28 février 2008
Panier de crabes
Je sens que je ne vais pas regretter d'avoir accepté de soumettre ma candidature à l'élection municipale : mes convictions et ma naïveté pourraient fort bien se voir quelque peu réévaluées...
M'étant proposé pour gérer le contenu du site internet de notre équipe, c'est à moi qu'il revient de mettre en ligne les textes qui l'alimentent. Je suis donc en contact direct avec une petite partie de l'équipe, qui décide pour tous. Le principe est discutable, mais semble accepté. J'ai bien sûr une place prééminente puisque je peux, jusqu'au dernier moment, proposer des modifications.
Tant que nous restions dans la phase préparatoire, nous diffusions de l'information et tout se passait sans encombre. Mais depuis quelques jours nous sommes entrés dans le jeu des questions-réponses. Les citoyens peuvent poser leurs questions, et un de ceux qui ont mis en mouvement notre équipe y répond. Bon... comme il considéré que certaines réponses doivent être apportées, il arrive que ce soient des membres de la liste qui posent les questions adéquates ! C'est de bonne guerre, probablement, mais cela met un peu à mal ma probité. Surtout quand on se targue d'être une quipe qui agit en toute clarté... Je me trouve un peu en porte-à-faux, entre ma pensée qui peut émettre des opinions et le poste de webmaster qui est là pour rendre service à l'équipe sans état d'âme.
Jusque là je m'accomodais de ce stratagème, pas vraiment dérangeant... hormis sur le principe (ce qui n'est pas rien, déjà).
Mais la campagne électorale entre dans sa phase chaude, et les évènements prennent une autre tournure. Voila qu'émergent des histoires anciennes et apparemment complexes, qui donnent lieu à des questions précises mettant directement en cause certains membres de l'équipe adverse. Des éléments sérieux... qui me plongent dans l'embarras. Je ne connais que très peu ce qu'on m'apprend et je me vois bien embêté avec tout ça : je suis toujours prudent lorsque je n'entends qu'un son de cloche. Même si j'ai confiance en ceux qui me parlent, je ne connais pas suffisamment les tenants et aboutissants pour me faire une opinion qui aurait un minimum d'impartialité. Ce qu'on me présente comme la vérité... n'est que celle de ceux qui l'énoncent. Je suis certain qu'en face on me donnerait une autre version des faits, probablement avec la même apparence de bonne foi.
Je ne peux évidemment pas aller voir l'autre équipe pour demander ce qu'il en est. D'autant plus que les faits discréditent certains de leurs membres, et en particulier celui qui se présente comme tête de liste. S'il y a des incompétences notoires, il serait bon de le faire savoir. Mais sont elles réelles ? Et à la hauteur de ce qui m'est annoncé ? N'y aurait-il pas une part d'inimitiés personnelles ? Qu'en sais-je...
Cas de conscience.
Et puis ça ne vas pas du tout dans le sens de ce que je souhaite : aller vers une idée de rassemblement des énergies, d'ouverture, et surtout pas vers une logique d'affrontement. Proposer plutôt que démolir, agir pour quelque chose plutôt qu'être contre ce qui est. Mon côté idéaliste se trouve confronté à la réalité des mentalités villageoises, des vieilles querelles plus ou moins justifiées, là où des rancunes tenaces font que des gens refusent de se dire bonjour en tournant ostensiblement la tête.
Je ne suis pas là pour avoir trop d'états d'âme puisque je suis le webmaster... En tant que tel, je dispose d'un peu de pouvoir d'influence, mais je ne peux pas décider de la tournure que prennent les évènements. Cela ne peut se faire que devant toute l'équipe... qui semble avoir délégué à quelques uns la liberté éditoriale d'un site de propagande électorale.
Si je ne redoutais pas de me voir associé de trop près à des comportements que je ne cautionne pas forcément, tout ceci serait finalement assez intéressant. Pour le moment je m'en tiens à rappeller l'importance de l'irréprochabilité : s'en tenir aux seuls faits vérifiables.
26 février 2008
Routine en vue ?
Une de mes amies m'a joint ce soir, et m'a posé sa question rituelle : « alors, quels sont les scoops ? ». Cet été les scoops concernaient mes relations féminines, plus ou moins ébauchées d'une part, plus ou moins s'éloignant de l'autre. Au fil des mois les scoops de ce genre se sont raréfiés, au profit des scoops professionnels. Ce soir, il n'y avait aucun scoop relationnel. Ce n'est qu'au moment de clore la conversation que j'ai pensé, in extremis, au scoop professionnel : le passage du cdd au cdi, gage de tranquillité financière appréciable.
J'ai conclu en disant « tout roule ! »
Tout va bien dans ma vie. « La vie me donne ce que j'attends d'elle », comme dirait Cabrel.
Finalement c'est reposant de vivre sans tourments.
Mais je me demande si le spectre de la routine ne me guette pas...
25 février 2008
Pauvre con !
Difficile d'échapper au dernier débordement verbal de notre vibrionnant président au Salon de l'agriculture. Il serre des mains, s'approche d'un homme, et celui-ci lui dit « ah non, touche moi pas ! ». Sakozy lui rétorque « alors casse-toi ! ». « ... tu vas me salir », poursuit le premier. « Casse toi, pauvre con ! » terminerait le président [le son, inaudible, est sous-titré] en se tournant vers d'autres mains. Bel exemple de rejet mutuel duquel le président ne sort pas grandi. La vidéo crée un petit scandale. Moi, elle ne me choque pas. Je ne suis pas surpris par cet énième débordement d'un homme manifestement impulsif, prêt à en découdre avec quiconque se place sur son chemin. On l'a déjà vu prêt à se battre avec un marin-pêcheur, partir à l'abordage de journalistes sur leur barque, sans oublier le célèbre coup de Karcher. Le moins que l'on puisse dire est que sa capacité au dialogue courtois est assez fruste.
