Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

31 mars 2008

Confiance : le don ou la dette ?

À la suite de mon texte « Besoin, désir et manque », s'est initié un échange avec Gilda. Il y est question du manque, avec ou sans souffrance, en cherchant à discerner ce qui, de l'autre ou de la relation, constitue ledit manque. Le sujet me touche de près depuis quelques années et engendre un flot de réflexions qui se montre inépuisable. En voici donc un nouveau développement...

Faisant référence à un amoureux et à une amie, Gilda écrit : « Je les tenais l'un comme l'autre comme étant de toute confiance et en fait ils ne possédaient ni l'un ni l'autre un tel degré de fiabilité. Me manquent donc les personnes que je croyais qu'ils étaient. »

Dans ces deux phrases se concentre l'essentiel du rapport à autrui : confiance et croyance.

Qu'est-ce que la confiance ? Attitude a priori généreuse, l'est-elle toujours ? Cela dépend vers qui elle est tournée : la confiance peut être un don que l'on fait à l'autre, ou une dette qu'on lui impose à son insu. Faire confiance à quelqu'un, au delà du "cadeau" qu'on lui fait, c'est parfois transposer sur lui notre attente qu'il ne nous déçoive pas. C'est alors projeter sur cet autre notre désir qu'il corresponde à ce qu'on attend de lui/elle : une infaillible fiabilité. La responsabilité est énorme ! N'y a t'il pas grand risque que cette confiance absolue ne devienne un jour trop lourde à porter par qui ne sait même pas à quel degré il en est dépositaire ?
Autrement dit, la confiance donnée correspondrait, dans ce cas, à une attente, largement inconsciente, que l'autre se conforme à mes désirs. Désirs inexprimés, idéalisés faute de confrontation à sa réalité. Cette confiance-là serait donc piégée. Pour l'autre... et pour soi. Pour la relation, au final. L'idéal attendu s'achevant inévitablement dans la désillusion de la triviale réalité des différences.

Et à qui est-il tentant d'en vouloir ? Le chemin de la facilité s'ouvre en grand : c'est la faute de l'autre ! Déception, sentiment de trahison, amertume, mais rarement retour sur soi et la responsabilité qui nous incombe. Je reconnais avoir trop souvent succombé à ce penchant, désarticulé par l'incompréhension.

Fort opportunément la seconde partie de l'extrait cité met en évidence la part active prise dans cette désillusion : « ce que je croyais de l'autre ». Non pas ce que je savais avec certitude pour l'avoir vérifié explicitement auprès de cet autre, mais ce que je croyais savoir de lui/elle. Apparaît notre propre désillusion face à ce que l'on avait imaginé de l'autre. Et fatalement le manque absurde de cet autre qui n'est plus là où on le croyait... et n'y a peut être jamais été. Absence incompréhensible, vide insoutenable qui peut mettre du temps à se résorber.



Il y a bien sûr un autre aspect de la confiance : celle que je peux avoir dans les capacités de l'autre. Cette confiance n'attend rien, mais s'appuie sur ce que je sais, constate, ou perçois de l'autre. La véritable confiance consistera à faire émerger en l'autre une part de lui qu'il ignore. Confiance fondée elle aussi sur des croyances, mais au bénéfice de l'autre sans que je ne cherche à en tirer parti. C'est un « je crois en toi », qui ne serait pas suivi d'un implicite « ne me déçois pas ».

Dans ce cas croyance et confiance se confondent sans risques d'interférence : « j'ai confiance en toi » devient synonyme de la croyance qui porte cette confiance. Peu importe que la croyance soit juste ou hasardeuse supposition, elle est encouragement à aller plus loin. Néanmoins, l'élément déterminant reste la confiance que l'autre à en lui. Parfois cette confiance fait défaut, résiste, se dérobe, ou demande beaucoup de temps pour trouver sa place. Une relation peut se trouver déstabilisée, voire compromise, si les croyances de l'un et de l'autre (et de l'un en l'autre) ne coïncident plus. La dislocation peut survenir, créant un éloignement pour cause d'incompatibilité, ou même de franche opposition. Une relation reste un cheminement qui se fait à deux, dans un esprit d'entraide acceptée. Pas toujours possible en toutes circonstances... et pas forcément simple dans des relations à fort enjeu affectif [ô toi, qui voulais une relation simple...].

