Ce matin j'appuie sur le bouton de mon fidèle ordinateur. Normalement une jolie lueur bleue accompagne la mise en route de la bête. Cette fois rien.

...

Je recommence, et toujours rien.

...

Ouille...

Je vérifie quand même l'alimentation, au cas où... On ne sait jamais, si le cable s'était débranché tout seul pendant la nuit. Je recommence. Encore... Non, décidément, ça ne démarre plus. Zut. Bon, un peu d'esprit logique me fait penser que ce n'est peut-être qu'un problème d'interrupteur. Que ce n'est pas le disque dur qui est mort (arghhh!!!). Je prends ça avec philosophie. Aidé, je dois le dire, par la présence d'un autre ordinateur à la maison. Je suis encore connecté au monde !

Je pense à ma dernière sauvegarde sur CD, datant d'un mois, ce qui limite les dégats. Oui, mais ai-je bien tout sauvegardé ? Non, pas un texte écrit hier soir, par exemple.

Regardant cette caisse métallique grise, paraissant soudainement très bête quand elle ne ronronne plus, je songeais à ma dépendance d'internet. Et si je devais m'en passer, maintenant, comment ferais-je ? Quelle serait ma vie si je devais revenir au temps où je ne pouvais communiquer qu'avec des personnes connues de longue date, ou celle que je rencontre lors de mes rares déplacements ? Assurément ce serait assez frustrant...

Certes je retrouverais du temps, pour faire autre chose, pour vivre autrement. J'y gagnerai certainement une forme d'insouciance. Je regarderais avec recul cette époque d'internet en songeant que j'y brûlais une part de ma vie. J'oublierais pas mal de monde, et je serais oublié très vite, comme tant d'autres qui ont disparu.

Et si je saisissais cette occasion pour disparaître ? Ou pour renaître ailleurs, différent. La tentation n'est pas nouvelle. Parfois je suis las de cette peau, lourd d'un passé que j'ai l'impression de traîner. L'envie de rayer cela d'un simple clic me titille de temps en temps. Mais d'un autre côté mon désir d'authenticité me fait tenir à ce que je suis, sans cacher mon passé et mes erreurs. Je suis cela, je l'assume. Tout mon passé sur internet est en ligne, accessible. Sept ans de réflexions, d'avancées, d'erreurs. L'aveu de mes limites, de mes failles, de ma méconnaissance de moi-même, des illusions dont je me leurre.

En début d'après-midi, sans conviction, j'essaie une nouvelle fois d'appuyer sur le bouton de la lueur bleue [.] Bzzmmmmmm.... ça démarre, comme si de rien n'était !

Et me revoila derrière mon clavier à tapoter frénétiquement mes réflexions. Comme d'habitude. Ce n'est encore pas cette fois que je disparaîtrai.

Moralité (à usage personnel) : quand quelque chose qui tient à coeur ne fonctionne pas inutile de s'énerver ou d'imaginer le pire. Soit il y a d'autres alternatives tout aussi intéressantes, soit le dysfonctionnement n'est que temporaire. Dans les deux cas il n'y a rien de grave.

neige07mars30

Petit retour d'hiver, hier soir.
(aujourd'hui la neige sur l'herbe tendre à presque disparue)