Assez ambivalent par rapport au médias qui nous incitent souvent à être des voyeurs passivement complices, je me tiens généralement à l'écart de sa forme la plus exacerbée : l'info télévisuelle. Ainsi je m'efforce de rester dans la conscience du monde qui est à ma portée, celui dans lequel je vis réellement, sans me laisser parasiter par ce qui, sans infos, me resterait totalement insu.

Il n'empêche que je finis toujours par me faire rattraper par ce que je cherche à éviter. Il suffit que j'entende à la radio quelques infos hors du commun pour que je me précipite vers le déversoir à images. Dès que je sais... je suis tenté de voir. Au début c'est par "besoin" (?) d'en savoir plus mais très vite il y a une sorte de fascination devant les images. Je ressens le désir d'en voir de plus précises, plus spectaculaires, plus explicites... au risque d'en être choqué. Comme une recherche de sidération devant l'improbable de la réalité. Je n'ignore pourtant rien du malaise que je finis par ressentir devant des images fascinantes, répétées jusqu'à saturation. L'exemple le plus flagrant restant celui du magnifique spectacle pyrotechnique du 11 septembre 2001.

Est-il nécessaire de voir ? L'info a t-elle besoin d'être systématiquement accompagnée d'images ? Pourquoi cette fascination ? Je m'interroge...

Je me demande aussi comment se déterminent ceux qui choisissent de nous "informer" par l'image. Par quelle gymnastique intellectuelle parviennent ils à se sortir de leur double langage : cette image est choquante mais nous la montrons quand-même ! Quitte à critiquer ceux qui l'ont diffusée avant eux, comme c'est le cas pour DSK menotté. En d'autres circonstances j'ai souvent été rapidement agacé par le ton doucereusement compassionnel de présentateurs jouissant du spectacle dont ils vont encombrer nos cervelles au nom du sacro-saint "droit à l'information". Mais bien souvent les images disponibles sont sans aucun intérêt informatif. C'est le cas des envoyés spéciaux en direct de n'importe où, censés nous donner une info "en temps réel"... qui se limite bien souvent à dire « je suis là, tout près du réel ». Même si le réel en question est invisible et se limite à une avenue bruyante saturée de journalistes qui se livrent, chacun sur leur bout de trottoir, au même simulacre d'exclusivité. Ce spectacle est affligeant de bêtise et d'inutilité, imposé au détriment d'une analyse plus consistante. De l'image avant tout, même si c'est pour montrer... rien.

Et moi je regarde ça, stupidement, parce que je me suis laissé prendre et que j'ai été contaminé par une curiosité bizarre, attendant ma dose de spectacle.

C'est affligeant !

C'est ainsi que j'ai appris, ce soir, que l'appartement qui avait été prévu pour recevoir DSK n'avait pas pu convenir parce que la meute internationale des journalistes s'était postée au pied de l'immeuble. Mais quel utilité peut-il bien y avoir à attendre au pied d'un immeuble ? Quelles images pourraient constituer une information digne du moindre intérêt ? Prendre une photo de DSK entrant dans un immeuble ? Filmer les fenêtres de son appartement ? Interroger des voisins qui n'en savent pas plus ? Ce n'est pas de l'info, ce n'est même pas de l'incitation au voyeurisme, c'est du remplissage de vide ! Montrer qu'il n'y a rien à voir et en faire ainsi une information !

Un des avocats de DSK à demandé aux journalistes de ne pas se rendre à la nouvelle adresse. Propos filmés et retransmis... mais immédiatement suivis d'images de la nouvelle adresse envahie de journalistes ! Autrement dit : rien à foutre du droit à la discrétion !

Bon, laissons ça...

Puisque le fond de l'affaire ne sera pas connu avant longtemps, les à-cotés du show de l'inutile sont plus intéressants. Notamment tout ce qui peut se dire, se supposer, s'élucubrer, autour de la faiblesse de cet homme face à ses "pulsions" sexuelles, autorisées par un certain machisme générationnel. Le passé de DSK refait surface et il semblerait que, comme bien d'autres, il avait tendance à considèrer que son pouvoir lui octroyait certains droits sur les femmes. À cette occasion je découvre naïvement, assez surpris, des pratiques apparemment assez courantes de la part de mes homologues masculins. Je n'ignorais pas que les tentatives abusives existaient, mais je ne les pensais pas aussi répandues, et encore moins de la part d'hommes d'une certaine stature. Oui, je sais, ça n'a rien à voir, mais c'était plus simple de croire que les comportements de macho étaient l'apanage de mâles un peu frustes.

Il semble que les journalistes femmes, amenées à rencontrer des hommes de pouvoir, soient fréquemment confrontées à des avances plus ou moins insistantes, pouvant aller jusqu'à la mise en actes. C'est ce que raconte une jeune écrivaine, à propos de DSK.

Je suis troublé. Je ne comprends pas comment un homme peut ainsi aller au delà des limites qu'une femme lui signifie, ou même que les simples règles de vie sociale proscrivent. Quelle image d'eux-même ont les hommes qui agissent ainsi ? Quelle image de la femme ont-ils ? Comment conçoivent-ils les rapports intergenres ? On a pu constater cette semaine, avec quelques dérapages remarqués, que le sexisme banalisé restait actif.

Françoise simpère raconte ses expériences de journaliste face à des hommes qui, sur elle, ont tenté de s'arroger ce droit de cuissage ordinaire. Selon elle c'est toujours avec des hommes de pouvoir que cela s'est produit. D'un certain côté ça me rassure : ce n'est pas tant le masculin qui conduirait à des tentatives de domination qu'une certaine conception du pouvoir.

Je garde cependant un petit trouble, à titre personnel : j'ai un tel souci de me tenir hors de tout comportement de domination masculine que mes partenaires féminines ont parfois formulé le souhait de me voir plus entreprenant, plus... audacieux. Plus virilement conquérant, en somme. Un comportement qui semble aller à l'encontre de l'égalité. Plus surprenant encore, le fantasme de se sentir "dominée" m'a plusieurs fois été avoué, non sans conscience de l'ambivalence sous-tendue par une telle attente à une époque où ces comportements paraissent hérités d'un autre âge. Cela dit l'encouragement à avoir un comportement associant virilité et domination, quand il est librement consenti, n'est en rien comparable avec les diverses formes de violence imposées dans des relations de pouvoir.