« Attendre que le flot [du manque] arrive, l'envahisse, la submerge, et puis décroisse jusqu'à s'en aller pour un temps ». La métaphore, écrite par Célestine, m'a touché par sa justesse. Car c'est exactement ainsi que je me suis vu submergé par la déferlante d'un manque et ses vagues successives. Longtemps je n'ai pas su faire autre chose que me laisser malmener, entre vaine résistance et engloutissement. L'alternance des creux et des périodes de répit avait la fatalité de l'inéluctable. Jusqu'à ce que je parvienne à me laisser porter par les fluctuations de cette marée, suivre ses ondulations en flottant comme un bouchon. Jusqu'à ce que ça passe. Avec le temps les retours de vagues se sont espacées, leur intensité à décru, et le calme est revenu.


Non, on ne lutte pas contre le manque : on l'apprivoise. On finit par l'accepter comme un compagnon de route qui, de temps en temps, vient encore nous mordiller après qu'on ait cru être tout entier dévoré par lui. Le manque a la particularité de ne mordre que ceux qui ont cru que l'éternité d'un lien leur était acquise.

Non, rien n'est jamais acquis...

Je crois que le jour on a enfin compris et admis cela, on ne se lie plus de la même façon. On intègre le manque comme indissociable du lien. En acceptant la finitude du lien on fait du manque un allié : il exprimera l'importance de ce qui a été vécu avec l'absent. En ayant admis que seul le présent compte, le lien se vit désormais sans crainte de la perte. C'est ainsi qu'avec le temps le manque lui-même devient compagnon. Le manque ressenti comme une douceur, non comme une douleur. Une douce douleur...

La sublimation du manque, en quelque sorte.

Puisque le manque est là... autant en tirer quelque chose de bon :)

 

IMGP5374

Ma traditionnelle photo d'Hamamellis, indiquant l'approche du printemps...