12 novembre 2009
La vie est une pute...
Il y a quelques jours nous devions décider, avec mes collègues, du renouvellement du contrat de travail de Dany. Tête brûlée ayant déjà goûté aux plaisirs de l'incarcération, Dany, 23 ans, est actuellement en semi-liberté. Équipé d'un "bracelet" de surveillance il est astreint à rester chez lui en dehors de ses horaires de travail. Cette alternative à l'incarcération est censée lui donner une chance de s'en sortir. Mais Dany semble avoir un peu trop compté sur la chance et l'argent facile puisqu'il doit passer une nouvelle fois en jugement dans quelques semaines pour « attaque à main armée » - avec arme factice - d'un tout petit commerce . Qu'il ait ou non un contrat de travail, signe d'une volonté de réinsertion, peut influer sur son retour en prison.
Ces considérations judiciaire n'ont, théoriquement, rien à voir avec le travail et seule l'implication professionnelle de Dany devrait entrer en considération. Oui mais voila... son implication à longtemps laissé à désirer, alliée à une forte contestation, de l'absentéisme, beaucoup de bavardages qui perturbent le travail en équipe. C'est notre rôle que de tenir compte de ce genre de difficultés, quand on travaille avec des personnes en insertion par le travail, mais le nôtre aussi de maintenir un cadre et des limites, absolument nécessaires. Plusieurs fois mis en garde Dany a fait des efforts, puis à pris l'engagement écrit d'être présent chaque jour et de s'impliquer davantage. C'était la condition de son renouvellement, avec l'idée de lui donner sa chance. Une fois la décision prise, fort de cette assurance de rester, Dany s'est octroyé deux jours d'absence pourtant clairement refusés par l'équipe d'encadrement parce que, tout simplement, Dany n'avait pas envie de faire un travail qui lui déplaisait.
Cette entorse manifeste aux engagements qu'il avait pris nous fit craindre que Dany s'autorise un comportement des plus libres pour les six mois à venir, durée de son nouveau contrat. Or ce n'est pas acceptable, tant pour l'exécution du travail, l'exemple donné aux autres, et le respect de limites qui ne peuvent être bafouées sans conséquence. Il a donc été décidé de remettre en question le renouvellement de contrat. En a découlé une longue discussion au sein de l'équipe d'encadrement.
Situation délicate puisque nous savions que de notre décision dépendait peut-être le retour en prison de Dany. Partisans du respect des limites et adeptes d'une nouvelle "dernière chance" ont échangé leurs points de vue. Manque de chance pour Dany : certains de mes collègues connaissaient la commerçante, âgée, qu'il avait "braquée" et réagissaient avec une partialité émotionnelle revendiquée. Le débat a été difficile et je me sentais assez mal à l'aise d'avoir un rôle qui s'assimilait à celui de juges, ce qui n'aurait pas dû être le cas.
Finalement au nom du respect des limites, qui est effectivement une des pierres angulaires pour "tenir" et soutenir un public en difficulté, souvent en manque de repères, il a été décidé que le non respect des engagements de Dany justifiait que son renouvellement soit annulé. Pour ma part j'étais très mitigé.
Le hasard des présences a fait que ce soit au partisan de l'ultime dernière chance et à moi-même de lui annoncer qu'il n'en bénéficierait pas. Malaise d'être les porte-paroles d'une décision collégiale qui n'avait pas nos faveurs...
Dany a écouté la sentence, d'abord imperturbablement, semblant acquiescer en hochant la tête. Il reconnaissait sa faute, mais n'en avait pas imaginé les conséquences. Puis il a laissé sortir son amertume : il avait fait des efforts et considérait qu'ils n'étaient pas reconnus. Il argumenta alors que d'avoir tenté de travailler n'avait servi à rien si c'était pour être ainsi jeté et qu'il n'avait qu'à retourner dans les trafics divers qui lui rapportaient « 200 euros par jour » auparavant. Je lui rappelai que les mises en gardes avaient été nombreuses, que nous avions souvent discuté avec lui et écouté sa façon de voir. Il se plaça alors en victime persécutée, imaginant que nous avions fait exprès de trouver un prétexte pour le rejeter et le renvoyer à son statut d'exclu. Sa haine de la société explosa en une phrase, visiblement bien rôdée : « la vie est une pute et il faut la baiser chaque matin ! ». J'ai tenté de lui rappeller que c'était bien lui qui avait transgressé ses engagements, comme il avait transgressé les lois, et qu'il était donc responsable de ce qui lui arrivait, mais Dany déjà se levait, visiblement dégoûté de la vie...
