parlent de torture. Raffinée et esthétique, certes, mais torture quand même. Ce dont se défendent évidemment ceux qui exercent cet "art".
Je suis très mitigé sur le sujet. Certes un bonsaï demande des soins constants, une très bonne connaissance de sa physiologie, et donc nécessite beaucoup d'amour d'attention. Mais à l'inverse c'est aussi une forme de domination absolue. Sans soins le bonsaï meurt. Il dépend entièrement de celui qui le soigne tout en le maltraitant. Tiens... ça me fait penser à la maltraitance des enfants. Ce lien de folie qui interdit de haïr le bourreau qui leur permet de vivre...
Un bonsaï c'est avant tout un grand arbre qu'on empêche de grandir. On le nanifie artificiellement, tout en l'obligeant à prendre la forme, parfois invraisemblable, qu'on veut qu'il ait. On lui donne l'apparence d'un beau et vieil arbre vénérable, mais on l'empêche de le devenir librement et vraiment. C'est une caricature d'arbre. Une caricature de vie. Et pourtant, certains bonsaïs sont de véritables oeuvres d'art. Ils sont rares...
En fait il existe des "bonsaïs" naturels. Ils poussent dans des enfractuosités de rocher, battus par les vents, dans des conditions de survie extrême. Ce sont des arbres-pionniers, des arbres-héros qui s'accrochent à la vie parce qu'ils ont une résistance particulière. Ils sont nains, mais parce qu'ils ne peuvent faire autrement. Ils ne demandent qu'à croître dans l'étroit espace de vie qui s'est offert à la graine. Un peu comme ces hommes qui survivent dans des lieux désertiques parce qu'ils sont nés là.
Mais le bonsaï "artificiel", celui qui a été maîtrisé par l'homme, n'a aucune liberté. Aussitôt qu'il tente de se développer on le rabaisse. On le taille, on le coupe, on le tord. Et pour restreindre encore ses envies de grandir, on taille aussi ses racines nourricières. Coupé en haut, coupé en bas, coupé sur les côtés. Orienté, mutilé. Mais avec amour...
Oui, d'une certaine façon c'est beau, un bonsaï bien soigné, qui a déjà vécu des décénnies. Arbre miniature il nous place à une autre échelle. On le domine, ce chétif. On est géant à côté de lui, ou bien on peut s'imaginer minuscule à côté de lui. Quelques instants...
Je ne sais pas trop pourquoi, mais en lisant la remarque de Coumarine je me suis dit que j'étais peut-être un peu comme un bonsaï qui chercherait depuis longtemps à devenir le grand arbre qu'il peut potentiellement être. Car si on lui rend sa liberté, il retrouve une croissance tout à fait normale. Mais c'est un peu comme si je ne parvenais pas vraiment à oser élancer mes branches, trop habitué à ce qu'elles soient taillées dès qu'elles tentent de s'émanciper. C'est comme si je cherchais le sécateur qui allait me trancher, me contenir, me rabaisser, me maîtriser. M'humilier. Comme si j'étais inquiet des soins qu'on pouvait m'apporter ou me soustraire, oubliant que je peux vivre sur mes propres racines et puiser moi-même ma nourriture et l'eau qui m'est nécessaire.
Non non non, je ne veux plus jamais être un bonsaï !
C'est du solide !
En écrivant ici, théoriquement je n'ai à me justifier de rien. J'écris si j'en ai envie, si j'en ai le temps. C'est chez moi et je fais ce que je veux. Na !
Euh... ouais. Sauf que c'est pas mon genre. Je crois que je ne sais pas être comme ça. Je ne suis pas assez égoïste pour cela. Et honnêtement... j'ai pas envie de l'être. Tant pis [ou tant mieux...], je crois que je resterai toujours attentif aux autres et soucieux de ce qu'ils peuvent ressentir. Je dis bien "ressentir", et non pas "penser". Car je ne suis plus [ou de moins en moins...] dans une écriture qui se préoccuperait de ce que les autres pensent de moi. En fait, je m'en fous un peu. Je sais que vous, qui venez me lire, trouvez quelque chose qui vous plaît. Il est probable que c'est une part de vos préoccupations que vous trouvez dans mes lignes, comme je le fais lorsque je lis les autres. Et puisque vous me faites le plaisir de suivre mon cheminement, je ressens le désir d'expliquer la réduction actuelle de mes écrits.