On lui reproche donc, à juste titre, de ne pas "tenir sa place" et de ternir l'image de la fonction présidentielle. Il est certain qu'il la repeint à sa guise... Mais qu'attendait-on de lui ? Qu'il change, alors qu'il se montre ainsi depuis bien avant son investiture au poste de candidat ? Comment peut-on encore être surpris par cet homme, qui reste fidèle à ce qu'il a toujours été ? Il est arrogant, démésurément ambitieux, dit ce qu'il pense sans prendre de gants. Il a été élu pour ça, il me semble... Cette façon d'être plaît à suffisamment de gens pour qu'ils l'aient mis à la tête de l'état. Tout ce que j'espère, c'est que ce qu'il nous inflige fasse un peu réfléchir à l'avenir...
Maintenant, après avoir vu sa part de responsabilité, regardons un peu la notre, outre le fait de l'avoir élu. Ce qui me surprend, voire me dérange, c'est cette attention constante que les médias lui portent, traquant le moindre dérapage pour le mettre en exergue. Certes, c'est leur rôle, mais ne contribuent-ils pas largement à ce qu'il entendent dénoncer ? À l'ère de la surinformation en temps réel, notamment via internet, il y a de quoi se poser la question.
Ce qui me chiffonne, c'est aussi la façon dont, assez unanimement, cet homme est conspué. Je ne m'inquiète pas pour lui, je suppose qu'il a le cuir épais. Mais quand même, à force de se foutre de sa gueule sans retenue, allant jusqu'à se moquer de son physique, n'atteint-on pas aussi, derrière l'homme, la fonction présidentielle ? Le type qui se trouve dans la foule (pour regarder l'animal de foire en représentation ?), et ne veut pas être touché par le chef de l'état pour ne pas être « sali », qui le tutoie, n'est-il pas aussi le produit d'une attitude collective qui manque singulièrement de retenue et de respect envers ladite fonction présidentielle ?
On attend d'un président qu'il se situe au dessus de ça, et qu'il garde son calme en toute circonstance, gage de sagesse et de tempérance. En bref : que l'homme s'efface derrière la fonction. Mais quand on élit collectivement un trublion arrogant et fier de l'être... et bien on a ce qu'on a voulu (ce qu'ils ont voulu...). Ce que je veux dire par là c'est que ce président est issu de notre comportement collectif, et de l'évolution d'une société dans laquelle nous avons tous notre part. Je trouve facile d'attendre systématiquement des autres (entendez, "ceux qui nous gouvernent") qu'ils endossent l'entière responsabilité de ce que nous sommes collectivement. Sarkozy est le président de la France d'aujourd'hui, et nous sommes tous co-responsables de ce qu'elle est. L'irrespect, les incivilités, la perte des repères, dont on parle tant pour les banlieues, ou à l'école, ce n'est pas Sarkozy qui l'a créé : il s'en est servi. Il contribue certes à l'entretenir, du haut de l'échelle symbolique... où nous l'avons placé. Qui est ce "nous", si ce n'est la société que nous faisons tous ?
Oui, je sais, beaucoup n'ont pas voulu de lui et se désolent de le voir persister dans la voie qu'ils redoutaient. Je partage leur avis, leur révolte, et comprends donc qu'il puisse y avoir une sorte de revanche jubilatoire à traquer ses dérapages, voire à le honnir. Fonction d'exutoire. Pour ma part, je m'attache à voir en quoi je suis "responsable" (pour quelques dizaines de millionièmes) de ce genre de dérives. Voila pourquoi je ne peux être solidaire du concert anti-sarkozien...
En revanche, les manoeuvres tendant à détourner la constitution me semblent beaucoup plus préoccupantes et appellent à une grande vigilance. C'est de ça dont il faut parler (mais c'est nettement plus compliqué...), pas des dérapages verbaux de l'auguste histrion.
Ce matin j'entendais à la radio que « De Gaulle avait taillé le costume de la fonction présidentielle à sa mesure». Il est vrai qu'il était grand... et que la société était bien différente. J'ai quelques difficultés à imaginer, sur les images noir et blanc de l'Ortf, un quidam apostropher le grand homme : « Ah non, Charlot, touche-moi pas, tu vas me salir ! »
Sur le sujet, voir aussi :
Des liens et du célibat
Au hasard de mes pérégrinations blogosphériques, je découvre un intéressant texte de Pikipoki qui évoque les liens que nous tissons avec les autres. Il insiste sur le fait que « L'homme est d'abord un être doué des relations qu'il crée, bien plus que des talents individuels qu'il pourrait tenter de construire égocentriquement, cloîtré seul avec lui-même ». Une phrase d'Albert Jacquard lui sert de fil conducteur : « je suis les liens que je tisse avec les autres ».
Ce que développe Pikipoki autour des relations va tout à fait dans le même sens que ce que je crois et j'apprécie le développement qu'il propose. Toutefois j'ai un peu tiqué en lisant un des contre-exemple qu'il choisit : « Fondamentalement, je ne crois pas que le célibat rende heureux. On trouve pourtant beaucoup de gens en faire les louanges et dirent combien il apporte de liberté. (...) Il me semble au contraire que le célibat n'est qu'une réponse conjoncturelle, qui existe principalement dans les sociétés où l'individualisme fait florès, et qui trop souvent ne sert aux individus qui le "choisissent" qu'à camoufler leur situation. Puis ils utilisent le langage, ils le manipulent (encore!) pour mentir aux autres, et pour se mentir à eux-mêmes, afin d'enjoliver et de valoriser les choses. Pour ne pas se retrouver en situation d'infériorité psychologique, une société individualiste s'accommodant très mal de ce genre de symptômes. ».
En quelques lignes beaucoup d'idées se téléscopent, qui me semble plus ou moins défendables. Je ne crois pas que le fait d'être heureux ait vraiment un rapport avec le fait de vivre seul ou a plusieurs (en couple ?). On peut être triste en couple comme heureux en tant que célibataire. D'ailleurs, célibataire ne veut pas dire privé de relation. L'image du "vieux garçon" solitaire est un peu désuète.
Autrefois je pensais que le célibat était triste. Une sorte d'échec, ou un manque de chance. Depuis que je suis dans cette situation j'y trouve avantage et, honnêtement, ne me sens pas moins heureux que lorsque j'étais en couple. Ce serait différent si je comparais à une relation amoureuse qui, effectivement, rend heureux... mais c'est un cas bien particulier dans une relation, et finalement assez indépendant de l'idée de couple.
