Bon, je laisse mes coups de gueule écologistes pour revenir à des sujets infiniment plus sérieux <== autodérision visant à favoriser une transition que j'assume mal, mais le texte qui suit avait été rédigé avant l'autre. Et puis, finalement, les deux sujets ont un certain lien...
Il y a quelques temps, en parlant d'ambivalence et dépendance, je prenais conscience de diverses dépendances : « Dépendance à l'expression publique et aux commentaires qui en découlent ! Dépendance à l'appréciation des autres... »
Depuis ça me titille...
Est-ce si simple ? [mais oui, vous savez bien que je me prends la tête pour des broutilles existentielles...] Certes, comme la plupart de mes congénères humains j'ai besoin de me sentir "reconnu", donc apprécié par au moins une partie des personnes que j'apprécie et "reconnais". Une reconnaissance entre pairs, en quelque sorte. Mais ça ce n'est pas un problème : je peux toujours trouver des personnes qui apprécieront ce que je suis/fais/dit, quel qu'en soit le sens, quels que soient les objectifs que je poursuis. Un des salariés que j'accompagne me le disait récemment avec ses mots : « je veux devenir caïd, pour être respecté par les autres caïds ». Là où ça en deviendrait un, de problème, c'est si je cachais ou reniais une part de moi en vue d'être apprécié. Il y aurait tromperie sur la marchandise. Vis à vis des autres, moindre mal, mais surtout vis à vis de moi, ce qui serait grave !
Bon en fait, euh... c'est un peu le cas, mais pas de façon délibérément volontaire et cyniquement assumée. Juste un habillage, un costume de scène pour me croire plus présentable. Je ne suis pas dépendant de l'appréciation des autres au point de me renier. Et d'autant moins quand il s'agit de ce qui constitue mes valeurs. Je crois que, pour ce qui est essentiel et fondamental, je reste "authentique". Ouf !
Pour ce qui est de la « dépendance à l'expression publique » [concept bizarre, d'ailleurs...], c'est plus subtil, de même que pour les commentaires. En fait j'ai surtout besoin d'échanger sur des sujets qui me préoccupent. Sans parler de véritable « dépendance », je me sais féru de discussions et échanges d'opinions. J'aime bien ça ! C'est une façon d'avancer, de me positionner, de me définir en rencontrant l'autre. Et puis ça me permet de ressentir des émotions, de vibrer, donc de détecter ce qui m'importe et me touche vraiment.
Mais pourquoi en public et sur internet ?
Internet c'est le côté pratique : c'est là, à disposition quand j'en ai envie. Un peu trop facilement, d'ailleurs...
Il n'y a pas que ça : est pratique aussi la liberté d'aller et de venir, de me manifester ou pas, de choisir les sujets de discussion/réflexion. Et puis j'habite à la campagne, un peu loin du monde et des possibilités de rencontre. Le monde à portée de main sans se bouger les fesses, c'est quand même vachement pratique !
Mais je pourrais tout aussi bien m'en tenir, sur internet, à des échanges privés. Comme à mes débuts. Or je constate que j'ai tendance à aller plus facilement vers le blog que vers mes mails. Sauf s'ils m'interpellent suffisamment pour que je les fasse passer en priorité. Avec internet je privilégie la conférence publique aux confidences privées. Probablement parce que ça m'évite de répéter les mêmes choses.
Surprenante préférence pour la scène publique, alors que dans la vie terrestre c'est le contraire ! Rattrapage de ma nature réservée ? Vengeance du timide que j'étais ? Peut-être bien... Sur internet je ne perds pas mes moyens, mes idées ont le temps de venir, je ne me hâte pas de vite conclure en ayant l'impression de prendre toute la place... Ouais, ici je me sens plus libre d'être moi-même que dans le monde sensoriel ! Donc apparemment plus "vrai"... ce qui est évidemment une aberration si on se réfère au réel. La réalité virtuelle ne fonctionne que dans ce monde à double fond, étroitement inféodé aux technologies artificielles. C'est toujours vertigineux de se lancer dans cette réflexion entre le réel et la réalité virtuelle. Ça me rappelle The Matrix...
