Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

07 janvier 2008

Aller au bout des choses

Il y a quelques jours, face à la [jolie] femme avec qui j'échangeais de furtifs regards dans la salle d'attente de ma psy, je me sentais avoir le visage serein et souriant. D'ailleurs il vallait mieux puisque trois personnes me précédaient, induisant un retard conséquent. Mais peu m'importait, ma zénitude était totale [sans que ladite jolie femme n'y soit pour quoi que ce soit...]. Lorsque je suis rentré dans le confessionnal bureau, j'avais un large sourire. Ma thérapeute m'a répondu de même [ouaaah, trop cool !] et j'ai entamé notre échange habituel : je parle, et elle m'écoute. Il ne s'agit pas d'une écoute passive puisque je m'appuie sur son regard, ses réactions non-verbales, les moments où elle note quelque chose. C'est tout un "langage" et c'est en cela que la situation diffère d'un monologue. Et puis bon, il lui arrive quand même de dire quelques mots...

En leur absence, ce qui est éloquent ce sont ses sourires complices lorsque je découvre tout seul à quelles racines profondes tenait un mal-être. Car les trouver, c'est du même coup introduire le processus de leur affaiblissement, voire de leur éradication si je m'en donne les moyens et temps [la tronçonneuse c'est rapide, mais inefficace pour déraciner...]. À la longue [en thérapie tout est question de durée], ces compréhensions successives conduisent au mieux-être. Donc à la "réussite" de la psychothérapie, si l'on peut dire. Ou du moins d'un fragment de celle-ci...

Cette fois je lui ai fait part de ma satisfaction d'être parvenu là où j'en suis à présent : je me sens bien dans ma vie, bien dans mon mouvement évolutif, bien en phase avec mes objectifs. Que demander de mieux ? L'année qui vient de s'écouler m'a permis de récolter en abondance les réponses aux questions qui s'étaient posées durant trois ou quatre ans de chamboulement intérieur. Il faut dire qu'avec, en simultané : 1) une séparation conjugale, 2) l'évolution vers un nouveau projet de vie professionelle, et 3) l'invraisemblable complication d'une amitié amoureuse revélatrice/inductrice de tout cela, j'ai eu matière à réflexion ! Les quelques lecteurs et lectrices qui me suivent depuis mes débuts, sur mon journal, savent par quelles remous je suis passé pour en être arrivé à la sérénité d'aujourd'hui. Certain d'avoir fait le meilleur choix en allant au bout des choses, j'ai trouvé ma paix en me laissant traverser de part en part par mes tourments [Oouuughh, ça secoue !]. Mais je suis resté les yeux grand ouverts face à tout ce qui me traversait !

Et justement, c'est ce qui me semble être potentiellement intéressant (pour ceux qui vivraient des choses équivalentes) : je n'ai pas refoulé mes peurs (perte, abandon, solitude, etc.). Je me les suis bouffées jusqu'à l'os !

Je faisais part à ma psy de mes vagues questionnements du moment sur les motivations profondes qui m'ont poussé à m'orienter vers la relation d'écoute et d'accompagnement. Elles sont nées des failles apparues dans mes conceptions du couple et de l'amour et, sans surprise, c'est précisément vers le domaine des relations affectives que tendent mes recherches. Allais-je donc, au moment où je suis sorti de la souffrance de l'incompréhension (conglomérat poisseux de douleur, amertume, tristesse, colère, déception...), continuer vers cette voie ? La réponse m'est venue sans hésitation : oui ! Et c'est parce que j'ai dépassé mon propre mal-être que je pourrais être en position d'écoute pertinente. C'est parce que je l'ai traversé que je me sens capable de mieux comprendre ("prendre avec") le ressenti douloureux des personnes en souffrance. Sans fuir devant le réveil de mes angoisses. Je crois qu'il faut avoir vécu certaines choses pour vraiment les ressentir de l'intérieur. J'ai lu quelque part qu'on ne pouvait aider l'autre au delà de ce qu'on a soi-même parcouru. Ainsi ma soufffrance passée est-elle devenue une "chance" et une richesse pour le présent et l'avenir.

Cependant je n'aurais fait que la moitié du chemin si je m'étais contenté de travailler sur ma seule souffrance. L'autre moitié, fichtrement plus intéressante, a consisté à tenter de comprendre le point de vue de celles par qui (et non pas "à cause de qui" !) j'avais ressenti cette souffrance. Et ce ne fut pas une mince affaire tant les différences réactionnelles ont pu être éloignées des miennes... Travail complexe et de longue durée. D'ailleurs, c'est certainement là que ce situe mon trésor de guerre : dans l'existence même de cette source inépuisée de questionnements.

C'est grâce à ce que je n'ai pas compris que je peux explorer aussi loin les possibilités explicatives.

J'avais d'abord cherché des réponses auprès des mieux placées pour me répondre : mes partenaires. Hum... le succès fut toutefois mitigé. Alors j'ai continué à me débrouiller avec les moyens du bord (échanges avec d'autres, écriture, analyse, méditation) pour obtenir des réponses apaisantes aux questions qui me torturaient. Or les réponses me portaient toujours plus loin, vers d'autres questions. Pourquoi ceci ? parce que cela ! Pourquoi cela ? Parce que ça ! Pourquoi ça ? pourquoi... pourquoi ? Incessante litanie [qui est devenue ma nouvelle compagne...]. Je n'ai pas pu me contenter de réponses simplistes tendant au rejet de la différence ( « c'est rien que de la faute de l'autre !! »). Je ne pouvais pas davantage me satisfaire de « parce que c'est comme ça », comme si un destin extérieur dirigeait tout. Pas question non plus de me réfugier dans la tentative de "l'oubli", zappant ce qu'il m'aurait dérangé de voir. Non, non, non, il me fallait aller au bout des choses. Explorer chaque recoin, chaque piste. Travail conséquent et sans fin, évidemment, car je n'aurais jamais toutes les réponses. Multitudes de possibilites engendrant une infinitude de pistes en divergeant. Décrypter comment chaque acte, chaque attitude, chaque mot a pu orienter les choses dans un sens plutôt qu'un autre [c'est moi le cyber-Maigret !]. Une pensée en arborescence, comme me le disait jadis l'amie de coeur qui allait susciter les tourments susmentionnés. Je crois qu'elle se sentait un peu dépassée par ma quête de compréhension :o)