D'abord dire que je remonte la pente. L'évènement qui m'avait très fortement perturbé/contrarié/attristé, il y a quelques semaines, voit son impact diminuer très largement. Mes pensées et émotions ont beaucoup évolué et tout cela m'a permis de devenir plus sûr de moi et de mes convictions. J'ai émergé et je me sens globalement de mieux en mieux !
Alors pourquoi n'écris-je pas ? Tout simplement parce que je travaille beaucoup certains jours. Y compris le week-end. Je n'ai alors plus beaucoup le temps de penser, et donc de stimuler mon écriture. Et puis... peut-être une envie de changer. Envie de vivre plutôt que décrire. Ressentir plutôt qu'expliquer. Et aborder des sujets dans un champ plus élargi. Mon écriture évolue en même temps que moi...
Tout d'un coup les relations d'amitié, la solidarité qui s'y attache, sont venues sur le devant de la scène de mes pensées. D'une part parce que j'intègre que je compte pour certaines personnes; je me sais apprécié pour ce que je suis. D'autre part parce que ces mêmes personnes comptent pour moi. Je leur fait confiance et j'aime les échanges que nous avons. Ça peut paraître tout bête d'énoncer ce genre de choses, mais pour moi, qui n'avait pas de vraies amitiés au sein desquelles je pouvais m'exprimer en confiance, c'est quelque chose de très long à intégrer. Il me faut beaaauuucoup de temps. Non pour croire à la valeur de ces contacts, mais pour croire en leur pérénnité. C'est comme si j'avais enregistré qu'à la longue chaque relation que je noue finirait par s'étioler et disparaître. Que je serais "abandonné". Mauvais souvenirs d'adolescence, au moment où j'apprenais la valeur des liens...
Depuis cette époque marquante, qui m'avait conduit à l'isolement (plutôt être seul que de souffrir encore de l'abandon !), il m'est arrivé plusieurs fois de voir des liens se distendre. Je ne le vois plus comme quelque chose de gravissime, mais cela me blesse toujours un peu. Parfois j'ai un peu insisté, mais les espoirs déçus à répétition finissent par éteindre mes initiatives. Je ne suis pourtant jamais fermé à une reprise de contact, mais il faut alors que ce soit l'autre qui fasse la démarche, et avec une véritable investissement. Si c'est juste pour se donner des nouvelles... ça ne m'intéressera pas longtemps.
Loin de ce genre de choses je dois bien constater, presque incrédule, que certaines amitiés durent maintenant depuis des années, et ne semblent pas près de s'éteindre. C'est du solide !
Solide... solidaire. Aviez-vous remarqué que les deux mots ont la même origine ?
Solidaire... solitaire. Ces deux-là n'ont en revanche aucun point commun. Une seule lettre fait toute la différence. Pourtant, c'est parce que je deviens "solitaire" que je m'ouvre aux autres. Auparavant je ne m'étais ouvert que vers une seule autre, qui était mon tout: amie, confidente, épouse, amante. Trop pour une seule personne. En prenant un peu de distance, j'ai alors découvert la diversité de l'altérité, avec un grand plaisir. Mais c'était peut-être l'inverse: la rencontre de la différence m'a certainement permis de m'émanciper de celle avec qui je partageais autrefois mon existence de façon un peu trop fusionnelle.
Je crois que j'y ai beaucoup gagné.
Même si ma façon d'investir les liens d'amitié [voire d'amitié amoureuse...] demande encore quelques réglages...
Le moment venu
En laissant le temps au temps, même les choses compliquées deviennent simples, et évidentes. Alors c'est le bon moment pour que ça change.
Maintenant j'en suis à ce "bon moment". J'ai envie d'investir une nouvelle vie, de prendre mon envol en solitaire. Je suis prêt. Le moment est venu. Le moment est là.
L'inquiétude face à la dissociation du couple s'est considérablement allégée et est devenue tout à fait surmontable. Je n'ai plus vraiment de craintes. Je ne suis pas seul, avec plusieurs amitiés solides. C'est quelque chose que je ne connaissais pas il y a seulement cinq ans. Je ne dépends plus d'une seule amie-épouse-confidente, mais me suis enrichi d'amitiés multiples et différentes.
Je commence à mesurer cette richesse, et à en apprécier toute la valeur.
Finalement, il suffit que j'accepte de me voir comme "aimable"...
24 mars 2006
Amitiés solidaires.
