Je lis, de-ci de-là, plus ou moins clairement évoqués, des signes de tristesse, d'abattement, ou de lassitude. Du mal-être, du mal de vivre, des désillusions, de la fatigue. Est-ce que cette simultanéité est dûe à l'absence d'été, alors que se manifestent déjà les premières colorations automnales sans que la dose de soleil estivale n'aie pu être absorbée ? Ou bien est-ce le parfum de rentrée, qui marque un nouveau cycle même si peu d'entre nous sont directement concernés par le rythme scolaire ?

À moins que ce soit moi qui sois particulièrement réceptif actuellement...

À certains moments de la vie se manifeste une baisse de courage, voire carrément une tendance à la déprime. Ça ressemble à de la fatigue, mais sous une forme particulière. Comme s'il s'agissait d'une fatigue de soi. Une usure à se voir toujours dans la même peau, à traîner un lot de casserolles familières qui régulièrement se rappellent à nous. Comme si on connaissait trop bien le cadre de ses propres limites.

Personnellement je ne me sens plus à ma place dans ce cadre. Je ressens une sorte de divorce intérieur. Il y a une part de moi qui m'agace, dont j'ai envie de me séparer. Une part de moi que je n'aime plus. Le problème c'est qu'il est difficile de se séparer de soi. Obligé de supporter cette encombrante moitié ! C'est peut-être ce qui donne cette impression de fatigue. À la longue elle peut mener à l'épuisement et à la perte du désir de vivre.

Pour y être très récemment passé, je constate qu'il est difficile d'en parler aux autres. Outre le fait que la lutte entre soi et soi paraisse un peu surréaliste, ce ressenti est peu partageable. Les mots semblent rapidement balourds, excessifs, ou au contraire impuissants à décrire ce qui est ressenti. Et puis je n'aime pas trop montrer ce qui est une faiblesse passagère. Encore moins si elle est faille profonde. Au final j'en parle peu et je garde ça pour moi. En fait, je redoute les réactions face à ce genre d'attitude. Entre les « secoue-toi », et les « ça va passer », rien n'est vraiment satisfaisant. Quant à me laisser vraiment aller, ça pourrait inquiéter, susciter des élans pas forcément opportuns. Je n'ai envie ni d'être secoué, ni d'être protégé. Ce que je préfère est le silence bienveillant. L'écoute empathique. C'est le besoin de me sentir compris. Ça allège un peu mon fardeau sans alourdir personne. Et parfois ça suffit pour inverser la tendance.

Dans le monde des blogs, qui n'est qu'une dimension particulière du monde terrestre, il me semble que l'expression du mal-être suscite un certain malaise. Il est vrai qu'on ne lit pas des blogs pour se faire plomber le moral, et la bonne humeur est appréciée. Pour ma part j'aime  beaucoup lire les personnalité positives et optimistes. Il n'empêche que lire des confidences dans un registre grave me touche, parce que s'y exprime une authenticité. C'est une détresse qui se libère, les traces d'un combat dont je me vois le témoin. Par contre, je ne sais pas toujours comment réagir. Le silence bienveillant n'est pas évident à manifester dans le monde d'internet...