« Apprendre à se connaître a représenté une conquête. C'est devenu une passion. Mais n'est-ce pas désormais une maladie ? Tandis que les peuples, autour de nous, luttent, progressent, se révoltent, nous donnons l'impression d'être obsédés par nos petites personnes. Autofictions, consultations, développement personnel, journaux plus ou moins intimes, replis sur soi, confessions publiques sur les écrans nous occupent souvent davantage que le vaste monde. A force de « nous écouter », nous n'entendons plus grand chose.

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[...] ceux qui errent à la recherche d'eux-même ont tendance à se bricoler un moi, qu'ils imaginent précieux, secret et absolument singulier, souvent agréable à fréquenter, flatteur en somme, mais totalement mensonger.

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Faut-il alors renoncer à toute connaissance de soi-même ? Non, mais éviter certains pièges pour y parvenir. Revenir à la formule grecque devrait permettre de mieux comprendre le sens de ce retour à soi. S'il est uniquement la quête d'un moi absolument singulier, conquis au prix de l'arrachement au monde et à autrui, le «Connais-toi toi-même » est une pathologie. En revanche, si la connaissance de ce qu'il y a de meilleur en soi, que l'on peut nommer une âme, est considérée comme une voie d'amélioration et de compréhension du monde, et surtout si elle ne dédaigne pas la médiatisation d'autrui, du langage, du dehors, elle reprend alors tout le sens que lui donnaient les sages de l'antiquité»

Michel Eltchaninoff, dans Philosophies magazine n°55
Dossier "Se connaître soi-même, est-ce bien nécessaire ?"