28 novembre 2007
iphone contre pnud
Ce matin, en écoutant les infos, j'ai eu droit à une complaisante publicité journalistique (donc gratuite pour le fabricant) pour le nouveau joujou electronique qui rendra obsolète toute une génération de matériels de communication. J'ai nommé le fantastique "ipod" IPHONE ! [oups]. Un truc qui coûte 399 euros, avec l'abonnement minimum à 49 euros par mois, soit quand même 588 euros annuels. Ouais... quand même. Autant dire un truc à portée de bourse d'une cohorte de smicards, érémistes, et autres joyeux consommateurs.
Là est l'info : un nouvel outil de consommation !
Au milieu de ce tapage réservé à une élite consumériste, quelques secondes d'une "brève". En gros, trois ou quatre phrases qui ressemblaient à ça : « le Rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) prévient que le monde devrait faire porter toute son attention sur l’incidence des changements climatiques sur le développement, lesquels risquent de causer des revers sans précédent en matière de réduction de la pauvreté, de nutrition, de santé et d’éducation. »
Rien de bien nouveau, me direz-vous... Bah, on nous bassine avec ce changement qui n'est même pas sûr à 100%, et qui concernera surtout nos enfants. Et encore, ma brave dame, malins comme nous sommes nous trouverons bien des moyens de nous épargner ça, nous. Nous, les riches des pays industrialisés.
« Le rapport, intitulé "La lutte contre les changements climatiques : la solidarité humaine dans un monde divisé", brosse un tableau sans complaisance de la menace que représente le réchauffement planétaire. Il fait valoir que le monde se rapproche d’un « point de basculement » qui risque d’entraîner les pays les plus pauvres de la planète et leurs citoyens les plus pauvres dans une spirale infernale, laissant des centaines de millions de personnes confrontées à la malnutrition, au manque d’eau, aux menaces écologiques, et à la perte de leurs moyens de subsistance.
De l'avis de Kemal Derviş, Administrateur du PNUD, en dernière analyse, le changement climatique représente une menace pour l’humanité dans son ensemble. Mais ce sont les pauvres, qui ne sont pas responsables de la dette écologique que nous accumulons, qui doivent en supporter immédiatement le coût humain le plus lourd. »
Ben quoi ? Entre nous, on s'en fout : c'est des pauvres. Et en plus ils sont loin...
Tandis que l'ipod c'est là, maintenant, et c'est indispensâââble !
Résumé du rapport paru aujourd'hui ici.

27 novembre 2007
Le mal que l'on me fait
Dans un commentaire précédent, Chantorelle à utilisé l'expression « je ne vais plus où on me fait du mal », ce qui me donne l'occasion de revenir sur un sujet qui me tient à coeur : la responsabilité.
S'il est tout-à-fait judicieux de ne plus aller là où on ressent quelque chose qui nous fait du mal, je serais prudent dans l'usage de l'expression, pourtant courante, « on me fait du mal ». Lorsqu'il s'agit de personnes adultes et libres, sans position d'ascendance ou d'autorité, je préfère « ça me fait mal » (ou « ce que tu dis me fait mal »). Car à moins d'une intention délibérée de nuire, je crois que bien souvent le mal ressenti n'est pas du tout en rapport avec l'intention de l'auteur du trouble.
Fréquemment j'ai lu ou entendu cette expression, parfois martelée avec insistance : « il/elle m'a fait du mal ». Cela laisse supposer une intention plus ou moins malveillante, ou un esprit dérangé. Or le ressenti de la douleur psychique est quelque chose de personnel et subjectif. On peut très bien choisir (inconsciemment) de rejeter sur l'autre l'entière responsabilité du mal ressenti... mais ce serait oublier que nos réactions sont tout autant "responsables" de notre douleur que les actions de l'autre. Objectivement les faits sont souvent relativement neutres, et c'est le ressenti qui le colore subjectivement dans un sens positif ou négatif. Et s'ils sont effectivement chargés d'intentions négatives, rien n'oblige à en potentialiser la charge.
