Il était une fois...


Salut Tipapoute,

On ne se voit pas souvent, parce que maintenant on a tous nos vies. Et les quelques moments où on se voit, on a jamais tellement le temps de se parler, du moins pas d'aller très en profondeur.
Je me rappelle du temps où on parlait plus, quand j'étais à xxxxx (que tu m'emmenais en voiture). On parlait pas mal de votre séparation, de ta nouvelle façon de voir la vie...
Je pense que ça m'a pas mal ouvert l'esprit, même si je pense que je ne comprenais pas forcément ce que j'entendais de la même façon que tu le disais, puisque j'avais le vécu en moins.
J'aimais trop parler avec toi, et lire des bouts de livre que tu me conseillais. Et puis il y a eu un moment où j'en avais marre de trop réfléchir, parce que je me rendais compte que je ne me posais pas forcément les bonnes questions, et que ma réfléxion n'étais plus constructive. Au contraire, elle m'empêchait d'avancer, à toujours tout remettre en question je ne savais plus en quoi croire, en qui avoir confiance. Bref je me suis empêchée de trop partir dans ces questionnements éternels, et me suis laissée porter par la vie. En fait je n'ai jamais arrêté de réfléchir, c'était pas possible, mais disons que j'ai essayé de me détendre.
Cette petite pause m'a fait du bien, puisque maintenant je continue de me poser plein de questions, mais ne pas pouvoir y répondre ne me pose plus de problème, et que je ne recalcule plus ma vie en fonction des réponses que je trouve.
En fait si je t'écris ce mail, c'est parce qu'il m'est arrivé un truc que j'aimerais te raconter. C'est bizarre, je pense que tu es la première personne à qui j'ai voulu en parlé, et que justement je ne l'ai jamais fait.
Tu vas être fière de moi, j'ai fait comme toi! J'ai [ici son secret]
J'ai eu une relation pendant quelques mois avec X [...].
Personnellement il m'a toujours plu, mais je tenais en cage les prémices de quelques sentiments sachant qu'ils n'avaient pas leur place dans sa vie [...]. Ça marchait plutôt bien, c'était un bon copain. Puis c'est lui qui est venu vers moi. Alors je lui ai dit non, parce que c'était impensable pour moi. Déjà je ne pensais pas qu'il puisse ressentir quoi que ce soit à mon égard, [...]. Bref, situtation fort embarassante, il fallu que je me fasse violence pour repousser ce qui me faisait le plus envie.
Ça a marché. Puis nous nous sommes retrouvés, et il aurait été dommage de le repousser encore un fois. Mon premier refus m'avait protégée de ce qui n'aurait été qu'un coup de tête. Continuer à refuser m'aurait donné beaucoup de regret.
Voilà comment à commencé cette relation, pendant xxxxx où on se voyait tous les jours, ce qui ne me laissait pas le temps de réaliser ce qui se passait.
Je suis passée par beaucoup d'état d'esprit. Au début je me suis sentie mal par rapport à tout mon entourage, traître. Je sentais le poids de la morale m'écraser. Et puis peu à peu je ne voyais plus où était le mal. Cette relation n'était pas du tout malsaine, au contraire. Et puis je me suis sentie mal de ne plus avoir de scrupules... Et puis je me suis finalement dit que cette histoire était complètement légitime, parce que nous nous aimons bien tous les deux, et qu'on savait ce qu'on faisait [...].
C'était trop bien avec X, mais c'était compliqué. Alors on a arrêté il y a quelques jours. Ç'est super dur, parce que ni lui ni moi n'en avions vraiment envie, et qu'il nous faut réprimer nos sentiments.
Je ne l'ai pas revu depuis, juste eu au téléphone et par mail. Et ça se passe très bien. On retrouve cette relation d'amitié que l'on avait avant, qui de toutes façons avait toujours été ambiguë.
J'ai envie que ce soit possible d'avoir ce genre de relation. D'être capable de se tenir suffisamment à distance pour conserver une relation d'amitié. C'est tellement dur de savoir où sont les limites...
En tout cas c'est sûr que ça me fait pas mal réfléchir, et de manière plutôt positive il me semble. A la manière dont il faut que j'agisse pour ne pas abîmer cette relation qui va être pas facile, au moins au début... Parce que mes émotions prennent parfois le dessus sur la raison. Je me retiens souvent de lui dire ce qui me passe par la tête, parce que cela rendrait cette "rupture" très délicate. Plus longue, ou plus brutale, mais quoi qu'il en soit certainement plus différente.
Alors voilà je m'adresse à toi qui a vécu une histoire similaire. Je n'ai pas envie que tu me dise que pour que ça aille mieux il ne faut plus que je le vois du tout. J'ai envie que tu me donnes des conseils pour reconstruire une nouvelle relation, sans salir celle que nous venons d'avoir. Je sais que c'est possible, et que ce nouveau type de relation peut être génial, mais je voudrais que tu me mettes en garde devant les erreurs à ne pas commettre, s'il y en a.
Par contre ce que je me demande, c'est en quoi cette relation va être différente, mis à part la proximité physique. La complicité que nous avons eu ne va pas s'éteindre...
Tout ce que je t'écris doit pas mal manquer de recul, mais c'est encore neuf et mes idées ne sont pas très claires...

