En fonction du milieu dans lequel je me trouve, qui conditionne mes ressentis et ma façon d'être, j'ai l'impression de passer d'un monde à l'autre. J'ai commencé à éprouver cette sensation étrange à l'époque où, dans mon activité antérieure, j'entrecoupais mes longues périodes de travail en solitaire de brefs épisodes d'immersion dans la foule de mes semblables. L'homme des bois, sans aucun souci des apparences, se civilisait alors pour se présenter au monde conformément à ce qu'il considérait devoir montrer. Sans trop m'éloigner de ce que je suis je sentais que le regard supposé de l'autre influait sur ma façon d'être. J'essayais de correspondre à ce que j'imaginais attendu de moi. Je m'adaptais ainsi au milieu dans lequel j'évoluais.

Ma découverte des rapports sociaux à distance, via internet, m'a fait entrer dans un tout autre monde. Fascinant, il m'a d'abord paru sans limites. Je pouvais aller aussi loin que je voulais et les seules limites étaient les miennes. Dans ce monde immatériel il semblait n'y avoir plus de tabous, plus d'interdits, plus de règles. Même le temps et l'espace y avaient moins de consistance. Tout me paraissait possible.

Je me suis finalement trouvé face à moi-même. Libre mais un peu perdu. En quête de sens. Et pas débarrassé des apparences...

J'ai beaucoup exploré le rapport que j'entretenais avec le monde selon que le sensoriel en fasse partie ou pas. Je m'y suis vu différent dans mon rapport aux autres, ce qui a soulevé un certain questionnement : qui étais-je vraiment ?

Aujourd'hui je sais que je suis changeant et multiple, adaptable et polymorphe. Variable. Je suis plusieurs, tant dans la perception que j'ai de moi-même que celle que me renvoie chaque autre. Et en cherchant à connaître qui je suis, je me surprends à découvrir combien je suis...

Dès lors qu'autrui existe dans mon univers je ne puis plus être centré. L'autre me diffracte et rend toujours nébuleuse l'image mouvante que je cherche à préciser.