Avec mon collègue nous nous sommes regardés, encore plus mal à l'aise qu'en entrant. Visiblement Dany ne se rend pas compte de l'importance du respect de règles de vie en commun, applicables dans le cadre du travail. Mais surtout Dany nous a montré son mal-être, son sentiment que la vie ne l'épargne pas et que la société ne cesse de lui appuyer sur la tête alors qu'il fait des efforts...
Ébranlés, nous nous sommes ouverts à nos collègues de notre doute : fallait-il vraiment prendre le risque de renvoyer Dany vers la prison ? Ne pouvions nous pas lui offrir encore une chance ? Au moins celle de ne pas retourner vers ce vivier d'exclusion-rejet de la société qu'est la prison ? La discussion a été vive, entre ceux qui ont vu en face la détresse de Dany et ceux qui affirmaient que nous cherchions surtout à nous donner bonne conscience.
Il ne s'agissait pas de bonne conscience, mais d'humanité.
Finalement c'est ce côté qui l'a emporté et Dany restera avec nous. Au moins jusqu'à son prochain jugement. Nous aurons fait ce que nous pouvions pour lui donner, encore une fois, une chance. Il en a bien besoin...
Commentaires
Difficile en effet ... mais se sentira-t-il reconnu en tant que personne à devoir se plier à nouveau à ces règles et à avoir bénéficié de ce qui peut lui paraître une aumone ?
Il me paraît vraisemblable qu'il fasse très vite un acte d'éclat et marque sa propre singularité en s'absentant une journée ;-)
N'est-il pas avant tout en recherche de reconnaissance individuelle ? Pourra-t-il la trouver dans ce travail et dans ces règles ?
Pas toujours facile de choisir entre donner les limites, et ... croire en l'homme !!!
Donner indéfiniment sa chance peut laisser croire qu'on peut tout se permettre, puisqu'il n'y a pas de sanction...
Mais ne pas donner sa chance ... ou encore une autre chance !!!
Je suis très souvent confrontée à ce problème avec mes ados, et la décision de respecter les limites et la sanction n'est pas toujours facile à prendre !!!
Donner une chance
Yogi, je pense que la reconnaissance passe aussi par la prise en compte des difficultés et je crois que Dany s'est rendu compte de l'écoute que nous portions à sa situation. Dans le cas contraire il se serait certainement senti "abandonné", ce qui n'aurait fait que rajouter à ce qu'il pense déjà de la part de "la société".
Peut-être que cette nouvelle chance que nous lui donnons ne restera pas longtemps gage de bonne conduite, mais c'est la finalité qui compte : contribuer à donner une autre image que celle qu'il a de "la société".
Oui, il est en quête de reconnaissance, mais il est important qu'il comprenne que celle-ci viendra des efforts qu'il fait pour s'insérer plutôt que par des "exploits" qui ne seront reconnus que par ceux qui auto-entretiennent l'exclusion sont ils se disent victimes.
Pour ce qui est des règles, comme le dit teb toute la difficulté vient effectivement de l'équilibre à trouver, en perpétuelle oscillation entre souplesse et rigidité. Ces adultes sont souvent de grands ados, pour ne pas dire des enfants...
Croire en l'homme, croire en l'évolution possible, croire en la prise de conscience... et toujours donner une chance.
A chaud
Je réagis a chaud, parce que justement la semaine passé un jeune a qui on avait donné sa chance est venu dans ma ropriéte et méme dans la maison que nous construisons pour tirer a bout portant sur deux de nos ouvriers les blessant un aux pieds et un gravement á la jambe.
Alors tu vois Pierre, je pense que ces jeunes ou pas jeunes d'ailleurs, quand ils ont déjá gouté la prison et n'ont pas compris qu'ils devaient respecter les régles et bien il ne faut pas trop leur donner de chance.
Lui aujourd'hui a une nouvelle chance, mais si demain il braque encore une pauvre vieille et qu'elle fait un infactus, aura-t-elle une autre chance de vie ?
Nos pauvres ouvriers n'ont plus de boulot, des frais médicaux qu'ils ne peuvent assumer, parce que nous vivons dans un pays qui n'est pas aussi social que la France. Deux pauvres jeunes ouvriers, volontaires, privé de leur bouleau et blessés, parce que d'autres ont eut leur chance. ca me fou les boules grave.
croire en l'homme ! Oui ! Résolument !