Qu'en est-il lorsque la confiance que l'on a en l'autre ne trouve pas d'écho favorable, ou que l'on ne se sent plus porté par la confiance de l'autre ? Là encore apparaît un manque. Une faim de la relation telle qu'elle était du temps de son évidence. Sans réelle souffrance si elle est sans attente, mais privant cependant d'une part nourricière. Le manque du partage, de la présence et de tout ce que cela permet comme échange vital. Le manque de l'autre et de ce qu'il m'apportait, le manque de ce que j'étais en sa présence, le manque de l'élan qu'il/elle me donnait, le manque de cette confiance mutuelle qui faisait tant de bien.

Alors, manque de l'autre, ou manque de la relation que j'avais avec lui/elle ? Difficile de vraiment discerner. Gilda propose des nuances, en fonction de sa propre expérience : un ancien amoureux physiquement présent, mais devenu plus distant dans la relation; une amie devenue totalement absente; d'autres amis qui ont déserté une relation qui semblait ne plus leur convenir... Fortes résonnances personnelles. Finalement j'ai l'impression que ce qui distingue les formes du manque c'est la présence ou l'absence, tant dans le réel (présence physique) que dans l'imaginaire (présence pensée). Et peut-être, surtout, dans les perspectives d'avenir souhaitées ou non. Pour ma part le manque, la sensation de creux, de vide, viennent de l'absence de projets communs. Pire encore, la fermeture à ce regard prospectif, le refus de l'envisager, a touché quelque chose de très profond dans mon rapport à la confiance. Je ne parle pas là de la confiance en l'autre ou en moi, mais en quelque chose de plus grand, que j'appellerai "la vie". La perte de confiance dans l'inventivité commune a atteint quelque chose de vital en moi, qui m'a contraint à revoir totalement ma façon d'investir les liens. Je n'en suis pas encore remis.

Touché dans mes relations les plus essentielles, il me semble que rien ni personne ne les remplacera jamais. Le manque pourrait bien être aussi durable que l'absence. Par contre je ne me résigne pas et la recherche d'une porte de sortie de ce labyrinthe motive mes réflexions. La plus évidente, mais pas la plus aisément accessible, est d'établir et consolider ma confiance personnelle. C'est mon objectif. D'où ma prudence actuelle quand il s'agit d'investir de la confiance dans une relation. Je préfère pluraliser les liens pour ne pas trop attendre de ceux que je pourrais croire privilégiés.


Edit du 13 avril : Lire aussi lle développement que propose Novonunc à la suite de ce texte.

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30 mars 2008

Comprendre

« Comprendre  ne soigne pas.  Comprendre  n'est qu'un premier pas vers une atténuation possible de la souffrance. Le diagnostic est posé. Le mal est peut-être incurable, mais au moins identifié. »

Traces et trajets - Consolations (tentatives de)

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25 mars 2008

Am stram gram...

... pic et pic et colegram...

Scchhhlack ! la grande faucheuse est passée. Un de moins.

Ça devient un rituel dans la famille, à intervalle régulier. Un par an. Cette fois c'était mon cousin. Il est parti des suites d'une "longue maladie"...  plutôt rapide. Six mois. Une maladie... ça c'est drôle, parce que son métier c'était justement de les soigner, les maladies. Il soignait celles des autres et hop, c'est lui qui s'est fait cueillir sans l'avoir vue venir.

Il y a quelque chose de curieux aux enterrements : c'est là qu'on découvre mieux qui vient de mourir. Dans le dernier hommage que lui rendent ses collègues, ses amis, sa famille... on découvre quelqu'un que finalement on ne connaissait pas vraiment. Quelle était sa vie ? Dans quoi s'impliquait-il ? Qui étaient tous ces gens qui pleuraient sa disparition ? Combien de centaines de liens avait pu tisser l'aimable médecin d'un petit bourg, impliqué dans la vie associative, accueillant, ouvert aux autres ? Chacun a vanté, et dans une émotion non feinte, les valeurs humaines de celui qui ne pouvait plus les écouter. Un modèle d'enthousiasme et de générosité, attentif aux autres en toutes circonstances. Un des rares qui, dans ma famille, s'est inquiété de ce que je vivais lorsque j'étais dans la tourmente de la séparation.

Dans le recueillement silencieux de l'église je pensais au modèle que pouvait être cet homme, pour moi qui souvent ne sais comment aller au devant de l'autre... Je pensais aussi à l'importance de la relation tant qu'on est vivant. Montrer que l'autre est important, qu'on l'apprécie, qu'on l'aime. À chaque décès j'en prends un peu plus conscience et j'agis en conséquence. Un peu plus près, un peu plus démonstratif.

J'entendais aussi le prêtre parler de Dieu ceci, Dieu cela, de vie  éternelle et de passage de l'autre côté. Ces boniments me semblent tellement artificiels et convenus... et pourtant je ressentais bien que, parmi tous les présents il s'installait le souvenir vivant du défunt. Il était bien "là"... alors que c'est sa disparition qui nous réunissait.

