31 octobre 2009
Court-circuit
Depuis quelques jours je me sens vidé. Complètement à plat. La comparaison qui me vient est celle d'une batterie : j'ai l'impression que mon énergie vitale, accumulée et entretenue jour après jour, s'est déchargée en très peu de temps. Comme s'il y avait eu un court-circuit. Il en résulte une importante fatigue, qui me fait m'endormir très tôt en soirée.
J'ai rapidement trouvé une explication probable... mais j'en ai cherché d'autres [je pourrais me demander pourquoi j'en ai cherché d'autres...].
La dernière venue, la plus rationnelle, pourrait être le passage à l'heure d'hiver, le week-end dernier. Sauf que je ne suis habituellement pas dérangé par cet ajustement bi-annuel. Pas plus que par des décalages horaires importants lorsque je voyage. L'ampleur de ma fatigue actuelle me parait donc disproportionnée avec ce facteur.
Côté travail, bien que j'arpente avec mon équipe des chemins de montagne, il n'y a pas de quoi m'épuiser. D'autant moins que le magnifique spectacle des forêts colorées et des montagnes serait plutôt de nature à raviver mon énergie !
Il se pourrait bien, alors, que ce soit le fait de m'être... déchargé de ce traumatisme d'une confiance déchirée. J'en évalue mal l'importance, bien que j'en sache la charge émotionnelle. Dans quelle mesure ma vie relationnelle a t-elle été conditionnée par la "perte" de ce frère-ami ? Je crois que le refoulement du traumatisme le rend assez opaque à ma conscience. Je l'ai très longtemps minimisé, considérant que ce n'était qu'une pénible péripétie de ma pré-adolescence, cause partielle d'un repli solitaire précoce. Jusqu'à ce que l'importance de ce que j'ai ressenti comme une trahison ne se révèle lentement, par prises de conscience successives et en étapes très espacées, au cours de mes années d'introspection. C'est finalement au cours d'une séance de thérapie que, submergé par un flot d'émotion totalement insoupçonné, je me suis entendu dire ce que j'avais enfoui : une profonde tristesse face à la "disparition" de ce frère-ami. C'était il y a peut-être quatre ou cinq ans, alors que j'avais le besoin impérieux de comprendre pourquoi j'étais tellement profondément atteint en subissant la... disparition d'une grande amitié amoureuse.
Je sens bien que ces deux évènements sont étroitement liés. Je sais bien qu'il y a eu une répétition et que ce n'était pas la première fois. Je sais aussi que ces deux évènements bornent chacun une extrêmité d'un même série d'épisodes traumatiques : le premier l'a ouverte et le dernier la clôturera. À tout prix. J'ai fait le choix délibéré de ne plus jamais vivre le sentiment de trahison. Il est beaucoup trop mortifère pour être répété. C'est pour répondre à cette décision que j'ai entrepris, presque malgré moi, de changer radicalement ma façon de me lier. Je suis devenu "solitaire" dans l'âme. Ou autrement dit "affectivement autonome". Cela ne m'empêche nullement de me lier, y compris de façon proche, mais... autrement. Plus comme auparavant.
C'est pour moi un énorme changement, à l'oeuvre depuis plus de cinq ans. C'est en cela que je considère ces traumatismes comme des "chances" puisque mon évolution y est directement liée. Le premier en me poussant vers l'intériorité, le second en me libérant de la peur de l'abandon. Ou plus exactement en me permettant de trouver une stratégie pour faire avec cette peur... ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Je n'ai pas supprimé ma peur : j'évite simplement de me mettre en danger. Ma liberté à cet égard ne s'exerce qu'entre les limites que je me suis donné.
Voila pourquoi je ne suis plus devenu amoureux des femmes avec qui se sont nouées des relations d'intimité. Voila pourquoi je reste aussi farouchement "libre", refusant de prendre le risque d'une dépendance affective. Ce que je construis avec elles, entre confiance et affectif, se situe dans l'envie et le constat. Pas dans le besoin et l'attente. Et exclusivement au présent.
Quant à l'amitié... je dirais presque qu'elle doit passer par l'épreuve du feu : soit que la confiance n'ait jamais été endommagée, soit qu'après l'avoir été, à quelque degré que ce soit, il y ait eu reconnaissance du préjudice. Certaines des personnes que je considère comme amies aujourd'hui m'ont parfois involontairement blessé, dans le passé. Mais leur capacité à se remettre en question, en acceptant et reconnaîssant ma blessure affective, sans la minimiser, a restauré la confiance. Probablement plus solidement. Cela est toujours passé par un libre dialogue, cela va de soi...
Quel est le rapport avec l'épuisement évoqué en début de ce billet ? Aucun, directement. Mis à part le fait qu'évoquer ce qui s'est passé avec mon frère à ravivé une sensation d'impuissance à "réparer" une autre relation essentielle dans laquelle j'ai impulsé beaucoup, beaucoup, d'énergie... sans, jusqu'à ce jour, parvenir à ce que je souhaitais. Et je crois que, par le faux hasard des coïncidences, c'est la vraie raison de ma fatigue subite...
Il est important que j'en aie conscience afin que je cesse de m'exposer à ce genre de situation.
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Commentaires
Peut-être que lui aussi, t'en veut (inconsciemment ?) pour ton comportement.
Et peut-être peux-tu essayer de lui pardonner... de ne pas être aussi introspectif que toi ?
