Verrouillé, c'est le terme que j'ai employé spontanément pour parler de mon "ouverture" aux élans amoureux. J'ai tenté de préciser à celle qui m'écoutait que ce n'était pas forcément une fermeture définitive, qu'il restait toute possibilité de voir changer cet état de fait... Tssss, la psy n'a pas été dupe : « Vous avez dit "verrouillé"... ? ». Ouais, c'est vrai, je sens bien que quelque chose est encore verrouillé.

Ça ne m'inquiète pas outre mesure, ni ne me dérange. Je le prends tel quel, sans ressentir de manque dans mon existence : c'est ainsi pour le moment. D'un autre côté les quelques femmes avec qui s'est noué un rapport intime depuis les années qui ont suivi ma grande désillusion ont toutes manifesté, assez rapidement, leur besoin de me voir investir plus intensément le domaine des sentiments. À chaque fois j'ai tenté de préciser ma position, de décrire ce que j'appréciais dans la relation vécue, ce que j'avais envie de partager, tout en ne cachant rien de ce que je n'investissais plus : le champ amoureux. Généralement j'en suis venu à expliquer brièvement l'origine de ma fermeture et ma hantise de la dépendance affective. Systématiquement, passé un épisode de déception bien compréhensible, s'est ajusté l'investissement affectif de mes partenaires. Pour la plupart cela a abouti à la fin de l'approche séductive... mais, jusque là, sans rupture de la relation. Il y a eu transformation de la dynamique, avec recentrage vers une sorte d'essentiel : la rencontre de deux personnalités qui ont quelque chose à partager et s'éclairent mutuellement. Un peu comme si chaque relation, débarrassée d'attentes inassouvissables, finissait par trouver une voie de compromis satisfaisant. Prend alors place quelque chose de fondé sur l'authenticité de chacun, qui pourrait mener vers... l'amitié. Une confiance réciproque et un respect des désirs de l'autre, ajustés à ce que chacun peut offrir.

Ces amitiés restent particulières parce qu'étayées non seulement par un partage de pensées et d'affection, mais aussi par l'empreinte des corps. J'aime beaucoup cette dimension qui relie intimement en laissant une trace sensible dans les profondeurs de l'être. Il semble cependant que le passage d'un rapport de séduction à une relation d'amitié interdise souvent au désir de garder la place qu'il avait. Il faut du temps pour retrouver un nouvel équilibre relationnel. Je ne suis pas sûr que pour chacune de mes partenaires la dimension sensuelle, et a fortiori sexuelle, puisse se rétablir hors du désir initial, lui-même ayant été porté par leur sentiment amoureux. Il y a là, profondément ancrée dans notre culture, une nette dissociation qui semble exclure l'un de l'autre.

Je vois donc se réinstaller au sein de ces relations, au moins temporairement, une part d'incertitude quant à la distance à tenir. Comme une nouvelle phase d'approche après un nécessaire éloignement...

Qu'importe : à mes yeux l'amitié durable est plus précieuse que le fugace désir. S'il faut sacrifier l'un pour conserver l'autre je sais ce que je choisis.

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Groupe de Belugas - Estuaire du Saguenay dans le Saint Laurent