Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

07 novembre 2009

Ambivalence et dépendance

Il y a longtemps que je ne me suis pas ouvertement interrogé sur ma pratique de l'écriture publique. Pourtant ce sont des pensées qui me reviennent régulièrement mais que je tais parce que....  parce que... le croirez-vous : je déteste écrire (ou parler) sur moi publiquement.

Surprenant, non ?

Non, c'est plus complexe que ça et nettement plus ambivalent ! En fait il m'arrive de ressentir le besoin d'écrire à mon sujet mais je déteste alors le fait d'en avoir besoin ! À ces moments-là c'est toute ma dépendance à une image de moi en besoin de réassurance et d'affirmation que j'expose sans pudeur. Un égo qui se cherche et dont je ne cache pas la sensibilité. Lorsque je cède et libère le flot de mes maux intimes je me sens prétentieux et infatué, semblant ne pas me soucier du fait que ma vision étroite de mon monde minuscule s'étale aussi largement que s'il s'agissait d'une pensée géniale digne d'être abondamment diffusée.

Je me disculpe en me disant qu'il est nécessaire et sain que je réponde à ce besoin [qui sous-entend, gêne supplémentaire, que mes autres besoins sont satisfaits...] et que c'est la meilleure façon de le réduire. Démarche introspective, que j'essaie de poursuivre sans trop de complaisance, l'écriture publique me permet de mieux me connaître, avec tous les avantages que cela induit : c'est une façon de cerner qui je suis et de conquérir une confiance en mes pensées. Avec, au final, une capacité d'échange avec autrui amplifiée.

Cependant, m'appesantir publiquement sur mon égo m'étant assez pénible à vivre, je le fais au prix d'un certain mal-être post scriptum. Parfois à la limite du supportable, avec la tentation de tout effacer. J'entre alors en silence, dans un repli solitaire qui me maintient à l'abri des regards. Façon de respecter mes limites d'exposition en revenant dans mes zones d'équilibre.

Il arrive, pour éviter cet écueil, que je me détourne des pensées égocentrées et tente d'élargir le champ de mes investigations en généralisant ce que je constate, non seulement en moi mais aussi autour de moi. Très vite je réalise que je n'ai d'autre légitimité qu'une interprétation subjective, éventuellement soutenue par un savoir théorique. C'est peu ! Ce qui me ramène souvent à m'astreindre au "Je" pour bien rester à ma place. Avec les inconvénients du malaise sus-cité...

Bref... quand je suis en période de "travail" sur mes représentations il m'est parfois assez compliqué d'écrire ici, en public et exposé aux commentaires.

Me vient alors la tentation de retourner vers un espace plus intime où je pourrais m'épancher avec une liberté accrue. Je pense là à mon journal en ligne, actuellement délaissé, nettement plus confidentiel. Il présente le grand avantage de n'être clairement qu'à moi, c'est à dire qu'aucune interaction publique avec vous, lectrices et lecteurs, n'y est visible. Ce qui s'échange se fait en toute discrétion et j'aime assez cette part privée. Cela m'est plus... confortable.

Cependant, je le répète souvent et vous le constatez autant que moi, vos commentaires riches et porteurs de différence me sont souvent une assistance précieuse. Ils me permettent d'aller vers cette destination que je chéris tant : « plus loin ». Par ailleurs je sais, parce que certain-e-s d'entre vous me l'écrivent régulièrement, que mes réflexions - et les commentaires qui les complètent - participent a votre cheminement. Pour moi c'est extrêmement important parce que cela légitime que je continue : mon égo est utile à l'altérité. Je "donne" de moi en échange de votre regard et de vos appréciations. Sans cela je crois que j'aurais depuis longtemps disparu de mon petit coin de scène blogosphérienne.

S'ajoutent à cette notable ambivalence quelques effets parasites avec lesquels j'ai un rapport des plus ambigus. A tel point que ça devient parfois un véritable casse-tête de m'épancher avec spontanéité ! Le langage photographique qui prend peu à peu place ici en témoigne.