Je dirais un peu comme Kyrann (..) :-) Ce que tu attends des autres par rapport à ta sensibilité, en l'occurence la trahison de ton frère, la blessure, la perte de confiance,...l'appliques-tu à toi-même envers ces autres? Ce que je veux dire c'est : as-tu exploré les pistes qui ont fait que ton frère a commis cette "trahison" (somme toute assez "banale" entre frère et soeur et qui contribue à l'affirmation des personnalités..)qu'est-ce que tu aurais pu provoquer chez lui (jalousie, agacement... et que tu n'aurais pas réparé parceq ue tu ne t'en es pas rendu compte à l'époque et encore maintenant) qui l'aurait "contraint" à divulguer par provocation(?) tes secrets, tes confidences, sans peut-être soupçonner (certainement d'ailleurs) les dégats (à relativiser peut-être aussi) que son acte allait causer chez toi? Prendre aussi conscience que ces evenement assez vieux ont pu avec le temps être aussi déformés, amplifiés par ta sensibilité de l'époque et actuels (attention je ne suis pas en train de minimiser ton ressentis hein? :-) ce qui rejoint l'idée en plus que plus on laisse le fossé se creuser plus les moyens de se rejoindre sont difficiles et compliqués... Tu dis aussi que vous etes très differents l'un de l'autre, vous deviez l'être aussi adolescents... sa façon de se comporter devait en être aussi donc et puis dans les "crasse" que la fratrie se fait il y a presque toujours une histoire de rivalité ou de frustration en rapport avec les parents... en agissant ainsi ton frère a peut-être exprimé une colère ou une jalousie à ton égard...avec le temps et ton "talent introspectif" tu es peut-être à même de "guerir" toi-même cette blessure, de la comprendre, de "l'effacer" de la pardonner et de reprendre avec ton frère sur des bases plus matures et en gardant l'object de combler ce manque de frère, non pas par la réparation de la "faute" de la trahison mais par la serenité et l'envie d'un rapport actuel avec ce que vous êtes tout deux maintenant...ton frère n'a surement pas fait tout le travail que tu as fait en ce sens tu ne pourras pas "obtenir" de lui ce que l'adolescent attend encore... j'espere ne pas avoir été déplacée en te disant ça. amicalement. :-)
Cette grande fatigue peut-elle aussi provenir de votre crainte d'affronter une trahison antérieure et encore complètement enfouie ? N'était ce pas au-dessus de vos forces de rendre public cette blessure à répétition ?
Etes vous allé au bout de l'analogie ? Est ce que vous ne vous êtes pas arrêté en chemin de votre quête et de la remédiation ? N'avez vous pas négligé un angle de vue ?
Vous avez employé cette grille pour décrypter un certain nombre de traumatismes, peut-être pouvez-vous en trouver une autre qui vous permettra de passer à "autre chose" de manière à ce que ces traumatismes cessent de modeler votre vie actuelle.
Votre corps vous demande de vous écouter et de trouver le moyen de déposer un fardeau, peut-être que ce fardeau ne vous appartient pas et que vous devez juste faire la part de ce qui est à vous et de ce que vous devez refuser.
Je n'ai pas eu de frère, mais celui ( il ne s'agit pas du monsieur qui m'a répudiée) que j'avais investi de cette charge (il ne s'agit pas du monsieur qui m'a répudiée) m'a trahi, je pense qu'il n'a jamais compris ce que je lui demandais malgré toutes mes tentatives d'explications.
je viens de visiter ton blog et je voulais te dire
que je le trouve super
moi j'en ai un également
peut tu y aller et me dire ce que tu en pense merci
et bonne journée krystele et un petit clic
Ma part de responsabilité
A la lecture de ce que vous me dites, Kyrann et Julie M. je me dis que je n'ai pas été très clair...
Il ne s'agit nullement pour moi d'accabler mon frère pour des évènements aussi anciens et factuellement dérisoires. Ni de me dédouanner de mes attitudes à son égard. Ce qui m'intéresse c'est de revenir sur l'ORIGINE d'un traumatisme et constater les conséquences que cela semble avoir eu sur ma vie ultérieurement. En avoir pris conscience me permet d'agir pour me sortir de la répétition.
Mon frère a certainement des raisons de m'en vouloir pour certains de mes comportements d'enfant : comme tout membre d'une fratrie j'ai interagi et n'ai été "victime" qu'à la hauteur de ce que j'ai bien voulu "subir". D'ailleurs nous avons évoqué, il y a une dizaine d'années, nos ressentis respectifs.
Je ne cherche pas de coupables dans ce que je raconte. J'ai bien sûr, et depuis des années, accepté ce qui a été et, d'une certaine façon, je l'ai pardonné. Il n'empêche que la *reconnaissance* du préjudice causé me semble être un passage obligé (?) vers la sérénité. Je crois que le pardon est plus entier s'il y a prise de conscience de notre part de responsabilité dans ce que l'autre a vécu du fait de nos comportements.
Je pardonne à l'enfant qu'était mon frère et même à l'adulte qu'il est devenu... mais tant que les choses ne seront pas clairement dites, posées et reconnues, il restera une part d'ombre qui empêchera la totale réconciliation. Je n'en veux plus à mon frère... si ce n'est pour cette réconciliation "impossible". Parce que j'ai tenté le pardon mutuel et qu'il l'a, par son attitude, refusé. Je comprends aussi que pour lui nos blessures d'enfance n'ont pas la même importance que pour moi... mais là je crois qu'il fait fausse route : ce n'est pas parce qu'on refuse de revenir sur le passé qu'il n'existe plus. Les souvenirs restent tenaces. Enfouis et refoulés, certes, mais empoisonnant bel et bien l'existence.
Je sais aussi que nous n'avons pas tous la même capacité à la remise en question à l'introspection, et que cela pourrait être trop fragilisant pour celui qui ne s'aventure pas sur ces terrains. Je crois que chacun fait du mieux qu'il peut pour vivre de façon relativement "confortable" et les stratégies de l'un ne sont pas celles de l'autre.
En même temps je suis entièrement d'accord avec toi, Julie, quand tu dis que le temps qui passe complique les situations. Jusqu'à rendre leur résolution quasiment "impossible". Il en est qui ne se libèrent qu'autour de la mort, ou qui n'y parviennent même pas à cet ultime moment !
Mais il faut aussi parfois « laisser le temps au temps », et si ça ne peut pas se faire... c'est que ce n'est pas prêt.
Bien sûr il faudrait savoir discerner et comme le dit Marc-Aurèle : avoir la force d'accepter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui le peut, et la sagesse de distinguer l'un de l'autre (citation approximative)
Ce que je met en évidence, dans mon billet, c'est le rapport entre deux relations où j'ai "trop" investi mon besoin d'être accepté, avec pour conséquence une souffrance du fait de ce "trop". Je suis co-responsable de ce que j'ai vécu (ressenti) comme une "trahison" et j'essaie de comprendre pourquoi j'ai vécu les choses ainsi.
Quant au dépot du fardeau, Nicole... cela fait partie du rapport parfois complexe que j'entretiens avec l'écriture intime en public : elle impose une certaine prudence qui ne sied guère à la libre parole. Oui, il m'est parfois difficile d'assumer l'expression publique de mon intimité, surtout si elle implique des tiers. En même temps c'est une façon de trouver cette fameuse *reconnaissance*, nécessaire au rétablissement d'une confiance personnelle qui, pour tout un tas de raisons, m'a longtemps fait défaut.
Oups... je constate que j'ai retrouvé une belle énergie en me libérant de ce qui... m'empoisonnait :o)
Kristele, merci pour le compliment mais je me garderai bien de porter une appréciation quand je la sens attendue : ce serait m'accorder bien trop d'importance ! L'important est que ton blog te plaise :o)
Le travail psychique est très fatiguant physiquement.
