Dans ma dernière note j'ai furtivement glissé que j'avais rencontré mon épouse à la manif du 19 mars. Cette formulation n'a pas échappé à l'oeil vigilant d'un lecteur qui connaît mon histoire et s'est souvenu que, du fait d'une séparation du couple, j'avais auparavant fait usage du néologisme transitoire de "future ex", ou Futurex.

L'utilisation du terme épouse n'est en rien un acte manqué. D'abord parce que nous sommes toujours officiellement mariés [pour quelques semaines encore]. Ensuite parce que, comme je l'ai mentionné dans mon commentaire, elle est jusqu'à maintenant la seule femme que j'ai épousée et le restera très probablement. Je n'ai nulle intention de renouveller cet acte d'engagement majeur, duquel sont nés trois enfants avec qui nous constituons une famille. Que cette famille soit un peu plus dispersée que si le couple parental était resté cohabitant ne change pas grand chose à la nature, la force et la symbolique des liens.

Donc ce que j'ai subrepticement mis en évidence c'est que Charlotte, la mère de nos enfants, reste une personne très particulière, absolument unique, avec qui les liens sont chargés d'un sens à nul autre pareil. Certes le terme d'ex, contraction d'ex épouse ou ex femme, aurait indiqué clairement cette situation particulière. Pourtant il est devenu tellement banalisé, habituel, voire brandi comme un trophée, qu'il me rebute un peu. Je ne dis jamais "mon ex" en parlant d'elle. Pourtant ce serait plus pratique, plus compréhensible, que d'employer un mot portant à confusion ou de chercher un improbable mot pas encore inventé. Mais je tiens à manifester la persistance de ce lien... unique [et là le mot "unique" prend toute sa saveur puisque c'est de mon désir de pluralité dans les relations hétérosexuelles qu'est survenue la séparation du couple...]

De toutes façons, quel que soit le vocable employé, l'utilisation du pronom possessif qui le précède me dérange: ma femme, mon épouse, mon ex... Ce signe d'appartenance, y compris après séparation, trahit la nature insécable du lien. Alors, puisqu'il demeure... je ne ressens pas le besoin de mettre en évidence en la surlignant une rupture qui reste, par nature, impossible : on ne peut pas davantage rompre avec son conjoint qu'on ne le pourrait avec ses parents, ses enfants, sa fratrie. On ne peut anéantir ce qui a été lien. Toute rupture - physique - de lien n'est que la manifestation du désir de le voir - symboliquement - rompu  en même temps qu'un aveu d'impuissance à le faire. Chercher à nommer la rupture démontre intrinsèquement qu'elle ne peut avoir lieu et que le lien demeure dans la pensée.

J'assume donc... que dis-je : j'affirme l'existence de ce lien du couple. Et ce d'autant plus que j'ai fait ce qui était en mon possible pour ne pas le rompre. J'ai préféré le voir se transformer, évoluer vers un ajustement à une distance optimale permettant le confort de chacun.

Mais puisqu'il faut bien utiliser un langage, j'essaie de réduire l'appartenance que génère le pronom possessif en l'accollant à un terme qui indique la notion de partenariat, fut-il quelque peu désuet. Je ne peux être époux que de celle qui, à un moment de sa vie, à désiré m'épouser. Mon épouse, toute ex qu'elle soit, est bien celle qui m'a épousé. Devrais-je alors dire "mon épousée" ? Par contre le terme ma femme (et pourquoi pas ma meuf, tant qu'on y est !?) renvoie au genre qu'elle représente, faisant abstraction de son libre consentement. Quant à "ex-femme", sans être précédé d'un signe d'appartenance, pourrait laisser des doutes sur son identité sexuelle... Je pourrais aussi utiliser ma compagne (ou mon ex-compagne) mais, outre le fait que je ne l'employais pas autrefois, j'aime assez suivre l'idée clairement affichée d'engagement dans le mariage. Cela correspondait à quelque chose de fort qui fut déterminant pour moi, pour nous, durant près d'un quart de siècle. Quant à dire mon amie, ou une amie... il n'indiquerait pas la nature si particulière du lien de conjugalité, fut-il aboli. Resterait bien des tentatives nominales aussi hasardeuses qu'amie-ex, amie-ex-épouse... Amiex ? Amiexépouz ? Mouais...

Vous aurez compris que, parmi ces vocables, je n'ai pas encore trouvé de dénomination qui me satisfasse vraiment... Alors j'ai envie de vous demander : et vous... comment avez vous choisi de nommer vos éventuels conjoint-e-s devenus ex ?