Dans le même ordre d'idées, en prenant davantage de recul, cela fait écho avec un des passages que j'ai cités dans mon dernier billet. Luciole parlait du « temps pour accepter l'injustice qui [lui] a été faite, cette blessure de l'enfance, irréparable, accepter qu'elle soit devenue une richesse. ». De même, en commentaire, Samantdi écrit « qu'est-ce que j'ai fait de ma vie, avec les cartes qui m'ont été données ? (...) Qu'est-ce que je choisis d'écrire, d'oublier ? ». Ce qui revient un peu aux mots de Sartre (?) : « L'important n'est pas ce qu'on a fait de vous, mais ce que vous avez fait de ce qu'on a fait de vous. »
On peut appliquer ces formules aux périodes d'imprégnation éducative de l'enfance, mais aussi à des sensibilités particulières ou à l'inexpérience au sein de relations. La vie nous met face à des difficultés, parfois des injustices, des incompréhensions, des malentendus. Il y a deux manières de réagir : se placer en victime, sans vraiment évoluer, ou alors se servir de l'expérience pour en sortir plus fort, plus riche, plus ouvert. Cela demande évidemment une maturité, une conscience, qui se construisent précisément au coeur de ces épreuves. Comme au cours d'un examen de passage on peut "réussir" une épreuve et aller plus loin, ou bien se lamenter sur l'échec en l'imputant à des circonstances extérieures. C'est parfois le cas, certes, mais généralement nous avons une large part de responsabilité dans ce qui nous arrive, et surtout dans ce qu'on en fait.
Depuis quelques années la vie (conséquence de mes choix...) m'a mis face à une série d'épreuves douloureuses. Bien souvent je me suis lamenté, rejetant à l'extérieur les raisons de mon mal. Pourtant j'ai toujours su, au moins dans des moments de lucidité, que c'était bien moi qui donnait une part du sens douloureux des évènements. Au début la douleur m'aveuglait, et puis à la longue la responsabilisation m'a permis de prendre conscience de ma part. C'est un travail laborieux, parce que la tentation de voir d'abord les actes de l'autre permet de s'exonérer à bon compte. Mais le ressentiment qui en découle est insatisfaisant : si je suis honnête avec moi-même, je ne peux imputer à l'autre la responsabilité de ce que je ressens. Je suis bien obligé de m'interroger sur ma part. Ni plus, ni moins.
C'est ainsi que j'ai compris que ce que j'avais vécu de douloureux avait été une chance, et une richesse. Et s'il m'arrive d'avoir mal face à des situations, je sais désormais que c'est en moi que je dois chercher ce qui est touché, afin de travailler à mon apaisement. Le mal que je ressens est un excellent indicateur de mes sensibilités...
25 novembre 2007
Malaise sur le passé
Revenir sur son passé, ancien ou récent, n'est pas toujours chose facile. Pour preuve, la fréquence des remarques faites à ce sujet lors de l'actuel état des lieux proposé par Kozlika, l'initiatrice du projet des Petits cailloux et ricochets. Alors que certains semblent à l'aise dans des évocations plutôt factuelles, ou choisissent des angles de vue positivants, d'autres ont vu leur écriture se bloquer, paraissent embarassés et expriment un malaise. Parfois il transparait aussi un désir de cesser le ressassement lorsque l'introspection a déjà été largement devéloppée.
Voici un petit florilège d'extraits, dans lesquels je mets en gras certains mots forts qui m'ont paru significatifs :
« Le fait est que certaines de ces années, à qui j’ai demandé de revenir à ma mémoire, m’ont été difficiles à évoquer, j’avais mis tant de temps à m’apaiser de leur passage, était-ce bien malin de raviver leur souvenir… (...) J’ai arrêté au bord de 1990, parce qu’au-delà de cette année-là, les souvenirs sont plus fumeux, plus obscurs, plus durs à déterrer. J’ai peut-être peur de toucher une conduite enterrée qui m’exploserait au visage ? Peur d’enlever des mouchoirs très délicatement disposés, petits linceuls de choses oubliées en-dessous ? Peur d’affronter la réalité de certains souvenirs soigneusement arrangés pour présenter moins d’aspérités coupantes ?
Ou alors juste une grande paresse ?
Les petits cailloux ne sont pas anodins, c’est certain. J’ai lu certains billets d’autres ricocheurs le cœur serré, ou admiratif, ou ému et je ne peux croire qu’on s’écrive, soi, sans implication parfois douloureuse ou difficile. Ce blog est précieux, poignant, drôle parfois. J’aime ces chemins tracés de mots intimes, parallèles ou sinueux. Poursuivrai-je le mien ? Je n’en sais rien. »
Traou - Seize cailloux
« C'est horriblement dur. Je n'ai pour l'instant fait que trois billets, les trois premières années de ma vie. Je traîne involontairement. Je lambine, parce que bientôt, il faudra parler. Parler de ces vingts ans. Parler de l'horreur qui tourne en boucle dans ma tête. Parler de ce pourquoi j'ai vu, sans comprendre, tant de gens pleurer autour de moi. Parler de ce dont personne n'ose plus me parler. Vingt ans. 2006. Encore 17 billets.