Je sors très souvent épuisée d'une séance. Mais cette fatigue a aussi quelque chose qui est de l'ordre de la jubilation quand on sent poindre, après des années de labeur,une vérité et une libération source d'une énergie nouvelle d'une soif de vie qui pourrait s'apparenter à un chef d'oeuvre jamais fini
Tolérance, acceptation, compréhension
.....""Je pardonne à l'enfant qu'était mon frère et même à l'adulte qu'il est devenu... mais tant que les choses ne seront pas clairement dites, posées et reconnues, il restera une part d'ombre qui empêchera la totale réconciliation. Je n'en veux plus à mon frère... si ce n'est pour cette réconciliation "impossible". Parce que j'ai tenté le pardon mutuel et qu'il l'a, par son attitude, refusé. Je comprends aussi que pour lui nos blessures d'enfance n'ont pas la même importance que pour moi... mais là je crois qu'il fait fausse route : ce n'est pas parce qu'on refuse de revenir sur le passé qu'il n'existe plus. Les souvenirs restent tenaces. Enfouis et refoulés, certes, mais empoisonnant bel et bien l'existence.""........
Pierre en lisant ca, je me demande ou est la part de tolérance que tu accordes a ton frère.
Je m'explique. Tu dis avoir pardonné, cependant, il reste une part d'ombre qui empêche la totale réconciliation.
Tu dis avoir tenté le pardon mutuel et qu'il l'a refusé.
Or Pierre, je me demande si tu as pensé au fait que tu as peut être a faire a une personne qui n'a pas autant de maturité que toi d'une part, et d'autre part, si tu souhaites un pardon mutuel c'est que quelque part aussi tu sens, consciemment ou inconsciemment que tu as une part de responsabilité, non pas dans ton ressenti, mais dans le sien au moment de l'évènement. Ce qui l'aurait lui poussé a agir comme cela.
Quand je parle de tolérance, je veux dire que sur cette terre nous sommes tous différents et que certains ont la capacité de regarder l'autre avec empathie et d'autre non. Ton frère prends a la légère un évènement que tu lui décrit comme traumatisant pour toi, et toi tu ne comprends pas qu'il ne comprenne pas.
Je te propose d'y réfléchir ainsi : Untel ne me comprends pas, il minimise ma douleur. Du fait qu'il ne me comprenne pas, je ne peux pas concevoir une réconciliation totale.
Et moi, est ce que je suis capable de comprendre qu'il ne me comprenne pas ? Mon incapacité a accepter qu'il ne comprenne pas, ou minimise le trauma, m'empêche d'avoir une réconciliation avec lui. Suis-je meilleur que lui ? Ou es ma part de tolérance, d'acceptation, de compréhension dans le fait qu'il a agit d'une manière qui était blessante envers moi alors qu'il était ado ?
Pourquoi, son attitude d'il y a des années est elle tant ancré en moi aujourd'hui ?
Ai-je autant développé ce que j'appelle l'amour inconditionnel ? Pourquoi ne suis-je pas capable d'accepter de regarder l'autre comme un humain avec ses propres failles et d'accepter ses failles ? Donc de pardonner inconditionnellement ?
Mon attitude qui est celle d'être en relation avec lui sans y apporter la profondeur qui serait attendu entre deux frères est elle meilleure que la sienne ?
Pourquoi lui en “vouloir ”de ne pas accepter ou pouvoir comprendre ton trauma. -Parce que au fond c'est ce que je pense-.Tu n'acceptes pas au fond de toi qu'il ne puisse pas comprendre. Ce qui t'empêche d'aller a sa rencontre “émotionnelle”.
En résumé tu voudrais qu'il comprenne ton trauma, qu'il reconnaisse sa mauvaise action. Tu demandes a l'autre de reconnaitre son erreur.
Lui souhaite peut être que tu oublies qu'il a pu être “le vilain” Que tu ne lui fasses plus “sentir” des année après, qu'il a commis une erreur.
Certaines personnes se rendent compte de leurs erreurs mais sont tout simplement pas capable de les avouer, les accepter, il fait peut être parti de ceux ci. Et toi, depuis toutes ces années tu lui en veux, et inconsciemment tu lui fait “sentir” qu'il a commis une erreur. Tu lui fait payer par ton attitude distante. (cela se passe en arrière plan, bien entendu, ) mais les ressentis inconscients de chacun d'entre vous deux, lui se sentant en faute et toi te sentant blessé, vous ont empêché pendant toutes ces année d'être unis dans la fraternité.
Au lieu de lui demander de reconnaitre, peut être pourrais-tu simplement lui dire qu'il t'a blessé et que même si il l'a fait inconsciemment tu en as souffert. Puis lui dire que tu le pardonnes, que tu as décidé de ne plus lui en vouloir. Ce qui reviendrait a lui montrer que tu reconnais, toi, ton manque de tolérance vis a vis de sa faute.
Il ricanera peut -être en t'écoutant lui dire ca, mais la encore, si tu le regardes, comme moins mature que toi dans la réflexion, tu pourras accepter et comprendre sa réaction.
Et la je pense que pour toi ca changerait pas mal de choses, tu te sentirais plus fort, plus sage, plus dans l'amour que dans la rumination.
Je passe a autre chose .
....""Ce que je met en évidence, dans mon billet, c'est le rapport entre deux relations où j'ai "trop" investi mon besoin d'être accepté, avec pour conséquence une souffrance du fait de ce "trop". Je suis co-responsable de ce que j'ai vécu (ressenti) comme une "trahison" et j'essaie de comprendre pourquoi j'ai vécu les choses ainsi. "".....
C'est très important ce que tu dis la ! Pourquoi ce besoin d'être accepté ? c'est ce aue tu creuses sans doute aujourd'hui. Cependant, au dela du pourauoi, J'imagine que tu veux être accepté tel que tu es. Et toi acceptes tu les autres comme ils sont ? Repense a la manière dont tu accepte ton frère, est-ce une acceptation totale ? L'aime-tu avec ses qualités et ses défauts ?
Ne le rejette-tu pas sous certains angles ? Ici accepter ne signifie pas tolérer. L'acceptation que tu demandes aux autres est entière j'imagine. Comment est l'acceptation que tu offres aux autres ?
Quand on ne se sent pas compris, il y a toujours une question que l'on doit se poser.
Il ne me comprends pas. Et moi suis-je capable de comprendre qu'il ne me comprenne pas ?
