29 mai 2008
Amiabilité
Cette semaine j'avais rendez-vous avec ma future ex épouse chez le notaire chargé de la séparation patrimoniale de nos biens, en vue du divorce. Le processus est en cours depuis près de trois ans mais, pour diverses raisons, cela n'a pas pu se faire plus vite. Quoique longue cette durée aura été acceptable parce que nous nous entendions suffisamment bien et qu'il n'y avait pas de réel caractère d'urgence. Pour ma part je pense que ce temps m'a aussi permis de me faire à cette idée, jusqu'à l'accepter pleinement.
L'objectif commun étant une séparation en bons termes, sans que personne ne se sente lésé, c'est dire combien le respect de l'autre a été important. Il est passé par une attention transcendant l'éloignement relationnel, avec la nécessité d'une écoute attentive puisque les points de discorde ne pouvaient être que très peu abordés. Avec elle j'ai souvent marché sur des œufs...
Nous parvenons donc au terme des modalités de ce partage, devenu possible maintenant que toutes les données nécessaires sont fixées. Il ne nous restera plus qu'à trouver un avocat, obligatoire même pour la procédure de divorce par consentement mutuel.
A l'issue du rendez-vous Charlotte était heureuse que nous soyons parvenus à un plein accord sans chamailleries. Il n'était pas dans mon intention de chipoter pour une stricte égalité. Cela n'aurait eu aucun sens du point de vue matériel alors que c'est sur le plan moral de la reconnaissance que se joue l'essentiel. Enthousiaste, elle m'a dit : « maintenant je crois que je n'ai plus de rancœur envers toi ». Oufff... j'ai senti instantanément tout un poids s'enlever de mes épaules. Mine de rien ça me pesait de porter son ressentiment depuis des années. J'ai été sacrément content de sa réaction ! Ça signifie qu'elle cessera probablement de m'envoyer ces "piques" qui me blessaient et m'avaient fait prendre beaucoup de distance au fil du temps.
Tous les deux détendus et de bonne humeur nous nous sommes installés à la terrasse d'un café pour bavarder. Et puis finalement nous avons prolongé notre conversation dans un petit restaurant. On s'est dit beaucoup d'infimes choses importantes, montrant la reconnaissance de chacun pour ce qu'avait ressenti l'autre. Quelques retours en arrière nous ont permis de convenir qu'on avait vécu une belle histoire d'amour et réalisé de beaux projets. Sans regrets, donc, pour ces années passée ensemble durant lesquelles nous nous sommes construits ensemble. Sans amertume d'avoir dû cesser le parcours commun pour prendre chacun une nécessaire liberté.
Plus tard, Charlotte m'a subitement demandé si j'avais fait des rencontres depuis notre séparation. J'ai été bien en peine de répondre, ne sachant pas si les quelques relations à tonalité intime que j'ai eues pouvaient être qualifiées de "rencontres". Mais j'ai surtout senti qu'elle brûlait d'envie de me parler des siennes, dont je ne savais quasiment rien. J'étais prêt à l'entendre et l'ai laissée évoquer succinctement quelques aventures. Nous avons plaisanté sur les complications relationnelles, tous deux dans le non-désir de nous engager de nouveau dans une vie de couple. Elle, comme moi, avons besoin de vivre libres.
De temps en temps je songeais, en la regardant, à cette amie bien particulière qu'elle est restée alors que la dimension "intimité de couple" n'existe plus. J'étais presque surpris de nous voir bavarder aussi facilement et aussi simplement alors que nous n'avions pas eu de vraie conversation depuis plusieurs mois. Nos vies sont distinctes mais il demeure une connivence évidente, qui se manifeste dès lors qu'il n'y a pas de tension entre nous. Sans hésitation je dirais que nous sommes toujours très liés, mais d'une façon fort différente d'avant. La dimension "amoureuse" n'a plus lieu d'être... mais incontestablement il reste de l'amour entre nous. C'est, j'en suis convaincu, ce qui fait que nous pouvons nous séparer aussi aimablement. À l'amiable. En amis.
25 mai 2008
Diversité relationnelle et papillonnage
Une lectrice m'écrit : « vous dites ne plus vouloir faire partie de ces couples classiques, que vous annoncez la couleur dés que vous rencontrez quelqu'un, la diversité relationnelle vous est devenue vitale.
