22 avril 2008
Se faire manger la laine sur le dos
Je suis plutôt du genre calme et gentil. Ceux qui me connaissent en conviendront, je suppose. Pas le style à se faire remarquer, ni à faire des vagues, ni à imposer mes vues. Au contraire on reconnaît mes qualités de diplomate, de conciliateur, de fluidificateur de tensions. Enfin... tant que ça ne dépasse pas mes limites, quand même !
Aujourd'hui elles ont été dépassées.
Certaines des personnes que je suis chargé d'encadrer m'avaient passablement échauffé les oreilles. Plusieurs de ces salariés en insertion, au parcours difficile, ont des personnalités affirmées et faire travailler ensemble ce petit monde demande un certain doigté. Ni trop rigide, pour s'adapter à leur individualité, ni trop laxiste pour ne pas être débordé.
Je ne suis pas le gars chiant, et apparemment plutôt apprécié pour ça. Comme à mon habitude, cet après-midi, j'avais laissé une relative indépendance à mon équipe, tout en rappellant régulièrement le cadre du travail à ceux qui l'oublient rapidement. J'ai fini la journée en limite de ma capacité de tolérance. Et puis au dernier moment, la goutte de trop : un habitué de la chose faisait mine de partir avant l'heure, sachant très bien que je suis garant du respect de ce cadre, qui fait partie intégrante du contrat d'insertion [aparté : faites-moi penser de parler un jour de ce qu'est l'insertion, souvent mal connue].
J'ai alors hurlé que ce n'était pas l'heure et j'ai sommé à ceux qui s'étaient déjà éloignés de revenir imédiatement. Quelques contestataires ont essayé de résister et c'est de toutes mes cordes vocales que j'ai beuglé que j'en avais marre de leurs tentatives et que désormais il ne serait plus question de rigoler avec ce genre de choses. Ouh la... médusés devant cette métamophose du gentil Pierre, ils sont vite revenus tandis que sortaient du bureau mon responsable et mes collègues, alors en entretien. Tout ce monde semblait très surpris, imaginant je ne sais quelle catastrophe. C'est là que j'ai réalisé que l'ensemble des ateliers techniques où sont situés nos locaux avaient entendu mes rugissements...
Mon chef m'a fait part plus tard, et à plusieurs reprises, de sa stupéfaction ravie. Il était hilare en me demandant « alors, ça défoule ? ». Ma collègue m'a félicité, elle qui me trouve trop conciliant avec certaines fortes têtes et autres tire-au-flanc.
Ce pêtage de plomb, tout à fait assumé, m'a fait du bien. Je crois qu'il a montré qu'il ne fallait pas abuser de ma gentillesse et de ma compréhension. Je suis certain que cet évènement mémorable sera relaté à ceux qui n'étaient pas présents ce jour là...
Ce n'est pas un hasard si cela s'est produit maintenant. Non seulement parce que, dans ce cadre professionnel, il y a des changements qui perturbent un peu tout le monde et génèrent un certain stress, mais aussi parce qu'à titre personnel, dans ma vie relationnelle, je sens que j'ai suffisamment donné dans le registre "gentil-compréhensif-disponible-respectueux". J'en ai un peu marre de « m'faire manger la laine sur l'dos ».
J'ai décidé de me respecter et me faire respecter.
Commentaires
j'adooooooore ton billet Pierre
Je te vois difficilement hurler, encore moins beugler, mais tu l'as fait...et je crois que tu l'as bien fait!!!
J'ai envie de dire bravo!
C'est vrai ça, on ne peut pas indéfiniment être le "gentil-compréhensif-disponible-respectueux"
Comme je comprends...
Moi aussi, professionnellement, j'ai une réputation de très, parfois trop, compréhensive.
C'est qu'en fait, je donne toujours la chance au coureur. Mais il arrive quand même que je doive rétablir le cadre quand le coureur s'est trop éloigné de la piste. Et dans ces moments, on est toujours surpris autour de moi (hum, moi la première en fait).
