C'est quand même bizarre... je raconte ma vie en public et vous êtes nombreux à suivre mes états d'âme. Habituellement discret, peu loquace, l'écrit me transforme en homme bavard sur lui-même. Spectacle infime d'un gars qui prend la vie un peu trop au sérieux... alors qu'il ne l'est pas, sérieux. Enfin si, quand même, mais pas tant que ça.

Mais.. qui suis-je vraiment ? La question a t-elle un sens alors que je me vois changeant, différent selon les situations et les personnes que je rencontre ? Être soi ne consiste t-il pas simplement à l'être dans l'instant ? Chercher à me connaître alors que je suis, par la nature même de la vie, variable, en mouvement, toujours en évolution... cela a t-il un sens ?

Qui suis-je ? Le saurais-je jamais ?

Ces questions me viennent parce que, selon les personnes que je cotoie, dans la vie et sur internet, je constate qu'on me perçoit tantôt comme un homme serein [voire sage...] tantôt comme une personne compliquée qui se "prend la tête" au lieu de vivre simplement [!!!]. Le grand écart de ces appréciations dépend des registres d'expression, des domaines abordés, et surtout du caractère des personnes qui les énoncent.

Mais moi, je me sens comment ?

Eh bien je me sens plutôt serein, et heureux de l'être, dans une vie qui, globalement, me convient ! C'est bien ça le plus important, non ? J'ai choisi de prendre un chemin qui me mène vers un apaisement généralisé et rien que ça contribue déjà à m'approcher de mon objectif. Bon... il est certain que j'y travaille. Je reconnais avoir consacré, cumulée sur des années, une énergie inouïe pour aller vers cette sérénité. Ouais... ça peut paraître paradoxal si la sérénité est vue comme étant une forme pérenne d'insouciance inactive... Mais ce n'est pas mon cas : je sais que ma sérénité n'est pas acquise et qu'il me faut "travailler" à son maintien tout autant que résister à pas mal de sollicitations qui pourraient m'en éloigner.

Ce que je suis, en réalité, tient de deux états contraires : serein et cogitant.

Le concept de sérénité m'était lointain auparavant, mais je le vivais déjà un peu sans le savoir. Je n'ai donc eu qu'à suivre une inclination naturelle en libérant quelques freins. Le travail a été efficace et a porté ses fruits, pour ceux qui m'étaient accessibles. D'autres, inatteignables, restent objet de convoitise. Je pensais pouvoir m'accomoder de cette frustration jusqu'à ce que, très récemment, je ressente physiquement un épuisement que je n'avais pas vraiment identifié jusque-là. Il était directement lié à ce autour de quoi j'écris et réfléchis, quête de réponses concentrée dans une quintessence : c'est quoi l'amour, c'est quoi l'amitié, c'est quoi le lien ?

Si ce n'est pas clair dans mes pensées, ça ne peut pas l'être lorsque j'ai à choisir. Alors souvent j'hésite... Mais j'ai constaté depuis longtemps que lorsque j'hésite entre des alternatives contradictoires je dépense une énergie considérable en patinage immobile. L'envie d'aller dans un sens et dans l'autre, alternativement, simultanément, m'épuisent... pour un résultat quasiment invisible à court terme. Ce n'est qu'à longue échéance que je peux constater les effets éclairants de cette confrontation interne. J'y gagne en assurance, en confiance en moi et c'est primordial. Mais coûteux...

Je crois que, bien souvent, la raison de mes hésitations et le temps qui m'est nécessaire pour me décider viennent de mon souci de l'autre. Je cherche un compromis satisfaisant entre mes besoins personnels et les siens, connus ou imaginés. Selon que je pense d'abord à l'autre ou d'abord à moi, le résultat peut être radicalement différent. Il y a donc une confrontation entre l'alter et l'ego. Négociation interne qui nécessite un temps de maturation. Accepter la différence d'autrui me demande de travailler sur mes limites, m'ouvrir à une autre façon d'être, tandis que ne penser qu'à moi serait assez simple et rapidement tranché...

Mais ce n'est pas ma façon de faire !

A une époque où tout doit se décider vite, je me sens souvent en décalage. Quand on me demande de me déterminer rapidement je me vois dans l'incapacité de le faire de façon sensée et équilibrée. Ce qui fait que, géralement, je laisse l'autre choisir... avec l'éventuelle insatisfaction que je peux ressentir. Cela a pu me coûter extrêmement cher. D'ailleurs le travail dont je parle découle largement de cette facture...

Je crois que vitesse et sérénité s'accordent assez mal. Je me sens infiniment mieux dans la lenteur que dans la précipitation. Je ne suis pressé que lorsque j'ai peur, cherchant au plus vite à être rassuré. Voila pourquoi désormais je m'épargne la peur en restant "à distance" de ce qui pourrait m'inquiéter. Ma sérénité s'accomode très mal de la pression.

Par rapport aux relations à connotation sentimentale et affective il n'aura échappé à personne que j'ai développé des peurs tenaces. Elles contrarient mon accès à une sérénité plus ample et sont l'objet d'un travail intérieur soutenu. J'y consacre encore une énergie importante, notamment par le biais des écrits que je vous propose en partage, tout en me réjouissant des effets bénéfiques qui en découlent. S'il m'arrive parfois d'être las de tant d'énergie consacrée à un cheminement dont je constate qu'il ne passera pas là où j'aurais aimé, je crois cependant qu'à la longue je verrai tous les avantages des détours involontaires auxquels j'aurais été contraint.

Aller vers la sérénité est un travail de longue haleine mais je crois qu'il en vaut vraiment la peine.

IMGP7246

Lente maturation d'automne