Qu'est ce que ce comportement vous apporte ? Je me pose cette question car je côtoie beaucoup d'hommes, j'aime l'humain en général, et l'humain m'intéresse beaucoup. Je discute des fois avec des hommes, en couple mais besoin d'aller voir ailleurs, pourquoi ? Je pensais qu'on allait voir ailleurs lorsqu'on est plus comblé dans sa vie de couple mais si tout va bien, pourquoi ? est ce juste une question de sexe ? ou de déceptions passées ? Au fond, quelqu'un qui papillonne ne cache peut être t il pas une souffrance ? Un mal être.
Je comprends si vous ne voulez pas répondre, mais j'ose quand même......juste pour m'aider à mieux comprendre sans jugement. »
C'est bien volontiers que je réponds, mais autant le faire publiquement puisque je sais que ma démarche peut surprendre.
Qu'est-ce que ce comportement m'apporte ?
La pluralité, la richesse de la diversité, la confrontation à la différence, l'autonomie affective, un sentiment de liberté, la responsabilité de ce que je vis et ressens. Ceci dit, pour le moment je vis en solitaire, la diversité relationnelle s'étendant surtout dans les registres professionnels et des amitiés intimes.
Pourquoi aller voir ailleurs si on est comblé dans sa vie de couple ?
Je ne crois pas qu'on aille voir ailleurs si on se sent comblé. C'est parce qu'on ne l'est pas qu'on va chercher ailleurs... ou même que l'on trouve sans chercher ! Mais la question en elle-même biaise la réponse en sous-entendant qu'être comblé en couple serait un état stable. Croire qu'on puisse être comblé est un leurre. On peut se sentir comblé, se sentir en état d'harmonie et d'équilibre, tant que rien ne vient nous faire prendre conscience qu'on ne l'est pas. À partir de ce moment-là on ne l'est plus et on le sait. Supposer que l'autre nous apporte et continuera à nous apporter tout ce dont on a besoin est un mythe. En fait un couple est en autosuffisance tant que ce qui s'y vit apporte suffisamment à chaque partenaire pour qu'il fasse abstraction ce qui lui manque. Ou s'en accommode... Ça peut durer longtemps, et parfois toute une vie. Mais il se peut aussi que divers évènements fassent prendre conscience qu'il manque quelque chose d'important, d'essentiel, que l'autre ne peut apporter. Et là, ça peut devenir vital, psychiquement parlant, de chercher à le combler.
Dans mon cas personnel je me sentais heureux en couple, dans une famille unie, et selon les critères de la plupart des gens j'étais "comblé". Mais la vie s'est chargée de m'ouvrir les yeux et j'ai vu que c'était loin d'être le cas. Je n'ai fait que suivre le chemin qui s'ouvrait devant moi, tout en me posant d'infinies questions afin de bien aller vers ce qui me convenait.
Est-ce juste une question de sexe ?
Non, mais c'est cette seule question qui pose problème ! Chacun laissera l'autre relativement libre de trouver son équilibre hors du couple, à une restriction près : l'intimité. C'est à dire la sexualité et les sentiments amoureux. La plupart des gens partent du principe que sexualité et sentiments ne doivent se vivre qu'au sein d'une relation unique, censée combler tous les besoins de cet ordre. Je ne sais pas s'il y a une règle qui serait universelle mais ne trouvant pas satisfaction dans ce modèle j'ai choisi d'expérimenter une voie qui me semble mieux correspondre à mes besoins. Ce n'était pas qu'une question de sexe, loin de là, mais cette dimension était quand même essentielle et aura été un des moteurs nécessaires pour m'affranchir du carcan moral qui m'enserrait.
Est-ce une question de déceptions passées ?
Beaucoup d'éléments peuvent intervenir dans les choix de vie de chacun. Les déceptions peuvent en faire partie, mais pas systématiquement. Je pense que les déceptions peuvent conduire à un refus de l'attachement, par peur de la souffrance. Cela conduira à un comportement "papillonnant". Mais ce ne sont pas des déceptions passées qui remettront subitement en cause l'équilibre d'un couple stable. Dans mon cas il ne s'agissait pas de déceptions passées, mais d'une frustration latente. Je n'avais pas suffisamment fait de rencontres amoureuses dans ma vie pour me satisfaire d'une seule.
Au fond, quelqu'un qui papillonne ne cache peut être t il pas une souffrance ? Un mal être ?