Pas facile de trouver et de faire respecter la ligne, celle qui est juste respectueuse et efficace...
Ah, rien à voir, mais ça fait tellement plaisir de lire quelqu'un qui est dans le même domaine professionnel que moi (à peu de choses près) :-)
Alors ça défoule hein ! ;-))
Je me demande souvent pourquoi certaines personnes ont besoin d'entendre un bon coup de gueule pour comprendre enfin où sont les limites...
Serait-ce que nous avons toujours un certain plaisir à essayer de braver l'interdit ?
En tout cas tu as bien raison, parfois c'est utile et en plus ça fait du bien.
le pouvoir de la voix..
J'aurais bien voulu être là, pour voir la tête des pirates d'horaires...
...et ségolaine sourit...bravo pour cette tonte de printemps :)
Tu as l'air d'aller mieux... enfin ça fait quand même le type qui crie tout seul, non ?
;-)
Génial...C'est comme cà que j'aime un homme!
Ah l'inégalité des sexes !Ca marche tellement mieux une gueulante au masculin qu'un déraillement suraigu au féminin !
OooooOOOOooh, mais que vois-je ? Vous étiez bien planquées à me lire en silence et il suffit que je me lâche pour que vous vous manifestiez ?
Hé hé, j'ai l'impression que de me laisser aller réveille un peu le train-train de ce blog un chouia trop cérébral...
Surtout si je fais "l'homme", semble t-il ;o)
Merci pour chacune de vos remarques, vous m'avez fait rire (Telle, tu ne perds rien pour attendre !)
Ouais... j'aime bien le ton plus spontanné que tu as quand tu t'énerves ! ;-) Et à voir les réactions, je suis contente de voir que je ne suis pas la seule... ça me rassure. :-)
tant va la cruche à l'eau....qu'elle se brise...
Je connais bien c'est trop plein de gentillesse, de compréhension, de travail sur soi..., celui qui se remet en question sans arrêt pour mieux vivre ses relations mais il arrive un temps où on en a assez fait sur soi (quand d'autres ne font rien ...et en profitent)qui fait que l'on ne se respecte plus...Alors il est nécessaire de faire une sainte colère.
Vigilance, vigilance de tous les instants...et pour ne pas se prendre la tête avec des rapports par trop "cérébralisés" par la vigilance, il y a la conscience et le décodage des évènements que l'on vient de vivre.La vie est un maître extra (c'est vieux comme le monde !!! même chez les animaux!!!!)Après tout ce qu'il y a dans le monde extérieur et le reflet inconscient de ce qui se vit en nous ...
Oui, ça me parle beaucoup ça à moi qui suis plutôt un doux aussi. Enfin je crois!
Moi c'est plutôt avec mon équipe de collègues que ça arrive parfois (avec lesquels je m'entends pourtant dans l'ensemble plutôt bien).
Toujours conciliant, trop sûrement, jusqu'au moment où ça dérape.
Mais je persiste à ne pas aimer, ça me laisse toujours un sentiment désagréable, ça m'empêche de juger la colère comme saine même si elle est justifiée. Parce qu'elle surgit sur le mode du dérapage, du débordement, du pétage de plomb. Ce n'est pas alors exactement une "saine colère". J'aimerai être capable de temps en temps de colère froide, maîtrisée. ça c'est vraiment dur!
Bizarrement la spontanéité, Kyrann, n'est pas un état habituel pour moi. Bien souvent je ne sais pas entendre cette part, bloquée par je ne sais quoi...
Martine, tes mots concordent avec ce dont je prends conscience : à trop faire attention aux autres on ne se respecte plus soi-même. On offre aux autres la possibilité d'abuser et d'empiéter au delà des limites...
La conciliance, Valclair, est un atout qui peut devenir lourd. Nous avons nos limites, et en tentant de les repousser dans un souci de bienveillance, on est en "zone rouge"... ce qui laisse parfois bien peu de marge avant la surchauffe et l'explosion.
