Sans connaître vraiment sa vie j'estimais Bernard Giraudeau. Je le savais acteur, comédien, écrivain, mais aussi baroudeur, aventurier, cinéaste. Belle gueule, belle assurance apparente, bel esprit. Il avait quelque chose d'attirant, de fascinant. Je sentais en lui un homme libre.

Une interview récente laissait paraître chez lui une grande sérénité à l'approche de la mort. Une acceptation de ce qui est en même temps qu'un engagement jusqu'au bout pour transmettre ce qui pourrait aider les autres dans la maladie..

Hier, après son décès, j'ai entendu Anny Duperrey, qui fut longtemps sa compagne, évoquer son souvenir. Elle disait notamment que le cancer lui avait permis de se rapprocher des siens, d'être plus attentif aux autres. Elle disait surtout, et c'est ce à quoi j'ai été le plus sensible, qu'ensemble, sachant que le temps était compté, ils avaient pu beaucoup parler et ainsi « évacuer toutes les zones d'ombre » de leur relation défaite. Qu'ils avaient fait en sorte « que tout soit absolument clair et qu'il ne reste que des bons sentiments et de la tendresse ». Elle paraissait visiblement sereine. Heureuse.

J'ai trouvé cela admirable. J'en ai été ému. Parvenir à ce que chacun se sente en paix avec ses proches a pour moi la plus haute valeur. Qu'entre ceux qui s'aiment ne reste pas d'amertume, de blessures non-dites, non reconnues. Être en paix avant qu'il ne soit trop tard. Que la perspective de la mort soit nimbée de sérénité.

Je ne désespère pas d'y parvenir...