Léger passage à vide en ce moment. Les idées se font rares et ma pensée est en rade. Assez bizarrement j'ai même ressenti de l'ennui, hier soir. Une sensation vraiment inhabituelle pour moi puisque j'ai toujours quelque chose à faire, à vivre ou à partager. A tel point que je manque bien souvent de temps pour mettre en place ce que je désire !

Mais depuis quelques semaines une fatigue générale m'étreint. Mon "Ras le blog" n'est pas seulement provenu d'une tonalité critique de quelques commentateurs, mais du climat global qui règne actuellement sur mon existence. Disons que je n'avais pas envie de m'embêter avec des querelles futiles, pas d'énergie à y consacrer...

Ce qui m'épuise ? Mon travail. Un secteur de ma vie dont je ne parle pratiquement jamais parce que jusque-là il m'apportait  satisfaction. Je m'y implique beaucoup, parce que je crois en son utilité et que j'y prends plaisir, mais à la longue je constate qu'il me pompe pas mal d'énergie. Et cela forcément au détriment des autres piliers qui participent à mon équilibre de vie : relations, écriture, réflexion, nature... Le signal d'alerte s'est déclenché assez subitement, avec l'explosion soudaine -quoique prévue- de ma charge de travail. C'est le cycle saisonnier qui veut ça, mais cette fois c'est excessif. C'est trop. J'ai eu beau donner beaucoup, est venu un moment où je n'ai pu qu'accepter le fait que ça ne suffirait pas pour répondre à ce qui est attendu de moi. Même si j'y consacre davantage de temps. Je suis dépassé et en incapacité de faire mieux.

Mais il y a pire que la surcharge de travail : ma hiérarchie me soumet à ce qu'on appelle "injonctions paradoxales". Il m'est demandé de faire produire davantage et de façon plus performante... mais sans m'accorder les moyens nécessaires. D'augmenter la production sans augmenter le temps à y consacrer. C'est tout simplement impossible. Les décideurs sont trop éloignés de la réalité du terrain, ne se rendent pas compte de l'ampleur de ce qu'ils demandent. Il me faut donc les convaincre, argumenter, expliquer, chiffrer. Être précis mais sans y consacrer du temps. On me demande d'être organisé sans que je dispose d'outils adaptés, de m'engager sur un chiffre d'affaire annuel, forcément aléatoire... tout en stimulant les équipes qui, elles, sont confrontées à la réalité du terrain et tous ses impondérables. En fait on me demande d'agir comme un chef d'entreprise alors que je ne dispose pas du pouvoir de prendre les grandes décisions.

En lisant la description de ce fonctionnement vous imaginez peut-être que je travaille au sein d'une entreprise performante qui recherche la meilleure rentabilité pour rémunérer grassement ses actionnaires ? Détrompez-vous : je suis dans le milieu associatif social. Une petite structure, mais fortement hiérarchisée, qui est en charge de fournir un travail à des personnes en grande difficulté par rapport à l'emploi. Des personnes "en insertion", comme on dit, pour qui la notion de performance est loin d'être une priorité. Des personnes qui, pour la plupart, n'ont jamais travaillé dans notre domaine de compétence avant embauche et à qui nous devons donc apprendre à être productifs en quelques jours. L'enjeu est stimulant, mais demande un minimum de moyens. Et du temps. Or ce temps nous n'en disposons pas...

Mes fonctions dans cette association et mon implication font de moi le candidat parfait pour le surmenage, avec le risque non négligeable de glisser vers ce qu'on appelle "burn-out". Ou autrement dit "Syndrôme d'épuisement professionnel". Je sais que ce que j'accepte pour le moment serait dangereux pour ma santé si je le laissais s'installer à long terme. Le stress est quasiment en continu tout au long de la journée et de la semaine, avec des sollicitations permanentes pour gérer l'instant et l'avenir dans de multiples domaines. Déjà mon sommeil est de moins bonne qualité, avec des moments d'insomnie. Je conduis de façon plus nerveuse, supporte mal la lenteur des autres usagers de la route. Au travail j'ai souvent des difficultés à répondre à des stimulations multiples, la sensation que des connections ne se font pas instantanément. Je ne trouve pas les mots, les noms, j'oublie ce que j'étais en train de faire avant qu'on m'ait interrompu. Je suis comme un ordinateur dont la vitesse de réponse ralentit quand il effectue de nombreuses tâches simultanément.

Bref... tout cela m'épuise et se propage à l'ensemble de ma vie. Le soir venu je n'ai plus d'énergie, plus de pensées. Alors, certes, mon rapport à ce blog s'en ressent, mais ce n'est vraiment pas important. A ceci près que je vois en cela un signal d'alerte...