Quand je repense aux disparus qui m'habitent, je garde toujours une image très vivante d'eux. Généralement un moment de joie, avec un grand sourire sur leur visage. Et je ne fais pas vraiment de différence, dans cette représentation, d'avec ceux qui vivent.

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24 mars 2008

Besoin, désir et manque

Une correspondante anglophone s’exprimant dans un très bon français m’a proposé, au cours d’une conversation écrite, « a riddle » (selon le dictionnaire : crible, énigme). Si j’en ai bien compris le principe, cela consiste à assembler trois mots proches afin de trouver comment ils sont liés. Les trois mots étaient :

besoin - désir - manque.

Elle m’a proposé des exemples d’arrangements :

« le besoin crée le désir, qui crée le manque », ou « le désir crée le besoin qui crée le manque », me demandant ce que j’en pensais, et dans quel ordre moi je les assemblerais.

Plutôt intéressé par l’exercice j’ai répondu sans prendre le temps de réfléchir et les choses se sont précisées au fil de la conversation. En voici le cheminement condensé. Au début j’ai dit que pour moi le désir créait le besoin (ou plutôt l'impression d'avoir besoin de ce qu'on désire) et que si ce besoin n'était pas assouvi, alors venait le manque. Le besoin étant quelque chose de vital, d'indispensable : besoin de manger, de boire, de dormir.

Ma correspondante m’a alors demandé: « le désir naît d'un besoin de quelque chose, non ? ».

Selon moi désir et besoin sont très différents. Le désir de manger n'est pas comme le besoin de manger. Il y a le plaisir et la nécessité. Souvent on croit que nos désirs sont des besoins. Quand on dit « j'ai besoin de toi », en fait c'est du désir. Le désir naît d'un besoin, et il naît d'un manque aussi.

«
Le désir crée le manque, en tout cas », me proposa ma correspondante.

Non, le désir ne crée le manque que s'il n'est pas assouvi. Et encore… je peux désirer faire un voyage... mais sans ressentir de manque. Pour ma part je pense que le manque apparaît quand on croit qu'un désir est un besoin. Si je désire et que cela crée un manque (un vide), c'est que j'ai fait de mon désir un besoin, donc que je surévalue mon désir, je m'en rends esclave. Il y a souvent une confusion entre les deux termes. Par contre, quand on dit "le Désir" il s'agit de quelque chose de plus fort (pas forcément sexuel, quoique souvent). On peut aussi dire que le Désir est une nécessité vitale...

Finalement, j’enchaînerais les mots ainsi : un manque crée un besoin, qui crée le désir. Et je note au passage que notre société de consommation tend à nous faire inverser cette logique…

Notre conversation a ensuite dérivé vers d’autres considérations, toujours en lien avec ces trois mots de départ, permettant de les préciser encore.

- écrire, pour toi, c'est respirer, m’a-t-elle dit.

- oui, c'est presque un besoin. Ça me manque lorsque je n'ai pas le temps

- un désir? 

- un désir oui...

- alors... ce désir crée le manque 

- il crée le manque seulement quand je ne peux pas écrire et que je le désire 

- c'est comme une personne qui n'est pas disponible ou atteignable 

- oui, c'est ça. Ce n'est pas le désir qui crée le manque, seulement l'impossibilité d'accéder à ce désir 

- non... je crois que le manque est là éternellement. Même si on réalise ce désir, il crée de plus en plus les besoins

- non... désir et manque ne vont ensemble que dans un seul sens : le manque crée le désir et pas l'inverse. Le manque crée un désir qui parfois devient un besoin... qui génère alors un manque. On est alors dans une mauvaise situation !

- et quand on désire quelqu'un(e) ou quelque chose ça crée un manque, un trou qui n’est jamais rempli. Je crois que c’est un état existentiel qui dure avec ou sans l'objet du désir 

- seulement si l'autre n'est pas là et qu'on croit avoir "besoin" de lui. Comme tu dis : le désir est un état existentiel avec ou sans l'objet du désir. Moi je cherche à ne pas devenir esclave de mes désirs. Tu vois, je désire retrouver ma grande amie absente... mais je ne ressens plus le manque, parce que je n'ai pas besoin d'elle pour être heureux.

- oui… ok, mais quand le Désir est là, le manque reste et dure.

- non, je ne le ressens pas comme ça, et je ne voudrais plus le vivre comme ça. Je n'aime pas ressentir le manque, c'est douloureux, ça rend exigeant, ça complique les relations. Je ne suis plus dans la douleur, je suis dans un manque... sans en souffrir.