Le célibat serait une réponse conjoncturelle. Certes, comme l'est la vie en couple, ou toute autre relation, au hasard des rencontres et des séparations. Ce qui me surprend (mais pas tant que ça, puisque auparavant je pensais ainsi) c'est que la relation de couple semble être perçue comme "normale", alors que le célibat serait une anomalie. Maintenant que je le vis, je le vois comme un état tout aussi normal, qui correspond simplement à une situation de non-couple. Situation temporaire ou durable, comme le sont les couples. L'alternance couple/non-couple me semble assez logique, et en tout état de cause tout aussi saine, si ce n'est davantage, que la succession ininterrompue de relations amoureuses. D'ailleurs c'est plutôt cette difficultés à accepter le célibat qui m'interpelle. Comme si c'était, précisément, une anomalie à laquelle il fallait absolument remédier au plus tôt. Comme s'il fallait absolument combler un vide insupportable.
Faire un parallèle entre individualisme et célibat n'est pas dénué de fondement, mais ne doit pas en rester là. Oui, l'individualisme fait que le célibat est désormais mieux accepté, et davantage revendiqué. Non, le célibat n'est pas directement lié à l'individualisme, qui s'étend très largement dans toutes les strates de la société. Couples compris.
Est-ce que les célibataires enjolivent leur situation ? Probablement, pour une part d'entre eux, s'ils le vivent mal. Notamment parce que le regard porté sur cette vie en solo n'est encore pas très bien perçu par la société, comme le montre en filigrane l'analyse de Pikipoki. Pour ma part (mais je ne représente que moi...), je ne valorise ni ne déplore le célibat. Il présente des avantages et des inconvénients, tout comme la vie de couple. C'est un truisme de le dire...
Pour le moment je le vis très bien et, avec toute la conscience dont je dispose, je ne crois pas me mentir en affirmant cela. Sinon, je chercherai à en sortir... Oui, j'ai été plus heureux en période d'exaltation amoureuse, mais notablement moins heureux lorsque cela s'est brutalement terminé. Le célibat (au sens strict) est neutre, sans sommets de félicité ni plongées dans la douleur des séparations. N'est-ce pas aussi une façon d'être heureux que de se préserver, du moins pendant un temps, de ces éprouvantes alternances ? Avant, peut-être, de tâter de nouveau le grand vent de l'aventure relationnelle...
Pour clore cette petite réflexion, j'affirme ne pas me sentir en situation d'infériorité psychologique. Pas plus que lorsque je dis que, comme conséquence de ce célibat, je ne fais plus l'amour...
- Au sujet du célibat, je conseille la lecture de "Les nouvelles solitudes", de Marie-France Hirigoyen.
21 février 2008
Variation sur l'amour et ses suites
« Que devient l'amour envers ceux que l'on a aimés et qui ne sont plus là ? ». C'est la question à laquelle a tenté de répondre Alainx. Son développement dans "L'amour et après..." , fort intéressant, me trouble sur plusieurs points. Quoique globalement je sois assez d'accord avec son point de vue, d'importantes nuances font que j'ai finalement une approche légèrement différente. Je vais m'appuyer sur certains passages pour tenter de préciser ma pensée et en quoi elle se singularise peut-être de celle d'Alainx.
« Il est des amours qui meurent, et d'autres qui demeurent. Il est des amours que l'on n'oubliera jamais, et d'autres dont on a même oublié le nom. Il faut croire qu'ils n'étaient pas de même nature ».
Si des amours meurent... alors il ne s'agissait pas d'Amour. Pas au sens auquel je l'entends. Mais il faut bien reconnaître que ce terme à des sens de nature fort différente. Si l'amour est un élan désintéressé vers l'autre, qu'est ce qui pourrait le faire mourir ? Il me semble que ne peut s'éteindre que "l'amour" intéressé, conditionnel, qui voit ses attentes déçues. Ce qui est décrit n'est donc pas l'Amour, mais l'attente de réciprocité d'un pseudo-amour. Ou autrement dit: l'amour de soi, vu dans le reflet de l'autre. Comme dans ces jeux de miroirs qui, face à face, se réfléchissent à l'infini.
Nous sommes tous porteurs des deux composantes : amour désintéréssé, et attente d'une réciprocité de cette offrande. Le premier est un élan spontané, le second en attend une récompense. Ce qui, en soi-même, est déjà source de confusion, c'est qu'on assimile aisément l'offrande d'amour à un don alors que, par essence, ce dernier n'attend aucun retour. L'énergie perpétuelle n'existant pas, il faut bien que le don d'amour soit compensé, nourri, par quelque chose en échange. Une gratification qui peut être fort variable, allant de l'exigence de retour de la part de l'objet d'investissement amoureux à des formes beaucoup plus élaborées d'élévation spirituelle. Là où le regard que l'on porte sur soi, ou que l'on imagine porté sur soi par autrui, ou par une instance supérieure, peut avoir un rôle auto-nourissant.
Je ne crois pas que l'amour existe sous la forme pure du don. C'est un idéal... vers lequel on peut vouloir tendre.
Alainx décrit l'amour perverti : « Je vois bien dans ma vie les amours où je n'ai fait que me rechercher moi-même, où je suis allé à la quête d'une reconnaissance nécessaire, celle qui m'avait manqué et que je réclamais éperdument. ».
J'aurais un regard moins catégorique. Quand on aime, on ne fait pas "que" se chercher soi-même : on rencontre un être et on échange quelque chose. Même si c'est sur une base faussée cet échange est créateur. Il génére un nouvel état du Moi, il permet d'évoluer et de se rapprocher de ce qu'on cherche à être. À deux. Que des blessures poussent ultérieurement à un éloignement, voire à un rejet de l'autre, n'enlève rien à ce qui a été découvert dans le partage relationnel. Simplement, parce qu'on a souffert de ne pas être accueilli comme on l'aurait voulu, on peut préférer "oublier", ou haïr qui ne nous a pas comblé. Le pseudo-amour de l'autre (mais vrai besoin d'amour !) domine alors la part d'amour qui fût offerte dans un premier élan généreux. Et encore... La psychanalyse expliquerait que mêmes les élans généreux sont des pulsions d'origine libidinale...