Il ne m'accepte pas. Et moi suis capable d'accepter qu'il ne m'accepte pas ?
Si on réponds oui a ce genre de question alors on se sent moins mal. Si on répond non, on n'est pas meilleur que l'autre, c'est un fait.
Bon j'espère que je ne t'ai pas vexé, j'essaye seulement de voir les choses d'une autre manière.
une séance de thérapie de la nature de celle que tu évoques peut générer cette intense fatigue que tu évoque et qui peut donner le sentiment d'être complètement « à plat ».
cela peut se faire dans l'heure qui suit, où quelque temps après... (et ceci est souvent indépendant de la problématique elle-même).
il m'est arrivé de quasiment interdire à une personne de repartir en voiture après une séance de ce genre, sans avoir pris un temps de récupération suffisant.
Sur le fond de la problématique, je pense que tu en fais une analyse très fine et très ajustée, avec les lumières dont tu disposes actuellement.
je te sens véritablement dans un chemin de « restauration » et cela me réjouit pour toi.
Bien entendu, il y a encore de la route à faire...l'essentiel est de se respecter à chaque étape. Ce que tu sembles faire, avec lucidité tout en demeurant ouvert au possible qui viendra.
Et une fois de plus merci de la confiance que tu fais à tes lecteurs.
Le besoin de reconnaissance, le besoin d'être aimé, le besoin d'être accepté, sont je pense des besoins qui "empoisonnent" notre vie, puisque nous nous mettons ainsi dans l'attente de quelque chose qui doit venir de l'autre, des autres. Et je sens bien Pierre que tu as suffisamment de ressources en toi pour retrouver "la pêche" puisque tu te sens vidé en écrivant ton billet et que tu retrouves ton énergie tout en répondant à tes lecteurs. Et c'est tant mieux! Conclusion: il ne faut rien attendre des autres, si ça doit venir ça viendra, tu as essayé, l'essai n'a pas été (pour le moment) transformé. Mais sait-on jamais ce qui arrivera demain?
Je me joins à Alain pour te remercier de la confiance que tu fais à tes lecteurs en leur livrant ainsi tes émotions si intimes...
Sur le divan
Ouh la la, Josie, voila que tu m'emmènes loin !
Je ne dirais pas que mon frère a moins de maturité que moi. La sienne est certainement différente, ou s'exerce dans d'autres domaines qui lui importent davantage. J'ai de l'estime pour lui, qui connaît beaucoup de choses que j'ignore. Il a des capacités intellectuelles et de déduction, d'analyse, qui m'impressionnent.
Peut-être est-il moins au clair que moi avec le fonctionnement psychologique, mais c'est une discipline tellement sujette à interprétations... Et puis ça n'interesse pas tout le monde, loin de là !
Oui, j'ai des parts de responsabilité dans ce dont il a pu souffrir étant enfant. Du moins j'en prends une part (peut-être excessive, d'ailleurs). C'est ce que j'ai "reconnu" il y a une dizaine d'années... et qu'il n'a pas voulu entendre. Les choses en sont restées là. Je ne me sens plus d'y revenir sous cet angle et je n'en vois pas d'autre, ni n'en cherche activement.
Je pense pouvoir comprendre qu'il ne me comprenne pas... mais c'est une posture intellectuelle. Est-ce que *vraiment* au fond de moi je comprend qu'il ne me comprenne pas ? C'est pas sûr...
Là d'autres éléments entrent en jeu, en rapport avec l'attitude de mon père à mon égard. "Comprendre" est quelque chose de très important pour moi, après que j'aie intégré que je ne comprenais rien à rien, pour ne pas dire que j'étais stupide...
Suis-je meilleur que lui ? Assurément pas. Nous sommes différents. Mais là encore c'est une réflexion intellectuelle et raisonnée. Dans le fond... suis-je guéri d'un sentiment d'insignifiance ? N'ai-je pas un besoin constant de m'auto-rassurer sur le fait que je vaux quelque chose ? Poser la question c'est y répondre, bien sûr.
[hum... ça vire aux confessions sur divan...]
Tu me demandes (me pousse à me demander...) si j'ai développé l'amour inconditionnel. Oui, je l'ai développé et c'est une sorte d'objectif lointain qui me sert de guide. Mais je suis incapable, actuellement, de cet amour inconditionnel et j'en donne la preuve avec ce pardon qui a besoin de... conditions. Plus précisément je dirais que je pardonne... mais que la relation ne peut exister de façon sereine que si la reconnaissance s'ajoute au pardon. Ou le complète. Je n'ai pas actuellement la capacité d'aimer inconditionnellement, parce que j'ai besoin de conditions pour me sentir suffisamment aimant. Je ne dispose pas de ressources intérieures suffisantes (ou ne crois pas suffisamment en moi) pour pouvoir "donner" sans risques... d'épuisement.
Il y a souvent en moi une lutte intérieure entre mon envie de "donner" à l'autre et le risque que je prends si cela n'est pas reçu selon l'intention que j'y mets. L'indifférence et le rejet sont des domaines bien trop sensibles pour moi.
Pour que je puisse accepter l'autre avec ses failles, il m'est nécessaire de les connaître, ou du moins de les deviner. Sinon les systèmes de défense de l'autre risquent fort de me blesser. En particulier dans les relations où je suis impliqué affectivement.
Tu me parles aussi de « rencontre émotionnelle ». C'est pour moi la plus difficile, bien que celle que je privilégie. Je retrouve là l'idée de confiance qui m'est nécessaire : si elle n'est pas là je ne peux entrer dans le registre émotionnel. Trop vulnérabilisant.
Je ne demande pas tant à l'autre de reconnaître son "erreur" (nous en faisons tous) que de reconnaître le préjudice causé. Mais peut-être est-ce déjà trop demander, parce que ça peut susciter un sentiment de culpabilité (d'autant plus quand toute une vie en a été influencée...). Mon intention n'est pas d'éveiller un sentiment de culpabilité, que je serais bien embarrassé de susciter !
Mon frère a pour règle de vie de ne jamais revenir sur ses choix. Il déclare « poser un caillou » sur ce qui lui pose problème, pour continuer à avancer. Tout le contraire de moi...
Je ne sais pas si je lui en veux... Je crois que j'ai accepté sa différence, mais que je n'ai pas trouvé comment partager quelque chose avec lui. Nos rapports sont courtois, mais très distants. Je ne me sens pas dans la rumination avec lui. C'est plutôt une non-relation que "j'oublie"... pour ne pas ressentir de la tristesse.
