J'ai lu sur Blog de Psy une réflexion autour de ce qui est perçu de l'amour et de « l'encouplement » dans notre société. Être en couple, ou aspirer à l'être, constitue la normalité. Le couple étant de nos jours fondé sur l'amour tout autant qu'il semble le concrétiser, c'est en fait l'amour qui est perçu comme étant un état normal. Amour qui lui-même régit l'évolution des couples, les faisant ou les défaisant, sous le régime de l'élasticité polymorphe et subjective qui caractérise le terme "amour"...

Le problème de la normalité c'est qu'elle crée de fait de l'anormalité...  Ne pas être amoureux, ne pas être en couple, ne pas être en attente de l'être, constituent donc des situations anormales qui suscitent un certain étonnement. Personne ne posera de questions complémentaires à celui qui laisse entendre qu'il est en couple, mais allez dire que ce n'est pas le cas... et tout de suite d'autres questions suivront afin d'identifier dans quelle catégorie de normalité vous vous situez. Séparé ? divorcé ? célibataire ? Depuis longtemps ?

Un des jeunes avec qui je travaille, nouvel arrivé mais intrépide et à la langue bien pendue, m'a demandé aujourd'hui si j'étais marié. Il avait cette tonalité de voix qui attend la confirmation rassurante du oui de la normalité, c'est à dire sous une forme interrogative restant dans les graves. En lui répondant que sa question était indiscrète j'ai réussi à faire diversion. Je me voyais mal lui répondre que non, je n'étais plus marié, sachant très bien que d'autres questions viendraient alors.

Bizarrement je trouve que dévoiler une situation personnelle anormale, hors du commun, « pas comme tout le monde », ouvre un accès à l'intimité. Parce que cela ouvre à des questions par rapport à cette différence, perçue comme telle par ceux qui ne s'y inscrivent pas. Mais moi, quand je pense à ma vie en solo, je ne me pose pas la question de la normalité ! Ce n'est que parce que je suis sans cesse confronté à ma différence, par le bain sociétal dans lequel je vis, que régulièrement la question de mes choix de vie ravive mes réflexions.

Je suis conscient de vivre à une époque ou la diversité des choix de vie possibles autorise beaucoup de latitude. Nombre de personnes vivent aujourd'hui en solo. Si ce n'est par choix initial ce peut l'être par choix ultérieur, consécutivement à diverses expériences du couple et/ou de l'amour. Il n'empêche que la normalité exerce une forme de pression, qui demande une certaine énergie pour y résister.

J'ai la chance d'avoir un entourage proche qui me laisse tranquille en ne me posant pas de questions sur ce plan. Je crois qu'il a été admis que j'avais, en matière d'amour et de couple, des idées un peu particulières. Légèrement en marge de la normalité elles ne le sont pas suffisamment pour poser problème, mais peut-être un peu trop pour qu'il soit envisageable d'aborder ce sujet. D'un côté j'apprécie cette discrétion, de l'autre j'aimerais parfois échanger des points de vue. Peut-être pour que mon cheminement soit reconnu comme tout autant légitime que d'autres...

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(Deux hamamelis mêlant leurs branches, dimanche dernier au jardin)