Les commentaires post-1er tour de la campagne éléctorale vont bon train dans la blogosphère. Je lis avec un intérêt certain, mais ne me sens... comment dire... pas vraiment concerné. Je n'ai pas d'opinion vraiment définie, hormis pour ce dont je ne veux pas. Mais pour le reste...

Par exemple, la question de l'intérêt d'un clivage gauche droite nettement marqué ne m'excite guère, moi qui suis plutôt adepte des compromis et consensus et partisan d'une ouverture aux idées de l'autre.

Je ne peux m'empêcher de voir les choses à une autre échelle, tant géographique que temporelle. Ce microcosme franco-français me semble tellement dérisoire. Les idées qui me paraissent essentielles semblent tellement oubliées que j'en suis consterné, bien que désabusé depuis longtemps.

Quoique réaliste, je reste un utopiste : je sais que le monde ne changera pas, mais je continuerai à essayer de le changer. Ou du moins à agir, à mon échelle, dans le sens qui me semble être le bon.

Il y a beaucoup d'urgences, et beaucoup de raisons de manifester son mécontentement, voire sa colère ou sa révolte. C'est tout à fait justifié. Mais il y a aussi un certain nombre de revendications qui tiennent du confort individualiste. J'aime pas trop...

Par exemple, ma profession me fait cotoyer des employeurs, chefs de toutes petites entreprises... dont je comprends les incompréhension lorsqu'ils évoquent l'attitude de certains de leurs employés. Mais je cotoie aussi des employés, et comprend les récriminations à l'égard de leur patron. Personne n'a 100% raison, ni 100% tort. Or c'est un peu le discours qui prévaut de chaque côté...

Je regarde aussi cette société de consommation qui aliène tout ce petit monde, pour qui l'existence semble se résumer à avoir toujours plus... Plus d'argent, plus de biens, plus d'existence grâce à la possession de quoi que ce soit, pouvoir ou biens matériels. L'avoir plutôt que l'être.

Je fais partie de ceux qui considèrent que ce monde est fini (dans les deux sens du terme). Alors les débats en cours, pour moi ils sont à côté de la plaque. L'urgence n'est pas là... Pas que là (parce que bien sûr elle est aussi là...).

Aujourd'hui j'étais en visite technique, avec mes élèves, dans la région méditérranéenne. Nous y avons rencontré un patron qui cherche à améliorer des coûts de productivité pour résister à la concurrence étrangère. Ses produits sont d'une qualité... qui convient à ses acheteurs, recherchant le plus bas prix possible. Le résultat est assez médiocre, mais qu'importe. Course au bas prix davantage qu'au profit, souvent dans le seul but de faire exister une entreprise, investir pour rester compétitif, et payer le personnel. Un métier comme un autre qui répond à une demande. Il n'est pas à blâmer ce patron, qui ne roule pas sur l'or. Comme bien d'autres il aura du mal à trouver du personnel qualifié, parce que ce métier est considéré comme peu attractif : trop fatigant...  On peut comprendre qu'un métier pénible n'attire pas les jeunes. Ils ne sont pas à blâmer non plus. Quant aux employés, peu payés parce que les marges de productions sont insuffisantes, ils n'ont pas de raisons de s'investir au delà du minimum. On ne peut pas les blâmer non plus...

Ils n'ont pas de chance, il ne s'agit pas d'un secteur dit "porteur" à l'époque d'une surconsommation des ménages qui dépensent sans compter dans une supposée amélioration constante de leurs biens matériels, aspirés dans le système sans s'en rendre compte.

Certes, tout cela est préoccupant...

Mais un peu plus tard, au cours d'une autre visite, quelque chose m'a beaucoup plus sensibilisé : « ici nous essayons les plantes qui devront résister au changement climatique en cours ». Oui, dans le sud de la France on se prépare à avoir le climat de la Grèce, ou du sud de l'Espagne. D'ailleurs la nature ne s'y trompe pas puisque des insectes qui n'existaient pas en France "migrent" peu à peu depuis les pays plus chauds et ravagent des plantes. Ils s'adaptent, à cause des étés plus chauds et résistent aux hivers, devenus plus doux. On ne sait pas encore comment se protéger de ces insectes, qui n'ont pas ici de prédateurs naturels.

On ne sait pas non plus comment les plantes actuelles vont pouvoir s'adapter à une évolution rapide du climat, avec les effets redoutés de sécheresses répétées et précoces. En ce début de printemps, avec des chaleurs quasi-estivales qui durent depuis presque trois semaines sans une goutte de pluie, les agriculteurs irrriguent déjà certaines cultures... En avril !

Tout autour, des champs de coquelicot... en avril ! Plus au nord, ce sont les acacias qui sont en fleurs, en avril ! La végétation à au moins un mois d'avance. Cela au sortir de l'hiver le plus doux depuis 1950, date depuis laquelle les stations météo établissent des relevés fiables en France. Cet hiver ayant d'ailleurs suivi un automne « exceptionnellement chaud, jamais observé au cours de la période 1950-2006 et sans doute même jamais vécu depuis plusieurs siècles ». Situation confirmée en Suisse, et au niveau mondial.

Mais c'est pas grave, on s'en fout...
En attendant de voir ce qui se passe, continuons à consommer et à réclamer notre droit à bouffer la planète en vitesse accélérée. Nos enfants auront bien le temps de voir ce qui se passera plus tard. Et les pauvres des pays défavorisés, qui seront les plus touchés, on s'en fout encore plus : on ne les voit pas, on ne les entends pas, on ne les connaît pas.

Consommons sans compter, ni y penser !