Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

08 novembre 2009

Qui parle à travers moi ?

Il y a quelques semaines j'ai participé à un stage de psychogénéalogie qui m'avait été proposé ainsi qu'à quelques unes de mes collègues de formation. Pour simplifier, la psychogénéalogie consiste à prendre conscience de l'héritage psychologique transmis par la famille à travers les générations. Nous ne naissons pas vierges, et nous ne grandissons pas dans un environnement neutre. Tout cela nous conditionne, nous oriente, en particulier dans l'enfance quand notre pensée de futur adulte se construit.

Serein, vaguement curieux, je suis allé à ce stage sans trop savoir ce que cela pourrait m'apporter. Je pensais bien connaître l'histoire de ma famille sans histoires...

Ouais... ben j'ai eu quelques surprises ! Une famille sans histoires ça n'existe pas. Il y a forcément une histoire psychologique, essentiellement non dite, non conscientisée. Alors j'ai eu des révélations, ne serait-ce qu'en traçant mon arbre psycho-généalogique. Mes larmes ont jailli au moment ou j'inscrivais certains noms, donnant simplement une place à des personnages qui, jusque-là, n'en avaient pas vraiment eue. Morts depuis longtemps, et bien avant ma naissance, ils n'en restaient pas moins "vivants" en moi. Je l'ignorais...

La psychogénéalogie c'est aussi un travail sur nos représentations : comment je vois mon père, ma mère, mes grands-parents et ancètres, mes frères et soeurs ? Comment je crois que les autres les perçoivent ? Comment je perçois l'histoire familiale ? Qui me l'a transmise ? Comment l'ai-je intégrée ? Qui a une place et qui n'en a pas ?

Et finalement... qui parle en moi quand je parle ? D'où me vient ce que je sais ? D'où me viennent mes représentations et qu'a t-on, inconsciemment ou pas, cherché à me transmettre, me faire croire ? Qu'est-ce que les mots ont caché, qu'est-ce que les silences expriment ?

Ce que je croyais être la réalité n'est qu'une réprésentation du réel. Et dans les représentations ce sont les fantasmes (l'imaginaire des peurs et désirs) qui parlent. Les miens et ceux de mes ascendants. Le passé tel qu'on a voulu le voir et me le faire voir. La parole des morts s'exprime encore en moi... qui l'ai transmise à mes enfants.

A l'issue du stage il nous a été demandé de ne pas parler, pendant quarante jours, de ce qui avait exsudé de ce travail sur la psychologie familiale. De ne pas trop y penser. J'ai donc laissé de côté tout ça, me demandant si ça allait finalement m'apporter quelque chose de suivre ces amorces de pistes...

Les quarante jours sont passés. À peu de choses près c'est à ce moment-là que quelque chose de profond s'est réveillé en moi, autour de la notion, ô combien importante, de lien. Liens, relations, fidélité, amour, amitié, frère... Il en est ressorti plusieurs textes ici, dont un particulièrement lourd qui s'est mis à labourer mes pensées, déclenchant des répercussions éloignées.

Et, les *hasards* faisant bien les choses, c'est quelques jours plus tard que j'ai eu un très long entretien avec la psychogénéalogiste. C'est, plus probablement, en sachant que cet entretien approchait que s'est "préparé" quelque chose en moi, ouvrant des portes et des tiroirs longtemps restés fermés. Avec elle j'ai travaillé sur le présent : où en suis-je, maintenant, avec cet héritage familial ? Qu'est-ce que je vis en ce moment ? C'est là que j'ai parlé de mon frère... de mes amours... de mon ex-couple... de mes relations affectives. De mon refus de toute idée de dépendance. C'est là que sont apparus des liens inattendus avec le passé, des similitudes entre différentes personnalités, la reproduction de certains schémas familiaux et systèmes de fonctionnements de couple.

Je me suis vu sous l'emprise de tout un tas de choses qui me dépassent, des réactions qui viennent de plus loin que moi. J'ai réalisé que, dans mes choix et actes, il y a parfois quelque chose de « plus fort que moi » qui me domine.

C'est amusant de constater ça... mais finalement un peu effrayant. Ainsi je ne suis pas libre ! Ce que je crois être ma liberté, celle que je cherche à conquérir davantage, ne serait qu'une réponse à des injonctions silencieuses, des réactions à un passé trop lourd ?