Mais je comprends bien ce que tu dis au sujet de l'amour qui permet de surpasser ce genre de choses. Encore faut-il que je dispose de cette confiance en moi et cet amour-de-moi pour "accepter" l'autre dans la non-manifestation de son intérêt à mon égard...
Cela me ramène au « besoin d'être accepté », que tu mets en évidence. Retour à la case enfance, avec cette fois le regard que mon père posait sur moi... Mon manque de confiance en moi vient de là, je l'ai identifié depuis longtemps en thérapie.
« acceptes tu les autres comme ils sont ? ». Non, hélas... C'est pour ça que je me tiens à distance des autres quand leurs attitudes me dérangent, me perturbent, me fragilisent.
Est-ce que j'aime les autres avec leurs qualités et leurs défauts ? Je dirais que oui, tant que l'acceptation est réciproque. Mais si leurs défauts consistent à m'agresser... je m'en écarte.
« Il ne me comprends pas. Et moi suis-je capable de comprendre qu'il ne me comprenne pas ?
Il ne m'accepte pas. Et moi suis capable d'accepter qu'il ne m'accepte pas ? »
Je réponds oui, sans hésiter, aux deux questions. Mais là encore c'est une réflexion cérébrale. Quand l'émotionnel entre en jeu mes sensibilités peuvent se réveiller et dominer ma volonté. C'est en ayant compris cela que j'opte pour un repli stratégique dès que je détecte une menace émotionnelle.
Un grand merci pour ta longue intervention, Josie. Je n'avais aucune raison d'être vexé :o)
Charlotte, parlant de soi j'aurais plutôt parlé d'oeuvre que de chef d'oeuvre, mais... dans le fond tu as raison : c'est bien l'oeuvre la plus aboutie :o)
Oui, alternance de moments de fatigue et de jubilation énergétisante, selon que les choses "avancent" ou régressent, stagnent temporairement.
Alainx, ton appréciation me fait chaud au coeur. Oui, je suis certain d'être sur un chemin de restauration et ma satisfaction est de constater des résultats plus satisfaisants que ce que j'imaginais.
D'accord avec toi, Josiane, sur ce "besoin de reconnaissance" qui empoisonne l'existence. D'ailleurs j'ai quelques difficultés avec la tenue de ce blog depuis que j'ai compris que j'y cherchais de quoi satisfaire ce besoin...
Pour ce qui est de retrouver "la pêche", cela vient de la libération de ce que je retenais en moi. Quand quelque chose m'affecte j'ai tendance à me replier, tout en sachant qu'il faudra bien que je l'évacue d'une façon ou d'une autre.
Pour ce qui est de la confiance accordée aux lecteurs, elle dépend beaucoup de vos réactions. Tant que je ne constate pas de jugements, je me livre. Je peux cesser immédiatement dans le cas contraire et entrer dans des périodes de "silence"... tout en occupant l'espace avec des photos ou des sujets peu impliquants affectivement.
En tous cas il semble bien que la trahison du frère a toujours été une grande source de souffrance quasi physique ... n'écrivais-tu pas en juillet 2002 après la première évocation du sujet "Je ne me souviens pas avoir soulevé quelque chose d'aussi lourd depuis mes deux ans d'écriture." Et chaque trace du frère dans tes écrits ultérieurs semble marquée au fer rouge ...
"affectivement autonome"
Voilà un terme qui me fait rêver ...
J'essaie, j'essaie... mais Dame Nature me joue encore des tours !!!
Cher Pierre, je ne sais pas faire court alors je m'excuse d'avance de la longueur de mon commentaire ;o) !
Il y a quelque chose de très frappant pour moi dans ton dernier billet (et qui ressortait déjà du précédent sans que je n'ai pu y mettre des mots dessus tout de suite) c'est cette atmosphère effectivement très « mortifère » qui entoure ce moment où tu t'es confié de manière intime à ton frère et où tu t'es senti trahi par son comportement. Tu écris que tu as « PERDU ton ami, ton frère, à cette occasion. C'est comme s'il était MORT.»
Ma première piste de réflexion serait de te dire qu'effectivement, tu sembles avoir vécu cet événement non seulement comme une trahison, mais surtout comme une mort, à la fois dans le sens de la perte d'un être cher, mais aussi dans le sens de la mort d'une partie de toi.
Je trouve tous ces mots extrêmement forts pour parler de quelqu'un qui est vivant, et cela donne une idée de la violence du choc qui a été le tien.
Ma première piste de réflexion est donc sur ces mots de « PERDU », « MORT », « DISPARU », de quelle manière est-il mort ce jour là pour toi cet ami-frère ? Ou de quelle manière a t'il tué une partie de toi ? Qu'est-ce que symbolisait la partie de toi qu'il a tuée ? Comment se fait-il que cet acte ait marqué pour toi l'idée d'une disparition de l'être ? Comment se fait il que sur cet épisode, ton frère s'est volatilisé pour toi au sens où d'un seul coup il est devenu absent dans la présence et présent dans l'absence ? Et puis dans ton idée, n'a t'il pas été perdu au sens de « déchu » ?...
Entre parenthèses, je pense que ce n'est pas un hasard que tu te poses ces questions là en période de Toussaint...
Ma deuxième piste de réflexion est de te dire que si tu as ressenti l'évènement comme la perte d'un ami-frère, rationnellement, tu as perdu l'ami mais tu n'en as pas pour autant perdu ton frère !
Si l'ami est mort, ton frère n'est pas mort lui. Ce qui pose la vaste question du pourquoi l'ami et le frère sont si étroitement liés dans ton ressenti.
Qu'est-ce qu'un frère pour toi ? Que représentait-il au fond de toi ce frère ? C'est quoi un frère dans ton monde intérieur ? Et c'est quoi un frère dans le monde intérieur de ton frère ? Qu'est-ce que ce doit d'être un frère dans vos représentations respectives de la fratrie ? Et surtout, un frère se doit-il d'être automatiquement un ami ? Et si dans les faits il ne se comporte pas en ami, est-il pour autant « perdu » pour le reste de la fratrie ou de la famille ?
Ce qui m'amène à la troisième piste de réflexion : qu'est ce que ce frère incarnait pour toi à ce moment là ? Qu'avais-tu posé sur sa tête pour te sentir trahi de la sorte ? L'humiliation n'est pas forcément synonyme de trahison. Qu'est-ce qu'il symbolisait alors pour toi au point que son acte ressenti comme une trahison, a été synonyme de mort ?