Papillonner, c'est à dire passer d'une fleur à l'autre sans jamais se fixer, est un certain type de comportement. Cela ne correspond pas à la diversité relationnelle qui m'est chère. Je pense que papillonner peut provenir d'une peur de la souffrance en évitant l'attachement, par anticipation de la souffrance qui viendrait de la rupture. Mais se fixer dans une relation unique peut cacher des peurs du même ordre ! En revanche la diversité relationnelle correspond à des attachements pluriels (polyfidélité). C'est donc le comportement inverse du papillonnage. J'y vois un signe d'équilibre intérieur, de bien-être, de non-dépendance, et c'est dans cette tendance que je vis désormais parce qu'elle me convient. Par contre, ce qui peut générer beaucoup de mal-être, ce sont les réactions de rejet que cela induit de la part des personnes qui n'acceptent pas cette façon d'être... Je n'y étais pas suffisamment préparé et j'en avais largement sous-estimé les effets. Maintenant c'est différent puisque je le sais.
Mais cela me permet de préciser quelque chose : je ne crois pas qu'on puisse éviter la souffrance. Que l'on papillonne, que l'on vive en couple stable ou en solitaire il y a des frustrations. Elles font plus ou moins souffrir. Accepter cette réalité permet de chercher la voie de la moindre souffrance, tout simplement, sans refuser de la traverser lorsque c'est inévitable.
22 mai 2008
Questions sans réponse
Il y a dans les requêtes que les internautes soumettent à Google la témoignage d'abyssales questions existentielles. J'imagine dans quel désarroi se trouvent ceux et celles qui cherchent des réponses dans lequel je ne peux m'empêcher de percevoir une souffrance.
Parmi la dernière moisson du jour, rien de moins que : « quel peut-être le sens de la vie ? ». Ma réponse : le chercher. Et pas sur Google, mais en expérimentant la vie !
Il y a aussi le thème récurrent du silence, décliné sous diverses formes :
- « Que signifie le silence de l'être aimé ? » Hum... demandez-lui...
C'est bien là toute la complexité du non dit. Ce silence exprime t-il une incapacité de dire ou un refus de parler ? Je dirais volontiers, dans le cas où ce silence s'installe au sein d'une relation vivante : exigez une réponse si elle vous est nécessaire. Même si c'est pour vous faire rejeter, ce qui sera une forme d'expression. N'épargnez pas qui ne vous épargne pas ! Le silence peut devenir une violence, un abus de pouvoir auquel vous acceptez ou non de vous soumettre. Souvenez-vous que si vous "protégez" l'autre c'est probablement à vous que vous faites du mal. Ne vous maltraitez pas...
À moins que vous n'ayez vocation à écouter ce que ce silence peut signifier de la part de l'autre, et comment vous y réagissez. Car le silence de l'autre vous met face à vous même...
- « Le silence peut parfois signifier l'amour ». Oui, tant qu'il ne s'est pas déclaré. Ce peut être délicieux un certain temps. Mais hormis ce cas une citation fera office de réponse : « L'amitié vit en silence, l'amour en meurt » (Jacques Deval). Je ne crois pas que le silence signifie l'amour, sauf s'il est convenu qu'il aura ce sens. On peut fort bien aimer en silence
- « Comment devenir l'ami intime de l'ex amour ».
En renonçant au désir de l'autre, ou du moins à sa concrétisation,
puisque c'est le désir qui distingue amour et amitié intime. À voir si
ce renoncement est possible...
La formulation de la question montre que cela ne se fait pas "naturellement". Il ne faut pas oublier que des personnes préfèrent une rupture à une transformation du lien.
- « Le silence d'une rupture y répondre » Comment répondre au silence, puisqu'il ne demande rien ? Faut-il respecter une demande muette de distance, ou au contraire aller vers qui ne sait plus comment renouer un fil rompu ? Éternelle ambiguïté du silence et de son double sens. Ceci dit, s'il s'agit d'une rupture, le silence est suffisamment éloquent, et le symbole même de la rupture...
- « Réussir sa rupture ». Ça, c'est tout un art, qui dépend beaucoup de la suite que l'on souhaite donner à la "rupture". S'agit-il d'un renoncement définitif et irrévocable, ou alors d'un éloignement relationnel pour évoluer vers une autre forme de lien ? Quoi qu'il en soit une rupture réussie passe, à mon avis, par un accord réciproque entre les partenaires. C'est à dire que cela demande de la... communication. Or c'est souvent à cause d'une mauvaise communication qu'à lieu la rupture, et le silence évoqué précédemment. J'ai pour habitude de dire que pour bien se séparer, et bien rompre, il faut se respecter... donc s'aimer encore.