Mes choix relationnels ne sont pas neutres mais conditionnés par mes représentations, par ce que je cherche à "réparer" en moi... ou dans des histoires plus anciennes. Mes amours ce n'est pas vraiment moi qui les ai choisis, mais quelque chose en moi qui avait "besoin" de ce type de relation, de ce genre de personnalité. Ainsi je reproduis des schémas, réponds à des attentes inconscientes...

Envers quelles histoires passées ai-je une fidélité ? Envers qui suis-je pris dans une loyauté ? Qu'est-ce que je cherche à réparer ? Sous quelles emprises me suis-je soumis ? Qu'est-ce qui me fait choisir et agir dans telle direction ? Voilà ce que j'ai à découvrir...

Cette prise de conscience est déstabilisante. Profondément. Elle me perturbe. C'est la remise en question de ce que je suis. C'est aussi, assurément, une façon de réinterroger mes représentations en me demandant d'où elles viennent. Ma véritable liberté personnelle en dépend...

Qui parle à travers moi ?

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Hêtres tortueux

Posté par Coeur de Pierre à 10:32 - Ce qui me construit - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Je me demande quand même quelle différence on pourrait faire entre "moi" et ce "quelque chose en moi" ... Mes gènes viennent bien de quelque part, mon éducation n'est pas tombée du ciel : Qu'est-ce qui pourrait bien être "moi" si ce n'est ce confluent d'influences ?

Posté par Yogi, 08 novembre 2009 à 11:09

Bonjour Pierre...

Je suis entrée aussi dans ces recherches là...puisque ma thérapie actuelle s'effectue autour de la psychogénéalogie...
Depuis ma première séance je suis sortie de chez ma thérapeute avec une "grande feuille"...a elle seule elle montre tellement de choses...
J'y vois mes erreurs...mes comportements...
Bien souvent je laisse cette "grande feuille" chez moi pour les rendez vous suivant...parce que j'ai encore du mal (peur) de lire a l'interieur...Tellement de choses s'y trouvent...
C'est d'une richesse inouïe...mais parfois pesante...et l'image que tu déposes sur le billet le représente bien..."tortueux"...
Mais d'un autre côté...il y a l'effet que cela produit autour de nous...et au bout des "quarante jours" tu as vu le résultat...
Mon plongeon dans la psychogénéalogie m'a en premier lieu offert a "moi seule" la possibilité de réouvrir comme un livre...celui de la famille...Parfois j'ai pensé que mes frères et soeurs allaient me prendre pour une illuminée quand doucement je tentais d'en parler...et puis petit à petit les liens se sont resserrés...on me questionne...on m'informe de choses que je ne connaissais pas...La machine est en route...Parce que maintenant j'apprends a mettre des liens entre le présent et le passé...les tiroirs semblent ainsi moins lourd a ouvrir...
Bon dimanche à toi...

Posté par fille_bavarde, 08 novembre 2009 à 11:59

c'est amusant ce délai de quarante jours qui t'a été donné..
Cela me fait penser aux quarante jours dans le désert que jésus s'est imposé avant de commencer ce qu'on appelle sa vie publique
Quarante jours... un nombre important pour intégrer et conscientiser, voir ce qui reste qd la "mousse est retombée...
(le lien que tu indiques renvoie à la page d'accueil de canalblog...!)

Posté par Coumarine, 08 novembre 2009 à 12:00

Yogi, les gènes transmettent une structure psychique : c'est ma "nature". Je ne peux pas la changer.

En revanche ce qui m'a été transmis par éducation et culture, si cela constitue bien une part de moi, n'est pas un "moi" immuable : je peux le changer, me le réapproprier.

Autrement dit je suis bien "moi" à chaque instant, mais je peux faire en sorte de changer pour devenir un autre moi, plus en adéquation avec quelque chose de conscient, réfléchi, choisi.

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 12:02

Oubli...

J'ai oublié de dire quelque chose d'important...car tu en as parlé aussi...Lors de la mise en place de mon "schéma" sur la feuille blanche...Il y avait cette émotion nouvelle...qui vibrait en moi...lorsque je déposais des noms...des dates...ce flot de larmes qui semblait monter...incontrôlable...un peu comme si quelque part on me soufflait "merci d'être là pour ouvrir notre page d'histoire"...C'est a la fois déstabilisant et apaisant...Un peu comme si on venait de mettre le doigt sur quelque chose d'important...
Bon là je sors...je vais finir par vraiment me faire coller l'image d'une illuminée !

Posté par fille_bavarde, 08 novembre 2009 à 12:06

Fille bavarde, j'ai aussi une "grande feuille" sur laquelle j'ai tracé les liens généalogiques connus ainsi que d'autres liens "sans légitimité officielle". Il y a aussi des mots autour de certaines personnes, des signes...

