Je ne vais pas exposer toutes les photos prises à Tyr, ville du sud-Liban riche en vestiges archéologiques. Les sites sont immenses, à l'échelle du passé historique de la cité. Aujourd'hui c'est l'ultime ville accessible sans autorisation. Plus au sud la zone est sous contrôle des casques bleus. L'état d'Israel n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres et il ne fait pas bon s'approcher d'une frontière hermétiquement close. Même chose pour l'autre pays contigü, la Syrie. A tel point que le Liban, territoire à peine plus grand qu'un ou deux départements français, présente les mêmes particularité qu'une ile : on n'y entre ou sort que par avion. Même les liaisons maritimes sont suspendues.

C'est à Tyr que j'ai le mieux mesuré l'instabilité de ce territoire : en voyant passer les véhicules blancs des nations-unies, vus et revus aux infos, en de multiples occasions, dans des pays en guerre. J'en ai senti mes poils se dresser. Même si le pays était calme au moment où j'y étais...

Là encore les sites archéologiques étaient déserts. C'en était presque inquiétant : étais-je en sécurité dans ces lieux où je ne voyais aucun touriste ? Je me suis fait un peu peur quand, à la fin de sa mélopée diffusée à travers le quartie par haut-parleur le muezzin s'est mis à entamer un long discours dans lequel je n'identifiais que les mots "Syrie" et "Islam". Mon imaginaire s'est mis à élaborer des scénarios nourris par la représentation anxiogène de l'Islam dans nos médias français. J'ai alors pris conscience de mon conditionnement. Quand j'étais enfant l'islam était une religion parmi d'autres. Aujourd'hui je ne peux plus me défaire d'un sentiment de crainte dès qu'il est question de prosélytisme...

D'un autre côté j'ai quand même vu dans une mosquée un appel aux dons... avec comme signal une magnifique balle de guerre en format géant. L'association de la religion et de la violence était clairement revendiquée. Et je ne crois pas que les slogans accompagnant les nombreux portraits d'Imams, sur le bord des routes, n'invitaient qu'à prier.

J'aurais volontiers photographié des rues très animées, bordées de "magasins" qui ressemblaient davantage à des entrepots ou des garages, mais je ne me suis pas senti à l'aise pour le faire. J'aurais eu l'impression de "voler" quelque chose sans contrepartie. Alors je me suis rattrapé sur les lieux déserts.

 

IMGP3944

A Tyr une grande partie de la ville est occupée par un immense site préservé. Tout contre, il existe un vaste camp de réfugiés palestiniens, véritable "territoire étranger" aux accès étroitement surveillés. Ce n'était pas engageant et je ne m'y suis évidemment pas aventuré.

 

IMGP3995

Une nécropole contient des centaines de sarcophages de pierre. Tous ont été pillés des richesses qu'ils contenaient mais, choses étonnante, plusieurs contiennent encore des ossements ! 

 

IMGP3943

Sur cet autre site, en bord de mer, nulle protection n'empêche le visiteur d'aller où bon lui semble. Au risque de dégradations.

 

IMGP3910

La végétation recolonise les vestiges, donnant un aspect faussement "naturel". Ce patrimoine laissé exposé aux intempéries se dégrade inévitablement...

 

Lézard

On y croise de drôles de lézards géants, tout hérissés de pointes mais fort farouches.

 

 

(à suivre)