17 billets avant de comprendre. J'ai peur. »
Johann - Marginalia
« Il fût un temps pour l'introspection, je me regardais le nombril, dans tous les sens. J'en analysais les circonvolutions, les révolutions, les recoins cachés, les courbes exhibées. Il fût un temps nécessaire, douloureux bien souvent, salutaire davantage. Un long temps qui commença sans doute à l'adolescence et qui devait prendre fin récemment. Ce temps d'apprendre à me connaître, à m'accepter, ce temps de lâcher ma révolte, d'abandonner mes colères de Caliméro. Ce temps pour accepter l'injustice qui m'a été faite, cette blessure de l'enfance, irréparable, accepter qu'elle soit devenue une richesse.
(...) Puis il est venu ce temps de l'apaisement, ce temps d'aujourd'hui ou l'introspection me parait soudain futile, ce temps ou de mon nombril j'ai tourné le regard vers autrui, ce temps de la capacité d'abstraction. Mes colères, mes révoltes, ont pris un autre visage, elle prennent leur source ailleurs. Et finalement comme j'ai appris à me battre pour moi, j'essaie de mettre cet esprit de la bataille au service d'autrui.
Les ricochets, mes premiers ricochets sont venus là, finir ce temps de l'introspection, et si je n'ai pu remonter jusqu'à ma naissance, c'est d'avoir eu ce sentiment puissant de radoter, de l'avoir tant et tant raconter, de n'avoir plus rien à en tirer. Je n'avais plus envie de parler de moi, de ce moi là, de ce temps là, devenu si lointain sans que je m'en sois bien rendu compte. »
Luciole - Un temps pour tout
« Et puis il y a les années d'étudiante, qui arrivent à grands pas (tiens donc, c'est donc là que je bloque ! hum hum, très intéressant, continuez, dirait mon bon Docteur. Continuons), celles dont les albums photos dorment sous forme de pochettes de photos pas triées à ranger, en cartons qui me suivent déménagement après déménagement, et que je ne suis plus sûre de savoir mettre en ordre. N'y aurait-il pas un lien ? »
Aglaï - De l'ordre et des annees du temps qui s'effiloche et des fils qui depassent
« Les premières années ont été faciles. De beaux souvenirs, l'envie de les partager, et le plaisir de me les remmémorer. Par la suite, ça s'est corsé. Il y a des souvenirs difficiles à faire partager, parce que sans doute effrayant à faire revivre.
En ce moment je suis bloquée sur une année. J'ai voulu la faire en 2 parties, parce que deux événements dans cette année là ont eu des incidences sur le reste de ma vie. J'ai écrit la 1ère partie avec jubilation. Je tiens absolument à écrire la seconde partie. Je me suis dit que je pouvais y arriver. J'avais réussi à écrire le souvenir traumatisant de mes 16 ans, j'ai pensé qu'il en serait de même pour l'année de mes 17 ans.
Et après avoir écrit 3 lignes, je reste coincée. Je n'y arrive pas. Il y a des mots qui ne sortiront pas. Malgré tout je veux quand même poser un petit caillou blanc. le simple fait de l'évoquer, sans entrer dans les détails, est important pour la suite de mes ricochets. Alors j'écrirai cette seconde partie, même si elle parait mystérieuse à ceux qui la liront. Dire les choses, même à demi-mot, me permettra de continuer sur le chemin de mes souvenirs. »
Cassymary - Continuer
« Pourquoi est-ce que je me suis coincé là ? Ce n’est pas par hasard sûrement. Je sais très bien ce dont j’avais l’intention de parler pour 1992. Ce n’est pas spécialement difficile ni douloureux. Mais ce malaise que je voulais évoquer, survenu lors d’un événement assez dérisoire ne me concernant pas directement, dit assez par sa force et son étrangeté qu’était touché un élément important pour moi, un nœud sûrement.
Je crois avoir su très vite, dès lors que ce petit événement s’est produit et parce qu’il est resté toujours présent à ma mémoire de quoi il retournait. J’ai eu l’impression, sans doute fallacieuse d’ailleurs, d’avoir épuisé la question. Et comme il y a malaise à l’évoquer sans gain prévisible de compréhension ou de redécouverte, je n’ai pas eu envie d’y revenir. »
Valclair - Ricochets, vous avez dit ricochets ?
