Petite conversation téléphonique impromptue, avec mon ex-femme. Elle voulait savoir, pour sa déclaration d'impots, qui de nous deux bénéficierait de la réduction de part de notre dernier fils. En quelques secondes l'affaire est réglée. Suit un léger flottement : on en reste-là ou on poursuit un peu ? Je tente d'aller au delà du minimum consistant à savoir comment va l'autre.

Elle revient du Liban. Je lui parle du printemps qui m'attire vers l'extérieur. Elle me demande si j'ai prévu de faire des travaux dans ma maison cette année, m'incite à le faire, insiste un peu. Je prends ça avec flegme et accentue, en souriant, l'inertie dont je suis capable quand je sens qu'on me pousse vers où moi seul peut décider d'aller. Elle finit par abandonner. Je m'enquiert de son déménagement prochain : elle va vivre avec l'homme qui partage sa vie depuis quatre ans. Elle m'apprend qu'ils sont tous les deux un peu inquiets de cette expérience de cohabitation. Elle profite du sujet pour me demander si je partage ma vie avec quelqu'un. Je reste évasif, faute de réponse claire à lui donner. Je sais que les entre-deux ne lui conviennent pas. Quand je lui dis que j'aime ma solitude, elle semble ne pas vraiment me croire. J'insiste, avec conviction. Tu n'as pas encore trouvé ton âme soeur ? se hasarde-t-elle.

L'âme soeur...

J'esquive, tant j'ai l'impression que nous sommes à des années-lumières... [Pas trouvé l'âme soeur ? Mais enfin, Charlotte, as-tu oublié ?]

Je préfère mettre en avant les avantages de ma vie actuelle en solo : jamais de disputes, liberté totale, contraintes réduites au minimum. Certes les repas en solitaire sont un peu mornes, mais c'est vite passé.

- Tu m'as quand même supporté pendant plus de vingt ans, lance t-elle;

- Supporté ? Mais j'ai été très heureux de partager ma vie avec toi !

[Décidément, nos deux univers se sont vraiment différenciés...]

La conversation s'est déroulée pacifiquement, sans tensions. J'y avais ma place. Un je-ne-sais-quoi de différent me faisait sentir accepté tel que je suis. Sensation rare, pas ressentie avec elle depuis bien longtemps.

Après qu'on ait raccroché je lui ai envoyé un petit mot pour lui dire que ça m'avait fait plaisir qu'on parle un peu plus que d'habitude.

- Moi aussi, Pierre. Je me sentais peut-être prête.