Cette feuille est très "parlante", pour peu qu'un regard extérieur aide à évoquer ce qui restait "invisible".

Pour ma part je n'ai pas encore abordé ce sujet dans ma famille, mais ça viendra...

Coumarine, je me suis aussi demandé pourquoi quarante jours, mais il faut bien un nombre et celui-ci est porteur de toute une symbolique. Quarante jours, ça paraît long, mais il faut bien ça...

(merci pour le lien : j'ai modifié)

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 12:18

Fille bavarde, je comprends tout à fait ce que tu rajoutes. Je l'ai ressenti d'une façon semblable...

Ces flots d'émotions sont de précieux indicateurs de points à éclaircir.

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 12:23

bcp de monde, ce matin, ici ;-)

et je m'en réjouis!
je suis ds une famille qui s'intéresse depuis longtemps à la généalogie et à la psychogénéalogie depuis les débuts de la discipline
ça ne veut pas dire que ce soit *sain'ple* pour autant qd on est plusieurs sur une certaine longueur d'onde ;-)
ne pas oublier que c'est encore et tjs *une histoire qu'on se raconte* à soi, aux autres et que les autres nous raconte
ce qui implique, pour moi, de la connaître MAIS pas de m'y laisser 'prendre'

*vivre*, ne pas oublier de vivre
bisous, pierre

Posté par camille, 08 novembre 2009 à 12:46

Bonjour Pierre, je comprends que tu te sentes perturbé et déstabilisé puisque fusent en ce moment dans ta tête un tas de questions suscitées par ces prises de conscience successives. Qui ne serait pas perturbé à ta place ?!...
Cela dit, 40 jours, cela reste court pour intégrer le "choc" de la découverte, et il me semble que tu es visiblement encore dans l'émotion de ce "choc" de la découverte de tout ce champ de perspectives qui s'est offert à toi.
C'est pourquoi Je crois qu'il ne faut pas voir tous ces questionnements et ces prises de conscience comme une remise en question de ce que tu es profondément, mais plutôt comme une EXPLICATION de ce qui t'a amené avoir les représentations que tu as, et à être ce que tu es devenu aujourd'hui. C'est aussi une explication des choix conscients et inconscients qui ont guidés ta vie jusqu'à présent.
J'ajoute que ce n'est qu'UNE des explications de ce qui t'as amené à être ce que tu es aujourd'hui.
Il y a tous les autres contextes (social, professionnel, relationnel, matériel, historique...) qui sont intervenus pour faire de toi ce que tu es aujourd'hui. Ces autres éléments de contexte ont forcément influé eux aussi sur ce que tu es devenu.
Il me semble que, comme tu es encore dans la phase de découverte, ta pensée est davantage axée et centrée sur les conditionnements que tu as "subis" dans le contexte familial que vers tout ce qui relève de ta nature profonde, et ce que tu en as fait.
Je suis sûre que dans quelques temps, tu vas entrer dans une phase où tu chercheras à discerner les choix qui ont relevé de ton propre instinct et de ta propre nature, parfois contre toute attente au vu les schémas familiaux, et tu seras en mesure d'y voir plus clair.
Merci de nous faire confiance et de nous faire partager tout cela Pierre, c'est passionnant ;o)!

Posté par Claire-Lise, 08 novembre 2009 à 12:57

Déstabilisé sans vaciller

Camille, c'est bien sûr toujours des histoires qu'on se raconte :o)
Mais la vie elle même est une histoire qu'on se raconte puisqu'en donnant un sens aux faits réels nous sommes dans l'interprétation. Si nous n'en restions que dans les faits nous échangerions avec autant de chaleur qu'un rapport de police !

Je crois qu'on a plaisir à partager un peu plus que ça :o)

Garder un esprit critique, savoir remettre en question ce qu'on apprend ou avons appris, avoir conscience de notre ignorance... voila ce qui rend la vie passionnante.

Claire-Lise, je suis certes perturbé et déstabilisé, mais sens littéral du terme : je ne vacille pas ni ne m'écroule, loin de là :o)

Il n'y a pas à proprement parler de "choc", mais un étonnement, une surprise. Et c'est tant mieux ! J'aime bien ça :o) J'ai du grain à moudre pour quelques temps.

Je ressens bien les choses telles que tu en parles : des explications (partielles) sur une part des représentations que j'ai. Cela m'éclaire et me donne un pouvoir supplémentaire sur moi-même. J'en suis tout à fait satisfait et je me réjouis de constater ces nouvelles perspectives.