« Pas plus qu'il y a huit mois je n'ai de goût prégnant pour raconter mon histoire. Voici cinq ou huit années, oui, je l'aurais fait. Pas maintenant. Plus maintenant. Pas encore.
Je ne vous lis pas, car cet étalage m'apparaît impudique et dérangeant. Il s'agit de vos vies que je n'ai pas envie moi, de connaître aujourd'hui. Malgré cela, je vous souhaite sincèrement une bonne continuation et de bonnes écritures. »
Etienne - Pas d'écriture
« Ce qui semblait au début un jeu semi-innocent de voyeur-exhibitionniste est peu à peu devenu un besoin semi-inconscient de guérison par le regard oblique de soi sur les autres, par le regard supposé des autres sur soi. Soi, c'est moi, en fait.
(...) Abandon d'une histoire. De mon histoire. Au vingt-cinquième billet, le module savant de l'écran de Koz m'indique ce nombre, j'ai buté sur un escalier trop raide et j'ai passé mon chemin. N'espère pas que j'y revienne, je n'y reviendrai pas. Trop de pieuvres m'observent sur les marches plus hautes que larges, et le vide sans garde-corps qui gronde au dessous est trop large, comme un Urubamba de torrent.
(...) J'ai fait mauvaise roulette, c'est manque qui est sorti. J'ai cessé de savoir qui j'étais pendant les siècles qui ont suivi et je ne peux plus rien raconter, ou plutôt je dois refermer l'armure.
Non pas à cause de l'extérieur hostile, mais de l'intérieur nauséabond. »
andrem - J'obtempère derechef
Pour ma part, j'en suis à m'interroger sur l'opportunité de ce retour sur le passé. Est-ce une démarche constructive et affirmative de soi, ou au contraire n'est-il pas préférable de mettre une distance avec d'éventuels ravivements de souffrance ? Est-ce du courage ou de la complaisance morbide ? Se sent-on plus libre lorsque le passé est débarassé de sa surcharge émotionnelle ? Faudrait-il gratouiller inlassablement ? Je suppose que cela dépend de l'intuition de chacun. Que l'on se protège est tout aussi sain que d'aller regarder là où ça peut faire mal. Cela dépend des besoins du moment. J'ai pourtant tendance à penser que de ne pas avoir peur de regarder le passé en face procure une plus grande liberté, parce que l'esprit est en paix et ne craint pas d'être dérangé.
Des avis sur la question ?
21 novembre 2007
Comprendre
Acte 1 : Ce matin, excédée par un des érémiste accueillis dans la structure d'insertion où je travaille désormais, une de mes collègues chargée de l'encadrement l'a vertement tancé devant les autres salariés. Le sommant de choisir entre rester ou partir, selon la motivation qu'il avait de s'impliquer dans son travail, ce dernier est rentré chez lui. Le soir nous avons parlé, entre encadrants, de cet incident. Ma collègue estimait que cet employé avait dépassé les bornes (ses bornes) et méritait ce recadrage musclé. Je lui ai alors suggéré que si son agacement était compréhensible (l'employé est particulièrement pénible et de plus en plus mal supporté par l'ensemble du personnel), on pouvait néanmoins s'interroger sur l'opportunité de remarques faites publiquement. On pouvait aussi se demander pourquoi cet homme est aussi pénible, et dans quelle mesure il en est "responsable". Ma collègue a commencé par bondir, arguant que chercher des explications à tout conduisait à tout excuser, puis a semblé finalement prendre conscience du problème. Elle parlait de respect du travail, respect des autres employés, respect de son autorité... mais semblait oublier le respect dû à cet individu et à sa différence. Manifestement cet homme a un "problème", et le rejeter pour cela n'est certainement pas le meilleur service qu'on puisse lui rendre.
Acte 2 : Dans son billet de ce soir, Samantdi évoque le dernier livre de Daniel Pennac, "Chagrin d'école", dans lequel il serait question des dificultés d'apprentissage de ceux qu'on appelle cancres. Samantdi raconte alors ses constats face à des élèves déroutants, qui ont parfois une logique de compréhension différente. Différente de la sienne, différente de celles des autres, différente de la plus grande masse. « Pennac nous aide à prendre conscience, de l'intérieur, de ce que ressentent les enfants dont nous ne comprenons pas qu'ils ne comprennent pas. Chacun d'eux pose un défi à son professeur : décrypte-moi, trouve la clé qui va me donner envie d'entrer dans ton savoir. » Il n'en fallait pas plus pour me faire sortir de ma torpeur et reprendre le clavier...