Bien sûr chacune de ces questions peut être posée réciproquement : qu'est ce que tu incarnais pour ton frère à ce moment là ? Qu'est-ce que tu symbolisais pour lui pour qu'il soit amené à plusieurs reprises à vouloir t'humilier ?
Du coup, arrive la question douloureuse du pourquoi l'amitié est-il si important pour toi ? Avec les mêmes questions, c'est quoi pour toi un ami ? Qu'est-ce que tes amis incarnent pour toi ? Qu'est-ce qu'ils symbolisent ?
En effet, même si cela te paraît difficile à imaginer, il y a des gens qui vivent sans amis et il est des couples dans lesquels l'amoureu(se) n'est pas l'amie(). Une amoureuse doit elle être automatiquement et avant tout ton amie ?
Tu dis avoir entrepris de changer radicalement ta façon de te lier pour ne plus jamais vivre le sentiment de trahison, que c'est pourquoi tu n'es plus devenu amoureux des femmes avec qui se sont nouées des relations d'intimité.
Mais n'est-ce pas là l'amour fraternel qui s'exprime et non l'amour amoureux ?
Cela signifie t'il que tu cherches dans la relation amoureuse à recréer la relation fraternelle ? Cela expliquerait bien des choses dans la notion non conventionnelle que tu as de la fidélité.
Aurais-tu mis ta vie affective (« court-circuitée ») en stand-by pour ne plus souffrir à nouveau et dans l'attente d'un retour de l'amour fraternel ?...
Il y a tellement de questions qui se posent que je comprends ta fatigue.
Je comprends cette fatigue intense que tu ressens dans la mesure où elle m'apparait très symbolique : tu es en train d'identifier les conflits intérieurs inscrits en toi par ton histoire familiale, tu es en train de dénouer ces conflits et de progressivement te décharger du poids du passé par un travail sur les mots très libérateur mais qui mobilise beaucoup d'énergie !
Je suis très optimiste pour toi car tu vas très certainement dans les prochaines semaines beaucoup gagner en légèreté et en liberté ;o) ! Je pressens que 2010 va être une vraie renaissance pour toi (et qui sait, peut être une renaissance de ton frère aussi, au sens de la relation que tu as à lui...).
Toi qui aime la nature, tu devrais symboliquement planter un arbre.
Sagesse......
Ah ! Je t'emmène loin Pierre ? Bon je t'ai déjà emmener au Panama, je recommence donc d'une autre façon ! (grand sourire).
Passons aux choses sérieuses. Je reprends ce que tu as dit en réponse :
« Il ne me comprends pas. Et moi suis-je capable de comprendre qu'il ne me comprenne pas ?
Il ne m'accepte pas. Et moi suis capable d'accepter qu'il ne m'accepte pas ? »
....Je réponds oui, sans hésiter, aux deux questions. Mais là encore c'est une réflexion cérébrale. Quand l'émotionnel entre en jeu mes sensibilités peuvent se réveiller et dominer ma volonté. C'est en ayant compris cela que j'opte pour un repli stratégique dès que je détecte une menace émotionnelle....
Je comprends parfaitement ce que tu me dis, il est facile d'avoir une réflexion cérébrale et beaucoup moins facile de l'appliquer, sauf je crois lorsqu'on a atteint une grande confiance en soi et que par conséquent on “réagit” moins au rejet, critique, ou tout autre chose qui touche nos émotions.
Alors j'ai envie de te dire que tu réponds oui au “suis-je capable”, cependant même si c'est accepté mentalement ce ne l'est pas encore émotionnelle ment. Je te comprends vraiment parce que ton texte m'a fait pensé a une histoire que j'ai sur le cœur et que je pourrais qualifier de semblable a la tienne.....et j'en suis au même point.
Alors Pierre, je pense que toi comme moi, avons encore du chemin a faire pour vraiment pouvoir vivre sans cette arrière pensée, ou arrière émotion, et pouvoir aller de l'avant en acceptant de tenter l'expérience d'une conversation avec l'autre, en se sachant “guéri” de nos ressentis et émotions liés a la situation.
Qu'il est tordu le chemin de la sagesse et de l'amour inconditionnel n'est-ce pas ?
Je vais me mettre plus sérieusement au bouddhisme ;-)))
Alors là, Yogi, tu m'épates ! J'aurais été incapable de situer à quel moment j'avais écrit à ce sujet ! Je n'en gardais qu'un vague souvenir mais en relisant le texte auquel tu fais référence je constate que je raconte sensiblement la même histoire. Donc je rabache un peu... mais à sept années d'écart le récit reste très similaire. C'est plutôt bon signe quant à la fiabilité dans le temps...
En fait je sais que je me répète (j'aime pas trop...), mais je ressens parfois le besoin de donner des éléments de mon histoire pour le lectorat d'ici (blog), qui n'a pas lu mes écrits d'il y a quelques années.
Sur le fond, oui, cette histoire de fratrie reste quelque chose d'important dans mon parcours, même si je n'y pense que rarement.
Teb, cette autonomie affective m'a demandé beaucoup de travail, n'est probablement pas un acquis définitif, et a un coût en terme de relations : je vis en solo.
Exploration intime
Claire-Lise, que de questions pertinentes tu poses ! Pour la plupart elles m'ont déjà effleuré l'esprit mais je n'ai pas approfondi. Mais d'autres, concernant mes représentations, ne m'étaient jamais venues en tête.
J'ai envie de répondre ici, même si c'est une histoire personnelle, en supposant, comme toujours, que ceux et celles qui lisent pourront trouver matière pour leur propre cheminement...
Oui, j'utilise des mots forts, à la hauteur de mon ressenti. Mais tout ne se rapporte pas à la "trahison" que j'ai relatée, qui n'a été qu'un élément déclencheur. L'éloignement d'avec mon frère était certainement déjà en cours avant ce jour. L'impression de "mort" de mon petit frère se situe plus tôt, bien que ce soit des années plus tard que je l'ai compris. Dans l'enfance je n'avais pas une conscience claire de ce qui se passait. Ce n'est qu'à l'âge adulte que j'ai reconstitué le sens probable de ce qu'enfant j'avais intégré.
Si je me sentais si proche de mon frère, quand nous étions petits, c'est dans un souci de protection : j'étais l'aîné. Je crois que je le sentais en danger (maltraitance paternelle). En même temps je n'avais pas la possibilité de le protéger et me sentais certainement coupable de cette incapacité, assimilable à une lâcheté. D'où un sentiment de "dette" à son égard.
Bien plus tard mon frère m'a d'ailleurs écrit qu'il avait attendu de moi que je me comporte en grand frère , à l'adolescence (donc après l'épisode de la "trahison").
