Un petit mail de ma mère, ce soir. Elle s'inquiète un peu et aimerait, après une dizaine de jours, avoir de mes nouvelles. Je ressens une subtile forme de pression, mais en même temps je sais qu'elle aime bien savoir où en sont ses enfants. Je lui téléphone. Elle me demande ce que j'ai à lui raconter et je souris...

- Euh... pas grand chose. Côté boulot rien à signaler. Côté vie perso rien non plus. Tout va bien ! Comme d'hab'.

C'est un peu rituel entre nous : à elle l'inquiétude, à moi l'insouciance. Souvent une conversation se lance, par laquelle s'expriment à la fois une proximité et une différence. Je reste assez imperméable à tout ce qui pourrait entretenir sa tendance au défaitisme. Je ne sais pas trop ce qu'elle en pense mais j'ai l'impression que parfois je parviens à lui transmettre un peu de ma sérénité face à l'existence. Cette fois, comme je ne suis pas bavard, elle me dit qu'elle avait juste besoin de savoir où j'en étais. Avoir un contact. Quelques mots. Je lui explique qu'en étant de moins en moins bileux, je ne pense même pas à signaler que je vis toujours.

- Tu as bien raison de ne pas être bileux.

J'essaie d'en dire un peu plus sur ma vie, pour que la conversation se poursuive. Je glisse quelques mots sur mon travail, qui me plaît beaucoup et pour lequel je m'investis volontiers au delà du temps salarié. Elle s'en réjouit, et s'amuse de me voir m'éclater dans des tâches très éloignées de ce qu'elle imaginait de moi. Je crois que ma satisfaction la rassure. La discussion reste légère et plutôt joviale. Je pose quelques questions sur un examen de santé que doit subir mon père, sans trop m'appesantir.

- Il est optimiste, me dit ma mère.

- Il a bien raison, glissé-je sur le ton de la plaisanterie complice.

- Tandis que moi je suis toujours un peu pessimiste, un peu inquiète...

- T'as bien raison, renchéris-je en m'esclaffant

Nous éclatons de rire, amusés par ce mode de fonctionnement bien établi entre nous. Ce rire me fait du bien. Après avoir raccroché, je m'étonne presque de cette relation : elle a quelque chose d'un peu oppressant, mais elle est en même temps bienfaisante.