Acte 3 : Récemment Kozlika, après avoir observé que les Ricochets étaient toujours actifs, à demandé à tous les participants de faire étape commune en livrant nos impressions, que l'on ait poursuivi ou abandonné en route. Cela m'a permis de m'interroger sur ma propre implication, bizarrement devenue bien moins assidue que ce que j'avais pensé au départ. Je crois que les explications prennent source dans l'approche repoussée d'une période de ma vie que j'hésite à revisiter. Parce que je ne saurais l'évoquer sans aborder ce qui m'a le plus marqué : mon statut de cancre, et le rejet que cela a suscité de la part de mon père, qui ne comprenait pas que je ne comprenne pas. Or j'ai envie de sortir des séquelles de cette période douloureuse de mon existence, qui a terriblement marqué mon parcours de vie jusqu'à aujourd'hui.
Ces trois actes résument ce qui me fait vivre : un désir inextinguible de comprendre. Tenter de mieux comprendre les choses de la vie, comprendre l'humain, comprendre mes semblables. Et probablement, chercher à comprendre les incompréhensions de toute nature. Ce désir, davantage qu'une vaine revanche, vient d'une sensibilité particulière pour la différence et le rejet qu'elle peut susciter parfois. Y compris dans tous les aspects du quotidien. La plus grande des incompréhensions est celle qui régit les rapports humains. Voila pourquoi, fort tardivement dans mon cheminement, je m'oriente irrépréssiblement vers l'écoute des autres. Après avoir passé trente ans de mon existence d'ex-cancre à me reconstruire pour acquérir le minimum d'assurance, je me sens peu à peu capable d'apporter quelque chose à ces autres dont je me suis tant méfié. Car fort logiquement j'ai eu tendance à fortement douter de mes capacités à comprendre... Bizarrement, maintenant c'est chaque épreuve qui, en ravivant mes blessures, me renforce. C'est un peu comme si comprendre les autres, comprendre l'autre, était devenu un défi permanent. Peut-être que de ne pas comprendre était une porte d'accès à une autre forme de compréhension, plus intuitive ?
01 novembre 2007
Simplement
Ce 1er novembre férié m'offre mon premier jour de repos après un mois de travail non-stop, 7 jours sur 7, avec des journées ayant pu compter jusqu'à 16 heures de travail (voire 20 heures, toutefois entrecoupés de pauses de sommeil). Alors ce matin je me suis octroyé le luxe douillet de me lever à 9 h, avec pour seul programme celui d'une journée libre.
Comment "raconter" un mois sans écriture ? Quel sujet choisir parmi la diversité de ce qui m'a intéressé et interpellé durant ces semaines de quasi-silence ? Je ne me poserais pas la question si je n'avais pas pris l'habitude de consigner et partager avec régularité ce que je considère comme un chemin évolutif. Mais il se peut aussi que ces moments de retrait s'inscrivent dans une alternance après avoir longuement décrit et détaillé mes réflexions personnelles. Mes périodes de silence ne sont d'ailleurs pas signe de moindre avancement, mais d'une façon de faire plus intérieure.
Hormis durant quelques fort agréables soirées passées avec d'accueillantes amitiés internautiques lors d'un déplacement professionnel en région parisienne, je n'ai guère eu d'échanges approfondis durant ce mois d'octobre. Par contre j'ai beaucoup été en contact avec l'humain. Soit en tant que professionnel de mon métier d'origine, soit en tant qu'encadrant dans ma nouvelle prise de fonction dans le domaine de l'insertion. Cela m'a donné l'occasion d'observer ma façon de vivre le relationnel dans la continuité du quotidien. Contrairement à la plupart des gens, je n'y suis pas très à l'aise. Parler de tout et de rien sans rechercher le sens des choses, ou rester dans ce qui me semble être une relative superficialité, me place en retrait : je ne sais pas faire. Ce n'est pas vraiment une découverte, mais plus j'investis le champ du social et plus je mesure ce qui constitue pour moi comme un handicap. Je ne sais pas être simple. J'observe les autres, qui semblent être et agir "sans se prendre la tête", et j'envie presque leur apparente aisance. Du coup je m'interroge sur ma capacité à investir rapidement les groupes, à y prendre une place, voire à assurer un rôle moteur...