Je pense (je suppose et espère), que chacun des protagonistes de l'encadrement de ces jeunes croit en l'homme ! qu'il ait été pour le renouvellement ou le non renouvellement.
Je me garderai bien d'émettre une quelconque appréciation quant à la décision prise.
Ce qui est le plus préoccupant est : comment en est-on arrivé là... Pour ce jeune... Pour des milliers d'autres...
mais de quoi celui-ci a-t-il véritablement « besoin » pour retrouver le chemin de sa propre humanité...?
j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour le travail que tu fais, toi, Pierre, et aussi tes collègues.
je me réjouis plutôt que la discussion ait été vive ! Parce que justement il ne peut y avoir de solution toute faite, sortant d'un chapeau de magicien ! Et que si les échanges peuvent être musclés, c'est probablement que chacun s'y engage avec sa propre "humanité".
Reste à espérer que cela ne porte pas atteinte à votre solidarité de mission commune.
je suis très proche d'une magistrate, juge des enfants. Elle me racontait récemment qu'un jeune dont elle suit le dossier pénal, quelle a " malheureusement dû incarcérer" (selon son expression), avait mis le feu à son matelas. Cela a failli virer à la catastrophe. Le jeune a été "sauvé" de justesse par les gardiens.
Et depuis ce jeune est complètement transformé... Tout cela parce qu'il a réalisé qu'un gardien avait risqué sa vie pour le sauver...
un maton qui "a fait son devoir" d'humain...
un jeune qui retrouve peut-être le chemin de son humanité...
croire en l'homme ! Oui ! Résolument !
oui, josie.....
.....voilà où réside le 'vrai' problème de donner sa chance ou pas!
ds mon travail, j'ai, comme pierre, à me positionner pour donner 'une autoristion' ou la refuser et les 'conséquences' de cette décision peuvent être aussi dramatiques que ce que tu évoques! les autorisations de sorties, d'autonomie des personnes handicapées mentales adultes sont aussi 'risquées' que les contrats passés avec les personnes qui travaillent avec pierre....
en fait, qd une sortie est autorisée, c'est que chaque éduc *s'engage* sur ce projet et en prend *la responsabilité* conjointement avec les collègues et la personne concernée...ce qui veut dire que ce n'est pas pour "avoir bonne conscience" ou parce qu'on se laisse amadouer par la détresse d'une personne (victimisation) mais qu'on 'impose' à cette personne de respecter SON engagement (de bien se conduire) comme NOUS, de notre côté, nous veillerons à ce que ça se passe bien (surveillance discrète MAIS effective)....ainsi nous 'partageons' la responsabilité et petit à petit, ça porte ses fruits (ça fonctionne rarement du premier coup!; c'est un travail sur le long terme -des années!- et je ne sais pas si 'le long terme' est envisageable ds le travail de pierre, ce qui est, à mon sens, là où réside le 'vrai' pb de société!
voilà 18 ans que je fais ce boulot et j'ai, notamment, effectué un stage long à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) où j'ai pu voir, comprendre que la *famille* et l'éducation donnée soit aux enfants handicapés, soit aux enfants qui deviennent délinquants, étaient porteuses de ses devenir 'particuliers' en terme d'autonomie et de responsabilités
tout comme pierre, qui tente à présent, par la psychogénéalogie, de retrouver le fil de ce qu'il est (et comprendre certaines difficultés, certains comportements, mais aussi ses peines comme ses joies), c'est aussi en 'étudiant' les compositions des familles (ou le 'manque' de famille) qu'on peut comprendre certaines 'grosses' difficultés de nos résidants, par ex
pour moi, ce n'est pas, à priori, 'la société' qui est en cause (c'est un peu trop 'simple' de dire "c'est sociétal" car c'est trop 'réducteur' ou bien trop 'global') mais c'est plutôt au 'particulier' qu'il convient de revenir, donc au couple parental ou à l'entourage proche de la personne (parfois, il n'y a PAS de famille, 'justement')
il y a ds la phrase de dany qq chose qui m'interpelle 'grave': la place du féminin....la vie ne serait pas 'maternante' (ou trop?) si elle est une pute (cf "la maman et la putain") mais le masculin (ce 'salaud' pourrait-on dire en parallèle) où est-il pour SECURISER, pour nommer ET imposer les limites? dany emploie le féminin pour parler de son désespoir, pourquoi n'emploie-t-il pas le masculin?