Ma déstabilisation actuelle est dûe au travail qui a déjà commencé en moi, puisque des pistes se sont révélées être reliées alors que je les croyais distinctes.

Merci pour vos mots qui me permettent d'y voir plus clair :o)

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 13:39

C'est passionnant ce que tu écris.
Je suis personnellement une croyante pratiquante(!)de la psychanalyse. Mais l'un n'empêche pas l'autre.En psychanalyse le passé,la généalogie d'une façon ou d'une autre, l'enfance sont très présents.
J'ai une copine généalologue(!). Je dois dire que chaque fois qu'elle vient avec ses histoires je m'énerve un peu mais je crois que depuis que je t'ai lu je vais davantage mieux l'écouter.

Posté par charlotte, 08 novembre 2009 à 17:41

Charlotte, la psychanalyse explore l'inconscient mais se limite, il me semble, à la vie de l'individu.
La psychogénéalogie remonte plus loin tout en établissant des liens "invisibles" (en les traçant visiblement sur un papier) et apporte donc, à mon avis, un intéressant complément.

Posté par Pierre, 08 novembre 2009 à 18:33

La psychanalyse fait grand cas de la transmission "non verbale" des influences reçues pendant l'enfance, ces attitudes et réactions que nous percevons chez nos parents, attitudes et valeurs qui nous forment et par rapport auxquelles nous réagissons. Ces parents eux-mêmes les ont, pour une part, forgées auprès de leurs propres parents, et ainsi de suite. La psychogénéalogie peut ainsi éclairer un chemin pour la psychanalyse de l'individu et me paraît tout à fait cohérente avec celle-ci.

Ce serait intéressant de voir ce que ta psy en pense.

Posté par Yogi, 08 novembre 2009 à 20:15

Quelles que soit « l'école psychologique » ou de recherche de soi à laquelle on adhère ou se réfère... Le but est toujours celui que tu soulignes : conquérir sa liberté personnelle en sortant des aliénations, et en découvrant son moi autonome.
Il y a en effet toute une série de choix que l'on a pu poser et qui sont conditionnés par notre histoire et nos lignées.
Cela ne signifie pas qu'ils auraient tous étés à l'encontre de notre personne profonde...
En tout cas, en faisant l'histoire de sa vie en terme de sens, j'ai découvert que certains choix que je croyais « conditionnés » étaient en réalité des choix bien plus "libres" que ce que j'avais cru.
Comme quoi on est toujours tenté de jeter le bébé avec l'eau du bain...
il y a en nous des forces puissantes en terme de vie véritable bien plus puissantes que tout le reste...
Et puis il ne faut pas négliger toute la dynamique de reconstruction à partir des matériaux préexistants en soi.
Un peu comme on reconstruit une plus belle maison avec les pierres et les briques de l'ancienne...
(Pardon pour la comparaison qui n'est pas très... humaine... Encore que l'on parle de l'intériorité comme d'une demeure intérieure!!)

Posté par alainx, 09 novembre 2009 à 12:36

belle *image*.....

....oui, comme tu le sais, pierre, je pense que la maison c'est *soi* ;-)

alors j'aime la comparaison d'alainx et il y aurait bcp à 'échafauder' entre ce que tu écris, vis et ta maison, non?

c'est une piste qui 'paraît' toute simple mais qui me parle, ô combien! ça me fait également penser à "la maison brûlée" de valclair et tout ce qu'il a pu en dire (très en 'relation' avec sa famille 'justement' ;-))

l'aménagement, l'entretien, la déco, de l'intérieur et de l'extérieur d'une maison, voilà qui est passionnant.....à décortiquer!;-)
j'adooooore!
et un clin d'oeil, pierre, un!

Posté par camille, 09 novembre 2009 à 18:22

Je crois comme toi qu'il y a cohérence entre les deux approches,Yogi.

Alainx, ton commentaire me fait penser que dans les "conditionnements" il y en a aussi qui sont tout à fait bénéfiques, véritables richesses intérieures. Il serait idiot (et illusoire) de vouloir s'émanciper totalement des héritages familiaux. Si la tentation de le faire est là, elle est à l'image de l'adolescent qui a besoin de rejeter en bloc ce qui vient des parents... le temps de "faire le tri".

Camille, si la maison est à l'image de soi... je me demande ce que je dois penser de moi. Si ce n'est que je suis un peu en vrac et "en chantier" ;o)

Posté par Pierre, 09 novembre 2009 à 22:33

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