Pour terminer cette petite revue de détresse, la dernière requête, qui en dit long sur le questionnement de l'internaute :
« Pourquoi ? »
Je ne suis pas sûr qu'il ou elle ait trouvé satisfaction sur mon modeste blog...
20 mai 2008
De sexe indéterminé
« Je me vantais de ne m'entendre bien qu'avec les hommes et de ne vouloir
travailler qu'avec eux... Aujourd'hui, je les aime toujours, mais je
mesure mieux cette part irréductible entre eux et moi : La "Terre des hommes" ne me sera jamais tout à fait accessible, tandis
que l'univers féminin m'est familier, j'y suis dans mon élément... »
Commentaire de Daniala, lu chez Coumarine, dans la discussion qui a suivi son texte Femmes d'hier, d'aujourd'hui et de demain
Voilà certainement ce qui me fait chercher ma place : l'univers dans lequel je me sens dans mon élément n'est pas celui de mes semblables, les mâles. Je me sens mieux en compagnie de femmes que d'hommes. Sauf que je ne fais pas partie du monde féminin... Alors je me sens entre-deux, à la fois de l'un et de l'autre, mais ni l'un ni l'autre.
Avec combien d'hommes ai-je vraiment parlé de ce qui me touche ? Tellement peu. Je ne sais pas bien ce que c'est de parler "d'homme à homme"...
Avec combien de femmes ai-je eu des conversations approfondies ? Beaucoup plus que je ne peux m'en souvenir. Mes amitiés sont presque exclusivement féminines.
J'aime bien cette situation - quoique elle ne soit pas toujours confortable - parce qu'elle me permet de me réinterroger sans cesse sur la place que j'ai envie d'avoir, ou que je peux endosser. Trouver ce qui, en moi, me correspond vraiment. Aller au devant de ma liberté d'être.
À ceci près que cette indétermination [toute relative...] semble induire quelques dysfonctionnements relationnels. Serait-il plus difficile de s'affranchir de repères sexués clairs qu'on ne le voudrait ?
18 mai 2008
De toi à moi
Je t'ai demandé de m'attendre et tu ne m'a pas attendu.
Puis je t'ai attendue et tu n'es pas venue.
Maintenant je ne t'attends plus et c'est moi qui viens.
17 mai 2008
Dans le ventre des hommes
« Et nous saurons dans le plus profond de notre ventre que nous faisons partie de cet immense cortège des femmes de toujours et de partout. Des femmes qui transmettent la vie, la portent dans tous les coins de la sphère humaine... comme une flamme haute, qui se transmet à la vitesse de nos quêtes fondamentales... »
Extrait de Femme de maintenant, de hier et de demain, très beau texte de Coumarine.
J'en ai apprécié la teneur sensible, charnelle, mais j'ai aussi ressenti un pincement à sa lecture. Je me suis senti exclu. Parce que je ne suis pas femme. Comme une sorte de discrimination involontaire, contre laquelle je ne peux rien. En même temps je crois comprendre ce désir de se retrouver "entre soi", pour parler de ce qui nous rassemble et nous ressemble.
J'ai laissé ce commentaire : « Entre femmes... entre hommes... oui, il se dit certainement des choses singulières quand on est "entre soi". Je le conçois fort bien et pourtant, j'ai aussi l'impression qu'il s'y perd quelque chose de ce qui nous relie, hommes et femmes. J'aimerais beaucoup pouvoir participer à un échange entre femmes, j'aimerais aussi que des femmes curieuses des hommes puissent participer à un groupe de parole d'hommes. Pas des groupes mixtes, mais bien des groupes sexués... ouverts à l'autre sexe. Précisément parce que c'est là, dans ce qui ne se dit pas habituellement, que se trouve ce qui nous différencie. »
J'ai le grand privilège, grâce à mon itinéraire exploratoire, d'avoir de temps en temps accès à des groupes d'échange très majoritairement féminins. J'apprécie d'avoir cette place, et d'être accepté dans des temps de partages gynocentrés. Souvent seul homme parmi des femmes je me sens accueilli dans leur sphère féminine. Cela se situe hors d'un contexte de séduction, mais bien "dans le coeur des femmes". Elles y parlent d'elles, de leur couple, de leur rapport avec les hommes (les autres...), de leur condition de femme, mais aussi de leur ventre. De leur capacité à jamais inaccessible pour moi : porter une autre vie en soi. Je crois que cette différence irréductible est celle qui nous distingue le plus, mais elle est tellement évidente qu'on l'aborde peu. Récemment j'ai pu parler de l'accouchement avec une femme. Un échange très libre, simple, au cours duquel chacun évoquait son ressenti émotionnel et/ou viscéral, selon la place d'où cela avait été vécu. D'autres fois je me suis trouvé au coeur de questions de femmes, lorsque le choix de porter la vie ou de l'interrompre devait se décider au plus profond d'elles. J'en garde un souvenir particulièrement émouvant.