- quel manque ?

- la relation me manque... mais je vis bien sans. 

- la relation en géneral, ou avec elle? 

- le manque de tout ce qui me reliait à elle. 

- pareil pour moi avec X : le manque de qui j'étais avec lui pendant ce temps là

- ah oui, c'est bien dit, ça !


Cette petite réflexion à deux autour du manque, du besoin et du désir, aboutit peu ou prou à que ce que m’écrivait récemment une autre correspondante : «
on ne souffre pas d'aimer, on souffre de la relation et notamment de la dépendance à la relation, et ce n'est pas une dépendance à une personne ».

J’ai trouvé cela très juste.



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23 mars 2008

Avant la fin

Semaine assez éprouvante. D'abord je prends progressivement conscience de mon engagement communal, du temps que je vais y consacrer, et surtout de sa durée...

Ensuite j'ai du faire des choix de positionnement qui m'ont demandé d'être à l'écoute de mes ressentis. Par exemple, lors de mon premier conseil municipal, dans la solennité des boiseries du lieu, j'ai décidé de voter en mon âme et conscience lors de l'élection du Maire. C'est à dire de ne pas suivre la consigne de vote donnée à toute l'équipe : montrer que nous sommes unis. Ce qui est faux depuis que les manigances ont démontré qu'il n'y avait pas de solidarité dans la clarté de l'information. Je ne peux me sentir solidaire de manoeuvres de tromperie...
Au dépouillement public allait forcément apparaître ce vote distinct. Fort heureusement deux autres conseillers ont fait comme moi, ainsi que les quatre élus de l'autre équipe. Notre bon maire n'a pas été élu avec le plebiscite qu'il attentait. Je sais que cette scission a déplu, mais tant mieux, elle montre que nous ne sommes pas un troupeau à sa solde.

Dans le village ça barde, les gens se sentent, avec raison, manipulés et trompés. Pour ma part j'ai établi des contacts avec les élus de "l'autre liste", qui sont maintenus à l'écart par ceux qui entendent mener la danse à leur mesure. Je n'apprécie pas du tout et cela ne fait que stimuler mon autonomie d'action. Il n'empêche que je ne me sens pas très à l'aise dans ce genre de situation et que cela draine une part de mon énergie.

Dans ma vie relationnelle j'ai été quelque peu désapointé, et déçu par les réactions de ma collègue de travail, devenue soudainement distante. Les choses se sont arrangées en fin de semaine, mais ont pesé le reste du temps sur mon moral.

Et puis vendredi le décès d'un cousin que j'appréciais particulièrement m'a rappelé que les liens ne sont pas éternels. J'ai alors pensé à ces liens qui, vivants, ne sont pas entretenus à la hauteur de ce qu'ils méritent. J'ai pensé à cette foutue fin...

J'ai pensé que la vie est là, à saisir tant qu'il est temps !

A ce propos j'accueille mon fils et son amie ce midi, et les deux plus jeunes demain. Je suis heureux de les voir et passer un bon moment avec eux.

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15 mars 2008

Manipulation et manigances

Aussitôt élu, ma naïveté se trouve confrontée à la réalité de la politique. Ou du moins une certaine idée que certains se font de la politique : la fin justifie les moyens.

Manipulation : Amener quelqu'un à agir dans le sens que l'on souhaite, s'en servir comme moyen pour arriver à ses fins.
Manigance : Manoeuvre secrète qui a pour but de tromper, de cacher quelque chose.


Je me suis fait berner comme un débutant (avec des circonstances atténuantes : je le suis !).

Non seulement j'ai été trompé, ainsi que quelques-uns de mes co-listiers, mais en plus j'ai été rendu complice, à mon corps défendant, d'une tromperie vis à vis des électeurs. Oh, rien de bien grave sur le fond, mais fort préoccupant quant au principe.

Voici les faits : celui qui s'est présenté comme "tête de liste" avait prévu dès le départ de se désister au profit d'un autre candidat. Pas n'importe lequel : un ancien maire qui n'avait pas été réélu. Très connu dans le village, ce dernier faisait duo avec celui qu'il présentait toujours comme « conduisant la liste ». Seule une partie de mes co-listiers connaissait la subtilité de la manoeuvre.

Quand, dans un certain flou, la nouvelle a été annoncée mardi soir à ceux d'entre nous qui l'ignoraient, j'ai été outré. Non seulement d'avoir été trompé, mais surtout de faire partie d'une liste qui cache cette réalité aux électeurs, attendant que le vote soit effectif pour dévoiler ses cartes. C'est comme si on vendait un produit pour le substituer par un autre une fois la vente conclue. Cette attitude va à l'encontre de mes convictions fondamentales. En outre elle s'oppose radicalement à une de nos idées fortes, bien mise en évidence dans notre programme : agir en toute clarté.

