Depuis quelques temps je trainaille sur le site polyamour.info, histoire de voir ce qui s'échange dans la nébuleuse des relations poly-pluri... Il y a sur ce site un espace de discussions animé, que j'observe de loin en loin sans intervenir. Je ne souhaite pas mettre de nouveau les doigts du clavier dans des échanges dévoreurs de temps, aussi intéressants soient-ils. Bon, je dois dire aussi que je ne me sens pas vraiment concerné par le sujet en ce moment, faute de mise en pratique, mais je m'y m'intéresse encore.

Pas concerné parce que voilà maintenant mal de temps que je n'ai tout simplement plus envie de rencontres. Je ne les refuse pas, hein, mais je ne fais rien pour les provoquer. Je laisse faire le hasard, je réponds éventuellement aux demandes, mais sans chercher à influer. Une relation privilégiée m'occupe déjà et ça me suffit.

La curiosité m'a néanmoins poussé à aller faire un tour sur un site dont il était question sur Polyamour.info : Okcupid. Un site gratuit de... rencontres, dont les utilisateurs semblent particulièrement satisfaits. Si j'ai bien compris il suffit de répondre à des centaines de questions pour voir avec quel autre utilisateur on aurait le plus de correspondances affinitaires. Pas forcément en amour, hein [sinon je n'aurais même pas essayé], mais tout simplement pour discuter, se rencontrer amicalement, pratiquer le couchsurfing, lutiner, etc... Alors pourquoi ne pas aller voir quelles sont ces fameuses questions ? Après trois ou quatre me demandant mon genre, mon âge et mes orientations sexuelles... me voilà déjà obligé de décliner mon adresse mail. Oups... j'aime pas donner mon adresse mail comme ça. Fichage et tout... Alors j'ai fermé le truc.

Moyennement persévérant, hein ? Le non-besoin de rencontre n'aura pas été un booster très efficace...

Cette non-envie d'aller à la rencontre m'étonne quand même un peu [est-ce normal, docteur ?]. En fait j'en suis venu à considérer que toute rencontre mènera forcément à une suite, donc à une restriction de mes libertés, à des trucs compliqués, à des pleurs et grincements de dents, à des maudissements jusqu'à la septième génération. Je redoute vraiment de me sentir coincé par les attentes de l'autre. Moi, ce qui me convient parfaitement, c'est la rencontre de l'instant : on se découvre par l'échange, c'est plus ou moins intéressant... et basta. Pas de suite. Du moins pas de suite prévue. Pas de désir de suite.

C'est bizarre, non ?

Tiens, par exemple, depuis quelques années j'ai eu l'occasion de cotoyer des personnes dans des groupes de formation centrés sur l'écoute, donc humainement très riches. J'aime bien ça mais n'ai jamais cherché à faire durer au delà des quelques jours de temps commun. C'est super de se découvrir, d'être ensemble, de partager des moments forts et chaleureux, des émotions, des éclats de rire, des confidences, d'être touché, surpris, ému... mais ça s'arrête à la dernière poignée de main, aux dernières embrassades, à l'ultime "hug". Il peut même y avoir quelques larmes, parce que... ben parce que c'est fini ! Terminé.

Certains expriment leur désir de se revoir, moi je n'y songe même pas : c'était bon parce que c'était ainsi à ce moment-là. 

Souvent il y a eu quelques tentatives de suite, par mail. Des partages de photos du groupe, quelques fois des mails privés, des tentatives de correspondance. Je réponds, en général, en exprimant plaisir et gratitude, mais sans laisser croire que j'aurais envie que ça continue. Plutôt comme un remerciement de ce qui a été vécu ensemble. Je ne cherche pas à faire durer... et je dirais même que je n'en ai pas envie.

Ce qui me surprend un peu dans tout ça, c'est qu'autrefois j'étais du genre à vouloir exactement l'inverse : pérenniser les liens, prolonger ce qui a été bon, renforcer les affinités particulières. Surtout avec les femmes qui me plaisaient, je l'avoue. Je crois que je cherchais confusément à me lier, ou à sentir la force des liens, ou trouver je ne sais quelle complémentarité. Il y avait certainement un désir sous-jacent de trouver ce qu'on appelle "amour", plus ou moins dissimulé sous une aspiration à l'amitié.

Mais maintenant cet amour-là c'est niet ! Je parle bien sûr de l'amour de type "amoureux", celui qui se transforme en attentes, en demandes de rencontres fréquentes [plus fréquentes que ce dont j'aurais envie]. Je ne peux plus supporter ça ! Je suis devenu phobique des attentes relationnelles ! [Je m'empresse de préciser que dans la vraie vie j'essaie d'exprimer ce refus un peu plus diplomatiquement qu'ici et d'accompagner empathiquement les réactions engendrées].

J'aime au présent. J'aime le présent. Là, dans l'instant. Mais l'avenir n'existe pas.

Cette attitude, assurément réactionnelle, m'intrigue. Si je sais parfaitement ce qui m'a fait passer d'un bord à l'autre, je suis étonné que ce soit si durablement marqué. Au début je me suis dit que ce n'était que temporaire... mais peut-être est-ce définitif ? En tout cas, jamais je n'aurais imaginé pouvoir aller aussi loin dans le détachement (ou non-attachement). Le plus fascinant c'est que tout cela ne me rends absolument pas indifférent : je vibre à la vie autant qu'auparavant [sauf en amour]. Mais il y a vraiment une coupure entre le plaisir du moment et le désir de faire durer la vibration avec autrui.

Oui, c'est ça : je n'ai plus le désir de voir durer ce qui est bon avec l'autre [il suffit que ce ne soit pas "trop" bon].

Et le pire [si on peut dire]... c'est que je me sens bien ! Peut-être parce que je n'ai plus de craintes de voir finir les choses, ni celle de ne plus voir aboutir les actions dans lesquelles je m'engage. Ce détachement vis à vis du futur est vraiment propice à la sérénité. Ma vie intérieure est devenue très paisible [tant que je ne regarde pas trop l'état du monde...].

En fait j'ai l'impression d'avoir trouvé en moi une sorte d'énergie interne qui me donne une grande autonomie. Le quotidien des rencontres de toutes sortes, éphémères ou renouvellées, des instants partagés, le frottement permanent des énergies humaines... tout cela suffit à alimenter mes ressources internes.

 

Euh...

J'ai quand même un doute : que deviendrait cette autonomie si un jour une femme aussi jolie que charmante s'intéressait à moi ?

 

 

Aussi jolie que charmante, mon coup de coeur du moment...