Après quelques jours "à distance" je sens se dégager des tendances expliquant mon choix intuitif de privatiser les commentaires.

Mon besoin de prendre du recul, impulsif après une longue maturation, s'inscrit dans un processus de réappropriation du moi. Pour me retrouver, pour savoir qui je suis, il importe que je le fasse sans être distrait. Or les commentaires... [oups, on me souffle dans l'oreillette que je suis en train d'intellectualiser]

Mode spontané: j'ai privatisé les commentaires parce que j'en avais envie. Basta !

Mouais... un peu court.

Mode attentif à mes ressentis : je me suis donné le temps de me poser et de réfléchir tranquillement au rapport que j'entretiens avec ce blog et les personnes qui le lisent. J'aime les échanges d'opinion qui ont lieu ici, et je ne compte pas supprimer cette source d'enrichissement qui ne bénificie pas qu'à moi. Je me sens moins propriétaire des lieux pouvant en user à ma guise que... disons animateur (dans le sens de "mettre une âme"), ou initiateur d'échanges. En proposant mon point de vue, j'aime le soumettre aux regards extérieurs et apprécie d'avoir un retour me montrant que ce que j'aborde touche d'autres personnes. Ce que je propose est une base de réfléxion, d'ailleurs souvent inspirée par d'autres "animateurs de blog", qui s'enrichit de vos apports. C'est d'ailleurs parce que je ne me sens pas propriétaire des lieux, et encore moins des commentaires qui ont été déposés ici, que je n'ai pas fermé les commentaires (ce qui aurait supprimé tous ceux qui ont été déposés).

Alors disons qu'actuellement l'animateur ne se sent pas suffisamment au clair avec lui-même pour être opérationnel. Il a des problèmes avec son égo. Des problèmes de dédoublement de personnalité. Ou de dualité entre ce qu'il se sent être et ce qu'il voudrait être. Dès qu'il se sera repositionné, il réouvrira la possibilité de commenter publiquement.

Ce dont j'ai pris conscience dernièrement c'est que j'avais besoin de me réapproprier moi-même. De me recentrer pour savoir qui je suis, ce que je désire, et où se situent mes limites. Non seulement les limites de mes capacités, toujours repoussables, mais peut-être surtout les limites de ma personnalité. Qui suis-je ? Quelle est ma pensée ? Quelle est ma singularité ?

Je sens mes limites poreuses. Longtemps je nai pas su avoir une personnalité affirmée face à "l'autre". Je ne me sentais moi-même que seul. En me confrontant à l'autre dans le domaine des pensées structurantes j'ai affermi ma connaissance intime. Grâce à internet et la distance imposée par l'écran j'ai eu accés aux pensées intimes des autres et j'ai pu exposer les miennes. Brassage fécond qui m'a énormément ouvert l'esprit et révélé à moi-même. Cependant je me trouve souvent confronté à ma part de doute, et celui-ci peut être parfois très opaque dans des domaines que j'ai peu explorés. C'est à ce moment-là que je risque de me perdre dans ce brouillard et dépasser des imites que je ne connais pas. Je peux alors, si je n'y prends garde, laisser ma pensée se dissoudre dans celle de l'autre et me retrouver "hors de moi-même".

C'est un peu ce qui s'est passé ces derniers temps. Je me suis senti perdre ma cohésion, me déstructurer. D'où ce besoin de me recentrer, me rassembler, et rétablir des limites "contenantes".

En fermant l'accès public aux commentaires j'ai rétabli des échanges individuels. Il n'y a plus que des duos, que je peux fort bien gérer, tandis que les commentaires publics m'exposaient à la foule. Répondre individuellement à un interlocuteur face à un auditoire n'est pas du tout la même chose que de lui parler seul à seul. Être interpellé individuellement n'a pas du tout le même effet que face à une assemblée. Et si dans la foule sont présentes des personnes connues de près... ça complique encore les choses. Ce sont ces différentes sphères que j'ai voulu scinder en répondant à un besoin intuitif.

Il devrait en résulter, le moment venu, un meilleur équilibrage entre ce que je choisis de donner de ma singularité et ce que je préfère garder pour l'intimité.

En fait je ne fais que (re)définir mes limites entre mon intimité et mon extimité. Mieux savoir ce qui est en moi et ce qui m'est extérieur.