Donc je serais "plus vrai" ici... Mouais... sauf que si on m'enlève internet mon existence se réduit immédiatement de cette part de réalité artificielle ! Atrophiée ma vie serait radicalement différente. C'est donc par rapport aux échanges par internet que je ressens une dépendance !
Sans le lien internet mes soirées seraient d'un ennui mortel ! Mes week-end pluvieux d'une solitude absolue ! Mon monde relationnel se restreindrait à mes relations de travail [bof !], quelques amis proches et ma famille. Les discussions seraient limitées à ce qui serait partageable avec ces personnes-là... Hum, pas enthousiasmant... Mon existence s'est amplifiée depuis que je me suis connecté aux échanges par écrit et à distance. Je crois pouvoir affirmer que sans le cordon internet je n'aurais pas divorcé... Je ne me serais pas posé autant de questions sur le couple et les relations. Je n'aurais peut-être pas changé d'orientation professionnelle. Je n'aurais pas rencontré toutes ces personnes qui m'ont ouvert l'esprit, qui m'ont permis d'avancer infiniment plus loin que mon cercle étroit de connaissances me l'aurait autorisé. Je n'aurais pas voyagé autant...
En bref, je ne serais pas devenu "moi" !
Bien sûr cette évolution s'est faite parce qu'il y avait aussi le réel : je ne suis pas enfermé dans un monde virtuel, loin de là. Ma pensée, qui navigue entre monde réel et monde "imaginaire" se nourrit de l'un et de l'autre. Mais, puisque je cherche à comprendre ce que je suis, je dois bien reconnaître que la double réalité me pose un petit problème identitaire : qui suis-je réellement ?
J'ai de temps en temps la tentation de revenir franchement vers le réel. Réintégrer exclusivement dans le monde sensoriel, celui que l'on touche, voit, entend, goûte, sent et ressent. Mais si je pousse mon raisonnement un peu plus loin je me dis que la recherche du réel pourrait bien me mener vers un isolement accru, assorti d'un rapprochement avec la nature et les éléments. Parce que, si on y songe, les discussions et rencontres dans le monde réel sont aussi basées sur une importante part d'abstraction, donc de virtuel : le langage est déjà une réalité virtuelle. La pensée est une abstraction virtuelle, de même que les ressentis, pourtant bien "réels", de nos émotions.
Vertigineux, vous dis-je...
Vais-je continuer à alterner présence au monde réel et au monde virtuel ? Dois-je me forcer un peu à sortir de mon cadre de vie solitairement relié ? Parce que... je me rends bien compte que, mes enfants étant partis explorer le monde, je passe maintenant beaucoup de temps seul. Physiquement seul. L'envie de rencontrer, de discuter, de m'enrichir, de partager, se manifeste et pourrait prendre de l'ampleur. Mais comment faire ?
Dans la nature qui m'entoure je trouve de quoi largement combler mes besoins de reliance à la terre et aux éléments. Je m'y ressource et y puise une énergie, j'y maintiens mon équilibre et retrouve une conscience bien terre à terre, un "bon sens" qui m'est nécessaire. Je crois que je peux encore y découvrir beaucoup de satisfactions insuffisamment développées.
Est-ce que je peux trouver le même genre d'équilibrage parmi les humains ?
Je me demande un peu comment faire par rapport aux contacts réels. Je suis assez ambivalent par rapport au monde dans lequel je vis. J'ai tendance à le regarder de loin, m'en tenir à distance, parce qu'une grande part de ce que j'en vois me dérange, me perturbe. Être au contact du monde humain m'apporte parfois de belles satisfactions, mais aussi de lourdes déceptions. Sans doute ai-je à apprendre comment aller vers ce qui me procure un sentiment de bien-être, tout en me tenant à l'écart de ce qui me nuit. Privilégier l'échange avec ceux qui partagent des valeurs compatibles avec les miennes et me préserver des réalités personnelles qui s'y heurtent.
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Le lien avec le sujet précédent serait cette dissociation que nous faisons entre le réel et le virtuel. Entre ce que nous savons et ce que nous ne voulons pas voir. « Nous ne croyons pas ce que nous savons », selon une formule dont j'ai oublié l'auteur.
Peut-être vas-tu devenir enfin un peu "demandeur"... au lieu de simplement laisser venir ? Je serais tentée de dire "un peu plus humain"... ;-)