« Pour faire sens, on noie tout cela dans un romantisme larmoyant, on en appelle à Lamartine, à Baudelaire, en griffonne des poèmes insipides que l'on croit lumineux. ». Qu'on les croie luminueux est déjà une lumière en soi, nécessaire au moment de l'acte créatif. La poésie n'est-elle pas souvent née de blessures amoureuses ? Tout le monde n'a pas le talent des grands, certes, mais le geste créateur, libérateur, qu'il soit écrit, chanté, parlé, peint, joué sur un instrument, investi dans une activité, est de même nature. Lumineux dans leur expression, ces élans ne sont pas méprisables.
Cette lumière est une des caractéristiques de l'élan amoureux. Élan de vie, énergie créatrice. Transformation. Chemin de lumière...
Alainx évoque longuement son « amour à bascule » qui, par la souffrance engendrée par l'absence de retour, déclencha en lui une révélation salutaire : il comprit qu'il y avait « une faille profonde en lui », qu'il qualifie de « béance ». « La rupture avec M.D. fit poindre l'aube de ma renaissance, pour ne pas dire de ma naissance affective d'adulte ». Je pense que toute relation est riche d'enseignements, mais certaines touchent beaucoup plus profondément et obligent à un remaniement intérieur. Alainx parle d'un « investissement à fond perdus », et je comprends bien le sens de ce constat. L'investissement sur une personne peut se révéler être une impasse. Toutefois, l'obligation d'en sortir peut mener vers une prise de conscience de l'erreur. L'investissement se trouve alors réinvestissable autrement, ailleurs. C'est là que je crois qu'il dépend du choix de chacun de "profiter" des enseignements qu'offrent les rencontres, quelle que soit la durée et l'intensité du partage. On peut effectivement "renaître", dans une certaine lumière sur soi.
« Il y a des amours mortes dont il est bon qu'elles soient défuntes. »
Voila sans doute la phrase qui m'a le plus interpellé. Probablement parce qu'y apparaît de façon flagrante la confusion des deux sens que j'accorde au mot amour. Qu'une attente d'amour de la part d'un objet d'amour soit éteinte, "morte", me semble tout à fait sain. Du moins si elle ne cherche pas à s'investir sur un autre amour... En revanche, selon ma conception des choses, l'Amour que je porte à quelqu'un ne peut pas mourir. Ou alors c'est que je n'aimais pas. Aimer n'a pas de fin. La polysémie du mot amour trouve là ses limites.
De façon plus ou moins explicite je ne cache pas dans mes écrits que je suis, depuis plusieurs années, dans un important travail d'évolution personnelle. Ceci consécutivement à une relation amoureuse particulièrement investie qui se révéla fort complexe à faire durer sous sa forme initiale. Je suis donc interpellé par ce paragraphe : « Il est une manière néfaste d'entretenir le rapport à sa propre histoire affective. À ses amours déchues. On s'use les yeux de l'amour possible d'aujourd'hui à se repasser en mémoire ces vieilles vidéos des souvenirs achevés. Bien souvent, ils nous referment et éteignent l'élan vital du coeur ». Contrairement à Alainx (je suppose qu'il le sait), je ressens les choses autrement. Certes on peut se laisser enfermer dans un ressassement stérile, et ce serait une stagnation que de tourner indéfiniment en boucle. Cependant, vouloir sortir au plus vite des souvenirs me semble présenter un risque potentiellement tout aussi inquiétant : celui de la répétition des mêmes scénarios. Ce qui compte est de suivre le processus qui nous paraît intuitivement être le bon. C'est à dire quelque chose de différent pour chacun. Il n'y a pas de règles en la matière, pas de généralisation possible. Aucune méthode n'est bonne ou mauvaise, du moment qu'elle permet de trouver la paix de l'esprit. Et j'ajouterais "durablement", de façon à se prémunir, autant que faire se peut, de l'angoisse des répétitions. Pour ma part j'ai choisi de parcourir mes souvenirs pour trouver le sens de ce qui s'était passé. Non pas dans un processus d'enfermement, mais parce que j'avais besoin de rester un certain temps dans le bain se refroidissant. Non seulement parce que cela participe du travail des deuils (au pluriel), mais aussi parce que fuir la douleur n'aurait fait que la maintenir en moi sous une forme invisible. Elle se serait enkystée et aurait influé sur mon parcours de vie en le portant vers des aspects "négatifs" de méfiance envers les relations, et l'humain en général. J'ai senti qu'aller dans ces directions ne correspondait pas à ma nature.
Vu de l'extérieur rester longtemps "pris" dans les suites d'une histoire relationnelle peut paraître statique. Et peut effectivement l'être. Mais un travail fait en profondeur peut y ressembler à s'y méprendre.
Personnellement je me sais actuellement fermé à un certain type d'élan vital du coeur : celui de l'amour amoureux. Précisément parce que j'ai besoin de cerner ce qui en moi tient de l'attente d'amour. Mon élan de vie est transformé, sublimé, et se reporte sur d'autres façons de rencontrer l'altérité. Il est aussi porté sur ma rencontre personnelle, parce que, quand même, la personne la plus importante pour moi... ben c'est moi ! Mais ce travail sur moi n'a qu'un but : me rendre plus ouvert, plus accueillant, plus acceptant envers l'autre. Autrement dit : j'apprends à aimer l'Autre. Non seulement pour mon confort personnel, mais aussi pour celui de ceux avec qui je suis en relation. Au delà, parce que je crois que tout s'influence, aimer l'autre c'est aussi agir pour un meilleur de l'humanité.
J'en arrive finalement à la même conclusion qu'Alainx : « on ne sera jamais véritablement humain, sans la permanence d'élans d'amour vers l'autre. »
17 février 2008
La vie en mouvement
Je n'écris guère. Faute de temps, faute de pensée posée, faute de disponibilité de l'esprit. Période pré-électorale oblige, j'ai passé pas mal de temps à rédiger des textes, à mettre en place, modifier, corriger le site internet de notre liste. Je me laisse vite prendre par le plaisir d'écrire, conjoint à celui de faire preuve de didactisme. Mes textes plaisent, et ça m'est plutôt agréable.