Pour le chercheur de sens que je me vois être [du moins pour ce genre de sujets...], cette magistrale incompréhension relationnelle est un superbe exemple de ratage. L'antithèse de ce que je voulais réussir. Mais depuis le temps que je la décortique, elle m'a offert un fabuleux champ exploratoire des complexités humaines. Pour comprendre j'ai puisé dans la polyphonie composée par les histoires des autres, y trouvant des similitudes éclairantes. Tout ce qui, dans mon quotidien, a pu me permettre d'ajouter un élément de compréhension a été immédiatement intégré dans la machinerie en mouvement. Livres, rencontres, films, émissions, articles, situations, citations... j'ai fait feu de tout bois. Sans oublier le domaine fascinant et diablement intéressant des projections de l'inconscient... Par contre, ne voulant plus me situer dans un dévoilement trop impliquant, j'ai cherché à élargir mon propos et le généraliser. Ce blog en est issu. Il me permet de prendre du recul et de tenter l'extrapolation. Mais, incontestablement, la plupart de mes réflexions autour des relations puisent largement dans la source expériencielle. Autrement dit : je vis largement "avec" l'absente, et d'autant plus que le dialogue souhaité aura fait défaut.

J'ai constaté que beaucoup de personnes jugent préférable d'oublier les situations compliquées, surtout si elles ont fait souffrir. Chacun agit selon ce qui lui semble être le mieux, et c'est très bien ainsi. Dans ce cas précis j'ai pourtant pris la posture inverse : focaliser... afin d'en tirer parti. Faire de la souffrance une chance [puisqu'elle était là, autant qu'elle se rende utile !]. Je crois pouvoir dire que je m'en suis bien sorti en en faisant un atout pour mon évolution personnelle et professionnelle.

Ma thérapeute, qui suit et "supervise" cette mue, était visiblement ravie de me voir rebondir ainsi. Depuis des années elle est en quelque sorte ma caution, en m'ayant aidé à prendre conscience de ce qui était en jeu dans mon parcours, pointant sur les éventuelles risques de dérive. C'est ce qui me permet d'estimer que ma démarche de réflexion "avec l'absence" est saine, alors qu'elle aurait pu aller vers le pathologique.

Ceci dit, les mauvaises langues pourront toujours dire que de réfléchir n'est qu'une façon de s'occuper l'esprit pour ne pas se trouver confronté au vide...

Hé hé hé, allez savoir par quels détours passe l'inconscient !
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Fleurs d'hiver, sinueuses et complexes.

Posté par Coeur de Pierre à 20:52 - Ce qui nous fait - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je trouve que tu t'es montré opiniâtre, allant vraiment jusqu'au bout des choses... Et tu en tires une force nouvelle, vraiment, c'est encourageant de voir que de qu'on appelle souvent "prise de tête" peut sortir autre chose qu'une sorte de rumination stérile et très usante.

C'est aussi ce que j'apprécie dans la lecture des blogs, on dirait que les expériences se mêlent dans un "pot commun", je trouve cela apaisant et réconfortant.

Posté par samantdi, 07 janvier 2008 à 22:51

Voilà une photo qui illustre bien tes propros et leur conclusion... provisoire...

L'introspection est utile pour démêler les choses à la mesure, à l'aune, de ce qu'il nous est nécessaire pour vivre mieux. C'est du moins ce que font la plupart des gens. Leur aune est le plus ou moins grande longueur...

Il n'y a donc pas de parcours type. J'ai toujours envié ceux pour qui, comme dit la chanson : « il en faut peu pour être heureux »....

À l'inverse, il est des personnes qui décortiquent tout... Et sans cesse... Et au final... elles sont toujours aussi malheureuses !
Si un jour tu aides des personne à titre pro... Tu te rendras compte que ce sont les plus difficiles à supporter...

Posté par Alainx, 08 janvier 2008 à 15:23

Comme vous le soulignez, Samantdi et Alainx, la "prise de tête" introspective peut déboucher sur quelque chose d'améliorant et libérateur... ou se perdre dans cette sorte de fuite que j'évoque dans mes dernières lignes.

Ce qui compte est le ressenti personnel : si l'on se sent aller mieux, avec un changement objectif du comportement... alors c'est utile.

Absolument d'accord avec cette idée de "pot commun", qui reste pour moi la meilleure preuve de l'utilité des blogs !

Posté par Pierre, 08 janvier 2008 à 20:56

L'analyse de votre cheminement ouvre d'autres chemins... pour soi. J'aime beaucoup cette idée d'arborescence de la pensée.

Posté par gballand, 11 janvier 2008 à 08:22

Que je puisse contribuer à l'ouverture d'autres chemins me ravit...

Posté par Pierre, 12 janvier 2008 à 15:56

"focaliser... afin d'en tirer parti. Faire de la souffrance une chance" : C'est bien là tout le contraire d'une "prise de tête". C'est un acte.
Votre blog, son arborescence et ses "échos" en sont le symbole vivant.
Toujours beaucoup de joie à vous lire, Pierre...

Posté par D&D, 13 janvier 2008 à 04:48

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