tjs le 'même' équilibre à trouver, que ce soit ds une relation ou bien ds une société pour que ça 'fonctionne', me semble-t-il.....
je ne sais pas si on voit ainsi le lien entre les derniers billets de pierre et celui-ci, même si ça n'en a pas l'air (heu...*les choses sont rarement ce qu'elles paraissent* ;-))
merci pierre et bonne journée à tous
Je rejoins entièrement Alain dans ses propos.Croire en l'humain. La prison est selon moi une mauvaise solution mais bien sûr que faire dans certains cas où l'homme devient u grand danger pour les autres.
Voir le film "Un prophète" c'est épouvantable ce qui se passe en prison. Sont ce encore des humains tous ces hommes enfermés ensemble dans un espace réduit c'est à devenir encore pire qu'avant.
Dans mon quotidien de prof, le dilemne n'est pas donner une chance (ou la refuser) à celui qui a enfreint la règle mais de gérer les conséquences, comment faire en sorte que la chance donnée à l'un n'entraine pas la perte ou au moins la diminution des chances de l'autre. Vivre ensemble, travailler ensemble, supporter l'autre et ses dérapages et comment ses dérapages entrent en résonnance avec mes manuqes et mes blessures. C'est ce qui rend mes décision difficiles à prendre, tellement difficiles qu'elles peuvent paraitre incohérentes aux adolescents (et elles le sont parfois).
Par mon éducation, j'ai de nombreuses résistances à croire en l'homme et son pouvoir de changement: j'ai été élevée dans le dogme "tout se joue avant sept ans" complété du "il y a ceux dont la nature est d'être bons et ... les autres". Et parce que j'ai conscience de mes résistances, parfois mes collègues me taxent d'utopiste ou de laxiste.
la discussion est vive et c'est bien...encore heureux pourrais je dire, même ici ! Toute la question est là, donner une énième chance à des Personnes, des Etres Humains, pas toujours prèts a assumer leurs responsabilités, sans atteinte des autres. Bien sûr que son action est condamnable, certainenement du point du vue de la victime et de ceux qui se sentent trahis par la confiance qu'ils ont voulu témoigner, mais quand même sa réponse est explosive, plus que "la vie est une pute qu'il faut baiser tous les jours", il est des cas où, "la vie est une pute qui baise parfois certains tous les jours", ce qui n'excuse pas tout évidemment.
Ne connaissant ni le contexte, ni les circonstances qui amènent ce jeune homme à réagir ainsi, je ne saurais que dire...qu'aurais je répondu à sa place ? je n'en sais rien vraiment...seulement que la vie est difficile parfois, et que nous ne naissons pas tous égaux, intellectuellement, socialement etc...et tout cela fait la différence.
je ne crois pas que la vie soit une pute...la vie est souvent cruelle...c'est à nous de ne pas nous y perdre! c'est exigeant...ça demande des efforts de dépassement, ce n'est pas facile...
La vie est injuste
Ta réaction "à chaud", Josie, montre bien que l'objectivité nécessite de la distance. Tout comme je vois en présence de Dany les chances qui peuvent lui être données, tu vois de l'autre côté les victimes de ceux qui ne comprennent pas suffisamment vite que les chances ne leur seront pas toujours données.
Il n'y a pas de justice dans l'existence et celle des hommes tente d'en établir une.
Que Dany et d'autres aient une chance, dix chances, cent chances, ne suffira parfois pas à réparer ce qui les ont amenés à entrer dans des parcours de violence. Que faire ? Penser d'abord aux éventuelles futures victimes ? Mais eux-mêmes ne sont-ils pas déjà les premières victimes d'une histoire douloureuse ? Chaque situation est complexe, difficile, douloureuse...
Alainx, j'aimerais que chacun de mes collègues croie résolument en l'homme, mais je n'en suis pas sûr. Nos façons de voir le monde diffèrent parfois assez profondément et suscitent des tensions. Cependant je crois que chacun de nous peut déclencher des prises de consciences telles que celle que tu cites. Précisément parce que nous sommes différents et que nous nous adressons à des personnes différentes, plus ou moins sensibles à tel ou tel type d'attitude.
