Mon fils étant à son travail en semaine, c'est donc seul que je me suis rendu dans les villes que je voulais visiter. Il a bien fallu que je me débrouille pour les transports en suivant ses conseils puisqu'il n'existe ni plans des lignes de bus, ni arrêts indentifiés, ni horaires. Les bus eux mêmes étant de modèles variables, bien qu'on apprenne très vite à les reconnaître, il suffit d'apprendres quelques codes et lieux stratégiques... Ces approximations ont été un peu déstabilisantes pour l'occidental que je suis, habitué à avoir des repères précis, mais l'adaption au contexte est rapide. Finalement cette organisation fantaisiste est très simple à suivre : il suffit de connaître quelques mots et d'observer comment font les Libanais...

C'est ainsi que je me suis retrouvé un matin dans une petite fourgonnette où s'entassaient quinze personnes, zigzaguant sur l'autoroute en direction de Byblos. Ce serait une des plus vieilles villes du monde (-7000 ans) qui soit restée continuellement occupée depuis les premiers habitats néolithiques. Byblos serait à l'origine du mot "bible", qui veut dire "livre". C'est d'ailleurs dans cette région qu'est né le proto-alphabet phénicien, duquel découle le nôtre. Voila qui donne une échelle de temps... Le site des fouilles, en traversant les différentes strates archéologiques sur plusieurs mètres d'épaisseur, permet de voir la juxtaposition des occupations. Fortifications Perses, chateau Croisé, monuments Romains, remparts Phéniciens, maisons de l'âge de bronze...

Je suis resté longtemps en ce lieu, quasiment seul, à songer à cet empilement de civilisations successives. Méditatif devant le rapport que notre époque contemporaine entretient avec ces vestiges alors qu'à d'autres époques ils étaient utilisés comme "carrières" pour des constructions nouvelles. On peut ainsi voir dans les soubassements du chateau de l'époque des croisades des colonnes romaines utilisées en abondance pour solidifier les murs. Plus loin on remarque, au fond d'un vaste cône, la source originelle autour de laquelle s'étaient établis les premiers hommes. L'amoncellement des destructions et reconstructions tout autour ayant toujours épargné cet élément essentiel de la vie. 

Je pensais aussi à la futilité de ce qui nous paraît important dans nos vies accélérées face à tant de traces d'existences éteintes. Des milliers de gens ont vécu ici, dans la misère ou l'opulence, et il n'en reste que des pierres, exhumées des gravats qui les ont recouvertes au fil des siècles.

Finalement je me suis installé à l'ombre d'un des rares arbres, sur une colonne couchée au sol, et j'ai laissé mes pensées s'évanouir dans la brise tiède. Une sieste bienfaisante m'emporta...

 

Byblos

 

 

Byblos2

Byblos, une ville vieille de 7000 ans...

 

* * *

 

Le lendemain, à Saïda, autre ville fort ancienne qui joua en son temps un rôle important en Méditerrannée, j'ai parcouru le dédale des ruelles étroites de la vieille ville, garnies de minuscules boutiques. J'y ai trouvé un peu de fraicheur. Au mois de juin la chaleur devient écrasante. 

Je me suis demandé de quoi vivaient les commerçants, semblant passer le plus clair de leur temps à attendre le client. J'en ai vu beaucoup ainsi et je me suis demandé quels étaient leurs moyens de subsistance. Je n'ai pas senti de pauvreté, mais les revenus devaient être extrêmement modestes et les conditions de vie rudimentaires. Raison de plus pour ne pas déballer mon matériel photo...

Contemplatif et observateur comme à mon habitude, j'ai déambulé pour respirer l'ambiance des lieux, croisant fréquemment les mêmes points en venant de différentes directions, m'égarant un peu avant de me retrouver. Finalement je me suis offert un jus d'orange fraîchement pressé à la terrasse d'un café, le temps de regarder vivre la rue qui mène au petit port. Comme dans les ruelles j'y ai vu très peu d'occidentaux. Pourtant les terrasses de cafés et restaurants sont vastes et il doit bien y avoir un moment où elles sont remplies. Mais pour ma part j'ai beaucoup apprécié le calme et l'impression d'être un touriste "hors-saison".

 

IMGP3869

A Saïda, les toits de la vieille ville...

 

IMGP3865

... et les rues de la ville "moderne", couvertes de fils électriques.

 

 

IMGP3864

 

J'ai marché le long d'une plage de sable doré, à proximité de la ville. Une longue plage. Vide. Seuls deux hommes se baignaient d'un côté. De l'autre deux femmes, entièrement couvertes d'un manteau noir et d'un foulard gris, étaient dans l'eau jusqu'aux genoux. La plage était immonde, couverte de déchets et l'eau particulièrement trouble. Une rivière verdâtre et puante s'y déversait. Je n'ai même pas trempé la main pour goûter la température de l'eau...

D'une manière générale le littoral, pour ce que j'en ai vu, est assez dégueulasse. Dommage...

 

MaisonDebanne

 Un "palais", librement ouvert à la visite par un mécène. J'y étais le seul visiteur.

 

(à suivre)