Je constate que ce genre d'échange avec, ou en présence de l'homme que je suis, n'est pas possible avec toutes les femmes. Pour certaines je me sens perçu comme trop étranger, trop différent. D'autres au contraire, perçoivent bien que je suis réceptif à leur différence, et curieux de la mieux connaître. Et puis moi-même je parle assez aisément de mes émotions masculines, ce qui semble intéresser ces femmes... et déranger les premières.
J'aime beaucoup les échanges qui permettent d'aller à la rencontre de nos différences et ressemblances.
C'est pourquoi le texte de Coumarine m'a un peu dérangé [quoique je ne la soupçonne aucunement d'exclure les hommes]. Mais... c'est aussi me rappeler cette incontournable réalité : je suis résolument différent.
D'ailleurs, j'envisage depuis quelque temps de m'inscrire dans un "groupe d'hommes". Parce que j'ai certainement beaucoup à apprendre de mes semblables [et à leur apporter...], mais aussi toute une part du masculin à approcher. À force d'explorer ma part féminine j'en oublierais presque que je suis avant tout un mâle. Et c'est quand même important de tenir cette place dans d'autres rapports avec le féminin, non ?
Le point de rupture de la rigidité
J'ai relaté hier, en me penchant sur l'art de composer avec les personnalités difficiles, ma vision des relations humaines entre personnalités "souples" et caractères "durs". Opposition caricaturale, évidemment, qui ne vise qu'à mettre en évidence quelques gros traits.
Comme pour confirmer mes impressions, Artémis, ma collègue "dure" et intransigeante, m'a montré ce matin un tout autre visage. Alors que je lui serrais très professionnellement la main, avec un grand sourire en pensant à la mise au point animée de la veille, Artémis m'a montré un visage marqué de fatigue. Elle m'a raconté qu'elle avait très mal dormi, qu'elle était épuisé... et prête à pleurer. Ce qu'elle fit dans les secondes qui suivirent.
C'est quelque chose que je n'aurais pas imaginé voir chez cette femme tenace, volontaire, ne montrant aucune faiblesse. Artémis s'est effondrée. Ça ne lui était jamais arrivé depuis des années qu'elle travaille ici. En fait elle reconnaissait en bloc tous les griefs qui lui avaient été formulés pour son attitude avec les salariés et ses collègues. Du coup elle s'est sentie incapable, pas à la hauteur, et néfaste pour toute l'équipe. Anéantie, elle voulait rentrer chez elle sur-le-champ.
Je l'ai réconfortée comme j'ai pu, prenant quand même garde à ne pas trop m'exposer. Je sais par expérience que certains caractères "forts" n'admettent pas de se montrer en état de vulnérabilité et refusent avec agressivité toute aide. Je me méfie aussi de ma propension à jouer les St Bernard, ému par la douleur d'autrui...
Il semble que j'ai su trouver la juste distance puisque Artémis s'est sentie en confiance pour me parler de son désarroi. À la condition implicite que je respecte sa façon d'aborder les choses, fut-elle totalement subjective, exagérée, noircie. Ne jamais oublier qu'elle considère avoir absolument raison quand elle parle et mordrait qui ose la contredire. À peine ai-je tenté de relativiser le très sombre tableau qu'elle dressait que je me suis vu opposer un péremptoire « Laisse-moi parler ! » qui ne donnait pas envie d'insister. Je suis plutôt fier d'être resté insensible à ce ton peu amène...
Plus tard Artémis s'est excusée d'avoir été souvent dénigrante à mon égard, excessive, maladroite, exigeante. Je lui ai demandé, à mon tour, d'excuser certaines de mes paroles en réaction qui ont pu être difficiles à entendre. Ces signes de reconnaissance des dommages que l'on a pu causer à l'autre sont très importants pour neutraliser les éventuels ressentiments. J'ai été touché, ému de sentir ce respect bienveillant entre nous.