Bon, je ne peux pas raconter toute l'histoire familiale, mais assurément elle est très présente. Car je parle ici de mon frère, mais notre relation s'est bâtie sous l'influence du rôle de chacun de mes parents dans notre construction psychique respective.
Tu me demande ce qui est mort en moi à ce moment-là. Je dirais... l'insouciance de l'enfance. J'entrais peut-être dans le monde réel, là où on n'est plus dans l'illusion d'une protection contre l'adversité. Ce choc a effectivement été très violent, parce qu'il venait de quelqu'un en qui j'avais spontanément confiance. Peut-être parce que je ne savais pas que la confiance n'était pas acquise ?
Dans mon esprit la confiance reste, encore aujourd'hui, une valeur relationnelle fondamentale.
En soi l'acte de "trahison" n'était pas gravissime. C'est parce qu'il a été répété que cela est devenu grave. Mais je comprends que pour mon frère ces rebellions aient pu être nécessaires pour se positionner contre un grand frère-rival peut-être un peu trop "parfait". Souvent je me suis dit que je n'avais pas l'étoffe d'un aîné, tandis que mon frère cherchait à conquérir cette place.
« pourquoi l'ami et le frère sont si étroitement liés dans ton ressenti ». Excellente question ! Mais la réponse est floue...
J'aurais aimé que mon frère reste mon ami. Je crois que, enfant, je ne me suis jamais senti aussi proche de quelqu'un. Je dis parfois que je le considérais comme un presque jumeau (15 mois d'écart, quand même).
Qu'est-ce qu'un frère dans ma réprésentation ? Et bien... un ami, justement. Quelqu'un en qui je pourrais avoir confiance et réciproquement. Je suis admiratif devant les histoires de frères et soeurs qui vivent leur lien comme une amitié particulière.
Cela dit un frère c'est aussi cet être qui a eu les mêmes parents que moi et avec qui j'ai partagé mes années d'enfance sans que ça ne fasse de lui un ami. Pourquoi ai-je eu envie d'un frère-ami ? Je n'en sais rien...
Mon rapport à l'amitié est sans doute trop investi puisque je considérais ma femme comme une amie, tout comme mon premier amour... Jusqu'à ce que je tombe amoureux d'une femme que je considérais antérierement comme une amie ! Je ne distingue donc pas vraiment amour et amitié.
J'imagine fort bien ce que c'est de vivre sans amis puisque j'ai vécu une trentaine d'années comme ça : mon/ma seule-e ami-e était ma femme !
Une amoureuse doit-elle forcément être une amie ? Euh... je ne sais pas. Je n'ai vécu que deux relations amoureuses réciproques au cours de ma vie. Par contre j'ai vécu des relations d'attirance et de désir, de confidences et d'intimité, qui ont pu ressemble de près à des relations amoureuses. Mais en moi il ne s'agissait pas de ça. La distinction était claire. Il se pourrait que je n'appelle "amour" que des relations ou l'amitié est présente (?). Tout cela est vraiment flou pour moi...
Est-ce que je rechercherais l'amour fraternel dans les relations amoureuses ? Et bien... je me souviens avoir écrit d'une amie-amoureuse qu'elle était comme une soeur, une presque jumelle, un alter ego...
Qui est davantage alter ego qu'un frère ou une soeur gemellaires ? Et là le titre de mon blog me saute à la figure ;o)
Se pourrait il alors (imaginons...) que je cherche un jumeau (une jumelle ?) disparu in-utero ?
C'est assez intéressant que ce questionnement surviennent aujourd'hui alors que dans deux jours j'ai rendez-vous pour une interprétation psychogénéalogique... Y est déjà apparu quelque chose de fort entre ma mère et... son frère, mort à l'âge de 8 ans (tiens tiens... l'âge approximatif ou mon frère serait peut-être "mort" pour moi...).
Merci pour ton optimisme à mon égard :o)
J'ai la chance d'être doté du gène de l'optimisme, ce qui fait que je ne me suis jamais vraiment inquiété pour mon avenir. Je sais que j'avance, je suis patient, et je me dis que ça ne peut qu'aller vers un mieux-être. Ce que confirme la réalité de mon vécu :o)
Pour ce qui est de la Toussaint, et plus spécifiquement du jour des morts, je ne sais pas si c'est un hasard. Par contre mon billet est certainement venu au moment ou quelque chose meurt en moi, dans un autre registre du lien à autrui. Une mort utile, qui me libère de quelque chose, pour mieux vivre.
Pour ce qui est de planter un arbre, je vais te livrer un scoop : j'en ai planté des milliers. Mieux encore : j'en ai fait naître encore plus. Mais... oui, symboliquement je pourrais en choisir un bien spécial.
Un grand merci à toi, Claire-Lise pour ton loooong commentaire, qui m'apporte beaucoup d'élements de réflexion.
-------- (hum... mes réponses aux commentaires dépassent largement le billet initial) ------
Josie, oui, tu m'as souvent emmené loin, et les voyages ne sont pas que des déplacements géographiques ;o)
Oui, bien sûr, la confiance en soi permet de ne pas être excessivement ébranlé par les intérprétations des autres. C'est bien à cette restauration que je travaille par mes écrits, mes rencontres, mes échanges. Je me construis une confiance personnelle qui me faisait fortement défaut. Des années de "travail" pour trouver qui je suis et croire suffisamment en moi. D'où l'importance de comprendre pourquoi je suis aussi sensible à ce que sont les personnes avec qui je suis en relation.
Ce que je sais c'est que la prise de conscience est la première étape, nécessaire mais insuffisante, du changement. Ensuite c'est comme si la conscientisation devenait plus profonde et commençait à modifier les comportements. Ce n'est que bien plus tard que le changement est devenu nouvelle façon d'être.
Le boudhisme ? Oups... déjà qu'on me reproche parfois d'être trop sage, hé hé...
Je plaisante mais je sais bien que j'ai encore beaucoup à apprendre dans le domaine de la sagesse, qui n'est pas synonyme d'austérité.
Un grand merci à toi Josie, dont je sais quelles résonances tout cela peut avoir en toi.
Je ne cherchais pas de coupable... pas mon genre. Et je sais que tu ne cherches pas à l’accabler non plus, je sais que ce n’est pas ton genre...
