Il y a un mois je racontais ici le malaise qui m'avait saisi en étant rendu témoin impuissant d'un fait de violence qui, quoique dramatique, ne nécessitait absolument pas que j'en aie connaissance. On m'avait alors fait remarquer, à juste titre, qu'en l'évoquant je contribuais à répandre ce que je dénonçais : une info spectaculaire qui n'était pas dénuée d'incitation à un voyeurisme morbide.

J'ai donc décidé illico de me couper radicalement de toute source d'information. Black-out total ! Arrêt immédiat du radio-réveil pour éviter d'être plongé brutalement dans la frénésie de l'info tragique, anxiogène et démoralisante, extinction de la radio aux heures d'info et, bien sûr, abolition de l'abomination que sont les infos télévisées. Je me suis dit que si quelque chose d'important devait se produire j'en aurais connaissance d'une façon ou d'une autre. J'ignore donc ce qui s'est passé depuis le 26 décembre dernier. Seuls quelques fragments sont parvenus jusqu'à moi, que je peux compter sur les doigts d'une main :

- La France a, semble t-il, perdu son AAA. Bon, ça me fait une belle jambe. Il y a six mois je ne savais même pas que cet indice existait !

- Je crois avoir entendu qu'il y aurait eu un naufrage quelque part. Je ne sais rien de plus et ça me suffit : je n'ai besoin de connaître ni les circonstances de ce genre de drame, ni le nombre de victimes.

- L'épouse du ministre de l'éducation s'est suicidée (ça c'est ma page d'accueil hotmail qui me l'a envoyé dans la tronche). Bon... là encore pas besoin d'en savoir davantage sur ce drame privé.

- François H*llande a peut-être (?) dit quelque chose qui a fait s'agiter les médias (pas sûr, j'ai seulement entendu son nom). Je ne pense pas qu'il puisse s'agir de quoi que ce soit de capital...

- Des soldats se sont faits tuer en Afghanistan. Quatre, me semble t-il. Et aujourd'hui notre président était dans ma région, dans la caserne d'où venaient ces soldats ou une partie d'entre eux (c'était en première page du quotidien local qui traînait sur une table). C'est la seule info qui éveille mon attention. Et un questionnement : est-ce que ça vaut la peine d'aller se faire tuer là-bas ? Est-ce légitime que le pays dont je suis citoyen envoie des soldats si loin, pour des opérations aux résultats aléatoires ? Sujet complexe... qui dépasse le cadre de ce billet.

Voilà. C'est tout. Je ne sais rien de plus de ce qui s'est passé dans le monde depuis un mois. Soit seulement cinq infos brutes, la plupart sans grande importance, hormis pour ceux qui sont directement touchés (je pense bien évidemment aux proches des personnes décédées...).

Ce que j'apprécie le plus dans cette mise à l'écart volontaire c'est d'avoir été épargné par "l'analyse" de ces infos. Vous savez, ces commentaires que se croient obligés de donner les journalistes, éditorialistes et autres spécialistes. Personne pour me dire ce qu'il faudrait penser, quelles conséquences ça pourrait avoir, dans quelles circonstances les événements se sont produits. Non, rien de tout ça : seulement de l'info brute ! Et moi seul en face pour sentir comment ça me touche et choisir qu'en faire. Seul et... libre.