La boite à mail connait une forte activité, quoique certains candidats ne soient pas utilisateurs d'internet. J'oublie presque que tout le monde n'a pas franchi ce pas...
Je rencontre pas mal de gens, connus ou inconnus. J'entre dans les maisons, les cuisines de ferme, surchauffées, où on discute bruyamment autour d'un café ou d'un apéritif. Je m'étonne moi-même d'oser ces démarches et de prendre ma place dans les conversations. Oh, discrètement, cela va de soi...
Au travail il y a des changements en perspective. Le départ inattendu d'un collègue laisse une place vacante, qui m'a été proposée. Mon contrat, renouvellé pour de courtes périodes, va devenir à durée indéterminée. Une chance que je n'avais même pas anticipée. Il y a une sorte de continuité logique, une évidence qui se manifeste dans mon parcours qui, récemment encore, semblait très incertain. Conséquence non négligeable, mon salaire, quoique restant modeste [ça paye pas trop dans les métiers du social...], va augmenter. La collègue avec qui je m'entends bien, lassée des inerties il y a quelques semaines, n'a plus vraiment envie de partir. Elle voit que je m'investis dans l'équipe et que j'apporte des idées nouvelles, contrairement à celui qui s'en va, plutôt passif. Avec elle nous sommes aussi souvent en désaccord que sur la même longueur d'onde, mais nous nous apprécions et respectons nos différences, qui nous enrichissent mutuellement. La taquinerie va bon train. Il y a quelques jours elle m'a dit qu'elle appréciait mes qualités de pédagogue, en y voyant un atout à exploiter. Je suis aussi le médiateur qui adoucit ses prises de positions un peu vives avec notre responsable, par ailleurs plutôt cool.
Je suis surpris de constater que ces rôles me sont attribués "naturellement". Il semble qu'en étant simplement moi-même je suis apprécié par tous, collègues et salariés.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ??
Du côté de la formation à l'écoute, deux jours consacrés à la psychologie de l'enfant ont relancé quelques mouvements intérieurs. Rester neutre face à ce qui réveille émotions et souvenirs me demande un certain travail. Je me suis demandé si je pourrai un jour entendre des difficultés relationnelles parents-enfants sans que les résonnance ne m'envahissent... Pour le moment c'est encore trop "chaud", insuffisamment travaillé. Mais ce sont des pistes intéressantes pour de nouvelles réflexions auto-analytiques.
Je crois d'ailleurs que c'est cette remise en mouvement qui me maintient à distance d'une écriture ouverte. Je me sens en repli sur moi. Égocentré. Temporairement. Ça bouge à l'intérieur, en douceur.
Voila... je suis presque étonné de ce qui se passe dans ma vie, et en même temps tout me semble si fluide, si évident. Je n'ai pas l'habitude de ressentir aussi durablement la sérénité.
J'avoue que... hé hé, ça m'inquièterait presque !!!
Ne va t-il pas m'arriver quelque chose qui contrarie ce bel ordonnancement ?
16 février 2008
Le sens et l'émotion
Me tenant généralement à l'écart de la rumeur médiatique j'échappe largement à nombre d'informations de peu de portée sur la marche du monde. Un filtrage se fait, et ne vient vraiment à ma conscience que ce qui suscite trouble, émotion, ou indignation collective. Ainsi en est-il d'une des dernières trouvailles du président élu par une majorité de français : « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah ».
Il n'est pas dans ma nature de rester en révolte contre un choix démocratique : je n'ai pas choisi ce président mais je respecte le verdict majoritaire des urnes. D'une manière générale j'aborde peu les questions politiques, leurs enjeux m'échappant largement. Je vis ainsi beaucoup plus en paix, préférant agir sur ce qui est à ma portée. De toutes façons, lorsque je ne peux rien faire contre ce qui est, la révolte passive me semble stérile. Je fais avec... tant que ça ne me semble pas aller fondamentalement contre mes convictions.
Depuis que j'ai vu émerger et prendre de l'importance l'homme qui est maintenant à la tête de l'état je ne l'apprécie pas. Je ne le "sent" pas. Quelque chose en lui me déplait intuitivement. Je ne le sent pas porté vers l'humain, vers l'intérêt collectif, mais bien davantage nourri d'ambitions personnelles. À la différence d'autres qui auraient le même genre de motivations sa capacité à se faire croire "indispensable", à être toujours là, son indéniable talent pour attirer l'attention sur lui, m'inquiètent. Car ce ne sont pas ses idées qui touchent, mais sa façon de les présenter avec une sorte d'évidence désarmante. Il a un pouvoir d'influence qui ne me laisse pas indifférent. Cependant je ne me lancerai pas dans des attaques ad hominem, comme j'en lis un peu partout. Cela aussi me dérange. Je n'aime pas l'attitude qui consiste à mépriser, ou porter un regard dénigrant sur quelqu'un. Fut-il honni. Je m'efforce de respecter chaque individu, y compris ceux avec qui je me sens en profond désaccord.
Ceci étant posé, je ne sais pas vers quoi voudrait nous emmener cet homme. Il cherche à restaurer des idées de devoir, de respect de valeurs, en surfant sur des vagues non dénuées de légitimité mais en les prolongeant au delà d'attentes plus ou moins exprimées. Cette tendance à s'appuyer sur des idées intéressantes mais à les prolonger vers quelque chose d'excessif à quelque chose de malsain dans sa répétition. Oui, agir pour que chacun, et notamment les enfants, ait conscience de ce qu'a été la Shoah est louable, mais pas n'importe comment. Sur de tels sujets on ne lance pas une idée comme un nouveau gadget.
À croire que l'effet désiré est encore d'attirer l'attention, en sachant que la sensibilité du sujet déclenchera réflexions et polémiques. Sur ce plan c'est une réussite : faire parler contribue à son succès. C'est là qu'est le piège...