Certes le procédé n'a rien d'illégal : c'est bien le conseil municipal élu qui désigne son maire et rien n'oblige à ce que ce soit celui qui a conduit la liste. M'enfin bon... entre une possibilité de changement et une préméditation, il y a une nuance qui permet de s'en tirer à bon compte...

Là où j'ai ma part de responsabilité, c'est que j'avais flairé cette éventualité dès la première rencontre des deux comparses. J'avais bien senti que "tête de liste" avait davantage l'air d'un suiveur que le volubile bavard qui, à ses côtés, se présentait comme un humble assistant désireux d'offrir ses compétences. J'étais entré avec circonspection dans cette liste, attendant de humer l'ambiance au contact des autres, que je ne connaissais pas. Et puis à la longue j'avais vu se dégager de belles énergies, malgré la lourdeur empesée d'un passé dans lequel d'autres semblaient restés englués. J'ai préféré voir le bon côté des choses, faire preuve d'optimisme. C'est ma tournure d'esprit. Il n'empêche que quelque chose flottait dans l'air, qui perturbait ma pleine adhésion à ce groupe disparate.

Durant la préparation de la campagne il y a eu quelques frictions avec les revanchards. Sans eux, par ailleurs les plus motivés, nous aurions vraiment pu aller vers quelque chose de novateur et constructif. Il y a une quinzaine de jours, lassé des vieilles querelles et rancunes, j'avais pris la parole pour orienter résolument notre campagne dans le sens du positivisme et des idées qui donnent envie d'avancer. J'avais mis en avant ce qui nous avait chacun motivés à nous lancer, laissant de côté la logique d'opposition à "l'autre liste". Bref, penser "pour" plutôt que "contre". Plusieurs personnes m'avaient suivi dans cet élan. Mais dès le lendemain d'autres voix s'étaient élevées en disant qu'en étant trop gentils nous allions droit à la catastrophe. Dèjà il ne croyaient plus notre "victoire" possible et que "les autres" ne se priveraient pas d'utiliser n'importe quel moyen pour nous battre.

"Les autres"... ces vilains manipulateurs...

Je me suis dit que j'étais sans doute assez candide et qu'il fallait peut-être, effectivement, adopter une posture un peu plus offensive. Les sourires sont revenus parmi les grincheux et l'équipe semblait avoir trouvé une certaine cohésion. J'ai certainement eu une part dans notre élection puisque, avec un petit comité, je retravaillais les textes pour les rendre plus pertinents. J'ai ainsi été l'artisan d'une voie de compromis : choix des formules percutantes, à la fois positives et mettant en cause l'incompétence (réelle ou supposée ?) de l'équipe sortante. Toutefois, en mon for intérieur, j'aurais préféré que certains d'entre nous ne soient pas élus... et que quelques uns de nos "adversaires" le soient. J'estime que nous avons été élus avec une trop forte majorité.

J'ai été mal à l'aise de faire partie de cette bande lorsque j'ai constaté que mes co-listiers élus entendaient battre totalement la liste adverse de façon à en éliminer la moindre trace parmi nous : il fallait que notre liste entière soit élue. Qu'aucun des autres ne puisse se joindre à nous. Comme s'ils incarnaient le diable !

Beurk ! J'aime pas cet esprit...


Alors, quand j'ai appris la manigance, j'ai pensé à deux éventualités : la dévoiler publiquement avant le decond tour ou... démissionner à peine élu.

La première solution était très simple puisque c'est moi qui m'occupe du site internet. Hé hé, ça aurait fait du raffut dans le village ! Mais bon, en sabotant les plans de ceux avec qui j'étais élu je risquais fort de rendre l'ambiance future assez détestable. De plus ç'aurait été un abus de pouvoir que de me servir de cette tribune publique collective en mon nom personnel. Qu'en aurait-il été des possibilités ultérieures de travailler en équipe ? De toutes façons les initiés étaient en nombre supérieur que les ignorants...

La seconde option avait le gros désavantage d'être une fuite. En démissionnant j'aurais eu l'esprit tranquille et ma belle conscience pour moi... mais en même temps, en quittant le navire je laissais tomber ceux qui m'ont élu. De plus, je laissais libres les mains du manipulateur...

Cas de conscience, donc.

