Aujourd'hui... c'est le jour du muguet. Il est loin d'être en fleurs dans mon jardin où, il y a trois jours, la nature était de nouveau recouverte de neige.

Aujourd'hui... c'est la fête du travail et, comme d'habitude, je n'irai pas défiler dans la rue. Je n'ai pas cette culture de la manif'

Aujourd'hui... et bien je vais parler de tout d'autre chose, qui n'est cependant pas sans rapport avec les clochettes, ni avec quelques récents défilés et autres manifs'. Je pense là à ces grands rassemblements contre le mariage pour tous dont, bien que me tenant à l'écart des infos, j'ai forcément eu connaissance par le tapage médiatique généré.

Je n'ai pas du tout abordé ce sujet vainement polémique parce que j'avais la conviction que le combat d'arrière-garde qui était mené, aussi ostensiblement revendiqué soit-il, était voué à l'échec. On n'arrête pas la liberté et le mouvement vers l'égalité des droits fondamentaux. Tout au plus peut-on en ralentir le développement. Quelques centaines de milliers de manifestants n'ont pas, heureusement le pouvoir de se prévaloir de privilèges dont ils interdisent l'accès à d'autres.

J'ose supposer qu'il y a eu des dialogues respectueux et féconds mais ce qui, pour la partie médiatisée, s'assimilait à un duel haineux et méprisant à mis en évidence la dimension religieuse de la contestation. Davantage que le sujet du débat c'est cette intrusion du religieux qui m'a le plus interpellé, puisque j'ai autrefois fait partie de cette "église" au nom de laquelle certains vociféraient des absurdités grotesques. D'emblée je distingue l'institution de ceux qui s'en font les porte-paroles zélés : ce n'est pas parce qu'on est catholique qu'on parle au nom de l'église. Inversement, ce n'est pas parce qu'on représente l'institution qu'on énonce une vérité acceptée par tous les catholiques. Une religion est un mouvement bien trop vaste pour n'avoir qu'une seule voix et toute systématisation serait abusive.

Mon éloignement de la religion catholique est ancien. Il a pris naissance par refus de l'inégalité écclésiale entre hommes et femmes, mais aussi contre le principe des dogmes. Contrairement à beaucoup de personnes je n'ai pas été choqué par les prises de positions papales concernant la contraception ou l'avortement : je ne leur accorde pas crédit mais je considère qu'elles ont une certaine cohérence. Elles représentent une ligne de conduite, certes peu en phase avec la société actuelle. Chacun peut garder son libre arbitre et accepter de suivre, ou pas, des principes que des humains se donnent le droit, plus ou moins légitimement, d'interpréter d'une supposée "parole divine".

Aaah, le voila le coupable : Dieu.. c'est de sa faute tout ça ! Si seulement il était un peu plus ouvert d'esprit...

Je ne crois plus en ce Dieu trop humain, trop mesquin. Je ne crois plus en aucun dieu, d'ailleurs... sans bien savoir si j'y ai vraiment crû un jour. J'ai cependant été élevé selon une éducation d'inspiration chrétienne et je ne vois pas comment je pourrais entièrement renier ce qui fonde mes valeurs profondes. Pour cette raison j'ai renoncé à l'apostasie, qui m'avait tenté lorsque j'étais en révolte il y a une vingtaine d'années. Je suis donc devenu athée d'origine catholique. À ce titre ce qui touche mon ancienne "famille religieuse" m'intéresse de loin en loin. Je ne renie pas cette famille, dont je me suis pourtant très largement écarté, en laquelle je me reconnais par essence.

Pour autant... je ne parviens pas à accepter que des individus, quels qu'ils soient, puissent oser parler "au nom de Dieu". Même si je croyais encore en l'existence de Dieu [j'hésite toujours sur l'emploi de la majuscule] je n'accorderais aucun crédit à quiconque s'octroie droit de diffusion. Si quelque essence divine existait, je... crois [!] qu'elle s'adresserait individuellement à chacun. Il n'y aurait besoin d'aucun porte-parole. Je ne comprends pas comment on peut se fier à ceux qui s'autorisent à imposer leur vision de ces choses-là. Parler de sa vision de dieu, fort bien, mais sans tenter de l'imposer comme la seule vérité. C'est ainsi que je peux écouter quelqu'un qui, se sentant "inspiré" par ce qu'il considère comme divin, met en pratique une façon de vivre qui me paraît saine et respectueuse d'autrui. Il en va de même pour ceux qui se basent sur des textes qu'ils considèrent comme inspirés par le divin pour donner à leur vie un sens de partage, d'ouverture, de respect. Bref : tout ce qui fonde les valeurs d'acceptation d'autrui.

Peut me chaut que l'on soit inspiré directement par un dieu, guidé par "l'amour" sous une de ses formes ou, beaucoup plus simplement, par philantropie. Seul compte le rapport que l'on a envers l'altérité.

C'est pourquoi ceux qui se prétendent catholiques et tentent d'imposer leur vision de ce qui serait bien ou mal dans la vie intime des autres m'agacent puissamment. Tout radicalisme religieux m'indispose.

 

Merci à Samantdi qui, en parlant du baptême et de son renoncement, m'a inspiré ce billet.