Je crois que ne pas écrire est une façon d'éviter d'aborder certains sujets dont je ne veux plus parler publiquement. Et puis... peut-être est-ce aussi une question de respect des lecteurs: pas envie d'étaler une tristesse, un mal-être. Ah la la, je préfererais tant avoir un ton plus léger, plus universaliste, plus ouvert aux autres...
J'aimerais que vous ayez plaisir à venir sur ce blog, et y trouver quelque chose qui vous apporte du bon.
Tant que je suis trop préoccupé par mes problèmes personnels je sais que je ne peux pas "donner" de moi. Je me méfie de la tendance exutoire vomitive de mal-être. Et puis... je ne souhaite pas donner une fausse impression de plainte: ce que je vis est difficile, certes, mais je ne me plains pas... euh... tant que c'est choisi ou accepté et que je sens que je peux avoir prise sur ce que je deviens [le lecteur perspicace notera que mon dilemme d'écriture se situe précisément là puisque je ne veux pas écrire sur un sujet qui, précisément, échappe largement à mon pouvoir...]
A ces moments-là j'ai peu de contacts avec l'altérité. C'est certainement préjudiciable, en plus de n'être pas très sympathique. En circuit fermé je manque de l'oxygène que peuvent m'apporter les idées des autres, et toute leur part vivante. Mais je n'ai aucune envie de venir avec ma problématique et d'envahir les liens d'affinité avec ça. Il y a vraiment des moments où je crois préférable d'être seul. Tant que ça ne dure pas trop...
En fait j'ai un peu du mal à oser compter sur les personnes qui m'apprécient. Je n'ai pas l'habitude des liens d'amitié et préfère ne me montrer que lorsque je vais suffisamment bien. Mais à l'inverse je sais que j'apprécie beaucoup quand une personne amie se tourne vers moi pour évoquer ses soucis personnels. Je suis toujours touché par une telle marque de confiance. Alors... pourquoi est-ce que je n'agis pas ainsi réciproquement ? [ben oui, gros bêta !]
Hier, j'ai eu une très longue première conversation téléphonique avec une blogueuse-amie, à son initiative. Cela a été un réel plaisir que d'échanger de vive voix. D'autant plus que la sienne, de voix, était très douce et agréable à écouter. Je suis toujours heureux des échanges un peu plus sensoriels et directs que ceux de l'écrit. Je me demande pourquoi je n'ose pas davantage en prendre l'initiative...
23 mars 2006
La tentation de l'isolement
Je vois qu'on s'inquiète un peu de mon silence, assez inhabituel. Je suis toujours touché par ces marques d'amitié et de sollicitude qui me sont faites.
Il est vrai que suis un peu éloigné du cybermonde en ce moment. Je lis peu, ne commente presque plus, n'écris plus. Pourtant rien de grave: je ne suis pas au fond du trou, ni dans quelque phase dépressive [quoique...]. Mais je me rends bien compte que je m'isole... Je me replie sur moi et ce n'est pas toujours une bonne chose, même si ce silence me permet de me "retrouver".
En fait il y a une conjonction de facteurs. D'abord la reprise d'une activité professionnelle qui occupe largement mes journées [ça, c'est la raison officielle, et réelle].
Ensuite... il y a comme un besoin de prendre du recul avec le monde virtuel, que je désinvestis [provisoirement ?]. Sans doute le contrecoup d'une grande amitié sentimentale qui s'était développée dans ce monde et m'a mis face à d'importantes désillusions : les pièges de ce mode de communication à distance semblent incontournables, même en les connaissant. Il semble que je n'ai pas su tous les éviter avec ma partenaire, conjuguant nos craintes inconscientes au lieu de les apaiser. Chacun est parti dans des projections, contribuant à réaliser ce qui était redouté de part et d'autre. Je considère cela comme un grave échec communicationnel, particulièrement troublant pour moi vu mon investissement dans ce domaine et les espoirs que je fondais sur l'authenticité que cela semblait permettre. Sans doute suis-je allé trop loin dans le désir de transparence, et j'y ai davantage perdu que gagné. Du moins à court terme. Il me faut maintenant réétalonner mes références. Me réajuster. Être plus prudent.
Par ailleurs, je suis dans une période troublée et préoccupante: ma séparation conjugale entre dans sa phase pratique. Tout se passe au mieux puisque préparé et réfléchi de longue date, accepté, confirmé, validé, mais ça reste quelque chose d'inquiétant.