Ceci dit ma retenue ne semble pas poser de problème à ceux avec qui je travaille désormais. Je constate qu'on vient facilement vers moi lorsque c'est nécessaire, ou simplement pour échanger des impressions, et mon statut de "chef" semble être acquis (ce qui n'est pas sans me poser d'autres problèmes d'identité et d'égalité).
Ce que je découvre de mon nouveau cadre de travail me plaît : une sympathique convivialité, une ambiance plutôt amicale, et cette "simplicité" que j'évoque. Ça change beaucoup de l'intellectualisme de certaines réflexions du monde d'internet, et relativise l'importance des questionnements existentiels. Pour autant, comme j'en ai fait part ici, la dimension intellectuelle me manque. Je crois que j'ai besoin de sentir ma pensée active et en relation avec celle des autres, en recherche, pour apprécier mon existence. C'est probablement ce qui me manque le plus dans mon nouveau travail. Mais il ne fait que commencer et je suis certain que j'ai encore beaucoup à découvrir dans d'autres dimensions du relationnel...
Pour ce qui est du reste de ma vie, je n'ai pas grande chose à en dire : les choses suivent leur cours. Il y a quelques jours c'était le premier anniversaire de mon retour à la maison, après la vente de la vieille masure insalubre où j'ai vécu durant deux années. Cette anniversaire marquait également celui du départ de celle avec qui j'ai partagé deux décennies de vie conjugale et familiale. Un an après, ma vie de célibataire n'est pas particulièrement exaltante et je ne cacherai pas que parfois je me souviens avec une certaine nostalgie des repas en commun, des moments partagés, de la douceur de se sentir "ensemble". Mais j'ai globalement bien accepté cette évolution, passage que les circonstances ont rendu obligé. J'observe d'ailleurs ces drôles d'associations que constituent les couples avec un oeil amusé, à la fois un peu envieux et pas dupe de ce que cette habitude trahit comme renoncements.
Cet après-midi celle que je n'ai pas l'intention d'appeller "mon ex" est venue chez moi pour des questions d'ordre pratique. Nous n'avons des contacts qu'assez espacés et je la sens se maintenir à distance. Quoique j'accepte cet état de fait, j'en suis triste. J'avais l'impression que sa distance indiquait un ressentiment à mon égard et j'ai engagé la conversation pour en avoir le coeur net. Je ne m'étais pas trompé. J'ai écouté ce qu'elle avait à me dire, encaissant au passage une certaine dureté. Elle n'a pas encore fait tout le chemin nécessaire qui permet d'atteindre la compréhension de soi, de l'autre, et de ce qui a mené à la dissolution du couple. Elle m'en veut encore et il me faut faire preuve de calme et d'humilité, reconnaissant spontanément mes erreurs et errements, pour que nous puissions avoir des échanges qui restent sereins. Je suis content que nous y soyons parvenus, montrant par là que nous gardons la capacité de nous écouter et de respecter nos différences de point de vue. Je crois qu'avec le temps nous parviendrons à trouver un équilibre, et, peut-être, restaurer des rapports d'amitié dénués de retours sur les amertumes passées. Pour ma part je m'y sens prêt depuis plusieurs mois. Je sais que c'est là que se situe la paix de mon esprit et celle qui pourra exister entre nous le moment venu.
Finalement je suis peu regardant sur la fréquence des échanges dans les relations, ce qui m'importe est le plaisir et la sérénité de ces moments de partage. La confiance, tout simplement, qui fait que chacun se sent bien parce que libre d'être soi.
Voila qui m'amène à la remarque que m'a faite une de mes rencontres parisiennes : « tu ne parles pas souvent de ta vie sentimentale sur ton blog ». Ce à quoi j'ai répondu en souriant qu'il n'y avait pas de vie sentimentale...
J'en ai parlé de façon très détaillée, des années durant, sur mon autre espace d'expression en ligne. Actuellement je n'ai plus de vie sentimentale en activité. Célibataire assumé, satisfait de cette situation sans alternative pour le moment : je ne suis ouvert qu'aux relations d'amitié. J'apprécie très volontiers échanges et partage, et particulièrement avec des femmes... du moment qu'il n'y a aucune ambiguité sentimentale. Non pas que ce soit un choix irrévocable et définitif, mais parce que mon coeur s'est prudemment et fermement refermé après déconvenues et désillusions dont les conséquences à long terme sont encore mal cernées.
J'aurais bien d'autres sujets à aborder, d'ordre sociétal, mais en voila assez pour aujourd'hui.
