Journée fraîche et pluvieuse, en plein été. Un 24 juillet, on ne s'attendait pas à ça ! Qu'à cela ne tienne, on ne changera pas le programme. Tout est préparé de longue date et c'est le grand jour...

Je l'ai accompagnée chez la coiffeuse, qui l'a aussi maquillée. Elle en est sortie sublime, éblouissante. Elle m'a plû encore davantage...

La place du village. Entièrement occupée par des visages connus. Familles, amis, jeunes et vieux, ça discute dans tous les coins. Je me sens un peu intimidé devant tous ces gens, et en même temps touché qu'il soient venus spécialement pour nous, parfois de loin. Il y a aussi beaucoup d'invités de convenance, d'amis de nos parents, de personnes que nous ne connaissons qu'à peine. De telle sorte que la fête annoncée ne sera pas seulement la nôtre. Nous aurions préféré un cercle restreint aux essentiels...

Être avec une si jolie femme, que je vois appréciée et admirée par tous, me fait ressentir une heureuse fierté. Elle est radieuse dans sa longue jupe paysanne toute blanche. Son bustier sagement décolleté souligne gracieusement les courbes de sa féminité. Elle a préféré la simplicité, ne voulant pas de ces robes traditionnellement meringuées, beaucoup trop sophistiquées à son goût.

Et puis d'un coup le mouvement s'enclenche : entrée dans la mairie. Deux chaises plus grandes que les autres nous attendent, juste devant le Maire, ceint de son écharpe tricolore. C'est un peu impressionnant mais tout se passe très vite. « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. ». Je dit oui à tout et elle aussi. Nous signons en bas du registe et nous sommes mariés. Engagés pour la vie devant les témoins officiels, choisis parmi nos meilleurs amis. Devant nos parents, devant nos familles réunies au grand complet. Heureux. Et amoureux.

Et puis il y a eu la cérémonie religieuse, la fête...

 

C'était il y a trente ans.

 

Trente ans, il paraît que ce sont les "noces de perle". Je n'ai évidemment pas fêté cet anniversaire avec elle, qui ne l'aurait pas compris. Je ne lui en ai même pas parlé. Elle n'aurait pas aimé ça. Pour elle notre divorce a mis fin à nos tête à tête rituels. Mis fin à notre amour, à notre amitié, à notre intimité.

Mais pour moi, qui ai une conception peut-être un peu bizarre de ce qu'est le lien, le divorce ne le coupe pas. L'engagement moral que nous avons pris l'un envers l'autre était pour moi définitif bien avant le mariage. Il perdure donc après sa dissolution. Les actes d'état civil, qui lient aussi facilement qu'ils délient, n'ont d'importance que matérielle, légale, publique. Le lien n'en a pas besoin pour exister.

Reste la date symbolique de l'engagement solennel. Jamais je n'ai regretté d'avoir officialisé devant tous nos proches l'aventure entreprise, inaugurant ainsi notre vie commune. Elle allait conduire à la création de notre famille, avec la venue de nos enfants puis leur épanouissement. C'était un beau projet et nous l'avons bien mené. Ensemble.

Que nos envies de partage aient divergé deux décennies plus tard ne m'empêche pas de penser que le pari tenté ce 24 juillet 1982 a été tenu, pour l'essentiel. Nous avons réussi sur ce plan. Je m'en réjouis donc... mais sans partage avec elle.

Je pense que de son côté elle aussi a porté attention à cette date, mais nous n'en parlerons pas...