Bonjour...

J'ai été absent quelques temps et certaines personnes s'en sont un peu inquiétées, manifestant leur souhait de me voir "revenir" sur ce blog. J'ai été sensible à cette attention et me suis rendu compte, une fois de plus, que les mots de chacun étaient importants pour d'autres. Les miens pour "vous", les votres pour moi.

Me savoir exister pour d'autres que mes proches, être perçu comme étant une présence qui compte, avoir une importance... il m'a longtemps été difficile de croire et accepter cela. Aujourd'hui je le peux et je vais vous raconter ce qui l'a permis.

Mais d'abord... pourquoi cette mise en retrait de la scène publique ?

Plusieurs d'entre vous savent que je publie mes pensées sur internet depuis très longtemps, quelques uns se souviennent certainement que, parfois, des évènements importants de ma vie se sont confondus avec ce que j'en écrivais. Quoi qu'il en soit, il y a maintenant plusieurs années que mon écriture publique et mon cheminement de vie s'alimentent mutuellement et respirent en synchronisation. Je ne serais pas celui que je suis si je n'avais pas vécu cette riche expérience du dévoilement en partage.

Mais voila : l'aventure n'a pas toujours été agréable et plusieurs fois j'ai été bousculé par des remarques, des commentaires publics. Je pourrais les qualifier de maladresses si je n'avais pas compris, par là-même, que c'était moi qui donnait un sens à ce qui m'atteignait. J'ai parfois été blessé, profondément déstabilisé, mis en colère, attristé, déçu... tout comme d'autres fois j'ai été réconforté, rassuré, enchanté, réjoui par ce qu'on me disait. C'est un mouvement de balancier sur lequel je ne peux garder tout contrôle.

Qu'en ai-je compris ? Que chacun est responsable du sens qu'il donne aux mots, aux intonations, au phrasé, au registre d'expression. Se dire, et la façon de le dire, c'est s'affirmer existentiellement. Mais si dans toute expression de soi il y a le souhait d'un d'écho, chacun est libre d'y répondre ou pas. Dans le même mode... ou pas. Il m'appartenait donc de saisir, ou de laisser tomber, ce que l'autre émet vers moi. Bien que destinataire, il me revient de refuser ou accepter ce qui m'est envoyé.

C'est ce dont je viens de prendre conscience avec davantage d'acuité durant six jours, au sein d'un groupe visant à favoriser l'expression de soi. Faisant partie intégrante de ma formation à l'écoute, cette semaine s'est révélée être particulièrement riche et dense de découvertes et d'émotions. J'y étais d'autant plus disponible que mon silence ici durant la semaine qui précédait m'avait largement déconnecté de la blogovie. C'était volontaire...

Tenter de décrire ce qui s'est passé là-bas est inutile, nécessitant un trop long développement qui serait, de toutes façons, détaché des ressentis. Or ces derniers étaient la matière première de la session. Par contre, ce que je peux en dire c'est que s'est confirmé ce que j'avais (re)découvert récemment grâce à quelques échanges qui m'avaient affecté : l'expression de soi, si elle vise à l'authenticité, ne peut se faire sans certaines conditions. La première de celle-ci étant le non-jugement.

Je ne me sens libre de me dire que si je suis certain que mes mots ne seront pas jugés. Que si je ne me sens pas critiqué ou dénigré. Seule une attitude bienveillante et respectueuse le permet. L'inverse me mène à la prudence, la méfiance, voire au mutisme. Il est évident que l'exigence d'un respect particulier ne peut s'appliquer à un espace ouvert à tous. En outre, l'expression intime de soi nécessite une certaine confidentialité et l'adhésion de ceux qui y sont conviés à une règle de non-jugement de la parole confiée. Ce n'est donc pas possible sur un blog ouvert à "n'importe qui". Ma soif d'échanges approfondis m'a souvent conduit à faire des erreurs d'appréciations et à m'exprimer publiquement sur un espace inapproprié. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même d'avoir mal estimé les enjeux de cette exposition. Le non-jugement n'est pas inné et nécessite une démarche volontaire.

En revanche, quand la libre parole trouve un cadre favorable, il peut en sortir une très grande richesse humaine. Le ressenti individuel fait résonner l'universel au coeur de chacun. C'est cette fraternité en humanité que j'aime rencontrer. Je l'ai souvent trouvée dans le monde des blogs intimistes. Je l'ai aussi vécu à haute intensité pendant mes six jours de stage, avec des personnes aptes à y participer.

Ce que chaque participant à donné de son intimité profonde, de ses doutes, de ses failles et questionnements, a été pour moi un précieux cadeau. J'en ai reçu énormément, comme j'en ai "offert" à celles qui ont entendu ce que je leur confiais de moi. Des cadeaux qui ne me coûtaient que le prix de la sincérité et de la confiance accordée. C'est peu... et c'est beaucoup !