Sur le fond de l'affaire, ce qui me dérange dans cette initiative de mémorisation obligatoire est son aspect systématique. Je ne crois pas qu'on puisse généraliser une telle démarche. Elle peut être intéressante dans certains cas et totalement déplacée dans d'autres. Soutenir le travail fait actuellement par les enseignants sur une base spontanée me semble une bonne idée. Mais pas de l'imposer. Adhérer à ce genre de démarche ne peut se faire que sur la base du volontariat.
Ce qui me dérange est de l'inscrire dans l'émotionnel, au détriment d'une autre priorité : la recherche de sens.
Ce qui me dérange c'est non seulement de se limiter à cette seule tragédie de l'humanité, mais aussi de n'en observer que le côté « français ».
Ce qui me dérange c'est l'instrumentalisation de ce sujet, toujours très sensible.
Ce qui me dérange c'est l'introduction d'un trouble collectif qui, en l'occurence, me semble plus malsain que fécond.
En même temps je n'adhère pas forcément à l'idée émise par certains contradicteurs, visant à protéger nos enfants d'un possible "traumatisme". Ce serait un autre risque que de vouloir occulter la réalité de faits en surprotégeant les consciences. Je préfère les avis plus mesurés qui s'inquiètent de l'association trop proche de la mémoire d'un enfant assassiné avec le vécu des enfants vivants. Le phénomène identificatoire est potentiellement "dangereux", parce qu'il joue sur l'émotionnel et peut éveiller des angoisses profondes. Il est bien davantage préférable de travailler sur le sens des choses si l'objectif et d'en éviter la répétition. Ce qui est inquiétant est ce qui semble n'avoir aucun sens. L'émotionnel peut déclencher la recherche du sens... à condition d'aller jusque-là.
09 février 2008
Une journée ordinaire
Hier matin. Il fait encore nuit lorsque je me lève, comme chaque jour où je travaille. Il y a des étoiles dans le ciel, ce qui, comme chacun sait, est un bon présage pour la météo du jour. Effectivement, lorsque, une fois prêt, je démarre ma voiture et gratte le pare-brise légèrement givré, je vois se dessiner la ligne de crête des montages sur l'horizon bleu de la lueur du jour.
Sur la route les infos du matin balisent mon parcours selon les interventions chronométrées des chroniqueurs. C'est aussi une façon de savoir si je suis à l'heure, en me fiant aux repères significatifs de la route qui défile. Certains jours je n'écoute pas, lorsque je n'ai pas envie que le lourd pouls du monde interfère avec le mien.
Arrivant au travail, de ma voiture je vois la collègue avec qui je m'entends bien et nous nous faisons un amical signe de la main. Elle arrive presque toujours plus tôt que moi, qui ai la ponctualité tardive...
L'équipe des salariés en insertion arrive aux vestiaires en s'égrénant. Poignées de mains souriantes, prise de température du moral en observant les regards et les sourires, petites nouvelles de chacun. Parfois bonnes, parfois moins. L'une des salariées a de sérieux soucis puisque sa banque a bloqué son compte. On cherche des solutions, elle ne travaillera pas l'après-midi, pour tenter de régler ça.
Départ pour le lieu de travail du jour. On ne le décide souvent qu'au dernier moment, en fonction de la météo, des présents, et des besoins. Hier c'était, comme la veille, des travaux d'entretien dans un espace naturel. Une zone humide préservée au milieu des parcelles agricoles environnantes. Une réserve pour d'invisibles oiseaux aux cris étranges. Les hautes pailles dorées des roseaux les cachent, de même qu'une forêt de saules qui poussent dans l'eau. Au loin une forêt résonne des craquettements des hérons. Le soleil frais du matin révèle les teintes nuancées du lieu, sous un ciel bleu éclatant.
Nous sommes équipés pour cet endroit particulier : bottes, cuissardes de pêcheurs pour travailler dans l'eau. Couper quelques petits arbres envahissants, sans dénaturer le site, dégager les clôtures protectrices.
A midi, pause repas. Assis dans l'herbe, chacun sort son casse-crôute. Pique-nique en pleine nature, comme chaque jour. Le printemps qui se rapproche les rend plus agréables. Quelques premières fleurs, ainsi que les chatons des saules qui éclosent confirment l'allongement incontestable des jours. Le soleil chauffe davantage.
Discussions avec ma collègue de travail, toujours bavarde, soucieuse des relations humaines dans l'équipe et du bien être de chacun. Un petit bout de femme montée sur ressort, en révolte permanente contre le monde, mais ponctuant ses colères de grands sourires. Fermeté des idées alternent avec une autocritique constante. Elle affirme ses idées pour, quelques minutes plus tard, me demander « Tu me trouves trop dure/exigeante ? ». Je lui fait alors part de mon point de vue plus nuancé, déclenchant des réactions d'une infinie variété. Parfois elle me demande de me taire, en rigolant, et je sais que j'ai touché juste. Ou alors c'est le lendemain qu'elle revient vers moi, ayant été ébranlée dans ses convictions. D'autres fois elle me secoue en me disant que la vie n'est pas aussi simple que je semble le croire. On ne s'ennuie jamais tous les deux...
L'après-midi de travail reprend tôt, à midi et demie. Mais elle se termine en conséquence : à seize heures les salariés rentrent chez eux. Nous, les "chefs d'équipe", restons souvent plus tard pour discuter de tel ou tel salarié, ou des améliorations à apporter par rapport à nos objectifs mixtes : effectuer des prestations tout en formant des personnes aux capacités diverses. Tenter de faire coincider les objectifs de la direction, plutôt économiques, et ce que nous percevons au contact de l'humain et de la mise en oeuvre du travail. Pas évident... Ma collègue, embauchée depuis quatre ans, sent son énergie s'épuiser à cause de la frustration de ne pas pouvoir faire changer les choses comme elle le désirerait. Et pourtant elle adore son métier, qu'elle exerce avec passion. Elle aime vraiment ce qu'elle fait en contact avec des personnes dont elle sait mettre en avant les capacité, tout en ayant à leur égard une exigence soutenue. À côté d'elle je sens bien que je n'ai pas la même finesse de perception. Mais je vois aussi d'autres aspects, auxquels elle est moins sensible. Nous nous complétons bien et notre appréciation est mutuelle.