Quoi qu'il en soit j'ai manifesté très fermement ma colère et demandé des explications à l'instigateur de la manoeuvre. Je suis allé dire a ce très probable futur maire ce que je pensais de sa tromperie, envoyant un mail collectif aux autres membres de la liste. D'autres ayant aussi exprimé leur mécontement, l'effet immédiat aura été de provoquer une réunion de mise au point. Un tour de table a permis à chacun de faire part de son avis et de clarifier la situation. Plusieurs étaient très mécontents et se sont inquiétés des réactions des villageois quand ils apprendront le nom du maire. J'ai toutefois fini par me ranger à une évidence : il est important que nous restions unis. Nous allons quand même devoir travailler six ans ensemble...
Le manipulateur à tenté de s'en tirer pitoyablement en disant qu'il n'avait pas pensé à préciser à chacun les enjeux secrets... et qu'il n'avait pas eu le temps... et que la tête de liste avait été choisie par ordre alphabétique, et parce qu'il était le doyen... Bref : n'importe quoi. Un gamin pris les doigts dans la confiture et qui dit que c'est pas de sa faute.

J'ai désormais une capacité de lecture dans le langage du corps pour percevoir qu'il n'était pas à l'aise. Je l'ai vu déstabilisé, perdant son éloquence alambiquée, laissant échapper des phrases brutes très significatives. J'ai enfoncé le clou entre le prenant entre quatre zyeux, lui montrant que je n'étais pas dupe.

Cet homme est un politicard, habile parleur qui sait très bien noyer ce qui le dérange en faisant diversion. Je me méfiais de lui, maintenant je sais qui il est. J'ai compris clairement qu'il avait d'autres ambitions, à un niveau politique plus élévé. Pas forcément pour des avantages personnels (être maire n'est pas une place enviable, question tranquillité), mais parce que c'est sa conception de la fonction d'élu : être bien placé dans les instances supérieures pour que la commune bénéficie de tous les avantages possibles. Sans oublier que l'édile en bénéficie indirectement grâce au statut qu'il tire de la notoriété de sa commune. Certains ont besoin de ça...

Il va me falloir à mon tour tenter de manoeuvrer de l'intérieur, en m'alliant avec d'autres, pour débusquer les plans douteux et les contrer. La clarté ne viendra pas du côté des habitués à la fonction d'élu. A moi de jouer, à ma mesure, un rôle de contre-pouvoir au sein de l'équipe municipale.

Ce qui est certain c'est que notre manipulateur et son acolyte auront constaté qu'ils n'avaient pas avec eux une bande de béni-oui-oui. Finalement cette tentative de leur part nous aura permis d'être vigilants avant même que le conseil municipal ne soit mis en place. J'ai bien insisté sur le fait que ce qui était dissimulé, non-dit, finissait toujours par générer un trouble. Si notre équipe s'est trouvée désunie ce n'est pas parce que nous exprimons un désaccord, mais bien parce que nous avons été tenus à l'écart de certains éléments.

Confirmation, si besoin était, que le non-dit finit toujours par gangréner les relations, quel qu'en soit le type.

Je sens que je n'ai pas fini de rigoler avec cette bande hétéroclite...


(Ces péripéties éléctorales m'ont maintenu à l'écart de la blogosphère. J'espère que cela n'augure pas d'une désaffection trop marquée, faute de disponibilité...)

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10 mars 2008

Zélu !

Et bien voila : contre toute attente me voilà surpris de faire partie des zélus. Je ne m'étais pas vraiment préparé à quoi que ce soit, sachant que ce n'est qu'en vivant les choses que l'on y réagit. Je pensais plutôt à une éventuelle déception si je me retrouvais parmi ceux qui ont le moins de voix. Pas la déception de ne pas être élu, mais celle de me voir le dernier. Réminiscences d'une toujours présente phobie du rejet.

Ce qui est certain c'est que je ne m'attendais absolument pas à être élu au premier tour. Et encore moins avec un score plus qu'honorable (mais qu'est-ce qu'ils ont trouvé de bien en moi ces gens qui ne me connaissent pas ???). Je m'y attendais tellement peu que je ne comprenais pas les signes approbateurs et joviaux clins d'oeil que m'adressaient ceux qui passaient de table en table pendant le dépouillement des bulletins. Moi j'étais occupé à énoncer clairement les noms et à veiller à ce que celle qui me faisait face mette bien à chacun la petite barre qui marquait une voix.

Pour ceux qui l'ignorent, dans les campagnes reculées de la France profonde on peut voter en panachant les listes. C'est à dire rayer des noms ou en rajouter sur les listes en présence. C'est amusant au début, mais particulièrement long comme énumération quand lesdites listes comportent 19 noms.