Je pense à deux aspects en particulier. Le premier c'est que vos commentaires, et surtout vos appréciations, constituent pour moi des "signes de reconnaissance". Or c'est une substance dont j'ai cruellement manqué quand j'en aurais eu besoin, dans ma jeunesse. J'ai donc une insécurité à ce niveau et j'ai... hum... besoin d'un rappel constant que je vaux quelque chose. Je n'ai pas besoin de beaucoup, mais à petites doses régulières. D'ailleurs je sature très vite en ressentant un "trop" qui m'indispose. Vos regards m'apportent cette reconnaissance mais mon souci c'est qu'il m'arrive d'en devenir "dépendant". À ces moments-là je me pose des questions si je n'en reçois pas. En quelque sorte j'en attends et... je déteste ça !!! Je déteste la dépendance à quoi que ce soit !

Dépendance à l'expression publique et aux commentaires qui en découlent ! Dépendance à l'appréciation des autres... Quelle renoncement à la liberté !

L'autre aspect parasite est bien plus difficile à décrire, bien que je sache parfaitement en quoi il consiste. Il n'aura échappé à personne que je parle beaucoup, et de façon récurrente, de relations. Notamment autour de l'amitié, de l'amour, du désir. Bien plus rarement autour de la famille et du travail. Parfois je digresse, ou explore la périphérie, mais le coeur de mon propos reste stable : l'affectif dans les relations. Or je crois savoir pourquoi je « tourne autour du pot » indéfiniment : je m'empêche de rentrer vraiment dans le vif de ce qui me préoccupe. Pour une raison très simple : ma subjectivité, mes ressentis, mes interprétations, risquent fort de ne pas correspondre à la subjectivité de personnes qui me lisent et avec qui, quelles qu'en soient les modalités, je suis en lien. Et ce d'autant plus que le lien est disons... non-fluide. Or je tiens à ne vexer personne et à respecter une certaine confidentialité, ce qui me contraint à passer sous silence... le coeur de ce que je voudrais explorer !

Compliqué d'écrire, vous dis-je !

Mais, ô paradoxes et contradictions, c'est aussi cette retenue volontaire qui me pousse à arpenter des zones d'ombre et de lumières qui seraient restées en marge si je m'étais senti totalement libre. Aller droit au but n'est pas forcément le chemin exploratoire le plus judicieux à long terme.

Conclusion : plus ma recherche de liberté d'expression progresse et plus celle-ci est complexifiée par des contraintes qui l'enrichissent. Ce cercle vertueux est parfois difficile à tenir mais je me demande si je n'apprécie pas d'avoir une certaine dose de difficulté...

C'est ce qui fait toute la saveur [ou l'ennui ?] de ce que vous trouvez sur ce blog.

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Se faire remarquer...

Posté par Coeur de Pierre à 20:37 - Pourquoi écrire en ligne ? - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Et quel est "le coeur de ce que voudrais explorer" ?
... (...) ...

Posté par Kyrann, 07 novembre 2009 à 22:50

Ce que je laisse sous silence, pardi ! ;o)

Posté par Pierre, 07 novembre 2009 à 23:58

Tes interrogations sont effectivement assez complexes...toi seul en a la réponse. D'un côté tu dis ne pas aimer écrire (et pourtant, tu as tellement de choses à dire!). Tu n'apprécies pas la dépendance, mais tu ressens le besoin, donc effectivement tu penses perdre une certaine liberté. Mais puisque ce besoin te fait (pour le moment) avancer, où est le problème? Il y a aussi des besoins que nous devons assouvir pour se sentir bien, pour se sentir libre! Tu es dans la retenue par rapport à ce que tu voudrais réellement dire. Mais ça effectivement c'est plus difficile. Comme tu t'es engagé à tout dire, que tu es devenu impudique, que tu es reconnu par tes proches, tu risques effectivement de blesser ou simplement vexer certains d'entre eux...Difficile de parler de soi, en voulant tout dire, et ne pas parler en même temps de ses relations intimes ou moins intimes...Quel casse-tête! ou alors je n'ai rien compris à ce que tu voulais dire! Maintenant je comprends que l'idéaliste que tu es, la perfection que tu désires atteindre, tout cela est d'une réelle sincérité mais aussi d'une grande exigence. Aimer, sans s'attacher, tout dire sans blesser, se détacher sans tomber dans l'indifférence...Quel "travail" passionnant! De temps en temps une petite récréation ne fait pas de mal! Se laisser aller...Et tu le fais si bien avec toutes les photos que tu nous fait partager...Et puis d'ailleurs, tu nous fait tout partager, tu nous donnes "des outils" de réflexion...Mais,n'est-ce pas (moi qui n'ai pas créé de blog)le principe du blog? Envie de faire partager son univers à ceux qui vous rendront visite, avoir un échange de pensées, donner, recevoir, transmettre...
Bisous et bon WE