Bon en fait, je voulais dire la même chose que Josie... mais en deux phrases... ;-)
Mais c’est vrai qu’il fallait que tu cherches un peu par toi-même ! ;-)
Je saurai qu’il faut que je développe si je veux que tu comprennes mon idée. Je ne donnais là qu’une piste de recherche, sans te donner toutes les clefs. :-)
Il me semble que pour quelqu’un qui ne demande rien à personne... tu te retrouves souvent à demander beaucoup de la part des gens que tu « aimes », Pierre...
Pour ma part, ce n’est pas une honte d’attendre des autres... et c’est bien de le savoir et de l’accepter.
Cette confiance que tu as tant de mal à donner... semble être la base pour toi. Et ça se vérifie encore là.
Mais cette confiance... c’est bien la certitude pour toi, qu’on ne te fera pas de mal ? Je trouve que c’est beaucoup demander aux autres... dans ta façon de le considérer. Mais j’explique avant que tu montes sur tes grands chevaux ! ;-)
Un exemple tout simple... quand je chahute avec toi, tu le considères comme une agression (plus par le passé, parce que tu commences à me connaitre). Hors ce n’est qu’un jeu. Tu considères un ton de voix un peu vif comme une agression... ce qui n’est pas le cas.
En fait, tu demandes à l’autre qu’il s’adapte à ta façon d’être et à ta grande sensibilité, à ta faible « résistance ». Et c’est beaucoup... :-)
Il me semble que c’est ça qui détermine pour toi, l’ami. Un ami est quelqu’un qui ne t’ « agresse » pas... (mais ce n’est que mon avis). Et dans ce sens, je crois que tu as besoin que toute personne soit « amie » pour être en relation avec, que ce soit un frère, une « amoureuse », ou « quoi » que ce soit...
il y a beaucoup de portes proposées et de clés offertes dans ces échanges...
je ne voudrais pas ajouter. Tu as largement des matériaux pour continuer... !
J'ai juste une petite proposition simple. Un exercice en quelque sorte.
si tu essayais de mettre un qualificatif unique (je dis bien unique) sur chacune de tes relations actuelles et passées. (ami(e) - frère - amante - confident(e) - maîtresse - relation d'aide - etc.)
au moins, qu'elle en fut la dominante...
sinon tu cours le risque de rester dans un doux mélange des genres.comme tu le dis en répondant à certaines. Une amie-amante-soeur jumelle,
par exemple.
or, cela ne peut pas être... Au sens fort du mot "être").
Ce que tu dis Kyrann, je m'y retrouve aussi... à tel point que les larmes me sont montées aux yeux.
Oui, j'ai vécu jusqu'à 18ans dans une famille où les tensions, émotions, agressions verbales dans le ton et dans les mots étaient le quotidien.
Je ne dirais pas "manque d'amour", mais incapacité à communiquer autrement que dans une sorte de violence et de rapport de force.
Impossibilité de montrer ou témoigner sa tendresse, de parler gentiment, de faire preuve de douceur, peu de relation par le toucher autre que la fessée ou la claque.
L'humour et les rires, ont servi de transmetteur à l'amour, mais je ne l'ai compris que bien plus tard.
J'ai craint, j'ai eu peur de m'affirmer, je me suis recroquevillée pour éviter ce que je considérais comme un rejet ou une agression, alors que c'était leur façon de s'exprimer (après guerre).
J'ai reproduit un peu, bien malgré moi le processus avec mes enfants et j'ai du faire de gros efforts pour essayer de leur transmettre amour et tendresse au milieu de mes éclats.
Comme le dit si bien Kyrann à Pierre, je n'accorde pas ma confiance à tout le monde, il faut que je me sente en sécurité, acceptée et aimée pour envisager une relation plus intime.
Moi aussi j'ai des ardoises non effacées avec un de mes frères et je crois pouvoir analyser et pardonner.
Lui aussi a beaucoup souffert de ce climat,et n'a pas réagi en s'écrasant, mais en s'attirant le courroux des parents et pour décharger toute l'agressivité qu'il recevait, il se reproduisait sur moi ce qu'il "encaissait"
Je crois que nous avons tous nos histoires familiales, avec leurs séries de casseroles pas facile à décrocher....mais plus on prend de l'âge, mieux on comprend et plus on pardonne...et peu à peu, les casseroles se détachent .
;)
Merci à Pierre et à tous !
Kyrann, il me faut souvent beaucoup plus que deux phrases pour préciser une idée :o) Qu'on s'adresse à moi ou que ce soit moi qui m'exprime, d'ailleurs. Les phrases courtes laissent beaucoup de latitude interprétative. Parfois c'est souhaitable, parfois non.
Je n'ai pas l'impression de "demander" qu'on s'adapte à moi. Si je dis ce qui fonctionne ou pas avec moi c'est parce que je me connais. Mais l'autre reste libre d'en tenir compte ou pas :o)
Pour ma part j'apprécie de savoir quelles sont les zones sensibles de l'autre, ça m'évite de trop les solliciter.
La confiance ce n'est pas avoir la certitude qu'on ne me fera pas de mal, mais que si je me sens blessé par quelque chose qui vient de l'autre (co-responsabilité) cet autre saura entendre que j'ai été blessé et en tiendra compte. La confiance dont je parle est une attention portée à l'autre, une empathie, une bienveillance. Pour ma part si je sais avoir blessé je crois y être attentif et cherche à "réparer" les dégats.
Je crois que bien souvent, entre personnes qui s'aiment/s'apprécient on blesse par inadvertance, par méconnaissance, tout simplement parce que les codes et représentations ne sont pas les mêmes.
Je ne demande donc pas qu'on s'adapte à ma « grande sensibilité », mais j'explique ce qui peut la réveiller. En quelque sorte je donne mon code de fonctionnement optimal :o)
Pour ce qui est des "amis", effectivement, moins je me sens agressé et plus je me sens en confiance. Ça me semble assez logique...
Alainx, je te remercie pour ta proposition d'exercice. Il est loin d'être simple ! Pour certaines personnes je n'aurais aucune difficulté, pour d'autres... hum... pas sûr que je trouve la dominante. Et comme par hasard ce sont les personnes avec qui le lien est le plus "sensible"...
J'y ai parfois réfléchi en d'autres termes : si je devais choisir un seul type de relation avec les personnes qui comptent beaucoup (= liens "sensibles"), quel serait-il ? Je crois que c'est toujours l'amitié que j'ai choisi.
Nadine, ce que tu relates me touche. Ma femme ayant vécu dans un milieu familial tel que tu décris, sa façon de s'exprimer en était imprégnée et ça m'a beaucoup surpris, au début.
J'aime bien ta note optimiste : avec l'âge on pardonne plus aisément. Ça me semble tout à fait vrai. Et heureusement...
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