Dès mon lever, ce matin, j'ai vu que la journée s'annoncait radieuse. L'aurore lumineuse d'un ciel violacé m'encourageait à partir en montagne mais j'ai décidé de profiter de la douceur annoncée pour faire quelques travaux d'entretien dans mon jardin. Il y avait comme un avant-goût de printemps...

J'ai travaillé avec concentration, comme à mon habitude, entièrement présent à ma tâche. Couper des branches, ôter d'anciennes clôtures protégeant des chevreuils les arbres devenus grands. En fin de matinée je me suis assis quelques instants sur les herbes sèches de la prairie. J'aime contempler le paysage et le franc soleil m'incitait à lézarder. Quelques oiseaux pépiaient. J'étais bien. J'étais même très bien ! Là, simplement assis dans l'herbe au soleil.

Sans que je m'y attende me sont revenus des souvenirs de moments analogues, mais partagés. Quand se vit ensemble le même bonheur de l'instant il acquiert une dimension supérieure. Et davantage encore quand il est partagé avec une personne aimée. Il ne me manquait rien à le vivre seul... mais il aurait été plus réjouissant de le partager en connivence. En silence ou à demi-mots.

Il n'en fallait pas plus pour me faire cogiter, sans doute parce que ces derniers jours j'ai pas mal réfléchi aux conséquence de mon choix de vie en solo...

Ce que je me suis dit, là, dans mon coin de prairie ensoleillée, c'est que j'ai vécu d'inombrables grands moments de bonheur tout simple quand je les partageais avec celle que j'avais épousé. Avec elle je me sentais en confiance et je pouvais me laisser aller à être pleinement moi. Un état d'abandon que, finalement je n'ai connu qu'avec très peu de personnes, faute de sentir cette confiance.

Alors j'ai pensé à ces moments précieux que je ne vis plus avec elle. Et dans un flash-back je me suis souvenu de ce qui avait mené à la fin de ce partage confiant : ma soif d'échanges. J'avais besoin de partager davantage, de rencontrer d'autres idées, de réfléchir plus loin, de comprendre au delà de ce que j'ignorais. J'avais aussi besoin de rencontrer d'autres femmes, pour vivre ce que je ne trouvais pas dans mon couple et... mieux comprendre ma femme. C'est une soif de discussions et réflexions croisées qui m'a conduit à m'ouvrir à la découverte. Mais je suis allé plus loin que j'aurais pu imaginer, plus loin qu'elle pouvait l'accepter.

Maintenant j'ai ce qui me manquait auparavant : je consacre beaucoup de mon temps à la réflexion et à l'expression. Il faut dire que j'en ai, du temps, maintenant que je suis seul... J'y gagne peu à peu en conscience, en confiance, en assurance, ce qui me permet d'être plus proche de ce que je me sens être. Je serais tenté de dire que « ça n'a pas de prix ».

Ça en a quand même un : je partage beaucoup moins les moments de bonheur simple. Mais bon, comme on me l'a souvent dit « on ne peut pas tout avoir ! ». J'ai fait des choix et j'en assume les conséquences. Et je n'en suis pas malheureux ! D'ailleurs si je l'étais il ne tiendrait qu'à moi de remédier à la situation.

Alors j'ai continué ma journée tranquillement, en toute liberté, sans même penser que, comme chaque jour, je ne partageais plus la convivialité des repas. Ni les discussions impromptues. C'est ainsi, et je m'y suis fait. Tout comme au lit à moitié vide.

PS : Ce billet à une tonalité tristouille qui ne colle pas vraiment à mon état interne. C'est probablement parce que d'autres souvenirs se sont clandestinement invités...