Camille, je souscris largement à tes propos et trouve très juste ta remarque sur la place du féminin emmployé pour "la société". Il est à noter que la mère de ce garçon est venue nous voir dès qu'elle a su que le contrat ne serait pas renouvellé...
Charlotte, la prison est souvent une mauvaise solution, mais parfois la seule faute de moyens humains d'accompagnement. Le "coût" humain à long terme est cependant désastreux.
Nicole, la chance donnée aux uns ne doit pas pénaliser celle des autres, c'est vrai. L'exemple du milieu éducatif est très parlant. Il s'applique aussi à celui du travail, de la famille, etc...
Pour ce qui est des dogmes éducatifs, Cyrulnik a développé le concept de résilience : toute personne peut changer ce qui ressemble à un "destin". Rien n'est jamais figé (même si les années qui passent rendent les changements plus difficiles).
Quant à une "nature" humaine bonne ou mauvaise de naissance, ce serait donner à l'inné une place bien trop importante et surtout très simplificatrice. En la matière la simplification est tentante, mais rarement le bon chemin...
Calamityjane, je crois que certains se font effectivement souvent "baiser", et d'autant plus qu'il sont pris dans le cercle vicieux de l'exclusion. Un certain nombre des personnes que nous tentons d'accompagner vivent des galères perpétuelles et multifactorielles : argent, logement, santé, quand ne s'y ajoutent pas alcool, tabac ou autres substances illicites.
C'est juste Lisa. Malheureusement tout le monde n'a pas la capacité de se dépasser. Du moins pas sans être accompagné.
J'avoue humblement rester très perplexe devant cette phrase "la vie est une pute et il faut la baiser chaque matin" car si j'y réfléchis bien, je ne suis pas vraiment sure de comprendre ce qu'il a voulu dire. C'est quoi "baiser" la vie ?... çà veut dire quoi au fond ?...
J'aurais certainement demandé à Dany de développer et de me l'expliquer pour éviter le type de non-discussion où chacun est dans son monde et où on n'arrive pas communiquer car on n'arrive pas à faire entrer l'autre dans son raisonnement intellectuel.
Oui, je reste perplexe de voir dans ce type de situation comme la plupart des gens ont le réflexe de "s'extraire" du contexte dans lequel ils sont alors qu'ils en font partie intégrante, et qu'ils en sont même le coeur.
Ainsi, Dany s'extrait de la vie et lutte contre elle alors qu'il en fait partie, qu'il est lui même la vie.
Je trouve que tout l'enjeu est là : arriver à le faire changer de posture intellectuelle de sorte qu'il ne se sente pas en dehors de la vie, en dehors du travail, en dehors de l'équipe.
Sacré boulot, l'ampleur de la tâche me parait colossale !
La phrase m'a parue bizarre aussi, Claire-Lise, quoique significative de l'image qu'il a de la vie (et de la femme !). D'après ce que j'ai compris, après lui avoir demandé le sens de la phrase, il pense qu'il faut "baiser la vie", c'est à dire l'utiliser pour sa satisfaction personnelle. En jouir sasn rien attendre en contrepartie. Et peut-être (c'est moi qui interprète) "payer" pour ça ?
Il est très difficile de suivre le raisonnement de quelqu'un qui se sent "baisé" par la vie. Le statut de victime, soit résignée, soit en révolte violente avec passage à l'acte, traduit un très profond mal-être rendant la communication quasiment impossible. Toute tentative de rappel à une certaine objectivité et à une nuanciation se heurte à une incrédulité et à un renvoi vers notre différence : nous ne sommes pas du même monde. La seule façon de communiquer serait d'être d'accord avec la posture victimaire et à accepter qu'elle déclenche des réactions hostiles, voire qu'elle les justifie.
J'ai toutes les peines du monde à établir des passerelles avec ces personnes qui se sentent victimes et n'entendent pas sortir de cette posture qui a indéniablement, de leur point de vue, certains avantages à court terme. Mais sur le longe terme, quel gâchis, que d'énergie de vie dilapidée en plaintes et en révoltes, en amertume et en rejet de l'autre. Car c'est bien sûr "l'autre", tous les autres, qui sont considérés responsables du malheur dans lequel se complaisent (!?) les "victimes perpétuelles".
Le discours des victimes professionnelles est parfaitement rôdé, avec réponse à tout et évitement systématique dès que l'évidence devient incontestable. C'est usant de tenter de faire appel à d'autres ressorts vers une sortie de cette posture...
Gloups !
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