Cette semaine j'ai été invité à participer à des activités sportives et ludiques dans une station réputée de sports d'hiver. Le genre d'endroit friqué où je ne vais jamais, faute de moyens. Après une journée de travail soutenu j'ai donc pris la direction du lointain Mont Blanc pour rejoindre un groupe déjà constitué. C'est dans un bon restaurant que j'ai fait la connaissance de cette bande sympathique et joviale. Huit hommes et deux femmes qui, manifestement, avaient l'habitude de se retrouver. A priori rien ne les aurait distingués d'une bande de copains, à ceci près que je les savais tous directeurs dans différentes branches de la même grande société de l'alimentaire mondial.

En fait il s'agissait d'un séminaire de cohésion d'équipe et ma prestation consistait à restituer l'ambiance de ce qui allait se vivre en dehors de leurs temps de réunions. Et ce soir-là il était prévu qu'à l'issue du repas ils rejoignent un refuge-hôtel, en raquettes à neige, sous les étoiles et à la lueur des lampes frontales.

Le décalage avec mon quotidien a été assez saisissant. Ça m'amusait de me retrouver là, en pleine nuit, à grimper dans une épaisse couche de neige... et d'être payé pour ça ! Car ma mission consistait à photographier le groupe dans ses diverses activités. Photographie en conditions difficiles, en l'absence de clarté, représentant un défi plutôt stimulant.

 

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J'ai passé la nuit au refuge, profitant d'un bon petit déjeuner autour d'une grande table commune. L'ambiance "vieille ferme", quoique outrageusement soulignée, faisait parfaitement illusion. Il y avait là tout ce dont on peut rêver quand on s'imagine un décor qui fleure bon l'authentique...

A travers les petites fenêtres on aurait pu voir le Mont Blanc si, ce matin-là, le ciel n'avait pas été couvert.

Il était prévu que le groupe expérimente une activité de glisse innovante et c'est en véhicule sur chenilles, genre expéditions polaires, que nous avons été menés en haut des pentes. Un confort bruyant que j'aurais regardé avec dédain si, marcheur, j'avais vu passer devant moi ce genre d'engin pollueur rempli de touristes. Je dois bien admettre que c'est pourtant fort pratique.

Après nous avoir déposés l'engin est parti et nous nous sommes trouvés seuls devant un paysage grandiose et silencieux. J'ai chaussé les skis qui avaient été prévus pour moi et, me lançant dans la neige profonde, suis allé me poster plus bas pour saisir chaque participant en pleine action. Dès qu'ils étaient passés je descendais plus bas pour recommencer dans un autre décor. Durant toute la matinée j'ai ainsi photographié en rafale, tel un paparazzi frénétique, le mouvement rapide de glisse sur les reliefs. Photographie de portraits, d'ambiance, de rires, durant la pause de mi-matinée à la terrasse du refuge devant le Mont-Blanc qui se dégageait lentement de ses écharpes nuageuses...

A midi, retour au refuge pour un bon repas autour d'une table conviviale. Pas un mot sur le travail, juste de la détente (tout directeurs qu'ils soient leur humour potache ressemblait à celui de n'importe quel groupe de copains). Puis descente finale jusqu'au parking où nous attendaient des taxis. Retour enfin à l'hôtel de luxe ou résidait le groupe.

Ne vous y trompez-pas : ça ressemblait à des vacances mais c'était bien du travail ! Le groupe "travaillait" à sa cohésion (et manifestement ça donnait des résultats positifs !), les organisateurs travaillaient pour que tout soit parfait, et moi je travaillais en étant vigilant pour prendre des clichés intéressants. Bon, il est vrai que les conditions de travail n'étaient pas des plus désagréables...

Le lendemain j'étais de retour à mon travail habituel, auprès de demandeurs d'emploi en situation précaire. Le décalage entre les deux mondes avait quelque chose de surréaliste.

Pour l'anecdote j'ai appris que le coût du séminaire de trois jours équivalait a un smic annuel. Hors frais de transport de chacun des directeurs depuis leurs pays respectifs, bien sûr...

  

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Un soir au refuge...


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... et le Mont Blanc qui peine à se découvrir.

 

Comment se fait-il que le modeste travailleur social que je suis ait été amené à vivre cette expérience, vous demandez-vous peut-être ? Et bien... tout simplement parce qu'en répondant au pied levé à une proposition similaire, la semaine précédente, j'avais donné satisfaction. Mais pourquoi m'avait t-on proposé, à moi, cette première mission ? Euh... parce qu'outre le fait que je pratique la photo depuis longtemps, il se trouve que l'organisateur de ces prestations ludico-sportives est l'employeur de ma fille. Je n'ai fait que saisir la chance qui m'était offerte de vivre une expérience nouvelle...

Cela devrait toutefois rester ponctuel puisque j'ai un "vrai" travail qui ne me laisse pas trop le temps de m'absenter.

Quoique... les digressions de ce genre, hors de mes habitudes, qui existent aussi dans d'autres de mes domaines d'intérêt, me rappellent que le métier que j'exerce aujourd'hui n'est en rien un chemin tracé. J'y suis arrivé un peu par hasard, en situation d'urgence, mais je pourrais fort bien en changer. Mon évolution récente vers un poste de responsable m'a ouvert à de nouveaux enjeux intéressants, mais s'ils venaient à me lasser je pourrais sans doute m'orienter vers d'autres activités, plus ou moins latentes. Ou aller vers une pluralité d'activités, conjuguant et développant mes diverses compétences...

C'est un peu ce qu'à osé faire l'employeur de ma fille, audacieux entrepreneur de trente ans, touche-à-tout débrouillard qui a su faire de sa passion sportive une activité... qu'il vend fort bien ! Ce gars-là est non seulement à l'opposé des demandeurs attendeurs d'emploi dont je côtoie chaque jour la désarmante passivité, mais il est aussi sans complexes face à l'argent. Et là j'ai des leçons à prendre de lui...