Retour chez moi un peu plus tard que prévu. Le soleil se couche déjà alors que je voulais profiter de la fin d'après-midi pour travailler dans un autre espace de nature : mon jardin. Tant pis, ce sera pour une autre fois. D'ailleurs j'ai bien d'autres choses à faire : corrections et ajout de textes sur le site internet de notre équipe qui se présente aux éléctions. J'y passe pas mal de temps...
Le soir je me rends chez Charlotte. Nous devons chiffrer précisément notre patrimoine, après un rendez-vous commun chez le notaire qui nous a expliqué en quoi cela consistait. Ce n'est pas très simple puisqu'il faut arriver à quelque chose d'équitable tout en tenant compte de variables importantes. Par exemple l'argent que nous ont donné respectivement nos parents, en avance d'héritage, ne fait pas partie des biens partageables lors du divorce. Et puis au milieu de tout ça il y a ma petite entreprise qui, quoique largement désinvestie, conserve une certaine valeur.
Les histoires d'argent sont vite complexes, car porteuses d'enjeux importants. Charlotte a besoin d'argent pour acheter un logement. Et puis se fixent sur ces sommes de vieilles histoires pas tout-à-fait digérées. Charlotte n'a pas oublié que ma grande remise en question personnelle m'a fait désinvestir mon métier qui, du coup, ne rapportait plus grand chose à la famille. Elle n'a pas oublié non plus que j'étais parti au Québec, il y a quatre ans, pour un voyage qui n'avait aucune raison de la réjouir, avec de l'argent qui faisait partie du patrimoine commun... Mais enfin les mots se disent, s'écoutent, et notre bonne volonté mutuelle fait que nous cherchons à nous entendre sans qu'aucun de nous ne se sente lésé. J'imagine ce que cela peut donner lorsque de la haine et du ressentiment a pris place dans le couple...
Nous avons fini notre soirée en nous serrant fort dans les bras durant quelques instants, ce qui n'était plus arrivé depuis des mois.
Quoique ordinaire, c'était une belle journée.

Jeu de lumière sur écorce de bouleau
07 février 2008
Agir pour mes confictions
Ma vie est bien remplie en ce moment. Je m'implique dans diverses actions qui mobilisent un temps certain. Les élections municipales y prennent une large place en m'accaparant deux soirées par semaine, voire un peu plus depuis que je me propose pour la prise en charge d'actions concrètes. Je m'implique et m'engage dans mes domaines de prédilection : écriture, rédaction, communication. Au cours de soirées de réflexion sur les thèmes de notre campagne, j'ai le regard à la fois critique et la force de proposition : « pourquoi utiliser cette formule ? Qu'est-ce qu'elle apporte ? Est-elle pertinente ? Comment sera t-elle comprise ? Ne pourrait-on pas utiliser ce terme ? ». Je suggère alors des modifications, des précisions, afin que nous soyons cohérents et au plus près de ce que nous proposons. Pour certains de mes colistiers je dois paraître un peu tâtillon, pour ne pas dire chiant... Heureusement, je ne suis pas seul et d'autres les personnes sont convaincues de l'importance d'une bonne communication. Il est certain que cette élaboration prend du temps, mais il faut savoir ce que l'on veut ! Je ne laisse rien passer d'essentiel, parce que je crois que c'est dans les détails que se glissent les peaux de bananes. Essayant de ne pas laisser de place aux phrases creuses ou gratuites, je ne cède pas aux arguments idiots tels que « c'est juste pour donner une idée, de toutes façons les gens ne lisent pas les programmes éléctoraux ». S'ils ne les lisent pas, à quoi bon les écrire, alors ?
J'ai des convictions et je les défends. Cela semble apprécié et lorsque je parle le silence se fait souvent. Je suis presqué étonné de la place qui m'est accordée. Je n'aime pas trop sentir les regards sur moi. Pourtant je crois que je m'en sors plutôt bien. Étonnante, cette confiance en moi prise depuis quelques temps...
Avec ma calme persévérance [qui frise l'obstination] je parviens à faire passer mes idées. Notamment celles qui concernent l'environnement au sens large. Je pense en particulier au concept de dév*loppement dur*ble sur lequel je ne lâche pas le morceau. Il me faut me documenter, expliquer en quoi ça consiste et à quel point cette logique englobe toute la politique communale. Je vois bien que certains ne comprennent pas l'importance de l'enjeu, qui n'est pas un gadget électoral "pour faire bien", mais je bénéficie néanmoins d'une écoute intéressée. Du coup, cette préoccupation a été inscrite en tête des objectifs de notre liste ! Je n'en suis pas peu satisfait, je vous l'avoue.
Je ne sais pas du tout si j'ai des chances d'être élu, dans un village où une large part des électeurs vote selon des règles dignes de Clochemerle. Il ne m'intéresse pas de chercher à y correspondre. Je m'engage en tant qu'habitant qui veut que la commune où il réside aille dans le sens de ses convictions, c'est tout. Mais je n'ai aucun goût pour les querelles de clochers et inimitiés ou affinités ancestrales entre familles. Pour moi l'intérêt général prime sur l'intérêt particulier, ce qui ne semble pas forcément aller de soi ici... Je suis sans doute un peu naïf, mais il est hors de question que je renonce à mes convictions. Et tant pis si le temps que j'ai consacré ne me mène pas au résultat pour lequel j'agis. Je n'y investis rien de personnel, j'apporte seulement une contribution que j'estime utile.
En fait, je ne me suis même pas projeté au delà de ces élections...
Edit : Le terme "confiction" de mon titre est un lapsus qui m'a paru suffisamment intéressant pour que je ne le corrige pas...
04 février 2008
Une amitié particulière
Assez régulièrement, un ou plusieurs de mes enfants viennent rendre visite à leur vieux père celibataire reviennent avec plaisir dans la maison familiale. Ils y retrouvent pour quelques heures la campagne qui leur manque en ville. Façon de renouer aussi avec cette maison, leur chambre, leurs racines. Je n'ai presque rien changé depuis que leur mère est partie. Sauf l'ordre et la propreté, qui ont subi quelques outrages. Mais il semble que mon appropriation désinvolte des lieux les amuse plutôt. En tout cas ils ne s'en formalisent pas.