En voyant céder tant de contention j'ai eu l'impression de mieux comprendre certains comportements des personnalités rigides. À trop vouloir être irréprochable, parfaite, Artémis applique ce qu'elle exige d'elle-même aux autres. Parfois jusqu'à l'injustice, et même une forme de brutalité. Alors que la veille elle s'emportait face à nos remarques, Artémis a craqué aujourd'hui en se rendant compte de ce qu'elle imposait aux autres. Lorsqu'elle n'a plus la force de contenir la discipline de fer qu'elle s'impose, elle déborde. Elle empiète sur l'espace existentiel d'autrui, attitude qu'elle tolère difficilement à son égard. Contradiction évidente. De même, en refusant d'entendre que les personnes qu'elle houspille avaient une sensibilité, Artémis ne se rend pas compte qu'elle affiche la sienne...
Je suis assez fasciné par ce que peuvent cacher certaines attitudes, et combien ce qui paraît "fort" peut dissimuler de sensibilité. C'est important pour moi qui ai toujours été impressionné par ce type de personnalités.
15 mai 2008
L'art de composer avec les personnalités difficiles
J'ai été... disons... "absent" pendant quelques jours, sur ce blog. Pas très bien dans ma tête. Je me suis aussi "absenté" de ma charge d'élu municipal, ne répondant pas aux messages, ne prenant pas en charge ce dont j'ai la responsabilité. Une façon de retrouver une indépendance face à ce mandat, qui demande beaucoup d'investissement. Je crois aussi que je "teste", sans vraiment le vouloir, la place que j'ai dans mes interactions avec les autres. Relations, travail, famille, municipalité... je me suis maintenu à l'écart d'un peu tout. J'ai eu besoin de me recentrer sur moi. Ah ben oui, pas toujours disponible et réceptif !
Maintenant je crois que c'est passé. Je peux de nouveau orienter mon regard vers l'extérieur.
Sur les relations de travail, par exemple (qui ne sont qu'une des variantes du rapport à autrui). Aaah, les relations de travail... toute une découverte pour le farouche indépendant que j'étais ! Ce n'est pas pour rien que j'avais quitté ce monde il y a une quinzaine d'années, pour me mettre à mon compte tout seul. J'aspirais à cette totale liberté, dont j'allais découvrir au fil du temps qu'elle est un redoutable piège : sans contraintes il n'y a pas de liberté. Faudrait que je développe ça un jour, mais pas aujourd'hui...
Relations de travail, donc, avec rencontre des inévitables différences. Différence de point de vue, de comportement, de rythme, de préoccupations, de façon de régir les rapports hiérarchiques et l'autorité... C'est passionnant tout ça, mais ça occasionne quelques frictions. Notamment avec les collègues, lorsque chacun n'a pas les mêmes priorités. C'est ce qui se passe au sein de notre équipe et à donné lieu, ce soir, à une mise à plat générale. Chacun a pu s'exprimer et nous sommes parvenus à ce petit miracle : communiquer.
Lorsque je mène une équipe de salariés, je le fais selon ma nature : plutôt cool, tout en demandant à chacun de travailler efficacement. Mon objectif est double: que le travail soit fait correctement, et que chacun soit satisfait de sa journée. C'est à dire que je ne mets pas une pression énorme sur les salariés. Un autre encadrant procède de même.
Mais deux de mes collègues ont une autre approche : le travail doit être fait rapidement, efficacement, et à un rythme soutenu. En cas de manquement à ces préceptes, le contrevenant sera vertement tancé. Et hors de question de s'adapter à chacun : une règle pour tous, qui doit être appliquée par crainte d'être débordé.
Il y a donc deux approches assez radicalement différentes pour mener les équipes : celle des "gentils" et celle des "durs".
Les durs estiment que les gentils manquent de fermeté et se laissent déborder. Ils sont perçus comme défaillants, "trop" souples, "trop" à l'écoute des problèmes des salariés, "trop" lents à trancher et prendre des décisions. Les durs nous demandent de nous positionner, de ne pas nous laisser amadouer par des salariés profiteurs, qu'il faut prendre en main fermement pour leur montrer que la réalité c'est pas de la rigolade !
Rapidement, bien qu'appréciant l'efficacité de ma collègue "dure", j'ai pensé qu'elle allait parfois trop loin dans sa façon de dire les chose, assez brutale. Moi qui suis sensible à la tonalité, j'étais mal à l'aise quand un des salariés se faisait ainsi vivement secouer. Mais bon... généralement je la laisse gérer les choses à sa façon. Il aura fallu qu'elle m'agresse pour que je change ma façon d'être et marque des limites. Ce qui ne lui a pas plu !
