Cette semaine j'avais rendez-vous avec ma future ex épouse chez le notaire chargé de la séparation patrimoniale de nos biens, en vue du divorce. Le processus est en cours depuis près de trois ans mais, pour diverses raisons, cela n'a pas pu se faire plus vite. Quoique longue cette durée aura été acceptable parce que nous nous entendions suffisamment bien et qu'il n'y avait pas de réel caractère d'urgence. Pour ma part je pense que ce temps m'a aussi permis de me faire à cette idée, jusqu'à l'accepter pleinement.

L'objectif commun étant une séparation en bons termes, sans que personne ne se sente lésé, c'est dire combien le respect de l'autre a été important. Il est passé par une attention transcendant l'éloignement relationnel, avec la nécessité d'une écoute attentive puisque les points de discorde ne pouvaient être que très peu abordés. Avec elle j'ai souvent marché sur des œufs...

Nous parvenons donc au terme des modalités de ce partage, devenu possible maintenant que toutes les données nécessaires sont fixées. Il ne nous restera plus qu'à trouver un avocat, obligatoire même pour la procédure de divorce par consentement mutuel.

A l'issue du rendez-vous Charlotte était heureuse que nous soyons parvenus à un plein accord sans chamailleries. Il n'était pas dans mon intention de chipoter pour une stricte égalité. Cela n'aurait eu aucun sens du point de vue matériel alors que c'est sur le plan moral de la reconnaissance que se joue l'essentiel. Enthousiaste, elle m'a dit : « maintenant je crois que je n'ai plus de rancœur envers toi ». Oufff... j'ai senti instantanément tout un poids s'enlever de mes épaules. Mine de rien ça me pesait de porter son ressentiment depuis des années. J'ai été sacrément content de sa réaction ! Ça signifie qu'elle cessera probablement de m'envoyer ces "piques" qui me blessaient et m'avaient fait prendre beaucoup de distance au fil du temps.

Tous les deux détendus et de bonne humeur nous nous sommes installés à la terrasse d'un café pour bavarder. Et puis finalement nous avons prolongé notre conversation dans un petit restaurant. On s'est dit beaucoup d'infimes choses importantes, montrant la reconnaissance de chacun pour ce qu'avait ressenti l'autre. Quelques retours en arrière nous ont permis de convenir qu'on avait vécu une belle histoire d'amour et réalisé de beaux projets. Sans regrets, donc, pour ces années passée ensemble durant lesquelles nous nous sommes construits ensemble. Sans amertume d'avoir dû cesser le parcours commun pour prendre chacun une nécessaire liberté.

Plus tard, Charlotte m'a subitement demandé si j'avais fait des rencontres depuis notre séparation. J'ai été bien en peine de répondre, ne sachant pas si les quelques relations à tonalité intime que j'ai eues pouvaient être qualifiées de "rencontres". Mais j'ai surtout senti qu'elle brûlait d'envie de me parler des siennes, dont je ne savais quasiment rien. J'étais prêt à l'entendre et l'ai laissée évoquer succinctement quelques aventures. Nous avons plaisanté sur les complications relationnelles, tous deux dans le non-désir de nous engager de nouveau dans une vie de couple. Elle, comme moi, avons besoin de vivre libres.

De temps en temps je songeais, en la regardant, à cette amie bien particulière qu'elle est restée alors que la dimension "intimité de couple" n'existe plus. J'étais presque surpris de nous voir bavarder aussi facilement et aussi simplement alors que nous n'avions pas eu de vraie conversation depuis plusieurs mois. Nos vies sont distinctes mais il demeure une connivence évidente, qui se manifeste dès lors qu'il n'y a pas de tension entre nous. Sans hésitation je dirais que nous sommes toujours très liés, mais d'une façon fort différente d'avant. La dimension "amoureuse" n'a plus lieu d'être... mais incontestablement il reste de l'amour entre nous. C'est, j'en suis convaincu, ce qui fait que nous pouvons nous séparer aussi aimablement. À l'amiable. En amis.