Hier, exceptionnellement, c'est Charlotte qui a amené les deux plus jeunes. Heureux de la voir chez moi je lui ai proposé de rester un peu. Elle a accepté sans réticence. Actuellement notre entente est cordiale puisque nous n'abordons plus les sujet qui pourraient réveiller nos sensibilités respectives. Nous avons bavardé un moment autour d'un thé. Avec la présence des enfants je me sentais bien, d'humeur plutôt joviale et taquine... mais je me suis retenu.
Une fois Charlotte partie ma fille a continué à me parler de sa vie, mais j'étais un peu ailleurs. J'ai fini par lui dire que j'étais légèrement perturbé lorsque je voyais Charlotte, parce que je ne savais pas trop quelle attitude avoir. Je redoute tellement de sentir des réactions fermées que je me retiens de toute manifestation d'enthousiasme. Ma fille m'a dit qu'elle percevait l'attitude de Charlotte, qu'elle ne comprend pas bien. Je lui ai répondu qu'elle a besoin de marquer une distance, que je respecte. Mais, ce faisant, je réprime un désir de plus grande proximité affective, de crainte d'être repoussé. C'est alors que ma fille me rétorque, l'oeil taquin, reprenant certains des préceptes que je lui ai enseigné : « je croyais qu'il fallait affronter ses peurs ». Et de m'encourager à suivre mes impulsions.
Ouais... sauf qu'en affrontant mes peurs je ne les supprime pas nécessairement : je les repousse dans leur retranchements. En connnaissant mieux mes limites réelles, et non supposées, je sais jusqu'où je peux aller. Connaissant ma sensibilité au rejet, je m'en protège. En fait j'ai appris à modérer mes ardeurs à force de les voir refroidies. J'ai appris à taire l'expression de mes sentiments en n'en recevant pas le retour. J'ai appris à refouler ma tendance à me sentir proche en voyant Charlotte rester distante. J'ai appris à l'aimer autrement. Avec bienveillance, mais sans mots, ni gestes, ni regards exprimant ce que je peux ressentir. Ou alors à dose oméopathique. La plupart du temps je garde ça pour moi, parce que Charlotte préfère ne pas y être confrontée. Non qu'elle soit indifférente, mais parce qu'elle a besoin de cette distance pour « aller vers autre chose », comme elle dit. Elle me répète souvent que « nous ne sommes plus en couple », comme si elle craignait que je l'oublie. Peur que je veuille faire marche-arrière ? Revenir au "avant" ? Comme si le fait que je continue à me sentir proche créait pour elle une ambiguité dérangeante.
Je ne lui en ai pas encore parlé mais il faudra que je le fasse pour clarifier ce flou...
Voila qui me ramène à mon texte précédent, autour du non-dit. Nous ne sommes pas dans le cas ou l'un des deux imposerait son silence à l'autre, mais dans un accord : je respecte le silence sélectif dont elle a besoin. Avec, quand même, ce léger flou gênant dont je parle. Toutefois l'évitement volontaire permet de maintenir la distance qui lui convient. Il y a bien une chape d'inexprimable, mais j'en accepte le principe. Nous avons finalement trouvé un accord, un modus vivendi : le lien demeure, parce qu'il reste distant. Je tenais surtout au lien, elle tenait surtout à la distance, et nous sommes donc tous les deux satisfaits. D'ailleurs je sais qu'elle aussi tient au lien... Quant à moi, l'espacement de nos rencontres m'est devenu plutôt confortable.
Je me suis interrogé sur la nature de ce lien, dont les composantes étaient auparavant multiples et confondues. De ma part, la plus importante, celle qui demeure malgré la séparation, est l'amour que je porte à cette compagne de route. Oui, l'amour, encore ! De quel amour s'agit-il ? Il ne s'agit pas du besoin de me sentir aimé puisque je n'ai plus vraiment accès à cette dimension, sauf par l'observation fine de ses comportements. Ça me suffit, quoique j'apprécierai de retrouver la confiance qui nous unissait autrefois. Mais ce qui m'anime maintenant est une bienveillance envers celle que j'ai connu de tellement près, et avec qui j'ai fait tant de chemin. Parfois je l'observe à la dérobée, et j'ai l'impression de lire à travers son regard, son visage, ses expressions. Je capte dans ses mots, ses intonations, tout ce que je sais d'elle, de ses soucis existentiels, de ses angoisses, de ses attentes. Je la connais tellement. Elle s'est si souvent confiée à moi dans le passé...
J'aime la sentir heureuse, la voir vivre et sourire.
Et pourtant... j'ai fait mes choix de vie, elle a fait les siens, et notre vie n'est plus compatible ensemble. Mes désirs amoureux se sont détournés d'elle, quels que soient les sentiments que j'ai encore à son égard. Que reste t-il, alors ? Bah... quelque chose qui se rapproche probablement d'une sorte d'amour parental. Je l'ai aidée à grandir, j'ai pris soin d'elle, je lui ai transmis une part de mes forces. Et réciproquement. Finalement il était devenu normal, et sain, que nous nous éloignions, comme deux "enfants" qui s'éloigneraient de leur "parent". Le moment était venu de grandir en nous séparant. D'ailleurs, il ne suffit que de peu de temps en commun pour que réapparaissent nos divergences.
Quelle qu'en soit la nature, je reste en lien affectif avec elle. Je découvre peu à peu ce lien si particulier qui, se transformant, demeure avec "l'ex". À la fois frustrant et agréable, confiant et distant, fort et espacé, il offre un contraste intéressant. Finalement c'est devenu un amour désintéressé. Il ressemble beaucoup à ce que je ressens pour nos enfants devenus grands. À la longue, lorsque tout aura été éclairci, qu'il n'y aura plus d'indicible, peut-être cela deviendra t-il une intimité d'esprit sans attentes ni ambiguïtés. Une amitié particulière...