Depuis je prends de plus en plus ma place, affirmant ma différence. Il n'est pas dans ma nature de commander, ni d'être autoritaire, ni de "casser" les gens. Je ne suis pas non plus quelqu'un d'hyper-efficace, performant et rapide. Je travaille autrement, mais pas forcément moins bien. Et surtout selon mes critères de qualité : que tout le monde ait sa place au travail et s'y sente bien. Je ne rejette personne... ce qui n'est pas le cas de mes collègues "durs" que les "mous" insupportent. Nettement plus conciliant, j'hérite ainsi de quelques parias...
Au delà de cette opposition durs/souples, je m'interroge sur ce qui induit la rigidité. Car ma collègue est absolument persuadée d'être dans la seule vérité ! Sa méthode serait la seule valable et ce serait à nous, les souples, de changer ! Il est difficile de lui faire entendre un autre point de vue, et chaque élément de désaccord avec sa pratique est immédiatement refusé... avant de mûrir, heureusement. Car généralement elle revient pour signifier qu'elle a compris ce qui lui était dit, et que c'était justifié, compréhensible. Elle entend ce qui lui est dit et fait les efforts en conséquence. C'est ce qui permet que je puisse m'entendre avec elle, maintenant que j'ai compris son mode de fonctionnement. Une telle attitude rigide, avec refus systématique de la remise en question, ne m'a pas été facile à accepter au départ.
C'est curieux, mais de telles personnalités ont souvent eu beaucoup d'influence sur moi. Leur assurance inébranlable avait raison de mes doutes dans l'instant. Ce n'est qu'à retardement que je sentais que quelque chose n'allait pas dans leur attitude. Les personnes qui n'émettent aucun doute m'impressionnent.
D'ailleurs, c'est un des reproches que me fait ma collègue : n'être pas assez sûr dans les consignes que je donne. Elle me dit que je dois ne montrer aucun doute, qui pourrait être une brèche dans laquelle les salariés pourraient s'engouffrer. Toujours cette crainte d'être débordée... Même genre de chose avec les personnes un peu collantes, envahissantes, et surtout si elles sont "molles" : ma collègue ne peut pas les supporter et leur renvoie, malgré ses efforts, ce rejet viscéral.
Peu à peu, puisque je discute parfois longuement avec ma collègue, je commence à comprendre l'origine de cette dureté. Elle provient d'une très grande exigence vis à vis d'elle-même. Souvent, en rigolant à demi, elle dit qu'elle ne supporte pas de ne pas être parfaite. Elle bout lorsqu'elle ne parvient pas à faire quelque chose que je réussis, ou évite d'être confrontée à ce genre de situation. Sous une attitude hyperactive, intransigeante, bourrée de certitudes qui ne cessent de se déplacer, je vois se dessiner une personnalité anxieuse. L'exact contraire de ce qu'elle voudrait montrer.
D'ailleurs, je sens aussi une peur de ne pas être appréciée à cause de cette dureté, ce qui conduit à des réactions vives de fuite, de colères subites. Quant à affirmer « je me fous de ce qu'on pense de moi »... ça en dit long sur la mésestime de soi.
Je ne sais pas encore bien quelle attitude avoir face à cela, mais il semble bien que de ne pas céder à cette tentative de circonscrire la vérité à la sienne est la première étape. Montrer que je suis différent et que ce n'est pas moins bien. La seconde pourrait bien être de manier l'alliance subtile de la résistance passive, de l'affection discrète, et de l'humour complice. Tout un art... pour éviter d'entrer en conflit.
14 mai 2008
Rester en marge
La pause de midi est parfois un temps d'échange, lorsque je me sens en résonance avec les personnes présentes. Ce n'est pas toujours le cas. Ma collègue m'a dit que dans les équipes je paraissais "à côté" plutôt que "avec". C'est assez bien vu. Je suis présent, je pense être disponible... mais je ne cherche pas à développer des affinités particulières. D'ailleurs je n'en ressens pas. Il faut dire aussi que la plupart des personnes ont des démarches personnelles fort différentes de la mienne.
Ce qui, d'ailleurs, n'est aucunement un obstacle à la rencontre.
Par exemple Coralie, environ 25 ans. Elle est sans domicile fixe (je préfère ça au terme connoté de "sdf"), par choix. Look de zonarde, plutôt virile, avec nombreux tatouages dont un immense qui lui barre la poitrine. Sur son bras, un idéogramme chinois signifiant "respect".
