L'affaire DSK, qui excite depuis quelques jours notre système médiatique, me met mal à l'aise depuis que j'en ai eu connaissance. Une fois de plus apparaissent avec évidence les limites de l'information : s'en tenir aux seuls faits. 

Ces faits tiennent en peu de mots mais sont chargés d'une très forte portée symbolique. Ils sont à la fois "incroyables" et tout à fait crédibles. Sauf que c'est indécidable : il est actuellement impossible de savoir ce qui s'est réellement passé. Face à cette histoire insensée c'est le doute qui s'impose.

Le doute est dénué d'orientation. C'est ce qui le rend fécond. Mais pas forcément pour le meilleur... Il libère la pensée hors de ses chemins habituels mais, en l'absence de sens chacun réagit selon selon un système de pensée qui lui est propre, issu de ses profondeurs et donc largement inconscient. Des peurs peuvent ressurgir en force. L'incertitude ouvre beaucoup de pistes sans permettre d'en choisir aucune. Sauf, peut-être, celle de ne pas choisir tant que rien n'y oblige. La sagesse recommanderait d'attendre que de nouveaux faits permettent de préciser les choses. 

Mais l'incertitude suscite un inconfort. Elle contraint à penser autrement, à s'aventurer vers l'inconnu. Ne pas savoir dans quel sens penser suscite une inquiétude qui ne trouverait un apaisement que dans des explications plausibles. Et là... tout peut convenir ! L'imagination se lâche, les fantasmes se déchaînent. Surtout s'il est question de sexualité !

Je ne sais pas ce qui s'est joué, ou pas, dans une chambre d'hotel entre un homme d'envergure internationale et une femme de chambre. En l'absence de nouveaux faits établis et vérifiés je ne peux rien décider, ne sachant pas lequel des deux est la victime de l'autre. Laisser aller ma pensée c'est au mieux la laisser flotter comme un voilier sans vent, au pire tenter de répondre par moi même en prenant parti pour l'un ou l'autre. Je refuse de suivre cette voie. D'autres s'y engouffrent sans vergogne en préjugeant de la culpabilité de l'un, accessoirement chargé de représentations, ou de l'autre selon leur système de pensée, leurs peurs, leur conditionnement mental.

J'aurais aimé n'être informé que de ce qui est suffisamment certain et fiable pour être propagé. Mais un certain système médiatique s'est depuis longtemps donné pour mission de répondre au besoin de sens. Comme pour nous aider à penser. Comme pour combler au plus vite l'absence de sens. Surtout ne pas rester sans explications ! Alors à partir de faits établis s'élaborent des scénarios du possible. De supputations en suppositions sont proposées des pistes de réflexion plus ou moins prémâchées, finissant par tout mélanger et semer la confusion dans les esprits. Là où prévaudrait la sobriété et la discrétion, à l'instar de ce qui se passe pour les deux otages détenus en Afghanistan depuis plus de 500 jours, un homme est de plus en plus ouvertement suspecté. La présomption d'innocence est de plus en plus bafouée.

Ça me dérange beaucoup.

Des personnes n'hésitent pas à se saisir de cette affaire pour avancer leurs idées, par ailleurs louables. Je pense à des voix féministes, que j'ai trouvé déplacées. En tout cas bien trop précoces.

Il sera bien temps de dénoncer et punir d'éventuelles pratiques absolument condamnables à l'égard de cette femme si les faits dont elle se plaint sont avérés. Mais si ce n'est pas le cas le battage médiatique et la parole donnée à des personnes un peu trop promptes à vouloir trancher sera désastreux pour un homme qui ne pourra probablement pas se défaire de cette histoire.

Dans un cas comme dans l'autre il y aura une victime. Et vu le retentissement de cette affaire, il se pourrait même qu'il y en ait deux.