Au hasard de mes pérégrinations blogosphériques, je découvre un intéressant texte de Pikipoki qui évoque les liens que nous tissons avec les autres. Il insiste sur le fait que « L'homme est d'abord un être doué des relations qu'il crée, bien plus que des talents individuels qu'il pourrait tenter de construire égocentriquement, cloîtré seul avec lui-même ». Une phrase d'Albert Jacquard lui sert de fil conducteur : « je suis les liens que je tisse avec les autres ».

Ce que développe Pikipoki autour des relations va tout à fait dans le même sens que ce que je crois et j'apprécie le développement qu'il propose. Toutefois j'ai un peu tiqué en lisant un des contre-exemple qu'il choisit : « Fondamentalement, je ne crois pas que le célibat rende heureux. On trouve pourtant beaucoup de gens en faire les louanges et dirent combien il apporte de liberté. (...) Il me semble au contraire que le célibat n'est qu'une réponse conjoncturelle, qui existe principalement dans les sociétés où l'individualisme fait florès, et qui trop souvent ne sert aux individus qui le "choisissent" qu'à camoufler leur situation. Puis ils utilisent le langage, ils le manipulent (encore!) pour mentir aux autres, et pour se mentir à eux-mêmes, afin d'enjoliver et de valoriser les choses.  Pour ne pas se retrouver en situation d'infériorité psychologique, une société individualiste s'accommodant très mal de ce genre de symptômes. ».

En quelques lignes beaucoup d'idées se téléscopent, qui me semble plus ou moins défendables. Je ne crois pas que le fait d'être heureux ait vraiment un rapport avec le fait de vivre seul ou a plusieurs (en couple ?). On peut être triste en couple comme heureux en tant que célibataire. D'ailleurs, célibataire ne veut pas dire privé de relation. L'image du "vieux garçon" solitaire est un peu désuète.

Autrefois je pensais que le célibat était triste. Une sorte d'échec, ou un manque de chance. Depuis que je suis dans cette situation j'y trouve avantage et, honnêtement, ne me sens pas moins heureux que lorsque j'étais en couple. Ce serait différent si je comparais à une relation amoureuse qui, effectivement, rend heureux... mais c'est un cas bien particulier dans une relation, et finalement assez indépendant de l'idée de couple.

Le célibat serait une réponse conjoncturelle. Certes, comme l'est la vie en couple, ou toute autre relation, au hasard des rencontres et des séparations. Ce qui me surprend (mais pas tant que ça, puisque auparavant je pensais ainsi) c'est que la relation de couple semble être perçue comme "normale", alors que le célibat serait une anomalie. Maintenant que je le vis, je le vois comme un état tout aussi normal, qui correspond simplement à une situation de non-couple. Situation temporaire ou durable, comme le sont les couples. L'alternance couple/non-couple me semble assez logique, et en tout état de cause tout aussi saine, si ce n'est davantage, que la succession ininterrompue de relations amoureuses.  D'ailleurs c'est plutôt cette difficultés à accepter le célibat qui m'interpelle. Comme si c'était, précisément, une anomalie à laquelle il fallait absolument remédier au plus tôt. Comme s'il fallait absolument combler un vide insupportable.

Faire un parallèle entre individualisme et célibat n'est pas dénué de fondement, mais ne doit pas en rester là. Oui, l'individualisme fait que le célibat est désormais mieux accepté, et davantage revendiqué. Non, le célibat n'est pas directement lié à l'individualisme, qui s'étend très largement dans toutes les strates de la société. Couples compris.

Est-ce que les célibataires enjolivent leur situation ? Probablement, pour une part d'entre eux, s'ils le vivent mal. Notamment parce que le regard porté sur cette vie en solo n'est encore pas très bien perçu par la société, comme le montre en filigrane l'analyse de Pikipoki. Pour ma part (mais je ne représente que moi...), je ne valorise ni ne déplore le célibat. Il présente des avantages et des inconvénients, tout comme la vie de couple. C'est un truisme de le dire...

Pour le moment je le vis très bien et, avec toute la conscience dont je dispose, je ne crois pas me mentir en affirmant cela. Sinon, je chercherai à en sortir... Oui, j'ai été plus heureux en période d'exaltation amoureuse, mais notablement moins heureux lorsque cela s'est brutalement terminé. Le célibat (au sens strict) est neutre, sans sommets de félicité ni plongées dans la douleur des séparations. N'est-ce pas aussi une façon d'être heureux que de se préserver, du moins pendant un temps, de ces éprouvantes alternances ? Avant, peut-être, de tâter de nouveau le grand vent de l'aventure relationnelle...

Pour clore cette petite réflexion, j'affirme ne pas me sentir en situation d'infériorité psychologique. Pas plus que lorsque je dis que, comme conséquence de ce célibat, je ne fais plus l'amour...