Aujourd'hui elle m'a raconté ses soucis : elle doit passer en jugement prochainement pour cause de conduite sous l'emprise de stupéfiants. Elle risque le retrait de permis, qui est son seul moyen de venir travailler. Elle a déjà perdu des points pour conduite sous l'emprise d'alcool...
Elle doit aussi au fisc un nombre incalculable d'amendes, avec pénalités de retard... que de toutes façons elle ne peut pas payer vu ses faibles ressources. Elle n'a pas d'adresse fixe, mais elle sait qu'au bout de trois mois de fiche de paye elle va être "retrouvée" et que son salaire pourra être saisi.
Coralie raconte avec verve sa colère contre son assistante sociale, qu'elle estime incompétente pour lui trouver un logement. Oui... sauf qu'en tant que célibataire sans enfants elle n'est pas prioritaire. Par ailleurs elle a trois chiens, qui sont ses compagnons, mais qui empêchent qu'elle puisse avoir accès aux foyers d'accueil.
Bref : elle est dans une sacrée galère. Pourtant cette fille est loin d'être stupide. Elle a fait quelques études, à obtenu deux diplômes professionnalisants, mais semble se débrouiller pour ne pas trouver de travail fixe. Elle a déjà roulé sa bosse un peu partout, allant des vendanges à un atelier de mécanique poids-lourds. « Le milieu le plus macho », m'a t-elle affirmé. Coralie est d'un abord facile, elle parle aisément et avec un vocabulaire élaboré, ce qui diffère de la plupart des personnes que nous accueillons. Elle a aussi un sacré tempérament, et sait bien ce qu'elle veut. Quand elle parle d'elle, elle perd son ton un peu fanfaron et machinalement a des gestes qui trahissent une sensibilité bien dissimulée. J'aime sentir cette part qui échappe aux gens.
Je ne connais pas encore bien son parcours, mais suffisamment pour comprendre qu'elle est porteuse d'une problématique lourde. Elle m'a parlé de dépression profonde, il y a quelques années. Aujourd'hui elle est plutôt détendue, à la fois cool et vive, d'humeur joviale. Elle a dit qu'elle compensait le maintien de ce coté zen avec l'alcool, ce qui ne paraît pas. Elle admet aussi que son problème de logement n'est pas vraiment un hasard : elle a peur de s'engager, de se sentir bloquée. Apparemment sa vie d'errance lui convient, même si d'un autre côté elle a cette perpétuelle inquiétude de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Elle m'a parlé, très lucidement, du confort qui consiste à ne rien changer à une situation qu'on connaît, fût-elle particulièrement inconfortable.
Je ne sais pas ce qui peut pousser des gens à avoir des comportements à la limite de l'autosabotage, mais ça m'intéresse beaucoup. Cette fille a bien des ressources, une énergie surprenante, une grande capacité à prendre des initiatives adaptées... et pourtant elle semble persister à rester en marge.
Avec sa vie apparemment très différente de la mienne Coralie est quelqu'un avec qui je sens une résonance. Je n'ai pas d'effort à fournir pour aller vers elle, ça se fait avec évidence. Ce n'est donc pas sa différence qui serait un obstacle, mais plutôt les ressemblances qui tissent des fils qui se rejoignent.
03 mai 2008
Explosion verte
Le froid qui s'était prolongé en avril a retardé l'éclosion de la végétation, surtout en altitude. Ainsi le gradient de températures est nettement visible entre la plaine, déjà verdoyante, et les hauteurs totalement brunes dominées par des sommets encore largement enneigés. Le dégradé de couleurs s'élève jour après jour.
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Ces derniers jours, doux et ensoleillés, provoquent une véritable explosion verte à l'occasion du débourrement des bourgeons. On voit donc se côtoyer en forêt des arbres exubérants de tendre verdure et ceux qui sont encore en livrée hivernale, nus. Hêtres, charmes et tilleuls déclinent leurs tonalités, avec la ponctuation blanche des merisiers en fleurs. Les châtaigniers sont encore engourdis tandis que les chênes nimbent leur ramure d'un voile vert-doré caractéristique.
L'herbe, en dehors des gazons tondus, élance ses brins et tiges qui ondulent sous le vent. Le sol disparait sous l'épaisseur croissante. L'été sera bientôt là et les fenaisons auront lieu dans un peu plus d'un mois, ramenant cette exubérance à raz de terre...
La variation des nuances de la couleur verte est incroyable. Pas une seule qui ne soit identique. Et si on ajoute la transparence des contre-jour, c'est encore meilleur...
Bon, c'est bien joli tout ça, mais j'ai une tondeuse à passer, moi...