La "saine colère" dont tu parles, proportionnée et adaptée à la situation, est bien sûr la façon la plus juste de réagir. Cela demande, à mon avis, une grande attention portée à nos propres réactions. Ne pas protéger les autres davantage que nous-même...
Cela me rappelle furieusement... Je m'entendais plutôt bien avec unen colègue secrétaire, mais elle jouait tellement avec les horaires. Commencer à 10 h au lieu de 9 h, arriver à 9h 1/4 au lieu de 9 h... Partir à 5h-5 pcq son mari arrivait tambour battant... Manger deux heures à midi! Un jour, j'ai perdu pied aussi et j'ai envoyé valser un papier imprimé à travers le bureau, je ne supportais plus son manque de respect. La pauvre fille ne s'en est jamais remise (et moi non plus o;) (comme Valclair, je me remets mal de mes colères, et pourtant, on a visiblement des colères justifiées...) Tiens, as-tu une explication à ça ?
Enfin, je suis satisfaite de lire quelqu'un qui ne pleure pas parce qu'il perd son temps à bloguer des blogomots dans la blogovie qui n'est pas la vie et le blogomonde qui n'est pas le monde.
Une non-Pivoine.
Ah ben voilà que le lion est sorti de sa tanière pour rugir... ;o))) Ca fait du bien non ?? Finalement tu devrais remercier les ceusses qui sont sorti avant l'heure... ;o)))
Je n'ai pas vraiment d'explication sur le fait de mal se remettre de ses colères, Pivoine. Je pencherais volontiers vers des principes éducatifs, qui enseignent que "c'est mal" de se mettre en colère...
Je crois que le fait que la colère soit associée à "perte de contrôle" fait un peu peur, en nous renvoyant à notre nature pulsionnelle. Mais de contenir cette impulsivité ne fait qu'en reporter l'expulsion sous une forme exacerbée...
Pour le blogomonde qui n'est pas le monde c'est incontestable. D'ici à s'en lamenter...
Oui Christine, ça m'a fait beaucoup de bien de rugir :o)
Il y a eu des effets au delà de cette scène, puisque j'ai pris un peu plus conscience que d'être "gentil" m'était néfaste.
Pierre, j'ai longtemps pris conscience de la chose. La gentillesse n'est jamais récompensée lorsqu'elle est toujours présente et c'est souvent l'irrespect qui lui fait face.
En revanche, une personne rarement gentille se voit couvrir de fleurs lorsqu'exeptionnellement elle le devient "ba, finalement, il ou elle n'est pas si désagréable..." et se voit appréciée pour une seule remarque gentille ou un sourire.
C'est toute la problématique comportementale du genre humain... ;o)
SOYONS MECHANTS... nous serons respectés et appréciés... sourire
Gentillesse et méchanceté
Pour reprendre tes mots à ma façon, Christine, je dirais que la gentillesse n'est PAS TOUJOURS récompensée. Mais ton commentaire m'a permis d'aller un peu plus loin dans mes réflexions autour de la (ma ?) "gentillesse", et j'y reviendrai bientôt ;o)
Quant à être "méchant", je ne crois pas que ça aille dans le bon sens. Mais être "vrai", ça oui !
Je reconnais que j'ai parfois envie de mordre, mais je sais aussi que c'est parce que je ne ME suis pas respecté en n'ayant pas affirmé mes limites suffisamment tôt. Toujours chercher en soi l'origine de ce qui nous pose problème.
Bon... mais ça aussi demanderai d'être complété, parce que c'est aussi une forme de "gentillesse", hé hé...
Faut vraiment que je revienne sur tout ça !
Je crois que ce questionnement me renvoit aussi à celui de l'empathie et de sa justesse... Mais c'est peut-être trop personnel comme association... Je vais laisser décanter, comme on dit...
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