La liberté, ce n'est pas faire ce que je veux, mais choisir les limites que je m'impose.

J'ai beaucoup cherché la liberté... mais je mesure ses limites : elle n'en a pas ! Faire ce que je veux c'est m'éparpiller au gré de mes fantaisies et désirs. Or suivre mes désirs n'est pas forcément la meilleure chose qui me convienne. Je peux fort bien être esclave de mes désirs, y perdant toute liberté.

C'est un peu ce qui se passe avec internet...

Trop facile, trop tentant pour quelqu'un qui est libre d'organiser son emploi du temps comme il veut. Je n'ai pas de contraintes d'horaires, pas de patron. Je fais ce que je veux ! C'est bien là le piège.

Si j'ai envie de me connecter au monde, personne d'autre que moi ne pourra m'en empêcher. Or je suis avide du monde et de sa diversité. Je vis intensément. Trop intensément. Trop cérébralement. En recherche de sensations et d'émotions, je n'en ai jamais assez. C'est une fuite en avant. Je sors de la réalité terre à terre.

Paradoxal, quand on sait que mon métier est on ne peut plus terre à terre !

J'ai deux vies. Une qui est faite de matérialité, l'autre d'évasion. Mais je m'évade de quoi ? Des contraintes de la réalité ?

Je ne saurais pas délimiter ce que je cherche sur internet. J'y ai trouvé beaucoup, mais je cherche encore je ne sais quelle dimension supplémentaire. Je cherche une sorte de pierre philosophale qui me permettrait de vivre ce que j'écris, en accélérant le temps. Pour devenir plus vite ce que j'aimerais être ? En fait j'ignore ce que je cherche exactement, mais je sais ce que je trouve : la limite de la quête de l'illimité.

Je cherche peut-être simplement des limites ?

Je trouve sur internet une grande diversité humaine. Dans les approches, les façons de vivre et ressentir. J'aime beaucoup. À travers cette pluralité c'est à la fois moi et l'autre que je trouve. Mais ma démarche est très égocentrée, j'en ai bien conscience. Je cherche ce qui éveille quelque chose en moi, ce qui me fait vibrer, ce qui me donne envie d'entrer en contact. Ce qui me fait "avancer". Je cherche en l'autre ce qui me fait vivre.

Mais je suis trop pris "dedans". Je manque de recul. J'ai une sorte de boulimie d'échanges et d'enrichissement. Pour remplir quoi ? Quel est le vide que je cherche à combler ? Pourquoi n'est-ce jamais assez ?

Trop en recherche d'échanges je me noie dans la richesse et la diversité. C'est comme si j'avais trouvé un trésor trop grand pour moi. Que faire d'une telle profusion ? Je vais à l'intuition, suivant mes désirs... ces désirs qui ne sont pas forcément les meilleurs pour moi. Désirs trop accessibles, trop faciles.

Peut-être que je cherche aussi mes désirs ? Qu'est-ce que je désire vraiment ?

J'aurais envie d'écrire sur tant de sujets ! Tant de découvertes ! Trop à la fois. Je ne sais plus quoi choisir...

Du coup je n'écris plus beaucoup. Je cherche hors de moi plutôt qu'en moi.

Alors... alors... j'ai décidé de me mettre des limites.
Tenter d'éliminer les effets parasites qui me sont néfastes.

D'abord le regard de l'autre. Le vôtre. Je le mesure par les commentaires que vous me laissez. D'une certaine façon je pourrais dire que je les "attends". Or attendre, c'est se mettre en position de dépendance. C'est pénible. Mais, plus précisément, d'avantage qu'un nombre de commentaires, ce que j'attends c'est de l'échange, de l'enrichissement, du débat, de la discussion. Ça j'aime, et ça m'est important.

Mon problème c'est que je jauge aussi l'intérêt de mes écrits aux retours que j'en ai. Et en plus... ce "baromètre" est visible par tous. De là viennent se greffer des problèmes complexes d'égo et d'image...

Si je gère relativement bien tout cela, et accepte de voir certains des textes qui m'importent sans commentaires (c'est rare...), il n'empêche qu'en profondeur je me sais sensible à ce à quoi je donne un sens d'évaluation. J'aimerais bien être intéressant. Pas tant pour satisfaire mon égo [quoique ?], que pour contribuer à un climat de réflexion sur nous-mêmes. Mais comme je me base sur les commentaires..., et que je les rapporte au nombre de personnes qui passent ici, j'ai souvent l'impression d'échouer dans la mission que je me suis donné. D'où une écriture qui se disperse, cherchant les sujets qui pourraient susciter cette réflexion qui m'est chère. Je n'écris plus librement, mais pour susciter ce que je désire.

Pour autant je sais bien que la vie n'est pas que réflexion, et que par ailleurs on ne commente pas forcément, même si ça fait réfléchir. Moi-même j'apprécie souvent certains textes de blog sans avoir rien de plus à y apporter, et je ne laisse pas trace de mon passage.

J'ai bien conscience de tout ça, mais ça me demande un certain effort de prise de distance.

Pour reprendre le sujet du bac de philo de mon fiston, à la question « Toute prise de conscience est-elle libératrice ?», ici je répondrais non. Enfin... si, justement : je veux maintenant me libérer de cette "dépendance du commentaire-échange d'idée".

L'inconvénient des commentaire sur les blogs, c'est que de possibilité d'échange ils sont devenus attente d'échange. Forme de socialisation aussi. Tout se mélange et devient confus. J'ai envie de faire le tri.


Je décide donc, à regret, de ne plus rendre publics les commentaires. Pour pouvoir gérer ça "en interne", de l'autre côté de la façade publique de ce blog. C'est un essai, qui durera ou pas. J'ai envie de voir ce que ça peut donner...

Ça m'est un peu difficile, parce qu'en même temps je supprime l'interaction et la discussion. Mais bon... j'espère y retrouver une liberté d'expression. Des limites pour me libérer... décidément j'adore les paradoxes !

Concrètement vous pouvez commenter, mais ce ne sera pas visibles par les autres.
[Edit de 22h 30: le problème qui a laissé passer un commentaire à été réglé]