« L'homme a cela de touchant qu'il croit qu'en partant, en changeant de décor, qu'il laissera les regrets, les colères, la peine. Mais tout est là, bien enfoui à l'intérieur et sur les nouveaux murs, sombres ou colorés, ça suinte, ça fuit, ça transpire. N'importe où ça demeure, ça le poursuit, ça résiste et un jour ça lui explose au visage, toujours. Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas d'autre solution que d'avancer, de comprendre, de dépasser. Dans le temps qui nous est imparti, notre devoir est de faire place à la lumière sans ignorer nos ténèbres.

(...)

La raison elle est vicieuse, elle est petite, oui petite! C'est la meilleure pour envisager les choses sous un angle froid, négatif, minable et banal. En quelques tours de scène, répétitive et monotone, si sûre d'elle, elle se glisse dans la mère, la femme libre, l'épouse qui demeure, à travers elles qui se laissent prendre, elle te gâche le paysage, elle te transforme la plus belle foi, la plus émouvante ardeur, la plus sublime passion, le plus beau courage en un immonde renoncement, en une pseudo tranquillité de pantouflarde, un conventionnel état des lieux. La raison c'est la banlieue tranquille de l'amour! »

Extraits de L'amoureuse, par Julie M

Magnifique texte, brûlant de contradictions, qui met en mots l'insaisissable. Une lumière dans la déchirure qui en est issue.

À lire et à relire.

L'éloquence des femmes qui traduisent leur intériorité me fascine par leur acuité et leur justesse. Peut-être parce qu'elles savent mieux que les hommes entendre et ressentir ce qui se passe au creux de leur ventre ?