Posté par Josiane, 08 novembre 2009 à 06:41

En route vers la délivrance

J'aime écrire, Josiane... mais pas quand mon écriture est happée par des cogitations trop centrées sur ce qui ne concerne que moi. Parce que, justement, je me vois perdre une liberté que par ailleurs je conquiers. C'est un truc qui se mord la queue, tout ça.

Pour ce qui est de "tout dire", non seulement c'est impossible mais, je crois, psychiquement dangereux et potentiellement destructeur de relations. Il y a longtemps que je tais ce qu'auparavant j'aurais été tenté de dire. Je ne m'engage pas à "tout dire" :o)

Je ne désire pas non plus atteindre la perfection. Seulement aller dans la direction d'un perfectionnement. C'est déjà suffisamment ambitieux :o)

Oui, c'est à un important travail que je me livre. Et si actuellement il est un peu plus ardu et prenant c'est parce que j'ai "touché" des éléments bien importants qui absorbent mes pensées. Je travaille dans les profondeurs, dans les fondements de mes représentations. Le résultat aboutira, tôt ou tard, à une délivrance. Une libération accrue. Ce n'est qu'une question de temps...

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 08:37

Mais pourquoi ne pas commencer à en parler... peu à peu... ?
Tu sais, perso, je ne crains plus trop ce que tu pourrais dire ! ;-) Mon peu de susceptibilité a sur se blinder, ces derniers temps ! ;-) Et en matière de relation féminines, il me semble que nous ne sommes pas nombreuses à te lire...

(Bon, en même temps, je sais bien que je parle un peu pour rien, là... mais ça me démangeait ;-) )

Posté par Kyrann, 08 novembre 2009 à 14:07

En direct

Kyrann, tu me poses des questions ambarassantes ;o)

Avant je m'exprimais plus librement. Maintenant, pour diverses raisons que je ne souhaite pas évoquer ici, je suis beaucoup plus mesuré et devenu très prudent.

Tu fais partie des personnes avec qui je peux dire ce que je pense et échanger librement, en direct, et c'est bien préférable quand ça peut se faire ainsi plutôt que par espace public interposé :o)

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 15:14

" se faire remarquer" C'était souvent noté dans mon bulletin: "Charlotte se fait remarquer et donne le mauvais exemple aux plus jeunes!"( sous entendu, en se faisant remarquer). J'en étais très meurtrie et craignais de me faire engueuler par mon père

Posté par charlotte, 08 novembre 2009 à 17:12

Bulletins

Charlotte, sur mes bulletins de notes il était écrit : « trop discret, trop effacé, devrait participer davantage ». Mais c'était me demander d'être un autre que moi...

Posté par Pierre, 09 novembre 2009 à 23:12

Sur mes bulletins il y avait aussi ces "trop discrète, ne participe pas assez..."et quand je voulais faire un effort, je rougissais...Quelle horreur, quand j'y pense! Heureusement, de ce côté là ça va beaucoup mieux, la délivrance de cette atroce timidité est venue petit à petit au fil des années...Je garde cependant cet état de réserve qui est le mien, qui est ma nature profonde et je ne vais pas facilement vers les autres la première, mais j'arrive à composer avec...

Posté par Josiane, 10 novembre 2009 à 07:27

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