Simultanément, et ce n'est certainement pas un hasard si je l'ai choisie à ce moment de mon existence, la formation que je suis, centrée maintenant sur la psychologie de l'adolescent, aborde beaucoup les notions de "perte", de "séparation", et des nécessaires conflits qui les accompagnent. Moi qui ai toujours voulu éviter les conflits, j'apprends beaucoup... Il est aussi question de changements, de deuils, de communication difficile, de limites personnelles, de mise en mots... Beaucoup de résonnance, donc, tant avec mon adolescence incomplète, celle de mes enfants, et... la crise d'adolescence tardive que je vis actuellement, avec toutes ses conséquences. Tout cela me remue en profondeur, et m'épuise littéralement (je dors beaucoup). Il y a un énorme travail de fond qui se fait, préparé et éclairé par le long et profond travail de thérapie que j'effectue depuis des années.
Et puis bon... des deuils deviennent flagrants simultanément: le rôle parental s'achève, la cellule familiale se disloque avec des enfants qui s'émancipent toujours plus. C'est toute une "mission" qui se termine. Des projets lointains, aussi, qui meurent avec la séparation conjugale. Le renoncement à certains biens matériels à connotation affective (la vieille maison où je vis).
Inutile de cacher, bien sûr, que l'éloignement très significatif qu'a choisi mon amie de coeur, avec tous les bouleversements que cela peut induire dans le rapport que j'entretenais avec elle, me préoccupe largement. C'est même cette problématique qui me perturbe le plus dans tout ce que je vis actuellement...
Bref, l'ensemble de ces préoccupations fait que ça brasse, ça cogite, ça remue. Et ça ne peut pas s'écrire. C'est un travail personnel, assez peu partageable au présent. Je crois que je pose là de solides bases pour mon avenir, et notamment au niveau professionnel qui, résolument, s'ancre dans la relation d'aide. Je sais que c'est parce que je m'occupe de mon vécu personnel maintenant que je pourrai être ouvert à celui des autres ultérieurement. C'est un travail nécessaire pour avoir la capacité d'écouter sans projeter ses représentations. J'apprends à prendre de la distance, et ça ne peut que m'être bénéfique.
16 mars 2006
Entre net et flou
Un couple de collègues-amis est en train de déménager, domicile et entreprise. Connaissant l'ampleur du travail pour être passé par là il y a une dizaine d'années, je leur ai proposé un coup de main. Ma future-ex-épouse, qui les connaît bien, s'est jointe à moi. Une journée de dépaysement au bout d'un chemin dans les sèches collines d'Ardèche, puis transfert plus au sud dans la vallée du Rhône où les pêchers seront bientôt en fleurs. Le tout sous un soleil radieux, malgré un air vif.
Après cette journée très conviviale, durant laquelle nous avons autant bavardé que travaillé, Futurex et moi avons repris le chemin du retour. Moment d'échange nos points de vue sur le nouveau cadre de vie de nos amis. Inévitablement voir un couple faire de nouveaux projets au moment où nous nous séparons nous amène à quelques réflexions: pour nous ce genre d'enthousiasme commun est devenu sans objet. Avec, plus ou moins avoué, un sentiment d'échec...
Futurex me confiait ressentir une certaine tristesse, sans bien en identifier l'origine. Finalement elle s'est rendue compte que c'était en songeant à ce couple dont elle pressentait qu'elle ne suivrait pas l'évolution dans le temps. Pour la simple raison que le milieu professionnel dans lequel j'évolue ne fera bientôt plus partie de sa vie. Elle aime beaucoup ce milieu particulier de spécialistes un peu fantaisistes, vivant presque tous assez chichement d'un métier qui les passionne.
Rien ne l'empêcherait de continuer à en faire un peu partie... si ce n'est qu'elle ne s'y sent plus à sa place. Nous n'avons plus de vie commune et elle ne sent pas très à l'aise dans ce qui devient "ma" vie. Elle n'a plus de légitimité à m'accompagner. De fait, avec le temps qui passe et l'officialisation de notre séparation, sa présence peut paraître surprenante.
Pareillement je sais que ma présence a étonné, cet été, lors d'un grand rassemblement de cousins dans sa famille, tout comme lors des funérailles d'un des membres de cette famille... qui n'est plus vraiment la mienne par alliance. Personnellement je ne vois aucune raison de m'éloigner de personnes que j'apprécie sous le prétexte que je ne ferais plus partie "officiellement" de cette famille. Cependant je crains que cela puisse être perçu comme une forme de provocation, ou une attitude déplacée.
