Il y a quelques semaines j'ai participé à un stage de psychogénéalogie qui m'avait été proposé ainsi qu'à quelques unes de mes collègues de formation. Pour simplifier, la psychogénéalogie consiste à prendre conscience de l'héritage psychologique transmis par la famille à travers les générations. Nous ne naissons pas vierges, et nous ne grandissons pas dans un environnement neutre. Tout cela nous conditionne, nous oriente, en particulier dans l'enfance quand notre pensée de futur adulte se construit.

Serein, vaguement curieux, je suis allé à ce stage sans trop savoir ce que cela pourrait m'apporter. Je pensais bien connaître l'histoire de ma famille sans histoires...

Ouais... ben j'ai eu quelques surprises ! Une famille sans histoires ça n'existe pas. Il y a forcément une histoire psychologique, essentiellement non dite, non conscientisée. Alors j'ai eu des révélations, ne serait-ce qu'en traçant mon arbre psycho-généalogique. Mes larmes ont jailli au moment ou j'inscrivais certains noms, donnant simplement une place à des personnages qui, jusque-là, n'en avaient pas vraiment eue. Morts depuis longtemps, et bien avant ma naissance, ils n'en restaient pas moins "vivants" en moi. Je l'ignorais...

La psychogénéalogie c'est aussi un travail sur nos représentations : comment je vois mon père, ma mère, mes grands-parents et ancètres, mes frères et soeurs ? Comment je crois que les autres les perçoivent ? Comment je perçois l'histoire familiale ? Qui me l'a transmise ? Comment l'ai-je intégrée ? Qui a une place et qui n'en a pas ?

Et finalement... qui parle en moi quand je parle ? D'où me vient ce que je sais ? D'où me viennent mes représentations et qu'a t-on, inconsciemment ou pas, cherché à me transmettre, me faire croire ? Qu'est-ce que les mots ont caché, qu'est-ce que les silences expriment ?

Ce que je croyais être la réalité n'est qu'une réprésentation du réel. Et dans les représentations ce sont les fantasmes (l'imaginaire des peurs et désirs) qui parlent. Les miens et ceux de mes ascendants. Le passé tel qu'on a voulu le voir et me le faire voir. La parole des morts s'exprime encore en moi... qui l'ai transmise à mes enfants.

A l'issue du stage il nous a été demandé de ne pas parler, pendant quarante jours, de ce qui avait exsudé de ce travail sur la psychologie familiale. De ne pas trop y penser. J'ai donc laissé de côté tout ça, me demandant si ça allait finalement m'apporter quelque chose de suivre ces amorces de pistes...

Les quarante jours sont passés. À peu de choses près c'est à ce moment-là que quelque chose de profond s'est réveillé en moi, autour de la notion, ô combien importante, de lien. Liens, relations, fidélité, amour, amitié, frère... Il en est ressorti plusieurs textes ici, dont un particulièrement lourd qui s'est mis à labourer mes pensées, déclenchant des répercussions éloignées.

Et, les *hasards* faisant bien les choses, c'est quelques jours plus tard que j'ai eu un très long entretien avec la psychogénéalogiste. C'est, plus probablement, en sachant que cet entretien approchait que s'est "préparé" quelque chose en moi, ouvrant des portes et des tiroirs longtemps restés fermés. Avec elle j'ai travaillé sur le présent : où en suis-je, maintenant, avec cet héritage familial ? Qu'est-ce que je vis en ce moment ? C'est là que j'ai parlé de mon frère... de mes amours... de mon ex-couple... de mes relations affectives. De mon refus de toute idée de dépendance. C'est là que sont apparus des liens inattendus avec le passé, des similitudes entre différentes personnalités, la reproduction de certains schémas familiaux et systèmes de fonctionnements de couple.

Je me suis vu sous l'emprise de tout un tas de choses qui me dépassent, des réactions qui viennent de plus loin que moi. J'ai réalisé que, dans mes choix et actes, il y a parfois quelque chose de « plus fort que moi » qui me domine.

C'est amusant de constater ça... mais finalement un peu effrayant. Ainsi je ne suis pas libre ! Ce que je crois être ma liberté, celle que je cherche à conquérir davantage, ne serait qu'une réponse à des injonctions silencieuses, des réactions à un passé trop lourd ?

Mes choix relationnels ne sont pas neutres mais conditionnés par mes représentations, par ce que je cherche à "réparer" en moi... ou dans des histoires plus anciennes. Mes amours ce n'est pas vraiment moi qui les ai choisis, mais quelque chose en moi qui avait "besoin" de ce type de relation, de ce genre de personnalité. Ainsi je reproduis des schémas, réponds à des attentes inconscientes...

Envers quelles histoires passées ai-je une fidélité ? Envers qui suis-je pris dans une loyauté ? Qu'est-ce que je cherche à réparer ? Sous quelles emprises me suis-je soumis ? Qu'est-ce qui me fait choisir et agir dans telle direction ? Voilà ce que j'ai à découvrir...

Cette prise de conscience est déstabilisante. Profondément. Elle me perturbe. C'est la remise en question de ce que je suis. C'est aussi, assurément, une façon de réinterroger mes représentations en me demandant d'où elles viennent. Ma véritable liberté personnelle en dépend...

Qui parle à travers moi ?

IMGP7089

Hêtres tortueux