On me trouve parfois froid, distant, indifférent. Ce ne sont pas des qualificatifs très élogieux. Je les accepte cependant car ils correspondent à une réalité de ce qui est perçu. Je me dis que cela renvoie certainement à quelque chose de sensible chez les personnes qui le ressentent ainsi.

Moi ça me renvoie à une difficulté à être chaleureux et démonstratif, spontané et expressif. Ça me renvoie aussi à ma propension a analyser, décortiquer, tenter de comprendre, et donc à me situer dans le registre cérébral. Oui, j’observe et j’expérimente. Y compris ce qui est d’ordre émotionnel et affectif. C’est peut-être une façon de me tenir à l'écart d’une hypersensibilité que je sens tellement présente en moi…

Mes émotions, elles auraient pu s’exprimer lorsque j’ai écrit ce fameux texte, « Harem », dans lequel je faisais part de la décision d’une amie (?) de mettre un terme à ce que nous construisions ensemble. Mais comme je n'avais pas souhaité être confronté à des émotions négatives fortes, il se trouve que j’avais mis en œuvre le système de protection qui m’en prémunit : observer froidement les faits, sans me laisser emporter dans des tourbillons émotionnels. C’est comme ça que je vis depuis quelques années et je trouve que c’est infiniment plus confortable que ce que j’aurais vécu si je n’avais pas quelque peu mûri. Il n’empêche que, même tues, mes émotions ne sont pas inexistantes. Elles sont simplement filtrées pour être présentables [oui, bon, le filtre est parfois un peu bouché...]. J’ai dit, plus tard, qu’en fait j’avais ressenti un mélange de tristesse, de frustration et de colère. Triste de voir se finir une relation qui me plaisait, frustré d’être mis devant le fait accompli, et en colère devant « l’abandon » d’une route commune, même si je sais que cela faisait partie des possibilités. Mais justement, en raisonnant et analysant je parviens à en rester aux faits : la fin d’un parcours commun. Une décision respectable de la part d’une personne attentive à ses ressentis. Rien à redire.

D’autant moins que je subodorais le retour de celle qui disait vouloir me quitter… Non parce que j’étais sûr de mon irrésistible magnétisme viril, mais parce que c’était la quatrième fois qu’elle me faisait le coup ! La dernière fois elle avait dit qu’elle ne reviendrait plus vers moi pour ne pas m’imposer sa versatilité. Elle est quand même revenue, le soir même, et je ne lui ai jamais fait grief de ses attitudes. Je reconnais que cette connaissance de son fonctionnement m’offrait une certaine aisance, de même que la savoir « accro » à notre relation. En fait cette relation s'est inscrite sous le signe de la rupture avant même de commencer, il y a un an et demi, et je savais donc à quoi m'en tenir en m'y engageant [ma curiosité me perdra...].

Alors quand, une semaine plus tard, une autre me fait le coup de la fin… ma patience atteint ses limites. D’une part parce qu’il ne s’agit pas de la même relation et que c’est ici une « première fois », d’autre part parce que… cela est survenu à un moment où j’étais moins solide, ébranlé et préoccupé par l’épisode précédent. Et enfin parce que… ben... y’en a marre de subir cela à chaque fois qu’il est ressenti un manque d’investissement relationnel de ma part ! Ras le bol des tourments existentiels, que je n’ai pas à rassurer !

Grâce à certains commentaires déplorant ma distance émotionnelle j’ai cette fois réagi en laissant venir mes émotions. Animal à sang froid, je peux rapidement monter en température si une situation m’échauffe. Mes émotions s’expriment alors de la façon la plus spontanée qui soit : la colère.

Colère de sentir que la pression que je ne n’étais pas parvenu à désamorcer menait à ce retrait, colère de lire des interprétations fantaisistes, colère de voir des sentiments prendre le dessus, colère de voir utilisées mes confidences antérieures comme autant de prétextes à des analyses scabreuses. Si je n’avais pas gardé le sang-froid que me permet ma lenteur réactive, et si je n’étais pas dans le respect des personnes, j’aurais volontiers entériné cette fin, immédiatement et irrévocablement. « Ah oui ? tu considères qu’on n’a plus rien à vivre ensemble ? Ok, alors on arrête-là ! ». Et basta ! [Hmmm, rien qu'en y pensant un frisson de jubilation me parcourt l'échine...]

Sauf que je ne suis pas comme ça… Trop… protecteur ? Trop dans l’empathie ? Trop dans le désir de conciliation ? [mais pourquoi j'apprends à écouter les gens, moi ?]. Alors je me suis contenté d’exprimer ma surprise et de saisir les ouvertures, au demeurant fort nombreuses, qui entouraient le désir exprimé d’en finir. À l’évidence le renoncement était loin d’être installé chez ma partenaire. J’ai proposé une rencontre rapide, évitant les explications par mail tellement désastreuses en situation de tension.

Face à elle je me suis montré ferme, calme et déterminé. Affectivement neutre [ça je sais faire...]. Je l'ai sentie un peu impressionnée. J'ai proposé de répondre aux demandes d’explications et me suis dit prêt à me positionner clairement comme il m’était demandé. Le résultat, après avoir rappelé mon désir de poursuivre, a relancé la dynamique. Mais je me demande s’il n’en restera pas une trace. Peut-être une conscience accrue de la fragilité de certaines relations ? Car, j'en suis presque certain, toutes ne dureront pas...

L’idée qui me vient, puisque je suis sensible aux menaces de fin, c’est que je pourrais considérer que leur simple énonciation signe la rupture. Ah tiens, oui, ça ferait réfléchir à deux fois avant de lancer un tel pavé et peut-être que ça me simplifierait les choses…

Mouais... sauf que je me sens trop solidaire pour agir ainsi : je sais bien qu'une menace de fin exprime un sentiment d'impuissance, de résignation, d'épuisement, de déception [rayer les mentions inutiles]. Reste à savoir si moi je me sens capable de tenir en de telles conditions.

Mais je laisse ces péripéties relationnelles pour observer ce qui m’importe le plus : cette découverte que la voie la plus simple et directe pour exprimer mes émotions est celle qui passe par le canal de la colère. Plutôt que de la refouler, ou de la transformer en tristesse contenue dans un mutisme lourdement écrasant, je crois avoir compris que j’avais tout intérêt à être attentif à cette possibilité d’expression. La colère comme langage émotionnel. Peut-être pas le meilleur, mais faute de mieux... peut-être un moyen d'en libérer de plus appropriés. Je sais que la colère est un moteur utile qui, généralement, les rares fois où je l’ai laissé agir, m’a réussi en libérant des tensions.