Ainsi Futurex et moi ressentons vaguement que certains liens vont probablement devoir être abandonnés parce qu'il devient compliqué de les maintenir en commun. Créer des occasions en solitaire est plus difficile quand l'habitude de rencontres en couple est prise depuis l'origine. Par contre nous le vivons pas de la même façon: pour elle c'est une nécessité choisie d'éloignement, alors que moi je le ressens comme une nécessaire adaptation, subie, à un regard social. Et si, dans une certaine mesure, je me fous de ce regard-là, le fait que Futurex ressente le besoin de distance résoud le problème...
De multiples façons nous constatons cette façon différente de vivre les liens affectifs: elle a besoin que les choses soient assez nettes et sans ambiguités, tandis que les flous et entre-deux ne me posent aucun problème, du moment que les choses sont claires. A moins que ce ne soit une question de différence temps de maturation et d'adaptation aux changements ?
14 mars 2006
Insomnies
L'aube pointe à peine son nez, la pleine lune se couche... et moi je me suis levé après avoir tourné et retourné dans mon lit: insomnie. C'est de plus en plus fréquent, alors que j'ai toujours eu un sommeil de plomb. Parfois je reste dans un semi-sommeil agité, mais là, depuis 5h ce matin c'était la vraie insomnie, avec les pensées qui défilent dans la tête. Alors en comprenant que le sommeil ne viendrait plus, je n'ai pas insisté.
A quoi je pense ?
A ma vie qui est dans un sacré bordel. A cet homme qui ne parvient pas à le devenir. Crise existentielle tardive, profonde, d'un rêveur qui se cogne aux limites de la réalité. J'ai voulu "vivre libre", "exister par moi-même", "voler de mes propres ailes", et... ben voila, j'y suis ! Autant d'aspirations salutaires, pour quitter un reliquat de post-adolescence mal émancipée, mais qui m'ont mis face à moi-même. Je suis bien un adulte qui ne l'est pas vraiment. Il me faut grandir et trouver le sens de ma vie, au moment où beaucoup de mes repères ne sont plus valables. Désorienté, en recherche, ne pouvant plus m'appuyer sur les personnes dont je dois me détacher, je ne peux (et ne dois) compter que sur moi-même. C'est l'évidence, mais je crois que je n'en avais pas vraiment conscience...
Je me perds en tergiversations, qui pourtant me permettent de trouver ma route dans ce brouillard qu'est devenu mon avenir. Je cogite, je décortique, j'analyse... et je ne vis pas vraiment dans cette soupe constamment agitée. J'avance, j'avance... mais vers quoi ?
Je m'étais lancé dans le vide, aspiré par l'appel d'un élan de vie... et je me retrouve dans le vide sans élan. C'est un peu con comme posture. J'ai compté sur des solidarités qui ne pouvaient plus exister: quand on veut vivre sa vie, on s'assume tout seul. Euh... je crois que j'avais mal préparé cette deuxième condition. Mais peut-être que tout cela n'était qu'une façon de me faire bouger. Cet élan de vie était "vital" et j'ai bien fait de le suivre. Ne pas le faire aurait été me résigner à "mourir vivant". Peut-être que le vide dans lequel je suis est la meilleure façon de trouver qui je suis et ce que je veux faire de ma vie. Seul, sans entraves... ni filet de protection. La vraie vie quoi. Celle où on est seul face à soi-même.
En écrivant tout cela je pense à ces autres hommes qui, comme moi, se retrouvent à peu près au même âge face à une réalité qu'ils n'avaient pas envisagée sous cet angle. J'ai voulu vivre libre... je le suis. Et maintenant démerde-toi ! Plus possible de revenir en arrière, on ne grandit qu'à sens unique. J'étais en couple et j'ai voulu grandir "seul". C'était très bien d'oser faire ce pas, s'il était nécessaire, mais il faut le faire jusqu'au bout.
Mes anciens soutiens me poussent unanimement, plus ou moins gentiment, vers où je dois aller... seul. Moi seul peut faire mon chemin, et en solitaire. En homme qui s'assume, quoi.
C'est pas facile, mais le résultat en vaudra la peine.
En attendant... c'est un peu inquiétant.
Parce que j'suis pas encore un homme...
