De temps en temps je pose ici des extraits de textes qui, pour diverses raisons, m'ont touché. Souvent ils me permettent de porter un nouveau regard sur certains aspects de ma vie, passée ou présente, et de réfléchir autrement. Je ne suis pas toujours entièrement d'accord avec ce qu'exprime l'auteur, mais toujours interpellé. Parfois ces textes génèrent des échanges avec vous, ou entre vous. Et j'aime ça : j'ai l'impression que ça nous fait "avancer" ensemble, chacun sur notre propre chemin...

Aujourd'hui un texte de Liz Gilbert, qui m'a particulièrement plu.

 


« Elle :

- ...S'il te plaît, ne te fiche pas de moi - mais tu vois, je crois que si j'ai tant de mal à oublier ce type, c'est parce que je croyais sérieusement que David était mon âme soeur.

Lui :

- Il l'était probablement. Ton problème, c'est que tu ne comprends pas la signification de ces mots. Les gens pensent qu'une âme soeur est leur association parfaite, et tout le monde lui court après. En fait, l'âme-soeur, la vraie, est un miroir, c'est la personne qui te montre tout ce qui t'entrave, qui t'amène à te contempler toi-même afin que tu puisses changer des choses dans ta vie. Une vraie âme soeur est probablement la personne la plus importante que tu rencontreras jamais, parce qu'elle abat tes murs et te réveille d'une claque. Mais passer sa vie avec une âme soeur ? Quelle idée ! Trop douloureux. L'âme soeur elle ne débarque dans ta vie que pour te révéler une autre strate de toi même, et ensuite, elle se casse. Dieu merci. Ton problème, c'est que tu n'arrives pas à laisser celle-là s'en aller. C'est fini, Supérette [c'est le surnom qu'il lui donne]. La raison d'être de ta rencontre avec David c'était de te secouer, de te faire quitter ce qu'il te fallait quitter, de t'écorcher un peu l'égo, de te montrer sur quoi tu buttes et ce dont tu es dépendante, de te briser grand le coeur afin qu'une nouvelle lumière puisse y pénétrer, de t'acculer à un désespoir et une perte de contrôle tels que tu étais obligée de transformer ta vie, puis de t'introduire auprès de ton maître spirituel et de mettre les voiles. C'était ça son boulot, et il l'a super bien fait, mais là c'est terminé. Le problème c'est que tu n'arrives pas à accepter que cette relation était éphémère. Tu es comme un chien dans une décharge, bébé - tu t'obstines à lécher une boîte de conserve vide, à essayer d'en extraire coûte que coûte de quoi te nourrir. Et si tu n'y prends pas garde, cette boîte va rester coincée à jamais sur ton museau et rendre ta vie misérable. Alors, lâche-là.

- Mais je l'aime.

- Eh bien, aime-le.

- Mais il me manque.

- Eh bien qu'il te manque ! Envoie lui de l'amour et de la lumière chaque fois que tu penses à lui, et ensuite, passe à autre chose. Tu as juste peur de laisser filer les dernières miettes de David parce que, alors, tu seras seule pour de bon, et que Liz Gilbert est morte de trouille à l'idée de ce qui se passera si elle est vraiment seule. Mais c'est ça qu'il te faut comprendre, Supérette. Si tu libères, dans ta tête, toute cette place que tu monopolises en ce moment pour ta fixette sur ce type, tu auras un vide, là, une ouverture - une porte. Et devine un peu ce que l'univers va faire de cette porte ? Il va s'y précipiter - Dieu va s'y précipiter - et te remplir de plus d'amour que tu n'en as jamais rêvé. Alors, arrête de te servir de David pour bloquer cette porte. Lâche prise. »

Extrait de « Mange, prie, aime », de Liz Gilbert

Merci à H. de m'avoir communiqué ce texte.