L'intensité du partage a été telle que la séparation d'avec ces inconnues, devenues si proches en quelques jours, aura nécessité plusieurs étapes. Chaque personne a ainsi pu faire part de son ressenti personnel, de son rapport au groupe, ainsi que de son rapport à chacun. Les remerciements réciproques ont duré longtemps, dans une belle émotion, et tous ont reçu des autres des paroles encourageantes, là encore bienveillantes... Ce n'est pas habituel de constater que des personnes nous apprécient, mettent en avant des éléments de soi que l'on ignore ou minimise. Ce n'est pas si facile de recevoir des appréciations très favorables, quand le poids d'injonctions lointaines nous font nous percevoir comme peu estimables, jamais à la hauteur suffisante.

Beaucoup de larmes de bonheur ont coulé en recevant ces regards favorables.

Moi-même j'en ai reçu un bouquet jaillissant, me montrant que je n'étais pas du tout perçu comme je le craignais. Mais cette fois j'ai accueilli pleinement tout ce qui m'a été dit, parce que la sincérité ne se refuse pas. J'ai aussi constaté que nombre de mes peurs tombaient après que je les ai exprimées publiquement, dépassant la gêne initiale.

Dans ce stage faisant appel aux ressentis pour exercer une profession dans le domaine de l'écoute, de l'affectif, des émotions, il y avait, sans surprise, beaucoup plus de femmes que d'hommes. Deux seulement, pour vingt-trois femmes. J'avais été touché de voir combien la plupart d'entre elles se prenaient dans les bras et me suis finalement ouvert d'une envie de contact sans oser le faire. Je sentais mes bras prêts à s'ouvrir mais... dans l'ambigüité des relations hommes-femmes... je n'osais pas. Cet aveu public m'a finalement délivré, m'autorisant à aller vers plusieurs d'entre-elles et les autorisant à venir vers moi. Fraternité et amitié. De longs moments de "prise dans les bras" et paroles chuchotées à l'oreille ont été mutuellement bienfaisants.

Ce que je raconte ici en quelques images est extrêmement réducteur et n'évoquera peut-être rien pour vous qui me lisez. Entre stagiaires nous nous amusions à imaginer la perception que des personnes extérieures pourraient avoir de ce bain d'émotion et de douceur : « c'est une secte ou quoi !? ». Et bien non : le partage d'émotions profondes, accueillies en confiance, peut déclencher un bonheur aussi simple que fort. C'est tout simplement bon et propre à faire tomber barrières et carapaces habituelles. Pour la plupart nous ne nous connaissions que depuis six jours mais, par certains aspects, bien mieux que ce que nos proches savent de nous.

Six jours hors du monde, pourtant perceptible au delà du domaine où nous séjournions. Six jours dans une vie très authentique... et pourtant déconnectée de la réalité du monde. Six jours sans agressivité. Six jours d'un bain de bienveillance et de respect des personnalités de chacun. Qu'est-ce que ça fait du bien ! Qu'est-ce que c'est bon !

Comprenez donc qu'après cette expérience bienfaisante je ressente que quelque chose à changé en moi. Il est probable que mon rapport aux autres et à la perception qu'ils peuvent avoir de moi en soit modifiée. Et de plus en plus je me dis que ce blog n'est pas vraiment l'espace qui me permettra de trouver ce que j'aime : partager des idées, des ressentis, des émotions... sans éléments bloquants. Sans que personne ne veuille imposer sa vérité. Sans enjeux de rivalité ni de domination.

Au fil des ans, ici et dans le monde sensoriel, j'ai cheminé parmi les autres. Attiré à la fois par ressemblances et différences, je me suis cogné à leur réalité. Maintenant j'apprends, peu à peu, pas à pas, à aller vers les personnes avec qui je ressens le rapprochement bénéfique. Au contraire je reste à distance, ou m'éloigne, de celles pour qui je représente quelque chose qui les rend agressives à mon égard, peut-être sans en prendre conscience. J'ai compris que ce n'était pas moi en tant que personne qui réveillait leur exigence à mon égard, mais ce que je représentais à leurs yeux. Je les laisse alors à leur problématique sans accepter d'y jouer un rôle de martyr.

Ce lent travail de détachement de l'opinion d'autrui, dont j'attendais toujours qu'elle puisse devenir (ou redevenir) favorable, cette patiente recherche d'un mieux-être, c'est en grande partie grâce à l'exposition de mes réflexions, ressentis et émotions que je la traverse. Je le fais en confiance, apprenant à cerner les domaines sensibles. Découvrant progressivement ce qu'il vaut mieux que je ne dévoile pas à tous. Ainsi je peux aller plus loin avec les personnes qui le désirent.