Les anciens du village étaient là, observant autour des cinq tables de comptage. Certains sont resté de 18 h, fermeture du scrutin, à plus de minuit, lorsque les chiffres officiels ont été annoncés. Entre temps il avait fallu passer au vidage de l'urne transparente après ouverture avec double jeu de clés, comptage des enveloppes, mise sous paquets scellés... tout un cérémonial fait au vu de tous et empêchant la fraude. Il faut reconnaître que cette garantie est bien appliquée.

Lorsqu'au bout de deux heures les scores de chaque table ont commencé à pouvoir s'additionner significativement les plus fébriles se hasardaient à des pronostics. Mais les hasards des répartitions font qu'il faut être bien avancé dans le dépouillement pour avoir une idée à peu près fiable : d'une table à l'autre les impressions peuvent être assez différentes. Lorsque j'ai entendu parler d'une possible majorité pour notre liste, j'ai attribué cet enthousiasme à un optimisme exagéré. En fait l'optimisme est devenu de plus en plus fort, de plus en plus incontestable au vu des chiffres. Et c'est finalement quinze des candidats de notre équipe qui ont été élus.

Un peu abasourdis, je crois que nous sommes alors rendu compte que maintenant les choses sérieuses allaient commencer...

Dans quoi me suis-je lancé ?

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09 mars 2008

En halte pour le mouvement

Faute de temps disponible j'ai pris quelque distance avec le net, ces derniers jours. Pas d'écriture. Pas de lecture des blogamis. J'ai un peu l'impression de voir un train continuer sa route sans moi. J'ai fait une halte en me laissant happer par le mouvement de la vie. Immobile ici, en action ailleurs.

Deux jours en formation, riches de découvertes, de sensations, d'expériences, de ressentis, d'authenticité.
Trois jours de travail, au milieu de cette humanité des humbles, dans la réalité des êtres, leurs difficultés et leurs espoirs.
Quatre soirées prolongées dans le dialogue, l'écoute, la vibration palpable des silences éloquents, au coeur des profondeurs du soi.
Une journée consacrée à mieux appréhender l'écoute bienveillante, celle qui permet à la parole de se dire, à l'être de s'entendre.
Le tout sur fond d'une fébrilité élective qu'il peut être bon de tempérer de temps en temps.

Et la pensée qui oeuvre à chaque interstice de temps libéré...

Semaine vécue en plein.
Avec, quand même, cette impression d'en manquer une part : je n'en restitue rien par écrit. Je n'en garde pas de traces. Je ne partage pas mes impressions.

Mais cela se loge quelque part, s'imprime dans ma mémoire d'une façon ou d'une autre. Quelque chose en ressortira inévitablement. Ne serait-ce que parce que chaque jour nouveau me fait changer imperceptiblement. Et cette semaine sans doute un peu plus que d'autres.

* * *


Cette petite réflexion sur les fonctions et enjeux de l'écriture de soi sur internet m'amène à vous signaler, pour ceux qui ne l'auraient pas encore appris par son auteure, la parution de "Tout d'un blog" . Cet ouvrage, bientôt disponible, captivera certainement tous ceux qui s'intéressent au "blog de soi". C'est un des thèmes sur lesquels j'aurais aimé écrire si j'en avais eu le courage. Le sommaire est alléchant et, connaissant l'amie Coumarine, je lui fais confiance pour le contenu.

toutdunblog

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08 mars 2008

Journée de femmes

Très terre à terre je ne vais pas me lancer dans une analyse sur l'utilité ou la futilité de la journée de la femme. Juste dire que pour moi ce fut une journée de femmes : une bonne centaine, pour seulement quatre hommes. Drôle d'impression de rentrer dans une salle sous autant de regards...

Le métier pour lequel je me forme est à 97% féminin. Nous étions donc représentatifs, dans cette assemblée, de la moyenne nationale.

J'aime assez faire partie de cette minorité masculine. D'une part parce que j'apprécie tout ce qui peut contribuer à conterdire les clichés, d'autre part parce que j'aime faire partie de ceux qui donnent une autre image de l'homme. Et puis j'apprécie la compagnie féminine qui, je le sais, se modifie dès lors qu'un homme est présent. Je me sens bénéficier d'une certaine sollicitude, une bienveillance, dont les motifs seraient difficiles à analyser, mais me sont nettement perceptibles.

Ce ne sont évidemment pas ces raisons qui m'ont attiré vers ce métier, bien qu'elles aient pu jouer un certain rôle. Non, c'est vraiment le travail au coeur de la relation qui m'intéresse : accompagner la personne qui cherche à comprendre ce qui se passe dans sa relation à l'autre. L'aider à prendre conscience des interactions, dont le champ de variations est immense.

