Bon... et si je faisais part de mes impressions sur le documentaire diffusé hier ?

J'ai bien apprécié la tonalité et le point de vue élargi, qui donnaient un bon aperçu sur le sujet. De l'expression intime restant privée jusqu'à l'archivage des écrits intimes publiés sur internet, étaient habilement présentés les enjeux d'une démarche qui oblige à une réévaluation des contours dinstinguant public et privé. Le journaliste n'a pas joué sur les craintes souvent formulées quand il est question d'écrits intimes, autour de l'exhibitionnisme, d'un nombrilisme complaisant, de la "virtualité" des échanges sur internet. Au contraire, les blogs y étaient présentés sous un jour avantageux puisqu'il a même été question de leur « aristocratie » dans le web social ! Waow, ça redonne des lettres de noblesse à une pratique souvent mise en avant pour sa superficialité !

Il m'est difficile d'en parler avec objectivité mais il m'a semblé que la diversité des intervenants, autour de mon témoignage qui servait de fil conducteur, élargissait les perspectives. Dans l'autre sens la lecture d'extraits incarnait les propos des spécialistes. Cette double approche m'a semblé donner une réelle épaisseur au sujet sans jamais l'éloigner de la réalité du "terrain", si j'ose dire.

Les lectures d'extraits ont été pour moi la révélation de ce documentaire. Une voix lisant mes mots leur donnait une nouvelle dimension. Je reconnaissais bien mes phrases, mon vocabulaire [un peu alambiqué...], mais le rythme d'énonciation était habité par une autre personnalité. Du coup je me sentais face à une matière connue mais modelée autrement. Et le résultat en était... transformé. Je dirais presque... magnifié

J'ai ressenti plusieurs choses par rapport à ces lectures, que je vais m'efforcer de traduire ici avec honnêteté [c'est à dire sans me minimiser].

D'abord... un étonnement : c'est moi qui ai écrit ça ? Bien sûr les extraits n'avaient pas été choisis par hasard mais... j'avoue que j'ai trouvé qu'ils étaient "bons". Non seulement bien choisis, mais... ça m'est difficile à dire... de bonne qualité. J'ai été touché par le phrasé du comédien, parfois ému par quelques vérités qui me réapparaissaient [à propos de la fin de l'aventure conjugale]. J'ai été amusé en songeant que mes enfants étaient sans doute en train d'apprendre des aspects de moi qu'ils ne connaissaient pas. J'ai ri aussi en entendant quelques détails dont jamais je n'aurais imaginé qu'ils puissent être un jour lus en public ! Et pourtant, tout ce que j'écris habituellement est destiné à être lu par un public, mais dispersé, individualisé. Et en silence. Hier la différence venait certes de la lecture à voix haute par un comédien, mais aussi de la simultanéité : nous étions beaucoup à entendre la même chose au même moment. La mise en ligne sur le blog n'a pas cette dimension de lecture liée à l'instant. Tous, écoutant, nous étions reliés dans l'instant aux mêmes mots, portés par la même voix. Je n'avais jamais pris conscience de ce que peut apporter cette simultanéité dans le "partage".

J'ai remarqué aussi que tous les extraits choisis étaient énoncés au "Je". Il ne s'agissait pas de ces textes de réflexion qui me demandent beaucoup de travail et dans lesquels j'essaie de généraliser mon propos afin de ne pas être trop égocentré. Non : l'intérêt des extraits résidait précisément dans le regard porté par soi sur soi [sur moi, en l'occurence]. C'est parce que je parlais de ma vie de façon toute simple qu'ils incarnaient une personnalité. Ainsi, à trop vouloir rester loin de mon ego, j'en suis peut-être arrivé à m'exprimer de façon un peu distante. Certes les sujets que j'aborde habituellement intéressent, je le constate par les commentaires qu'ils suscitent, mais ils seraient peut-être plus habités si je les énonçais en me plaçant avec davantage de subjectivité. Quitte à prendre parti et revenir vers un "moi je" que je ressens souvent comme détestable dans le regard des de certains autres. Qui a dit « le moi est haïssable » ?

Du coup je m'interroge : est-ce que ce blog ne s'est pas un peu trop éloigné de ce qui m'est personnel ? Hum... c'est qu'il s'agit aussi d'une protection : en prenant du recul j'évite d'évoquer certains domaines sensibles. Non que je veuille me protéger moi-même, mais j'ai le souci de respecter la part privée des personnes avec qui j'interagis. Je l'oublie parfois, ou passe outre, et c'est ce qui me fait préférer ne pas être lu par des personnes qui pourraient se sentir blessées par le sens que je donne à des situations qui les impliquent.

Tant que ça ne concerne que moi je peux me dévoiler aussi loin qu'il me convient, mais je ne peux veux pas montrer des aspects de ce qui me relie à d'autres sans leur accord dès lors qu'ils sont identifiables. Je peux dire ce que je ressens face à telle attitude d'autrui, mais sans porter de jugement dépréciatif sur ladite attitude. L'exercice est difficile et je préfère donc ne plus m'y risquer. Je ne peux qu'être évasif quand je parle des autres d'une façon qui pourrait les blesser.

Mais comment faire quand la place d'une personne joue un rôle particulier dans la relation ? Il y a des autres qui ne sont pas comme les autres ! Comment parler de ce qui me vient de mon enfance, par exemple, sans que mes parents soient implicitement inclus ? Comment parler de ma vie de couple sans que ma femme n'y soit conviée à son insu ? Et comment parler de mon cheminement amoureux sans... censurer toute la part d'altérité qui en est à l'origine ?

Alors dire "Je" m'est parfois hors d'atteinte, parce que demandant trop de détours pour ne pas évoquer directement ce autour de quoi je tourne ! Un vrai casse-tête. Le pire c'est que parfois il m'a été reproché, dans la vraie vie, de « tourner autour du pot » alors que je cherchais à ménager des susceptibilités...

Ouais, pas simple de parler de soi sans toucher à autrui.

Pour finir, je voudrais mettre en avant l'effet qui sera sans doute le plus marquant après ce passage sur de  prestigieuses ondes : celui de votre regard sur moi. Vous avez été nombreux à me renvoyer l'image d'une personne appréciée, dont les mots étaient attendus. Vous m'avez écouté et ensuite confirmé votre intérêt, souvent de façon élogieuse. Pour quelqu'un comme moi qui a toujours tendance à douter de l'intérêt qu'il peut susciter, c'est quelque chose de très fort. Et non seulement je l'entends, je l'accepte, mais en plus j'y crois ! Peut-être parce que j'ai entendu, comme vous que... eh bien... ce que je disais tenait la route ! Ça ne se voit pas mais tout ça me fait vraiment du bien et contribue à la restauration de mon estime personnelle. Et ça, c'est fort !

Dernière chose : ma fille, immédiatement après l'émission, m'a téléphoné pour me faire part de ses impressions. Elle m'a taquiné, comme à son habitude, et m'a finalement demandé très sérieusement si je n'avais pas envie d'éditer un livre contenant des textes partageables. Je sais qu'il est aujourd'hui possible de réaliser facilement ce genre d'ouvrage en auto-édition et l'idée a d'emblée suscité mon enthousiasme. Je comprends que mes enfants puissent avoir envie de savoir ce qui anime leur père pour qu'il y consacre tant de temps. Et moi j'ai envie de partager cela avec eux...