Discussion avec une Bayrouiste du 1er tour, en l'occurence ma mère (ils ont voté en masse pour lui, dans ma famille) :

Elle: Vraiment, je ne sais pas pour qui voter au second tour... j'hésite.
Moi: Comment ? Tu hésites ???
Elle: Oui, je me demande si je ne vais pas m'abstenir...
Moi: ...

Et voila qu'elle m'explique les raisons de son hésitation. Ségolène qui semble insuffisamment compétente, pas très sûre d'elle, avec des projets utopistes... et puis quand même Bayrou, voila un homme qui rassemblait et offrait une nouvelle politique... voila un projet utopique qui offrait une chance de changement...

Moi: Attends. Tu voulais de l'utopie de Bayrou mais tu ne veux pas celle de Ségolène ?

La politique socialiste l'inquiète. D'où va venir l'argent ? Les temps sont durs. Trop de facilité offerte à l'accueil de l'immigration, toute cette pauvreté qui va être attirée par notre richesse, on ne tiendra pas le coup. On ne peut pas accueillir tout ça.

Moi: Hum... tu te rends compte que c'est le discours du FN ?
Elle: Euh... (visiblement, pourtant toute pétrie d'humanisme et de qualité de coeur, elle n'avait pas fait le rapprochement)
Moi: Le discours que tu as c'est un discours de peur. Peur de l'immigration, peur que la France soit larguée dans le monde économique, peur que tout le monde y perde... Oui il y a de l'utopie et du rêve dans le discours de gauche, mais justement, c'est ça qui est bon. En face il y a quoi ? Revenir aux bonne vieilles valeurs de l'ordre et de la sécurité, se protéger d'un monde perçu comme hostile, exclure les élements "perturbateurs" de notre tranquillité... Si tu ne choisis pas, ce seront d'autres qui vont choisir et tu sais très bien qui cela va favoriser.

Mes parents n'ont apparemment jamais voté à gauche, et même dans le cas de figure actuel il semble que ça ne soit pas envisageable à ma mère de basculer de ce côté là...

On a discuté un moment comme ça, abordant différents points, davantage sur le plan des ressentis personnels que des arguments pointus. Ni l'un ni l'autre nous ne maîtrisons suffisamment les rouages de la chose politique. Mais ce qui m'a marqué c'est cette tendance à la peur plutôt qu'à l'espoir. Cet appel à un supposé "réalisme", qui préfère couper d'avance un élan par crainte de ce qui pourrait advenir. Comme si ce qu'on vient de vivre pouvait être attirant. Comme si le discours lénifiant sur le ton  du « allons, soyez raisonnables, le monde économique fonctionne ainsi et nous devons nous y soumettre, ne vous inquiétez pas, nous pensons pour vous » des économistes libéraux était plus rassurant que celui qui prône un meilleur partage des richesses et une inventivité pour répondre à ce défi...

C'est sûr, vu que la plupart des gens ne comprenne pas comment fonctionne l'économie au sens large, il est aisé de jouer sur le registre de la crainte. C'est toujours très porteur, la peur...

Je n'attends pas de miracle absolu d'une politique socialiste, mais quand même, c'est nettement plus chargé d'espoir et d'humanisme que le chacun pour soi et le meilleur pour moi ! Ça donne envie de se bouger le cul !

Franchement, entre Sarko et Ségo, comment peut-on hésiter ?

Et puis de toutes façons, selon "Alliance pour la planète", y'a pas photo...