Tout ce que j'apprends/comprends/intègre, me passionne et correspond exactement à ce vers quoi ma vie me mène. Tout coule de source, tout semble suivre un chemin d'évidence.

C'est plutôt bon...

Posté par Coeur de Pierre à 19:45 - Jour après jour - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mars 2008

Comment votez-vous ?

La liste municipale dans laquel je me trouve se situe à un tournant. Lors de notre dernière réunion l'orientation était celle des formules choc, à coup de  « plus jamais ça ! » et autres « 7 ans, ça suffit ! ». Le tout dénonçant les gabegies de l'équipe sortante, son incompétence, son immobilisme.

C'était la fin d'une réunion où rien n'avait avancé et, lassé, j'avais laissé faire. Je m'étais tu, un peu désolé de voir prendre cette tournure qui ne me plaît guère.

Ce soir nous avions une nouvelle réunion pour peaufiner notre dernier prospectus, celui qui est censé être décisif pour le vote. J'ai rapidement marqué mon désaccord avec le retour sur le passé, et de plus en plus fermement lorsque j'en voyais certains dire que c'était important de montrer les faits dans leur réalité (ou ce qu'ils considèrent être la réalité). Ils ont insisté dans leur logique de l'affrontement.

Alors j'ai déballé mes convictions : « je ne crois pas que le passé soit porteur. Ce qui compte, ce sont nos projets. L'avenir. Ne restons pas dans un esprit critique et négatif, montrons plutôt que nous avons des propositions nouvelles. Ne nous laissons pas aller à la polémique, répondons à nos aspirations profondes. Osons proposer le changement ».

J'ai sorti un de nos premiers documents de propagande, là où nous nous présentions individuellement et ou apparaissaient nos valeurs communes : tout y était positif, encourageant, dynamique. Alors que revenir sur le passé à coups de chiffres et de rancunes puait la mort [je n'ai pas utilisé ces termes...].

J'ai senti que mon discours portait et j'ai été soutenu, notamment par les femmes de notre équipe. Les vieux aigris, et notamment celui qui tire les ficelles depuis le début se sont certainement sentis en minorité et se sont tus. Il y a bien eu des tentatives de retour, mais je les contrais systématiquement avec détermination.

J'ai entendu des phrases du genre « les gens d'ici n'aiment pas le changement, ça risque de leur faire peur ». Ce à quoi j'ai répondu que je m'étais engagé pour changer les choses, que la vie c'était le changement, et que si des gens n'avaient pas envie de changer... et bien tant pis pour eux. Et si notre liste ne passe pas, c'est que les mentalités ne sont pas prêtes. De toutes façons, si ce n'est pas pour changer quelque chose je ne vois pas l'intérêt de me présenter.

Je crois que j'ai marqué des points puisque finalement nous avons laissé tomber tout ce qui concernait le passé pour nous orienter vers des éléments positifs : nos projets et nos aspirations, porteurs d'avenir et de changement.

Les revanchards (qui ne se perçoivent pas ainsi, bien sûr) ont semblé être désapointés. Pour eux il est important de mettre en avant les incuries de l'équipe sortante, contre laquelle ils n'ont pas de mots assez dénigrants. Ils estiment qu'il ne faut pas être « trop gentil », parce que « les autres ne nous feront pas de cadeaux ». Les autres sont bien sûr décrits comme des tordus, des pervers, des menteurs incompétents, des manipulateurs qui défendent leurs intérêts particuliers. Ben voyons : nous sommes la lumière et ils sont la noirceur !

Mais quand même, je me pose des questions [est-ce vraiment surprenant...]. Serais-je vraiment trop naïf ? Est-ce que pour réussir il faut systématiquement utiliser des logiques de combat ? Est-ce que pour accéder au postes qui donnent les moyens d'agir il faut oublier ses convictions, se compromettre, agir par stratégie ?

C'est la première fois que je mets les pieds là dedans mais je n'ignore pas que tous les coups sont permis. Moi ça ne m'intéresse pas de rentrer dans ce genre de jeu. Peut-être ai-je tort et qu'avec mon angélisme je me ferais toujours éjecter... Alors tant pis. Je resterai intègre. Je ne peux ni ne veux être autrement. Je n'irai pas contre ma nature.

Puisque vous êtes là, j'ai envie de vous demander votre avis de lecteurs électeurs : vous votez comment ?

Pour un programme, des idées, des convictions, aussi utopiques soient elles.
ou
Contre une équipe, un bilan, des réalisations avec lesquelles vous n'êtes pas d'accord ?

En fonction du passé, ou de l'avenir ?

Vos réponses m'intéressent...

Posté par Coeur de Pierre à 21:33 - Désir de changement - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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