Tu sais ce que je me suis dit l'autre jour? Qu'en fait dans mon inconscient j'avais besoin de vivre cette relation pour légitimer celle qui a provoqué votre séparation...
Je pense que ça n'a rien à voir, mais je sais pas si j'aurais vécu cette relation aussi librement si tu n'étais pas passé par là avant. Alors merci!!

Bon mon Tipapoute, sur ces belles paroles...
Gros bécots
Gudule


Voila ce que me confie, avec une belle maturité d'analyse, ma fille de 22 ans [qui ne se prénomme évidemment pas Gudule...]. Elle m'a autorisé à reproduire sont texte ici, en l'anonymisant.

En le lisant ma première réaction a été... de la fierté. Heureux qu'elle s'adresse à moi, qu'elle m'exprime le plaisir qu'elle trouvait dans nos échanges d'autrefois. Réjoui qu'elle vive une relation qui lui plaise, assez sereinement semble t-il, malgré le contexte. Fier qu'elle se soit émancipée si jeune d'une morale rigide qu'apparemment je ne lui ai pas exagérément transmise. Ouf, ma fille est libre, au moins sur ce plan là ! Belle satisfaction de père...

Honnêtement, je me suis marré en lisant son message : diantre, quelle famille ! Après le père, la fille...

Je n'ai pas ressenti d'inquiétude : je connais suffisamment ma fille pour avoir une totale confiance dans son discernement. Si elle s'est engagée dans cette voie c'est qu'elle savait très bien ce qu'elle faisait. C'est d'ailleurs ce qu'elle dit. Ce qui m'a beaucoup plu c'est qu'elle ait suffisamment confiance en moi pour me demander conseil, très simplement, sur la suite à donner. J'y vois la marque d'une relation de qualité entre nous, où la parole peut circuler.

Par contre j'ai eu quelques hésitation avant de poster ce texte. D'abord vis à vis du "secret" que ma fille me confie, et que j'utilise ici. Mais il m'a semblé significatif de le mettre en intégralité, et de ne pas en gommer l'élément central : [expurgé depuis].

[...]. Pour ma part il y a bien longtemps que je me suis affranchi de ce que je perçois comme un carcan moral et/ou culturel. [...]. Et pourtant, qu'est-ce que j'étais imprégné de moralité, de droiture et de respect !!! Mais avant d'agir j'ai décortiqué les fondements de cette morale point par point, jusqu'à en arriver à une épure... qui a complètement changé ma représentation du couple. Abolissant mes valeurs anciennes, héritage familial et culturel, j'en ai construit de nouvelles, étayées sur des convictions choisies, analysées, éprouvées. C'est le résultat de cette grande remise en question que j'ai transmis à ma fille... n'imaginant pas qu'elle vivrait un jour, et si jeune, quelque chose de même nature.

Mon fils aîné, par contre, m'a dit récemment avoir été perturbé par ce qui émanait de mes réflexions à la même époque. Mais il faut dire qu'il vivait déjà une relation de couple depuis quelques années. Chaque enfant se sera donc forgé ses propres convictions et c'est très bien ainsi !

Pour ma part je les ai poussées jusqu'au bout : plutôt que de renoncer à la liberté relationnelle, que ma femme ne pouvait accepter, j'ai fini par admettre [difficilement] que nous mettions fin à notre couple conjugal, pourtant solide jusque-là. C'est ce qui ma rendu célibataire, libre de mes choix relationnels.

Nb : ce texte ne restera peut-être pas longtemps en ligne, ou pourra être expurgé de sa part la plus compromettante...