Je me demande si, emporté dans mon plaisir de vivre une relation qui me semblait simple, je n'aurais pas pris quelques risques en dérogeant à la règle que je m'étais fixée : ne plus évoquer précisément les liens que je peux entretenir avec telle ou telle personne du monde d'internet. A fortiori s'il s'agit d'une relation sentimentale...

D'un autre côté plusieurs personnes m'ont dit, en coulisses, que la lecture croisée de nos deux blogs apportait un éclairage intéressant. Je le crois volontiers et c'est bien dans ce sens que je conçois mon expression sur internet : partager des impressions et des émotions. Dans le cas d'un vécu commun chacun exprime ses ressentis "en solitaire" et apparaissent les décalages de perception inhérents à toute forme de communication. En particulier à distance, lorsque c'est le monde imaginaire qui a tendance à prendre une place prépondérante. Je trouve cette observation très instructive sur le plan de la psychologie des relations.

Malheureusement, si raconter/lire une "belle histoire" ne pose de problème à personne [excepté les jaloux, aigris et autres frustrés, peut-être...], je sais par expérience que cela peut devenir très délicat dès que les petits nuages roses s'estompent ou virent au gris. Ce qui peut arriver bien plus vite qu'on ne l'imagine...

C'est précisément parce que je connais  ces changements brusques des conditions de la météo relationnelle [je me la joue vieux baroudeur...] que j'investis désormais les liens au présent. Cette façon de les vivre semble m'épargner quelques souffrances. Hélas, il semble aussi qu'elle puisse, indirectement, être la cause de l'apparition des sombres nuages susmentionnés...

Alors, que faire ? Continuer à mettre en ligne mes écrits (pour moi et pour le lectorat), ou ne plus évoquer les réflexions que ce que je ressens suscite (par respect de l'intimité de l'autre concernée) ?

Franchement, je ne sais pas. Compte-tenu de ma démarche de compréhension des relations, je trouve dommage de ne pas évoquer ce qui se produit durant le temps éminemment fertile de l'ajustement. C'est là que se mettent en place les piliers relationnels et les principaux axes d'évolution du lien. Observer comment chacun construit sa représentation, en fonction de son histoire, de sa personnalité, de ses attentes, de sa maturité, me semble fichtrement instructif. Mais... je sais aussi que, quoi qu'on puisse en dire, ce mode d'expression pallie, complète, voire supplante une communication directe. Ce qui s'écrit est ce qui ne se communique pas suffisamment. Émerge ce qui a besoin d'être dit ou entendu.

Pour preuve : je crois n'avoir jamais écrit mes réflexions lorsque j'étais en contact direct avec mes relations. En tout cas je n'en ai jamais ressenti le besoin.

Dès lors, cette expression complémentaire durant les temps d'éloignement est-elle un atout ou un poison ? Difficile de répondre à la question, car autant l'écrit solitaire peut montrer des facettes peu connues et ouvrir de nouvelles perspectives d'échange, autant il peut parasiter l'échange en scindant le discours intérieur et celui du face à face. Tout dépend de l'acceptation de chacun de jouer le jeu en commun et d'en tirer parti ensemble. Tout en sachant que c'est un travail délicat en secteur sensible... sous les regards d'autrui.

Le risque est d'importance : dériver vers des zones de turbulences scripturales, avec une expression libre devenant "impossible". Situation vécue, jadis, dont je crains qu'elle ait fortement contribué à la détérioration d'un lien précieux. Je ne tiens pas à revivre ce genre de choses...

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Porte cachant ses mystères (Haute-Loire)